PECTINIBRANCHES
La plupart des gastéropodes pectinibranches ont, comme on sait, une coquille enroulée obliquement en spirale. Les noms des diverses parties de cette coquille varient suivant les différents auteurs; nous devons en conséquence, indiquer ici d'une manière précise, quelle momenclature nous avons adoptée. et comment nous avons pris nos mesures.
M. d'Orbigny (‘) a traité à fond ce sujet et montré les inconvénients des dénominations généralement adoptées. L’habitude d'employer de préférence les mots supérieur, inférieur, droit, gauche, etc., a introduit une véritable confusion, parce que la valeur de tous ces mots varie suivant la manière dont on place la coquille. Linné, Lamarck, Sowerby, etc., décrivent les coquilles en supposant la bouche en bas et la spire en haut. Lister et Adanson ont au contraire toujours placé leurs coquilles dans un sens inverse, la bouche en haut et la spire en bas. Ce qui est inférieur pour les uns, est donc supérieur pour les autres, etc.
M. d'Orbigny propose, pour rétablir l'unité de termes
(1) Paléontologie française, Terrains crétacés, tome 2, p. 7.
DES GRÈS VERTS. 159 indispensable: 1° de considérer les mollusques comme marchant devant l'observateur et de désigner par conséquent comme antérieure, la partie de la coquille d’où sort la tête de animal et comme postérieur, le côté de la spire où l'extrémité du pied se montre dans les coquilles allongées ; 2° d’éviter les mots de droit et gauche, en nommant toujours labre, le côté externe de la bouche, qui est le bord gauche en supposant la position ci-dessus indiquée et qui est nommé par Lamarck le bord droit, et en appelant, columelle ou bord columellaire, le bord opposé ou côté interne. Nous adoptons cette nomenclature qui nous paraît tout à fait logique et convenable. Mais il est un point sur lequel M. d’Orbigny ne nous a pas paru entièrement conséquent à ces principes et sur lequel nous croyons devoir introduire quelques modifications.
Cet illustre paléontologiste, dans les considérations générales qui servent d'introduction à l’histoire des Gastéropodes (”), n'indique pas la manière dont on doit distinguer, dans chaque tour, le bord qui est du côté du sommet de la spire et celui qui est du côté de la bouche. Dans ses descriptions, il désigne le premier par le mot inférieur et le second par celui de supérieur. Dans les coquilles plus ou moins aplaties, il appelle, de même, face supérieure celle où est la bouche, et face inférieure celle où se trouve le sommet de la spire.
Cette nomenclature nous paraît avoir un double inconvénient. 1° L’emploi des mots supérieur et inférieur a le même désavantage que celui des termes droit et gauche, c’est-à-
(1) Paléontologie française, Terrains crétacés, tome 2, p. 5 à 16.
dire que chacun de ces mots exprime, suivant la position de la coquille, des idées diamétralement opposées, et qu'il en résulte la même confusion que nous avons signalée plus haut. 2 [ls sont en désaccord avec la position supposée par M. d'Orbigny. car quand un mollusque marche, sa coquille est presque toujours oblique; le sommet de la spire est plus ou moins dirigé en arrière et, dans la plupart des cas, il est un peu plus élevé que la bouche. Ce sommet ne mérite donc en aucune manière le nom d'inférieur et même. si on était dans l'obligation de se servir de ces mots, il conviendrait plutôt de les employer en sens inverse, car, dans la position indiquée, c’est en général la partie de la coquille où est la bouche qui est inférieure, et le sommet de la spire est supérieur par rapport à elle.
Il nous semble qu'il vaudrait mieux étendre à cette partie de la nomenclature, les principes que M. d’Orbigny lui-même a adoptés pour la bouche et pour les bords droit et gauche. Voici en particulier comment il nous paraît qu’on pourrait le faire.
Une coquille de gastéropode présente plus ou moins la forme d’un cône, la bouche élant placée sur la base; l'ensemble de la surface extérieure des tours de spire forme comme un ruban qui serait enroulé sur ce cône.
