L. 104 à 13 w. = 1 pied 6^ pouces à
1 pied 1 0 y pouces angl.
1 Le comte Clarac donne à ces serpents le nom de «/ir/stis » , mais le mot rciorptç, jcpioriç, pistrix ou pristix , parait désigner plutôt un requin qu’un serpent marin. Chez Sidoine (Ep. IV, 8) un triton, terminé en queue de requin , est nommé: pistriger triton.
En comparant ce monument avec d autres , surtout avec la grande composition du musée du Louvre, (Cla-
rac , II, pl. 206, N° 194) on reconnaît que notre
fragment a fait partie probablement d une scène , ayant pour sujet ou la naissance ou le triomphe d ’ Anadyomène. Mais notre relief, qui autrefois a appartenu à Canova et que le célèbre sculpteur appréciait beaucoup, est d’un travail excellent , tandis que celui de Paris . selon le jugement du comte Clarac, est d’une exécution médiocre et probablement du troisième siècle de notre ère. Ceci nous prouve que ces deux reliefs ne sont que l imitation d’un monument fameux, fait par un ancien artiste grec très - considéré et nous avons déjà mentionné plusieurs
fois dans cet article , que la plupart des marbres an¬
tiques que les musées renferment, n’offrent que des répétitions de monuments célèbres.
Au premier abord , on est tenté de prendre le triton de notre fragment pour Astakos , le fils de Poséidon et de la nymphe Olbia 1 ; il était fondateur de la ville du meme nom en Bitbynie , dont les médailles offrent en effet un homard, faisant allusion aux noms de la ville et de son fondateur 2. Mr. Panofka a reconnu cet Astakos dans une peinture de Pompëi , représentant une espèce de triton, terminé par le corps et la queue d’une grande écrevisse , tenant par les rênes un cheval marin et portant dans la main gauche un coquillage en forme de trompe 3.
1 Appien, de rebus Syriacis, Ch. LVII, où Astakos est cité parmi les villes ayant des noms macédoniens. Etienne de Byzance, v. ’Aoxaxos. (Ce mot désigne une écrevisse de mer.)
2 Mionnet, Supplém. V, p. 17 N° 88, Rec. des planches, L. N° 9. Millingen , Rec. de médailles inéd. p. 60, pl. III, N° 15. Panofka, von dem Einflusse der Gottheiten auf die Ortsnamen, p. 15. pl. I, N° 11.
3 Museo Borbon. X, pl. VIII. Panofka, 1. c. pl. I, N° 24.
Une autre peinture antique , conservée au musée de Portici, nous offre la meme figure, mais sonnant de la trompe, qu elle tient de la main gauche *.
D’après l’opinion du meme archéologue une agate noire offre également Astakos , assis sur un écrevisse et tenant un trident renversé, ainsi quun gouvernail élevé. La tète est aussi armée de cornes semblables en forme de pattes de crabe ou de pinces de homard, et telles qu’on les voit dans notre relief1 2. Mr. Panofka rapporte le gouvernail à la descendance d Astakos d Olbia, l’heureuse, synonyme de Tychc' , la Fortune, dont le gouvernail est l’emblème ordinaire.
La tète d’un jeune homme , couvert d’un casque en forme de pagure qu’on voit sur des pierres gravées, p. e. sur une cornaline du musée de l’Ermitage Impérial,
ainsique sur les monnaies des Bruttiens 3, représente, si non Astakos meme, au moins un personnage semblable. Winckelmann a pris cette tète pour celle d’Amphitrite 4, mais il est peu probable que les anciens l’aient représente couverte d’un casque. Eckhel aussi a pensé que
1 Clarac, II, p. 191.
2 Impronte getnm. dell’ Instituto archeol., Cent. V, N° 69. Bulletino dell' Instit. 1839, p. 105. Panofka, 1. c. pl. I, N° 23.
3 Doctrina num. vet. I, p. 167.
4 Vol. II, p. 505; comp. monmnenti ined. p. 52.
cette tête était celle d’une femme 1 , cependant un examen scrupuleux nous fait pencher à y reconnaître un jeune homme dont on ignore le nom, mais qui doit jouer un certain rôle dans l’histoire primitive des Brultiens.
La ressemblance de ces figures, avec notre triton et les emblèmes pareils dont leurs têtes sont ornées , font 4 supposer que toutes, sous de formes varices, représentent le même personnage mythologique, peut-être Astakos. Mais le relief déjà mentionne' du Louvre offre deux fois un jeune triton, figuré tout à fait comme le nôtre, ce qui démontre que le monstre marin de notre fragment ne peut pas être Astakos , mais bien un triton . à qui il est impossible d’assigner un nom certain. Le même monument du Louvre représente encore deux autres tritons, mais barbus et tous les quatre portent à la tête les pinces de homard ou pattes de crabe. De tritons pareils, mais sans cet ornement singulier de la tête, se trouvent sur un autre relief du Louvre, autrefois conservé dans la villa Pinciana à Rome 2.
Ces cornes en forme de pattes ou de pinces de crabe et d’écrevisse , ne sont donc pas l’emblème distinctif d’Astakos et elles se trouvent aussi comme ornement de tête sur d’autres divinités marines, p. e. aux tempes de la tête de Y Océan sur l’autel de Diane lucifera , au Louvre 3 , à la tête de Thalassa sur le célèbre relief de la villa Borgbèse, offrant la chute dePhaëton4, etc.
Les groupes de triions et de néréides sont extrêmement communs et ordinairement accompagnés d’amours ou d’enfants, qui les entourent de différentes manières :
1 Doctr. 1. c.
2 Stanza, bassiril. délia villa Pinciana, I, N° 12. Millin, gai. myth. pl. XL1I, N° 174. Clarac, II, pl. 170, N° 74.
3 Clarac, II, pl. 170, N° 74.
4 Winckelmann , monum. ined. , 45. Millin, gai. inylli. pl. XXVI, N° 83.
tantôt ils se balançent, tantôt ils sont assis sur les replis de leurs queues de poisson, quelquefois ils plongent ou nagent, comme sur notre fragment et sur le beau camée de Glykon, du cabinet de France, représentant Aphrodite sur le dos d’un taureau marin1.