‹ Description des terrains volcaniques de la France centrale, avec dix planches;Chapitre 12 sur 34 · CHAPITRE TROISCÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISCÈME

TERRAIN TRACHTTIQUE.

GROUPE DU CAIfTAL.

Forme, ctcn- Le ôroupe du Cantal, pris dans son ensem-

due , composi- or ^ r

tion. 1)10 trachy tique et basaltique, occupé une

surface de forme à-peu-près circulaire , qui a plus de 7S kilom. de diamètre , et dont -le groupe trachytique, proprement dit, forme la partie centrale sur une étendue de 600 kiL carrés. Cette vaste gibbosité se compose d'un centre de m<Hitagnes élevées, distribuées dans

GROpI^E BU CANTAL. 59

un rayon de deux kilom., d'où parlent des contreforts qui s'aJbaissent gradiidlement^et se terminent par des plateaivs plus ou moins inclinés. La hauteur absolue des montagnes centrales varie entre i4oo et 1,871 mètres, jbauteur de la bcitte du plomb du Cantal, qui domij^ les pbteaux de l'est : la gibbosîté présente un profil analogue à cehii des monts Dores y si ce n'est qu'il est beaucoup plus étendu , et que le centre est occupé par un rideau prolongé de montagnes arrondies, qui se maintiennent à une élévation à-peii-près constante.

Les trachy tes ,, accompagnés des roebesd'ag<> grégatio^ d'une puissance supérieure , quel* ques pbonoUtes et des basaltes très développés, sont les roches constituantes de ce système, superposé au terrain primitif , soit à la forma» tioi^ tertiaire. Au nord, à l'est et à l'ouest les roches volcsanicfues reposent directement sur le; terrain primitif, sauf les exceptions de la vallée. d'Alagnon,de Salins, etc.... Au sud le terrain tCMftiaire est à découv^t près ^de Thie zac ; à partir de ce point leurs couches horizontales ou bouleversées affleurent continuel^ lemeut au-dessous des masses volcaniques*

6o CHAPITRE III.

Ce groupe est sillonné par de nombreuses vallées, les deux plus grandes, celles de la Gère et de la Jordanne partent du centre et se dirigent parallèlement au sud-sud-ouest sur une longueur de 2 5 kilom. Elles sont profondément encaissées dans leur partie élevée par les sommités du groupe. Autour d'elles , et comme autant de rayons qui aboutissent à la circonférence, sont disposées les autres vallées dont les dimensions sont moindres que dans les deux précédentes. Les principales sont : à Test, celles de la Goul et d'Alagnon ; au nord, celles de Dienne, d'Apchon et du Falgou; à Touest, celles de Salers, de Fontanges, Saint-Ghamand, Saint-Gernin , Marmagnac, etc....

Les trachytes en place ne se trouvent guère que dans la partie centrale , où ils sont accompagnés de roches d'aggrégation beaucoup plus développées. Ils constituent presque toutes les sommités. Autour de ce centre bérissé d'aspérités, les roches d'aggrégation, déjà si puissantes , prennent un développement énorme, exclusif. Mais leur nature se modifie, et l'on voit succéder aux tufs d'apparence homogène, aux conglomérats , fortement agglutinés, dans lesquels l'action volcanique directe est sou-

GROUP£ DU CANTAL. 6l

vent évidente, les roches tout-à-fait hétérogèvies , les conglomérats de blocs trachy tiques et basaltiques englobés dans un gravier souvent ponceux. Ces conglomérats extérieurs forment une large zone autour du centre j ils sont souvent couronnés de laves basaltiques qui les ont dépassés, et ont été recouvrir le terrain primitif environnant. Les basaltes ont , sous forme de filons , pénétré très près du centre ; c'est ainsi que le plomb du Cantal n'est lui-même qu im dyke basaltique.

Les roches sont plus variées dans le groupe du Cantal l>e»crîpiiondes

* . . roche».

que dans les autres centres trachy tiques , ce qui tient surtout à sa grande étendue. On remarquera cependant le peu de développement des trachytes à grands cristaux. La majorité|des trachytes est caractérisée par l'abondance de l'amphibole , mais rarement assez pour déterminer la variété amphibolique. Les quatre autres types se montrent sous des formes très diverses, et composent ui|e série nombreuse de sous- variétés.

Les phonolites, concentrés dans un gisement très circonscrit , offrent peu de variations dans leurs roches.

Les rodies d'aggrégation se présentent sous des aspects très différens dans leur vaste développement ; les tufs cinérites et ponceux homogènes sont cependant peu répandus; mais les conglomérats ferrugineux pouddingiformeSi les brèches trachytiques hétérogènes et les

6% cuA^iHTAE ur.

coDglomérats de transport, caractârisés en plasieui'^ points par des blocs trachytiques dont on ne retrouve pasJes analogues dans les trachytes en place, offrent un grand développement.

