‹ Description des ouvrages de la sculpture francaise des 16.e, 17.e et 18.e siècles, exposés dans les salles de la Galerie d'Angouleme. Par M. le Comte de ClaracChapitre 16 sur 65 · MANSARD ( JuJès-IIardouin), architecte. — Buste en · texte numérisé non relu

MANSARD ( JuJès-IIardouin), architecte. — Buste en

marbre , par Le Moyne (Jean - Louis) , ne en 1665 ,

. morte» 1755.

Haut. 0^86 m — 2 p. 8 po. 9 1.

Cette tête ne manque pas d’expression , et la chevelure est traitée avec une certaine chaleur et une facilite' d’exé-

cution qui compensent un peu ce que tout ee costume a d’ingrat pour la sculpture.

Neveu de François Mansard, architecte célèbre, mort en 1666, et à qui Ton doit te Vaf-de-Grâcc , te château de Maisons , rhôfel de ville d’Arles , et beaucoup d’autres édifices .Jules Haiuoouin , ne' en 1645, mort en 1708, avait de grands talens, et jouit, sous Louis XIV, d’une réputation méritée, et de tous les avantages qu’etle peut procurer, et que sa modestie t'empêchait de rechercher. Mis par Colbert à ta fête des arts , des manufactures et de tous les grands travaux qu'il lit exécuter, ii étev» de beaux monumehs, parmi lesquels on cite ta ptace Vendôme, cette des Victoires, te dôme des Invalides, l'orangerie de Versailles, quoiqu'il paraisse que dans cette belle construction il suivit tes idées de Le Nôtre ; ta cascade de Saint-Cloud est aussi de lui. Comblé de distinctions honorables etdcs marques de ta faveur de Louis te Grand, Mansard , chéri de tout te monde, mourut en 1708 , à Marty. Le genre de toits brisés, nommé mansardes , est de l'invention de François Mansard.

Ce buste est dcJsAX-Louis Le MoynE, né à Paris en 1698, mort * en 1755, recteur de l’académie de soulpture. Cet artiste a laissé

MUSÉE DE LA SCULPTURE FRANÇAISE peu d'ouvrages et peu de réputation ; d’Argenville se borne à le nommer. II eut pour fils et pour élève Jean-Baptiste LeMoyne , qui e'tudia aussi sous le Lorrain , et qui , maigre' les pompeux c’ioges que lui donnent d’André-Bardon et d’Argcnville , dont en gc'ne'ral les jngemens sont peu sûrs , par sa funeste facilite' , par son manque de goût et d'étude, par les principes qu’il donnait à ses élèves, qu’il e'Ioignait de fétude de l’antique, est un des sculpteurs qui, sous le règne de Louis XV, ont fait le plus grand tort à la sculpture , et il a contribue' de tout son pouvoir à la décadence des arts. Scs ouvrages ont tous les vices que l’on remarque dans les peintures et les sculptures de cette époque, qui vit s’établir des systèmes si faux et si nuisibles , et dont le costume était capable à lui seul de pervertir la sculpture et tous les arts d’imitation : dessin incorrect, maniéré, sans fermeté; attitudes forcées, draperies lourdes, surchargeant les ligures de masses de plis où l’on ne trouve aucune étude, et qui semblent faites d’après des mannequins de papier. Enfin, avec tous les défauts qui peuvent porter un coup mortel à la sculpture. Le Moyne n’a aucune qualité qui pût lui donner des droits aux ridicules prétentions qu’il affichait d’étre chef d’une nouvelle école , et de mettre scs principes à la place de ceux des anciens et des grands maîtres du règne de François ï. a

31. L’AMOUR ADOLESCENT. — Statue en marbre , par Bouciiardon ( Etlmc ) , ne en 1698, à Chaumont en Bassigny ; reçu à l’academie en 1744 ; mort en 1762.

Haut. 1,677>" 5 p. 2 po.

L’Amour, se sentant en âge d’essayer ses forces, après , s’étre empare' des armes de Mars , qu’il foule aux pieds , et avoir enlcve' à Hercule sa peau de lion, se fait ün arc qu’il taille dans la massue de ce he'ros , qu’il a soumis à scs lois. Son sourire malin et I’expressiori de ses yeux annoncent tout le plaisir qu’il trouve à son double triomphe.’ Cette statue, faite pour Louis XV, fut d’abord ^placée à Versailles, ensuite à Ciioisv. Son pie'destal est du plus beau marbre antique de Cariste ou cipolin vert.

