‹ Description des mollusques terrestres et fluviatiles du PortugalChapitre 4 sur 66 · AN · texte numérisé non relu

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TERRESTRES ET PLUVIATILES

DÜ PORTUGAL.

En publiant la description des mollusques terrestres et fluviatiles que j'ai recueillis dans mon voyage, je regrette de ne pouvoir pas élargir mon cadre et présenter l'ensemble de tous ceux qui appartiennent à la péninsule Hispanique; il m'a fallu quatre mois pour explorer imparfaitement le Portugal; un pays vaste et accidenté comme l'Espagne, eùt exigé pres d’une année, et les faibles résultats que je pouvais attendre ne n'auraient pas dédommagé du temps perdu dans les âpres montagnes et sur les plateaux arides qui en occupent l’intérieur.

Cependant quoique le Portugal, par sa constitution géologique, appartienne essentiellement à l'Espagne, on

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peut l'en détacher, jusqu’à un certain point, dans l’étude de Ïa nature organique , et particulièrement dans celle des êtres, qui, liés au sol par l'insuffisance ou l'absence complète de moyens de locomotion, empruntent leur caractere aux régions qu’ils habitent, ou leur communiquent, comme les végétaux, la physionomie qui leur est propre. Le Portugal, borné sur plusieurs points par des chaines escarpées qui atteignent et dépassent la limite des neiges perpétuelles(r), et dans l'intervalle de ces chaines, par des fleuves généralement encaissés ; dégagé de l’influence méditerranéenne et exposé dans toute son étendue à celle de l'Océan , réunit à l’égard de ces êtres un certain nombrede conditions favorables à l’individualité. On en trouve la preuve dans la comparaison de la Flore de ce pays avec celle de l'Espagne, et surtout dans l'examen des mollusques terrestres etfluviatiles des deux contrées. Je distribuerai plus tard dans leur ordre géographique ceux qui sont répandus sur le sol portugais et j'y joindrai l’'énumération de tous ceux qui ont été observés : jusqu’à présent en Espagne. La comparaison de ces deux tableaux montrera que les espèces particulieres à l'une des deux régions, ne se retrouvent pas dans l'autre. .

Lorsque l'utilité matérielle d’une science n’est pas évidente, chacun a le droit de demander quel est son but. L'étude des mollusques, en la restreignant surtout au cadre étroit que je me suis tracé, se trouve précisément

(x) La Serra de Senabria , sur les frontières de Galice , n'a pas moins de 2,600 mètres de hauteur, L'Estrella est aussi fort élevé,

dans ces conditions. Je ne dirai pas pour justifier l'emploi de mes loisirs, que des hommes éminens en ont fait l’objet des méditations de toute leur vie; que, liée étroitement à l’histoire de la nature, elle complète la série des faits que nous enregistrons sur les êtres organisés ; que la comparaison de ces faits, lorsqu'ils sont assez nombreux, nous conduit à la déduction des rapports généraux, et donne vraiment une àme à l'Histoire naturelle; que nous retrouvons, dans le seul examen d’une coquille, cette variété infinie de formes qui résulte d’une loi simple et unique; que l'analyse de leur organisation intime nous révele, dans la série des fonctions corrélatives, des modifications plus variées et plus curieuses que dans toute autre branche du règne animal ; que l'Histoire du globe trouve dans leurs vestiges fossiles des lumières que l'Histoire de Phumanité emprunte aux débris d’un autre âge ; qu'ils nous fournissent de précieuses données sur l’ordre que la nature a suivi dans la production des corps vivans; que l'aspect varié de leur enveloppe et la tendance qu'eile montre à réfléchir les influences locales en font un puissant auxiliaire dans l'étude de la géographie naturelle; et cependant ces considérations, même isolées, sont éminemment propres à satisfaire un esprit sérieux; mais je dirai simplement que l'étude des relations qui existent entre ces êtres et le milieu qu'ils habitent, et l'examen de leurs rapports entre eux, rapports généralement exprimés par le corps protecteur, offrent une série de problèmes qui ne sont pas dépourvus d’un certain intérêt philosophique.