Trachyte à gros cristaux. Cristaux de feldspath vitreux, très fendillés, ayant à peine 0,0 1 dans leur plus gramde dimension. Ils sont assefc mal formés et semblent souvent des nodules cristallins ; abondaps au point de se toucher , peu adhérens ; pâte compacte > d\in gris violacé, veinée , présentant quelques vacuoles ; cassure très inégale; texture un peu lâche et assurée; structure informe et massive ; quelques cristaux de mica et d'amphibole disséminés. Ce trachyte se trouve vers les sommités du col de Cabre et du Puy-Mary,

Trachyte porphyroïde. Le type en a été décrit au sud de la crête de FervaU La variété suivante s'y rattache directement. Cristaux de feldspath vitreux , fendillés , petits et bien formés de 0,001 à o,oo5 : il y en a nn ou émx par centimètre carré. Ces cristauit se dessinent nettement «ar la pâte; quelquefois ils sont pkcés préfe* rablement dans un sens , en sorte que la cassure les pré^ sente larges dans un sens, ef dans l'autre , loiigs et minces. Pâte rouge et tenace , cassurte très rabôtetise^ textut-e cHblée de petites cellules déchiquetées^ structure très fissurée. Cette pâte coudent des cristaux d'amphiboles «t quelquefois de pyroxène. Ce trachyte se rencontre dans presque toutes lesileasses calminantes; nnàs il n'en forme que les ^rties inférieures.

Cette vaiiété, caractérisée stu-tuut par les cristaux, par des cellules déchiquetées^ comprend encore d'autre» trachytes très répandus, qui n'en diffèrent guère que

par U couleur de la pâte. Cette {>Ate est brtine , grise oh noire. Les cellales s'agrandissent quelquefois et sont tapissées d'une couche noùre d'oxide de fer.

Trachyte porphyroîde compact : Cristaux de feldspath vitreux^ scnivent mats et tentes. Ces cristaux sont très «al formés y très inégaux , peu abondans , inégalement ^^saénnnés : ils adhèrent fortement à la pâte, qm en esit compacte, tenace. Cassure assez «nie et tendant à devenir coiichoîde; texture serrée; structure nettement fissurée, tendant souvent à être prismatique» Les blocs présentent des angles nets etsaîlians. Cette rociie est très abondante : les sommités du Lioran , les hautes vallées de la Cère et de Mandailles en présentent des exemples nombreux. Ils constituent une bonne partie des filonâ. Lorsqu'ils se découEiposeut , ils prennent ime teinte brune, mais conservent toujours une certaine dureté. 11^ présentent assez souvent des vacuoles remplies de fer hydraté, de«o«tleur claire, qui donnent une teinte jaune à la rocke» ainsi que cela se vc^t dans les trachytes supé^ rieurs de Font-Aiagnon , et dans des filons à l'ouest des Chasea. Dans ces trachjtes il faut ranger œnx dont les cristaux semblent se fondre dans la pâte, et qui passent aux trachyfes homogènes.

Tmchytehomogène. Les cristaux de feldspath sont nuls, ou bien ils apparaissent comme de petites écailles miroitantes y de couleur un peu plus claire que la pàlCé Ces tra<^ytes contiennent aCK^identellement d'autres cristaux plus grands, mais toujours plats et fortement adhérens. Us sont compacts, quelquefois huileux et scorifiés. Les variétés d'albepierre sont ceHnlaires ; la coulée qui forme a seconde assisie à Test dû Puy-Sfary offre le plus bel

CHàPITRE IIÏ.

exemple de cette espèce ; la roche est souvent bulleuse , et contient de la cbaux carbonatée dans ses pores; les leintes en sont variées , brun verdâtre , rougeâtre , et à Test on trouve le trachyte noir. L*amphibole, le mica et le pjroxène se rencontrent très souvent dans ces tra<chjtesy le pyroxène surtout y est plus fréquent que dans foute autre variété ; ses cristaux sont toujours très adhérens à la pâte , et ils ne se détachent souvent sur le fond sombre de la roche que comme des points ternes , l'amphibole^ au contraire, forme des cristaux allongés et toujours miroitans. Parmi les nombreux gisemens de ces trachy tes , on remarque le trachyte gris noirâtre , granu^ laire , en filons , près de Cantalon ; le trachyte rouge homogène de Font-A.lagnon, qui contient souvent des noyaux de quartz rouge.

Trachfte homogène compact. Les trachytes de la variété précédente sont souvent buHeux, cellulaires; ceuxci n'offrent jamais qu'un tissu serré, compact; ils sont sonores et présentent une cassure ordinairement conchoïde. Point de cristaux de feldspath visibles. Une structure tabulaire, qui, jointe à ces caractères, occasionne des passages fréquens aux phonolites ; la roche exploitée près de Murât , pour les toitures, en oflfre un exemple. Leurs teintes varient du noir au brun rougeâtre , ils renferment quelquefois des cristaux de pyroxène ou d'amphibole extrément petits. Ces trachytes forment des filons dans le ravin de Bois-Grand , dans celui du Plomb ; ils sont bien moins répandus que les précédens.