Nous nommons, dans chaque tour. bord buccal celui qui est situé du côté de la bouche, c'est-à-dire du côté de la base du cône; il correspond au bord supérieur de M. d'Orbigay; c’est le bord inférieur et antérieur dans la station normale. Nous donnons le nom de bord apicial au bord qui est situé du côté
DES GRÈS VERTS. 161 du sommet de la spire; il est appelé inférieur par M. D'Orbigny. Nous désignons sous Le nom de face buccale ou ombilicale la partie du dernier tour qui est visible lorsqu'on regarde la coquille en plaçant son axe (ou sa columelle ) dans le prolongement du rayon visuel. Cette face ombilicale correspond exactement à la base du cône. M. d'Orbigny la nomme le dessus du dernier tour; maïs dans la position de la coquille sur le mollusque, elle forme au contraire ordinairement le dessous de ce dernier tour. Nous appelons enfin surface spirale, celle qui correspond à l’ensemble du ruban enroulé dont nous avons parlé, ou à la surface convexe du cône.
Dans les descriptions de M. d'Orbigny, on trouve aussi quelques irrégularités quant à l'emploi des mots longitudinal et transversal appliqués aux ornements des tours, côtes, stries, séries de points, etc. Quelquefois (comme dans les scalaires, turritelles, etc.) il applique le mot de longitudinal aux ornements parallèles à l’axe de la coquille et perpendiculaires aux sutures. Souvent il désigne ces mêmes ornements comme transversaux, et nomme longitudinaux ceux qui sont parallèles aux sutures. Nous avons constamment employé cette dernière méthode, car les ornements auxquels on donne ainsi le nom de longitudinaux sont, sur le dernier tour. parallèles au dos de l'animal ; et, conformément aux principes de nomenclature exposés plus haut, les diverses dénominations doivent, autant que possible. être établies par rapport à l'animal.
Quant aux mesures des coquilles nous avons profité de la méthode simple et précise proposée par M. d'Orbigny. Au moyen de l’hélicomètre, nous avons mesuré l'angle spiral et
langle sutural de chaque espèce, en général sur de nombreux échantillons ; et, au moyen d'une échelle de proportion. nous avons estimé la hauteur du dernier tour par rapport à l’ensemble. Ces mesures fournissent de bons caractères, le plus souvent très-constants et faciles à observer.
Il est toutefois quelques cas, dans lesquels ces mesures ne sont pas tout à fait suffisantes. Elles le seraient toujours, si on n’avait que des échantillons bien conservés et très-complets, mais il est loin d'en être ainsi; dans nos grès verts nous trouvons beaucoup de moules et de fragments, et tres-peu de tests entiers. Quand par exemple, les coquilles sont très-aplaties et ont un angle spiral de 100c à 120°, la moindre détérioration des premiers tours, si fréquente dans les moules, peut entacher d'erreur la mesure de cet angle. Nous y avons ajouté alors, comme mesure équivalente et susceptible de plus de précision, le rapport des diamètres de deux tours consécutifs, rapport qui dépend évidemment de l'angle spiral et du rapport de la hauteur des tours à l'ensemble; mais qui a l'avantage de pouvoir, sur des moules incomplets, être pris avec beaucoup plus d’exactitude. Ces diamètres doivent être mesurés sur le bord buccal de chacun des deux derniers tours, leurs extrémités étaient prises sur la même génératrice. Nous avons quelquefois aussi tiré un bon parti de la mesure de l’ombilic et de celle de la largeur du dernier tour prise sur la face buccale, ces deux dimensions étant exprimées dans leurs rapports avec le diamètre de cette face buccale. Quelquefois enfin la mesure de la hauteur d'un tour, par rapport à l’ensemble, est difficile à prendre ; nous l'avons
DES GRÈS VERTS. 163 souvent remplacée par le rapport entre les hauteurs de deux tours consécutifs.