A une époque où l’on avait oublie' ou négligé' tous les vrais principes et les leçons sévères de la sculpture antique , et où , loin de prendre pour modèles les chefs-d’œuvre des anciens, on suivait la fausse route trace'e par le Bernin , le Borromini , et ou des chefs d’école tels que Le Moyne e'garaicnt leurs élèves, la statue de Bouchardou devait avoir un grand succès; cependant il lui fut contesté, ce dont il fut très- surpris , car il y avait mis tous ses soins et tout son talent, et il s’étonnait que l’on ne fut pas ravi de l’expression voluptueuse qu’il avait donnée aux yeux et à la bouche de cet Amour. Aujourd’hui , l’on trouve , avec raison , son attitude gauche et tourmentée , la disposition des jambes peu agréable; ce que Bouchardon regardait comme de la grâce dans la figure, est de la manière; les formes sont pauvres et n’ont aucune noblesse , et il est difficile de voir des jambes et sur -tout des pieds d’un dessin plus incorrect et plus ignoble , et des draperies plus mal jetées ; elles ne sont exécutées que de pratique et sans étude. Le marbre est travaillé avec grand soin et même avec beaucoup d’adresse, et les accessoires sont bien traités sous le rapport de l’exécution , mais" le bouclier et le casque chargé de plumes n’ont nullement le caractère qui conviendrait à un Amour auquel on a voulu donner des attributs antiques.

II paraîtquc Bouchardon, qui, apres s’étre livre' à la peinture, devint élève de Coustou le jeune, avait plus de talent etdc goût

qu’il n’en montre dans la plupart de ses ouvrages , et qu’ayant étudié l’antique, à Rome, il en connaissait et sentait les beautés, et les reproduisait dons ses compositions et dans les dessins au crayon , qu’H Faisait avec beaucoup de feu et de talent. Quoiqu’il donnât à scs statues des draperies lourdes et cassées , il admirait la noblesse et la simplicité de celles des anciens, desirait que le costume antique fût adopté au théâtre, et s'indignait d’étre

oblige de sacrifier au mauvais goût de son siècle. Né avec de grandes dispositions et une étonnante facilité , s’il eût paru aune époque plus heureuse pour les arts,. il eût pu devenir un habile maître : mais, malgré quelques ouvrages où il y a du mérite, on ne peut s'empêcher de le mettre au rang des sculpteurs qui ont contribué à la décadence de l’ccole française , et dont on doit éviter de suivre les principes et la manière. Parmi les meilleures productions do ce sculpteur, on cite, en première ligne, la fontaine de la rue de Grenelle du faubourg Saint-Germain , commencée en 1739 , et son plus bel ouvrage; la statue équestre en brome de Louis W , sur la place de ce nom. Il y avait travaillé pendant douze ans, et le cheval était assez beau et bien étudié. La statue était portée sur un grand piédestal orné de bas-reliefe en bronze, et , aux quatre coins, de figures de dix pieds de haut, qui représentaient la Justice, la Force, la Prudence et la Paix : gr ande et belle composition , et d'une richesse convenable à un monument de ce genre. Bouchardon a fait aussi des statues à Versailles, plusieurs pour l'église de Saint-Sulpicc, et une belle figure, pleine d’expression, pour te mausolée de la duchesse de Lauragais. Ce sculpteur n’a pas laissé d'école, et Ton ne cite d élèves de lui que Louis Guiard, quia passé une grande partie de sa vie à Rome, et Louis Claude Vassé, mort en 1772 , sans grande réputation. Voyez d’Argenville.

Quoique ce musée ne renferme pas de statues de Conston le jeune ( Guillaume le père ) , il est difficile , après avoir parlé de .Bouchardon, de ne pas dire un mot de ce sculpteur, qni a été son maître.

Trois Coustou se sont fait un nom parmi les sculpteurs français, et peuvent être mis au rang de ceux qui ont soutenu , sons le règne,de Louis XJ V , l’honneur de la sculpture. Cependant ils étaient sortis de la route tracée par Jean Goujon , et sur-tout par les anciens , et ils annonçaient déjà la décadence qui les suivit et à laquelle ils contribuèrent malgré leurs talens. Co n’est que par les grands principes des maîtres de l'antiquité et par la sévérité du dessin que peuvent vivre et fleurir les écoles, et uneexéeution brillante et facile ne les empêche pas de déchoir ot de

tomber. , • . t -,

DES XVI.*, XVII. r ET XVIII.* SIÈCLES.

Coustou ( Nicolas ) , né à Lyon , en 1658 ; mort en 1 733.