4 CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINATRES.

En effet, tandis que des animaux d'un ordre inférieur maintiennent l'intégrité de leur forme et même de leur couleur , on voit ceux-ci varier comme le semis des plantes et se confondre entre eux dans leurs différentes espèces, au point de rendre à-peu-près impossible la détermination de leurs caracteres distinctifs. Faut-il croire, comme le professeur Rossmassler cherche à le démontrer dans un mémoire récent (1), que les mollusques occupent un rang tellement inférieur dans l’échelle des êtres organisés, qu'ils sont privés de l'énergie vitale nécessaire au maintien de leur espèce, et que l’action répétée des circonstances extérieures , maîtrisant chez eux la tendance qu'ont tous les corps vivans à se maintenir dans leur intégrité , entraine insensiblement la variabilité de leurs formes? Mais au milieu de cette oscillation perpétuelle, certaines espèces conservent les caracteres qui leur sont propres; pour expliquer cette exception, admettrons-nous avec le même observateur que la nature, marchant au perfectionnement successif des formes, a tracé aux espèces, comme aux individus, uue période d’accroissement, d'état stationnaire et de décrépitude, et que l’invariabilité ou la variabilité de l'espèce dans ses divers degrés, correspond à l’un de ces trois âges ? On reconnait dans ce système, qui, du reste est assez ingénieux, la tendance de l’école allemande, qui converge toujours vers la loi imaginaire de l'unité de pan et de composition dans la nature orga-

Ê : . : ne :

nique. Mais Je ne le crois pas conforme aux faits qui

{ 1) Zconographie des moll, terrestres et fluviat, de l'Europe, xnx° lis, p. 3, 4, ele,

ont étéobservés jusqu'ici. Il faudrait effectivement, pour l’adopter , anéantir l’organisation compliquée qui assigne aux mollusques un rang assez élevé dans la classe des invertébrés pour les reléguer aux derniers degrés de "échelle animale, degrés où nous voyons des êtres chez lesquels les facultés vitales sont à peine éveillées, reproduire leur espèce, malgré l’infériorité de leur organisation, avec des caractères parfaitement reconnaissables. La nature qui n’a créé que des individus, j’en conviens, ne les a point abandonnés aux influences du milieu qu’elle leur assignait pour domaine sans leur donner en même temps, avec l'instinctnécessaireàleur conservation, la force de résistance propre à maintenir leur individualité. Nous en voyons la preuve dans le soin qu’elle a pris de leur inspirer une aversion réciproque qui na pour but que d'empêcher leur altération mutuelle. Jadmets que l'influence de l’homme, la plus puissante de toutes, puisse troubler cet ordre dans de certaines limites; mais elle est nulle pour la majeure partie des animaux qui vivent à l'abri de sa domination dans les conditions les plus favorables au maintien des lois qui ont été assignées à leur organisme.

La géologie ne prouve pas davantage, comme la déclaré un savant dont l’opinion sera toujours d'un grand poids (1), que la nature, dans la création des corps organisés, ait commencé par une ébauche susceptible d’un perfectionnement graduel et indéfini ; que les espèces, en conséquence, ne constituent qu'un

(+) Cuvier; Discours sur les Révolutions du Globe, p. 125.

état transitoire, une modification maladive d’une forme sur son déclin. Nous voyons au contraire en interrogeant les dépôts d’un autre àge, des êtres tout-à-fait à part, dont les analogues souvent n'existent plus ; d'autres qui différent très peu des races actuellement existantes, les uus et lesautres détruits à diverses époques par des circonstances inconnues, sans laisser aucune trace de ces modifications successivement perfectionnées qui devraient les unir entre eux et les enchainer aux espèces contemporaines. Qne devient d’ailleurs ce perfectionnement (selon l'idée que nous semblons y attacher), lorsque nous découvrons sur notre continent appauvri ces débris gigantesques, témoins irrécusables d’une époque de vigueur et de puissance. La modeste réritine de la Seine (pour puiser un exemple dans mon sujet) ne parait-elle pas au contraire une ébauche des belles espèces qui vivaientautrefois aux environs de Paris(1)? Je concois, dans de certaines limites que la nature a fixées elle-même, les modifications qu’entrainent insensiblement le climat, la uourriture et l'éducation ; mais je ne saurais admettre que l’action continue d’une cause originairement insuffisante puisse, dans un moment précis, altérer la composition d’une organisation qui s’est maintenue jusquelà malgré elle dans l’intégrité de ses rapports. L’embarras que nous éprouvons à introduire parmi les mollusques une classification satisfaisante, ne résulte-t-il pas des difficultés qui environnent l'étude de leur constitution organique, difficultés que nous croyons