Les seules familles de pectinibranches qui soient représentées dans nos grès verts, sont celles des Parumines, Acréonwes, Narrcwes, Trocmines, Hazrorinrs, Srromsnes , Murrcnes, Fusines, Buccrxnes, Parezroines et Denrarmes. On peut distinguer leurs coquilles par les caractères suivants:
{coquille ovoïde, à dernier tour très-
/ bouche ; : À ne grand, columelle ornée de gros plis. Acréoninss. die ou PALUDINIDES
labre en-{ oblon- /columellesimple ou faiblement j ,, is 1t 3 bouchenon| “: ; (1) É Pose) Mes EME: sort seotosece prolongée TROCHIDES.
en canal et SN neformant coquille courte,bouche semilunaire;très-grande Narrcines. © L = | pas de si- NUS 007 00 labre percé deitrous ou échancré par une longue fente (2) Hariommes. (e) © { ; © L = dernier tour formant une aile plus ou moins prononcée.. SrromBipes. = bouche pro- ©} longée en un bourrelet sur le labre laissant des capal ou ; ..\ traces en forme de varices....... Muricipes. . ( canaldroit formant dernier \ unsinus..{ tour pas dervarices 44 ME Ce Er e Fusipes. \ simple
canal recourbé en dessus .. .............. CÉRITHIDES.
envCOne VASE AC UMR, JUAN NN ATP EOE PATELLOÏDES.
Coquille non enroulée.….
tubuliforme, allongée... .................. DENTALIDES.
(1) Les paludinides et les trochides ne peuvent guère être distinguées par leur coquille. Les premières sont ordinairement plus allongées ; mais la principale différence existe dans les animaux: ceux des trochides étant revêtus de filets pairs souvent très-Jongs et ceux des paludinides étant lisses. j
(2) Il faut excepter les Stomatia qui sont de véritables haliotides, quoique leur labre ne présente ni fente ni trous. On les reconnaïîtra à la grandeur de leur bouche et à la petitesse de leur spire.
{re Fame: PALUDINIDES.
Caracrères. Coquille enroulée, plus ou moins allongée. Columelle simple. Bouche entière, presque toujours circulire.
Mollusque pectinibranche , marin ou d’eau douce , à deux tentacules portant les yeux vers leur base externe, à manteau entier ou découpé sur ses bords, sans filaments, et dépourvu de tube respiratoire.
Les genres qui ne renferment que des mollusques d’eau douce, tels que les Paludines, les alvées, etc., n’ont pas été trouvés fossiles dans les terrains crétacés. Parmi les genres marins, nous n'avons rencontré dans nos grès verts que ceux des T'urritelles et des Scalaires ; ceux des Rissoa et des Rissoina indiqués par M. d’Orbigny dans le gault du département de l'Aube, paraissent manquer dans les gisements analogues de notre bassin.
GENRE TURRITELLA Lamarck.
Caracrères. Coquille allongée, turriculée. Bouche arrondie ou quadrangulaire, à bords désunis en arrière, à labre souvent sinueux en avant. Opercule corné, spiral, à tours nombreux.
Animal pourvu d’un pied subtriangulaire tronqué en avant, de deux longs tentacules coniques à la base externe desquels
sont les yeux, et d’un manteau très-extensible qui se replie sur la partie antérieure de la coquille.
Ces coquilles sont caractérisées par leur allongement. leurs tours en contact, et leur bouche entière, à bords désunis en arrière.
Quelques auteurs nient l'existence des turritelles dans les terrains de la période primaire, et ne font apparaître ce genre qu'avec l'époque crétacée. De nombreux fossiles des terrains anciens, qui semblent en avoir tous les caractères et qui ont été décrits comme tels par plusieurs paléontologistes, peuvent faire croire au contraire que les turritelles ont vécu pendant toutes les époques géologiques.
M. d'Orbigny décrit trois turritelles du terrain albien. Nous n’en avons retrouvé qu'une dans nos grès verts, et nous en ajoutons une nouvelle.