Trachyte schistoide. Ces trachytes qiii ne se présentent que sous la forme défilons sont des trachytes hom<^ènes; ils s'en distinguent par leur structure feuilletée et schi&-

toïde f leurs teintes claires , qui ne varient que du blanc au gris ; leur cassure est toujours nacrée. Dans un filon à l'ouest des Chazes, la cassure est testacée. Au pas de Compain , elle est plane et très nacrée , et présente des paints plus clairs que la roche. Dans le ravin des Gardes et celui de Bois-Grand on rencontre des filons de cette espèce, mais de roches plus compactes et huileuses; ces bulles , quelquefois très abondantes , sont tapissées de fer hydraté. La structure de ces roches est feuilletée et tabulaire, et les blocs présentent des formes rhomboédriques. Dans un de ces filous un peu décomposé entre les Chazes et Font de Gère , les fissures sont tapissées de fer olygiste.'

IVtickjrte domùe. Ces roches ne se présentent aussi que sous forme de filons. Leur principal gisement est aux environs des Chazes. A l'ouest plusieurs affleurent dans un sentier qui longe la route. Cristaux de feldspath rares et mal formés, pâte grenue, de couleur jaune claire, quelquefois veinée par des bandes ferrugineuses , cassure raboteuse , happant à la langue ; structure fragmentaire ; souvent un peu tabulaire , les principales fissures de la masse ayant la forme de cercles concentriques. Dans ce gisement, ces trachytes passent à une variété grisâtre, parsemée de très petits cristaux de feldspath adulaire , scintillans; et dans plusieurs points ils contiennent une substance molle rayée par l'ongle, ne faisant pas effervescence, et qui parait résulter de la décomposition.

Telles sont les variétés principales auxquelles peuvent se rattacher les trachytes si nombreux qui composent le Cantal ; les espèces porphyroïdes et homogènes en forment la presque totalité. Les obsidiennes seront décrites*

avec la localité où elles se troayent : quant aux phouolites on ne peut distinguer qne les deu^ variétés gaiérales; les caractères particuliers qu'ils affectent an puy Griott y et dans quelques filons seront mentionnés en traitant de ce gisement dans lequel ils sont agglomérés.

Les roches d'aggrégation varient suivant leur position; parmi les plus centrales y les roclies dominantes sont des conglomérats que l'on peut appeler pouddingtformes. Ils se composent de fragmens de trachytes anguleux ou plus ou moins arrondis, d'un volume assez constant dans une même assise , et qui sont fortement agglutinés par un ciment ferrugineux. Il est à remarquer que les fragmens sont en général de la même espèce dans une môme masse. Ces coiiglomérats solides forment de fréquentes saillies de même que les trachytes , mais on les distingue d^asses loin à leur surface raboteuse , hérissée de fragmens accolés. On peut les séparer en deux variétés : la première très régulièrement stratifiée , composée de fragmens arrondis , hétérogènes , qui parieur grosseur variable présentent dans une même assise de nombreus'es lignes de stratifications : c'est le conglomérat essentiellement dû à l'action des eaux , et il n'en est pas d'exemple plus frappant que le massif considérable qui est à droite en montant le ravin du Plomb , précisément au-dessous du Caqtalon; des couches nombreuses de conglomérats alternent avec de petites couches de sable ou gravier volcanique qui sHsolent dans la partie supérieure. Le second type est composé de fragmens d'une même espèce , anguleux , et cimentés par une pâte souvent scorifiée , qui s'isole quelquefois et présente l'apparence de trachytes scorifiés décomposés en argile rougeâtre. Ce type existe à Font-

CROITRE DU C4NTÂL, 67

Al^gQOQ en traverfiant le Girqae et montant droit vers e col de Qibre*

On trouve encore des tu& ponceux homogènes et des tufscinérîtes , mais toujours' très remaniés; ces tufs passent à des brèches homogènes de couleur claire , oompo*^ sées de petits fragmens anguleux de trachyte blanc ou violacé» liés par un ciment de même couleur et quelque^ foî^ ochreus ; parmi ces brèches il en est d'aluniféres dans la vallée de la lordanne. Ces brèches existent à la base sud et ouest de Griounaux , dans la vallée de la Cère ; on eu trouve dans quelques ravins an>dessous des masses phouolitiqueSy notammeint an popt du Vidalin : elles som dune concentrées dans le contrefort qui sépare le^ deux grandesi vallées. Les tufs ponceux s*y trouvent aussi > ib sont à découven daas un ravin au sud du Oriou qui descend dans la vallée de la Jordanne; dans le ravin du Plomb on en trouve plusieurs variétés. Ces tufs s*éloigue9t du centre» on les voit au-delà de Polminhac; en aHunt de Salera au puy Violent et tirant un peu sur la gauche, on en trouve sur le revers est de la vallée, qui oontiennent beaucoup d'impressions végétales indéterminables. Ces tufs ont été généralement remaniés , et contiennent souvent de petits noyaux de divers trachytes ; leurs teintes sont grises ou jaunâtres^ et ils passent aux# trachytes lorsqu'ils sont fortement agglutinés, et qu'ils contiennent du mica , et même de petits cristaux d'amphibole.