(1) Fntre autres , la Weritina conoidea, Desh.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. ÿ

éluder en bornant notre examen à leur enveloppe externe, soumise, par son extrême dépendance, à l’influence d’une foule de circonstances modificatrices? Remarquons, en effet, que les mollusques qui empruntent seuls, parmi les animaux, leur détermination spécifique à un corps à-peu-près étranger à leur organisation , sont en même temps ceux qui présentent ces difficultés au plus haut degré. IL est certain que nous sommes loin encore de pouvoir indiquer avec précision les différences ou les analogies qui les caractérisent. Sans parler des modifications nombreuses de l'appareil générateur et de ses dépendances, qui jouent le rôle principal, comme l'a fait observer M. de Blainville, dans la distinction des espèces (1), l'organe producteur de ces coquilles variées dont l'importance est si grande dans nos classifications, nous est-il bien connu? N’est-il pas évident que les cryptes muqueux de l’Æelix nernoralis, par exemple, qui déposent à la surface de la coquille une substance jaune uniforme, doivent différer, en quelque point de leur structure, de ceux qui la revêtent d’un épiderme ou noirâtre ou nuancé de plusieurs couleurs ? La sécrétion qui produit un test corné ou transparent ne diffère-t-elle pas , dans sa composition chimique, de celle qui engendre une coquille opaque? Et cependant, à nos yeux, l'appareil sécréteur se montre, dans ces cas variés, sous une forme à-peu-près identique. Je me garderai bien d’en induire que les modifications les plus minimes dans des organes d’une importance secondaire doivent

(1) Manuel de Malacologie, p. 205.

entrainer une distinction spécifique ; je veux seulement rappeler à mes lecteurs que nos données ne sont point assez complètes encore pour trancher ou abandonner une question dont la solution réside dans des caractères tres difficiles à apprécier. Continuons donc à enregistrer des observations spéciales, et ne désespérons pas de voir un Jour ces faisceaux isolés, solidement liés entre eux par la connaissance dé leurs rapports. On n’en doit pas moins quelque gré aux naturalistes qui s’appliquent à les coordonner d'avance; il est juste de distinguer parmi eux le savant auteur de lIconographie qui parait dirigé dans ses recherches, non-seulement par l'attrait d’une question philosophique, mais encore par le désir de débarrasser la science d’une nomenclature indigeste et stérile.

Lorsqu'on jette les yeux sur la carte du Portugal et que l’on considère, sous une latitude favorable au développement et à la reproduction des êtres, ce réseau de montagnes qui varie sans cesse l'élévation du sol et ces nombreux cours d’eau qui promettent tant de fraiches vallées, on doit croire que la réunion de humidité et de la chaleur, ces deux principes de la vie, et l’inégalité du climat, réservent au naturaliste, surtout dans les degrés inférieurs du règne organique, de nombreuses Jouissances. Malheureusement il n’en est pas ainsi ; et quoique j'atiribue à la composition minéralogique du sol l’infériorité relative de cette région, je suis loin de pouvoir n’expliquer d’une manière satisfaisante la rareté des mollusques que la nature y a répandus. La solution de ce problème nous fournirait sans doute de

précieux indices sur les relations directes qui enchainent ces animaux à l'écorce du globe.

Le sol du Portugal est généralement sec et dépouillé; une masse énorme de grès schisteux couvre le granit d’une extrémité à l’autre; çà et là il se montre à la surface comme aux environs de Porto, à Cintra, dans la Serra d’Estrella et surtout dans les provinces du nord.A peine une ou deux chaïnes @alcaires s’élèvent-elles au milieu de cette triste variété de sables et d’argiles. Une vaste plaine, la seule qui apparaisse parmi ces montagnes amoncelées, s’étend sous le nom d’Alemtejo (1), de la rive gauche du Tage jusqu'aux frontières de VAlgarve (2). Privée d’eau et brülée du soleil, elle n'offre au voyageur altéré que des landes sablonneuses, entrecoupées de collines stériles où se dessine rarement un maigre bouquet de pins. Le Portugal ici n’est plus l'Asie de l'Europe (3), mais une variété de l'Afrique. Les rivières elles-mêmes, encaissées dans de profonds ravins, sont impuissantes pour le fertiliser. J'ai remonté la Guadiana depuis son embouchure jusqu'au territoire Espagnol, et je ne connais rien de plus triste, de plus aride, de plus dépouillé que ses rivages. Sur un sol aussi ingrat, la végétation est bornée dans ses espèces et toujours chéiive; ce sont des Céstes très diversifiés, des Bruyères, des Citises, le Quercus humilis et V Arbousier. On comprend que les animaux qui se nourrissent