Après avoir étudié sous Coyzevox, son oncle, et avoir remporté le grand prix de sculpture, il alla k Rome, où il prit pour guide de ses études les ouvrages de Michel-Ange ctderAlgarde. Un voit qu'il les étudia beaucoup plus que l'antique : ses protections ont peu de choses qui le rappellent; altitudes , expression, draperies, tout y a l’air moderne, même dans les sujets tirés de l’antiquité, quoiqu’en général les formes soient d’un hou choix , bien dessinées, et d’une exécution facile et agréable. Versailles, les Tuileries et Trianon possèdent beaucoup de statues de cet habile sculpteur , qui a orné de ses productions plusieurs églises de Paris et de Lyon. Le groupe de la Seine et de la Marne , des Tuileries, peutétre cité comme un de scs bons ouvrages , qui offre ses qualités et ses défauts. On voit k Lyon , k l’hôtel de ville , une statue de la Saône, en bronze, de dix pieds de proportion, par Coustou; elle est d’une grande beauté et était autrefois placée au bas du piédestal de la statue équestre de Louis XIV’. Deux nymphes groupées avec des amours, le Berger chasseur et le Jules César que l’on voit dans le jardin des Tuileries, sont de bous ouvrages de Nicolas Coustou. II a aussi fait, pour Notre- Dame , une belle descente de croix , en mémoire du vœu de Louis XIII , et un S. Denis. En 1693, il fut reçu k l’académie, dont il devint par la suite chancelier et recteur. On cite parmi ses élèves L’Amoureux, dont on voit plusieurs ouvrages a Lyon , et Jacques Rousseau , de l’académie , et qui a travaillé k Paris, k Rouen etk Madrid, où il mourut en 1740, âgé de 59 ans.

Coustou (Guillaume), frère du précédent, et maître de Bouchardou; né en 1678; mort en 1746.

Elève de Coyzevox , de même que son frère , if remporta aussi le grand prix , qui Je lit aller k Rome, où il cul beaucoup de peine k vivre, quoiqu’il eut déjà du talent. Sur le point de partir pour ( onstantinople , il fut retenu par Le Gros, qui lui procura de I ouvrage. Guillaume Coustou avait peut-être plus de talent que Nicolas, et son dessin est plus pur et plus sévère; on eu peut juger, aux Tuileries , par les jolies statues d’Iiippoinène ctd’Atalantc; d Apollon et de Daphné : elles ont beaucoup de mouvement, de grâce, et l'cxccution en csttrcs-3oiguéc. Les chevaux de

Marty,' placés à l’entrée des Champs-Elysées , sont au nombre des meilleurs ouvrages de Guillaume Coustou ,et ces groupes, pleins de feu , de vie, et d’une belle disposition , lui font grand honneur; ils furent finis en 1745, et remplacèrent à Marly les groupes de la Rcyoïumc'e et de Mercure, qui furent transportés aux Tuileries. La statue du Rhône , à l’hôtel de ville de Lyon , est une des plus belles productions de la sculpture moderne. On voit encore , de Guillaume Coustou, de beaux bas-reliefs: à Versailles, le Passage du Rhin, commencé par son frère; ceux du fronton du château d’eau, sur la place du Palais-Royal, qui offre la Seine et la fontaine d’Arcueil, et celui de la porte d’entrée des Invalides. If travailla aussi avec son frère à (a descente de croix de Notre-Dame. Il eut pour principaux élèves Claude Francin, de Strasbourg, né en 1701 ,mort à Paris en 1773, qui travailla pour les églises de Saint-Roch, de SaintrAndré des Arcs, etfit un beau bas-relief - pour Bordeaux , la bataille de Fontenay et la prise de Mahon ; Jacques-François-Joseph Saly, né à Valenciennes en 1701, de l’académie en 1751. Son monument de réception fut le jeune . Faune portant un chevreau, qui est aux Tuileries; il fit pour Valenciennes la statue de Louis XV, en marbre, de neuf pieds de haut, et à Copenhague la statue équestre de Christiern IV.

Coustou ( Guillaume ) le jeune, fils de Guillaume, né en 1716 , de l’académie en 1742 , recteur en 1770, mort en 1777.

A son retour de Rome, où il avait été comme pensionnaire, il aida soii père à terminer les beaux chevaux de Marly, et fit pour Bordeaux un beau S. François Xavier; un Mars et une Vénus, pour la Prusse ; à Saint-Roch , la statue de S. Roch ; dans fa cathédrale de Sens , le tombeau du Dauphin père de Louis XVIII.

32 . COLBERT ( Édouard ). — Buste en marbre~, par Desjardins.

Haut. 0,803 m — 2 p. 5 po. jé C Il e'tait frère du grand Colbert, fit 4a guerre av.eü distinction , et mourut lieutenant general. Ce beau buste est de Desjardins, dont nous parlerons dans un antre endroit. Voyez p. 34. 1 ’ ~

DES XVI/, XVIÏ. C ET XVHI.* SIECLES. 31

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