(1) Alem-Tejo, littéralement : au-delà du Tage. (2) AI Gharb, l'Occident ; souvenir de la domination arabe,

(3) Expressions de Linué.

de végétaux et qui ont besoin d’humidité et d’abri, comme les mollusques terrestres, n’y trouvent point au degré convenable les conditions favorables à leur existence. Il y a même, en général, peu de vie dans ces déserts, car les insectes redoutent à leur tour le voisinage de ces plantes visqueuses qui envahissent d’immenses espaces que l’homme ne daigne pas leur disputer (1). ”

Au contraire, dans les fraiches oasis qui contrastent de loin en loin avec le dépouillement général, à Cintra, par exemple, où l’industrie humaine a créé de magnifiques ombrages et distribué avec intelligence les eaux qui se perdaient dans le sol, on voit les mollusques multiplier, favorisés dans leurs habitudes par la fraicheur des arbres et l'humidité des vieux murs.

Ces considérations sont évidentes dans leur généralité, mais elles ne suffisent pas pour tout expliquer, et il nous manque un élément de solution. En effet, oublions un grand nombre d'espèces qui vivent et se propagent dans les localités arides, puisque la nature ne les a point placées en Portugal (2), et descendons dans les vallées fraiches et accidentées du Minho, qui contrastent victorieusement avec les plateaux dénudés qui les dominent,les tristes solitudes de l’Alemtejo,les grèsstérilesdela province de Beira et les collines noires et monotones de PAlgarve. Ici, le voyageur chemine sous de délicieux

{1) On nomme ces forêts naines Charneca. Ce sont les makis de Ja Corse et de la Sardaigne ( de macchia, broussailles en italien.) &

(2) Par exemple l'Helix Gualteriana , multipliée dans les rochers calcaires d’Almeria , les plus désolés, les plus arides quej e connaisse.

ombrages, au bruit des eaux qui coulent de tous côtés ; le feuillage varié des orangers, des oliviers, des châtaigners et des chènes annonce un climat fortuné : des côteaux boisés , des roches nues et escarpées, des ravins ombragés, des murailles humides, tapissées d’innombrables fougères promettent une récolte abondante, et cependant l'espoir d'y recueillir des mollusques est souvent frustré; à peine, après de longues recherches, en découvre-t-on un petit nombre appartenant tou- Jours aux mêmes espèces ; les eaux elles-mêmes en sont privées ; quelle peut en être la cause? Ce n’est plus ici l'insuffisance de l'abri et de la nourriture, car ces deux conditions sont également remplies ; il est donc évident qu'il en existe une autre, fondée sur des rapports que nous n'avons pas encore observés et qui, ne dépendant ni du sol ni de la nourriture, d’une manière absolue, résulte probablement de l'influence de l’un sur la composition chimique de l’autre.

Je ne suis pas le premier qui ait signalé une relation obscure entre les mollusques terrestres et l'écorce du globe; c’est-à-dire la dépendance qui existe entre leur multiplicité, la distribution de leurs espèces et la nature du sol. Cette particularité s’expliquait naturellement par les phénomenes de la végétation qui variant elle-même selon les mémes circonstances, leur offrait une nourriture plus ou moins abondante, plus on moins appropriée à leurs besoins; cependant ces animaux ne bornent pas leur alimentation à un petit nombre de plantes affectées à certains terrains; en outre, comment expliquer leur accumulation dans un rayon

aride, quand la contrée voisine, bien plus favorisée, en est à-peu-près dépourvue, comme je pourrais en citer de nombreux exemples ? Une végétation variée etabondante ne remplit donc pas, ainsi que je l'ai déjà fait observer, toutes les conditions nécessaires ; elle ne les remplit sans doute que dans des circonstances données, c’est-à-dire lorsqu'elle s’assimile dansde certaines proportions, quela nature du sol rend variables, lesélémens nutritifsnécessaires à leur composition, et notamment à l'entretien de la sécrétion qui produit la coquille. Le travail organique qui préside de part et d'autre à l’assimilation d’élémens choisis que les végétaux puisent dans le sol pour les transmettre aux mollusques , n’est autre chose que la nutrition, fonction mystérieuse , dont une partie des actes nous échappe, car ils renferment le secret de la vie; c'est elle qui élahore les substances minérales destinées à la formation de la coquille, et nous savons que la proportion et la nature de ces substances varient dans les mêmes espèces de plantes avec le sol quiles nourrit. Ces considérations sont fortifiées par un grand nombre d’observations que j'ai faites sur la distribution géographique des mollusques terrestres, et sur les variations proportionnelles du carbonate de chaux qui solidifie leur test. En bornant leur application au Portugal, j'ai constaté leur rareté dans les provinces schisteuses et granitiques du nord que j'ai visitées à une époque favorable ; à peine les montagnes calcaires apparaissent-elles près de Coïmbre, qu'on les voit se multiplier, en suivant leur direction, jusqu'aux environs de Lisbonne. Le midi présente les mêmes circonstances. Les schistes et les gres

si frais, si accidentés de Portalègre abritent peu de mollusques; tandis qu'ils reparaissent en grand nombre avec le calcaire lamelleux d’Elvas et dans les collines arides, mais également calcaires de Silves et de Loulé en Algarve. \

En second lieu, les espèces munies d’une enveloppe opaque et résistante m'ont paru s’accumuler de préférence dans les terrains calcaires, tandis que les mollusques à test mince et presque membraneux vivent indif-

féremment sur un sol schisteux ou granitique et dans le

voisinage des eaux. Ainsi, les Limaces, et les Hélices crystallina , cellaria, barbulæ, nitens, etc., dont la coquille renferme une proportion plus forte de matière animale se trouvent d’un bout du Portugal à l’autre, et persistent seules sur toute espèce de sol. On pourrait ajouter à ces considérations générales plusieurs observations, particulières quinous montrent des tests, habituellement opaques, perdre une partie de leur carbonate de chaux quand l'animal est né sur un sol granitique ou schisteux ; mais j'avoue que ces exemples, d’après le petit nombre de renseignemens que nous possédons jusqu'à présent, n'étant pas absolus, il faudrait expliquer les exceptions, ce qui nous conduirait à substituer des conjectures systématiques à l'appréciation des faits.

J'espérais puiser dans le musée de Lisbonne quelques données utiles sur les productions naturelles du pays que j'allais parcourir; j’espérais également, en visitant les bibliothèques de Coïmbre et d’'Evora découvrir parmi les manuscrits qui y sont ensevelis le nom de quelque naturaliste ignoré qui yint grossir la liste des auteurs

14 COXSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

nationaux; mes recherches ont été vaines, les travaux des savans portugais en Malacologie se réduisent à un catalogue imprimé dans le premier volume des mémoires de l’Académie de Lisbonne, sous le titre suivant : Specimen fauncæ et floræ Lusitanicæ, aut. Domin. Vandelli, 1797. Voici le passage complet relatif aux mollusques terrestres et fluviatiles :

Limax ater.

Mollusca . . . .

— agreslis, / Helix lapicida.

| — albella.

— pomalia, HESTAREANE Le ? s — nemoralis,

— grisea.

— decollata.

Je n'ai pas besoin d’ajouter que ce catalogue imparfait et dépourvu de descriptions ne donne qu'une idée fort inexacte des productions du pays (r).Quant au Muséum de la capitale, je ne sais trop dans quels termes en parler; un Français aurait mauvaise grâce à critiquer la pauvreté de cet établissement; il faudrait oublier que nous nous sommes enrichis de ses dépouilles (2). Si quelque chose peutnous en consoler, c’est la conviction que cesrichesses, dans l'intérêt des sciences et de l'instruction publique, sont placées chez nous dans de meilleures conditions. Le musée de Lisbonne , en effet, est plutôt un musée de parade qu'une collection scientifique; les noms et les

(x) Je ne sais si l’auteur s’est piqué d’exactitude ; sur six espèces qu'il a choisies, il y en a trois que je n’ai pas rencontrées.

(2) Nous possédons entre autres la fameuse Gryphæa que l’on a crue Jun peu légèrement , originaire du Tage,

localités sont généralement négligés et pour me borner à un exemple, je citerai deux espèces indigènes, la Parmacella Valencienni et Y Helix barbula qui y figurent sous les noms de J'estacella haliotidea et d’Helix erice- torum , Vune et l’autre étrangères au Portugal. Quant à l’Université de Coïmbre, pleine de vénération pour le père de l’histoire naturelle, elle repousse, comme irrévérencieuses, toutes les idées nouvelles qui tendraient à modifier son système.

Les sciences naturelles sont donc en Portugal dans un état voisin de l'enfance; la nation, préoccupée d’autres besoins , privée d’émulation par l'isolement, privée d'encouragement par l'indifférence d’un gouvernement mal assis, les dédaigne comme un luxe inutile; ce n’est pas l'intelligence qui lui manque, mais l’esprit d’observation et le goût des études sérieuses que la sécurité et le bien-être, fruits d’unelongue paix, développentinvinciblement chezies peuples civilisés. Le génie aventureux qui la conduit à travers des mers inconnues à la découverte d’une moitié du globe, n’a jamais eu le temps de prendre une forme spéculative pour observer et méditer sur les merveilles qui se déroulaient à ses regards. Elle a trouvé pour conquérir de l’or et pour sauver des âmes une énergie que l’Europe admire encore, mais qui s’est dissipée en actes extérieurs, sans que l'étude et le travail aient perpétué par un monument durable le souvenir de tant d'efforts. La noble émulation de quelques hommes d'élite qui fonderent, à la fin du dernier siècle, un corps savant destiné à répandre le goût des sciences et à propager les lumières, n’a produit qu'un résultat éphémère,

etles mémoires de l’Académie de Lisbonne n’offrent plus aujourd'hui que des communications d’un médiocre intérêt (1). Et cependant, sans franchir les mers, que de justes motifs pour exciter l’émulation du naturaliste! De Lisbonne, les planes brumeuses de l’Alemtejo apparaissent, par-delà l’immense largeur du Tage, comme la limite d’un pays inconnu. On sait que vers le sud elles sont bornées par l'Océan et prennent le nom redoutable d’Algarve; mais l'espace intermédiaire est oublié; le navigateur fréquente, il est vrai, ces rivages ; mais aucun lien ne les réunit à la métropole à travers l'intérieur. Ce fait n’est pas exagéré : croirait-on qu’en cherchant à obtenir des renseignemens sur cette région avant de m'y aventurer, il m'a été impossible de découvrir un seul homme qui l’eüt parcourue ?

Je passe maintenant à quelques explications sommaires sur les principes qui m'ont dirigé dans ma classification.

Je considère tous les gastéropodes comme divisés en deux groupes, indépendamment du milieu qu'ils habitent; ceux qui respirent librement lair atmosphérique au moyen d’une cavité branchiale et ceux qui respirent dans l’eau par l'intermédiaire de branchies pectinées. Après les organes de la respiration, ceux qui n'ont paru mériter la préférence pour servir de base à une coupe

(x) On trouve dans les premiers mémoires de cette compagnie des instruc= tions détaillées qu'elle adresse à ses correspondans sur les méthodes les plus propres à recueillir des objets d'histoire naturelle, dans le but de créer un Musée national, Ces instructions ont été imprimées séparément en 1791 avec cette épigraphe : nist utile est quod facimus stulta est gloria ; pensée noble et féconde, si

elle n'eül pas avorté presque à sa naissance,

secondaire, sont les organes de la génération qui, séparant ou confondant les sexes sur un même individu, exercent une influence incontestable sur les mœurs et les habitudes de la famille. J'ai donc suivi l’exemple de M. de Blainville, et distingué les Pneumobranches en Monoïques et Dioïques.

Le genre #ncylus, dont les caractères ont présenté jusqu’à présent tant d'incertitude, ne peut être classé que d’une maniere arbitraire, selon l'opinion que l’on adoptera relativement au mode de respiration. Les circonstances dans lesquelles j'ai souvent observé les mollusques appartenant à ce genre, la grande probabilité qu'ils réunissent les deux sexes, l'absence de l’opercule dont tous les Pectinibranches fluviatiles sont pourvus, m’engagent à les considérer comme de vrais Pneumobranches qui jouissent à un degré plus élevé, de la faculté de conserver l’air nécessaire à la respiration, en s'appliquant exactement sur les corps submergés (1). Je les ai donc Jaissés parmi les Pneumobranches monoïques en les séparant néanmoins des Lymnéens dont ils diffèrent : 1° par la forme de leur coquille; 2° par une modification dans l’organe, ou au moins dans la fonction respiratoire; 3° enfin par l'incertitude que présente encore leur organisation.

J'ai confondu les genres Achatina et Bulimus, parce que les animaux, d'apres l'observation de M. Deshayes, se ressemblent dans toutes les parties essentielles de leur

(1) Dupuy; Essai sur les Moll. du Gers, p. 59. Poyez aussi les observations de M. Bouchard-Chantereaux , dans les Mémoires de la Soc, d’Asric, de Boulogne,

organisation, et que la troncature de la columelle, très peu sensible sur les espèces de nos pays, s’efface graduellement, au point de rendre imaginaire la limite qui en forme la séparation. On connait aujourd’hui des Hélices qui présentent la même particularité, sans que l’on ait songé à les distraire de leur famille naturelle pour en former un genre nouveau. J’en dirai autant des V'ertigos que je réunis aux Pupas, en attendant que leurs caractères distinctifs soient établis d’une maniere évidente.

Enfin , en reconnaissant avec M. de Férussac que l’absence de pore muqueux terminal et le perfectionnement du rudiment testacé fournissent les élémens d’une coupe intéressante dans la famille des Limaces, je ne lui accorde néanmoins qu’une valeur secondaire, parce que les caractères qui lui servent de base me paraissent sans importance sur l'organisme. L'un d'eux s’évanouit même par la découverte d’une véritable Limace (L.anguiformis) dont la cavité branchiale est tout-à-fait antérieure.

La classification des coquilles, c’est-à-dire l’abstraction de certaines diversités et la combinaison des ressemblances présente plus de difficultés, parce que les appréciations sont plutôt le résultat du tact que celui d’une règle précise. C’est ici que la nature, dans ses combipaisons variées, se joue vraiment de nos efforts pour lui tracer des règles. Nous voyons les formes les plus éloignées, celles de lÆelix polygyrata et du Bulimus maritimus par exemple, senchainer et se fondre l’une dans l'autre par une succession imperceptible de transforma-

tions graduées. La limite entre les Hélices et les Bulimes

(deux genres qui different par une modification légère de l'appareil générateur ) est indéterminable par le seul examen de la coquille. Sans pousser plus loin ces considérations, je ferai remarquer que la comparaison d’un grand nombre d’Hélices a constaté parmi elles quatre formes générales , auxquelles il est possible de les ramener toutes à-peu-près. On peut les distribuer en coquilles aplaties, subdéprimées, globuleuses et trochiformes. Cette distinction, qui est loin d’être rigoureuse, est basée sur le facies , sur l’ensemble de la coquille. Quant à la carène et aux particularités de l'ouverture et de l’ombilic, je les considère comme de simples accidens qui accompagnent ou non les quatre formes que je viens d’énumérer. On en tiendra compte, si l’on veut, dans chacun de ces groupes, mais en leur attribuant seulement une valeur de second ordre. Les mêmes principes peuvent s’appliquer aux autres genres et notamiment aux Cyclostomes qui offrent toutes les combinaisons possibles, depuis la forme planorbique jusqu’à celle du Bulime, sans que l’on ait imaginé d’en composer comme on l’a fait pour les Hélices, autant de familles distinctes.

La coloration des coquilles tient beaucoup, comme on lesait, à l’action excitante de la lumière ; l’état de leur - surface, aux habitudes et au climat; la grandeur relative, à l'abondance dela nourriture ; et la grandeur absolue, à la réunion des circonstances propres à développer énergiquement la vie dans tous les degrés de l'échelle organique. L'Italie nous présente déjà des espèces plus grosses, plus colorées, plus variées que les nôtres ; l’Espagne, qui jouit aussi de plus de lumiere et de chaleur

que nous, parait également plus favorisée ; néanmoins elle se montre inférieure à l’Italie parce qu’elle est moins humide et moins heureusement constituée ; en général, la température des îles, égalisée par le voisinage de la mer, offre un milieu dont l’action favorable n’est jamais interrompue par les transitions brusques ou prolongées qui se manifestent sur les grands continens; elles semblent donc éminemment propres au développement de la puissance vitale, dont elles nous présentent, chez les mollusques, les manifestations les plus belles et les plus variées. Madagascar, les Antilles, les Philippines, réunissent sans doute ces conditions à un haut degré.

On peut remarquer en outre parmi les mollusques comme chez les animaux d’un ordre plus élevé, un rapport entre le climat et la tendance de la nature à produire certaines formes déterminées. Ainsi les Achatines fortement caractérisées, appartiennent presque toutes à l’Afrique occidentale, dans le voisinage du tropique; la forme turriculée est dominante dans l'Amérique du Sud. La Malaisie nous montre un grand nombre d'espèces dont la spire développée et l’ouverture arrondie, oscillant entre la forme de l'Hélix et celle du Bulime, rendent, en l'absence de l'animal, leur véritable place très incertaine dans une collection.

Si l’on applique ces réflexions au Portugal et qu’on jette un regard sur l’ensemble de ses mollusques, on est frappé de leur infériorité relative, qui accuse un sol maigre et une nature bornée dans ses efforts. Les Hélices les plus grosses, inférieures à celles de la France te mpérée, nelui appartiennent pas et y sont arrivées sans

doute du continent voisin. La rareté des Bulimes, la prédominance des formes planes, la paleur des nuances caractérisent la froide Europe, tandis qu’un très petit nombre d’espèces, malgré l’immensité de l’espace, se rattache aux iles de l'occident. Enfin la fragilité de leur test, où la substance crétacée est peu abondante, parait en harmonie avec la constitution minéralogique du sol où les terrains schisteux et granitiques sont dominans. Ces relations sont confirmées pas l’examen des mollusques fluviatiles qui, vivant dans des circonstances moins dépendantes du sol, se montrent plus nombreux et plus variés.

On remarquera avec surprise que les cours d’eau du Portugal ne m'ont point offert une seule mélanopside, quoique cette famille, trop abondamment multipliée dans les localités qui lui conviennent pour échapper aux investigations, soit répandue sur tout le littoral de l'Espagne, au-delà de la Guadiana. Les Clausilies, famille essentiellement orientale, se bornent à une seule espèce (1); enfin je n’ai rencontré aucun individu de la section des Cyclostomes que les Allemands, classificateurs minutieux, ont distinguée sous lenom de Pomatius, et qui se plaisent cependant dans les montagnes tempérées.

(1) On en connait trois des iles Madère, mais l'Afrique septentrionale n'en produit pas une seule,

Distribution géographique des mollusques terrestres et fluviatiles

du Portugal.

1. Espèces qui se retrouvent en France et qui appartiennent généralement au littoral de la Méditerranée.

Arion ater.

— rufus.

— fuscatus.

Limax sylvaticus

— variegatus.

— agrestis.

Vitrina subglobosa.

Succinea amphibia.

Helix aspersa.

— Jactea.

— nemoralis.

— Pisana.

— variabilis.

— intersecta.

‘— carthusianella.

— candidula.

— apicina.

— conspurcata.

— cellaria.

— nitens.

— crystallina.

— pygmœæa.

— rotundata.

— Jlapicida.

— lenticula.

— rupestris.

— fulva.

— aculeata.

Bulimus decollatus.

— acutus.

— ventricosus.

— obscurus.

— lubricus.

— folliculus.

Pupa secale.

— granum.

— umbilicata.

— fragilis.

— muscoruim.

Pupa antvertigo.

— Anglica.

Clausihia rugosa.

Auricula minima.

— myosotis.

Planorbis corneus.

—- carinatus.

— marginatus.

— leucostoma.

— contortus.

— hispidus.

— complanatus.

— devians.

Lymnea ovata.

— auricularia.

— peregra.

— intermedia.

— minuta.

Physa acuta.

— contorta, Ancylus fluviatilis.

Cyclostoma elegans.

Valvata piscinalis.

Paludina achatina.

— impura.

— similis.

— acuta.

— anatina, — gibba.

Cyclas rivalis.

— Jacustris.

— Calyculata.

— fontinalis.

Anodonta cygnea.

— anatina.

Unio pictorum.

— Batavus.

— dittoralis.

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