Autour de la partie centrale se trouvent plusieurs espèce» de conglomérats , dont les assises puissantes composent les contreforts qui séparent les nombreuses vallées du groupe. La roche la plus intéressante est sans contre-

68 nCflAPITRE III.

dit cette-brèche tr^tcltyXkiue hétérogène dont le principal gisement est dans la vallée de la Gère, à partir du pas de Compain, queron retrouve dans presque toutes les grandes valléeS) notamment aux environs deSaint-Paul deSalers. Ce sont des fragmens de traohytes de diverses couleurs , gris y bruns ou rouges , empâtés -dans un gravier volcannique assez 6n , de consistance moyenne; les fragmens trachytiques sont souvent scorifiés. Cette brèche d'un aspect varié passe aux conglomérats grossiers « empâtant avec les blocs trachytiques des blocs de basalte à gros cristaux de pyroxène; le gravier est ferrugineux et passe au gravier ponceux qui s'isole quelquefois. Un des meilleurs points d'observation de la brèche et de ces passages aux tufs et aux conglomérats grossiers, est audessus de Vie ; les montagnes du Coyan couronnées par des basaltes présentent ces trois variations et leurs passages mutuels.

Enfin les conglomérats extérieurs contiennent , dans des couches de gravier souvent ponceux, des blocs trachytiques de toute espèce , des blocs de basaltes , et des noyaux d'argile verte et rouge, quelquefois même en masses susceptibles d'exploitation. Ces conglomérats même dans leurs positions les plus éloignées , sont souvent caractérisés par l'entassement local des blocs trachytiques d'une même espèce. La planèse est supportée sur une base de ces conglomérats, et dans l'escarpement qui descend à Murât, on remarque la présence presque exclusive des blocs d'un trachy te brun, homogène avec fer olygiste métalloïde ; aux environs d'Aurillac les gros blocs exploités dans les conglomérats en offrent un autre exemple. Les couches de blocs alternent avec des cou»

ches de graviers , qui prennent Taspect de pépéfinos ou de tufs contenant des ponces dans leurs cavités.

Les trachytes affectent généralement des Tracbytesmis-

« . ri . sifs et stratifiés.

formes massives, et , saut quelques exceptions , on ne distingue au premier abord que des lignes peu nettes et peu continues ; mais , par un examen plus approfondi , ces lignes apparaissent d'une manière significative, et , si elles ne sont pas évidentes, cela provient de la couleur ordinairement foncée des roches d'aggrégation , et de leur dureté souvent presque égale à celle des trachytes. Les trachytes en masse constituent les montagnes culminantes, telles que le puy Mary, le puy Gros, celui du Rocher, les montagnes du col de Cabre. Chacun de ces gisemens n'est pa$ toujours composé du même trachyte; mais, comme on ne peut reconnaître les relations qui existent entre les diverses variétés, il est probable que ces différences ne doivent être considérées que comme des variations de la masse. Au contraire les crêtes qui réunissent ces masses culminantes entre elles , les escarpemens des plateaux qu'elles dominent , présentent des alternances de trachytes et de roches d'aggré*

gation. Gomme type d'exemple , il n en est pas de pitis pârËait que les alternances qui sont an sud du puy de Chaveroche , dans la haute vallée ()e la Jordanne, à Fouest. Trois assises trachytiques alternent aveé des roches d'aggrégation. Les lignes de stratification sont très nettes et incHfaent un peu dans le sens de [a vallée. On les suit dur une longueur de plus de huit cents mètres.ll en est encore un très bel eicemple dans cette même vallée* à Test du puy Mary, datas la seconde assise trâchytique (pi. 1). Les vallées de la Gère, d'Alagnon , de Dtenne et du Falgou ,• présentent aussi des assise^ phi& ou moins apparentes, interca* lées dans les roches d'aggrégation , soit couronnant les plateaux supérieurs.

L'on ne peut cependant pas établir de distinction entre les trachytes en masses et les trachytes stratifiés ; car, bien qu'il y ait une grande différence entre chaque mode de gisement , les contours de la moitié des trachytes ne sont pas assez tranchés , pour qu'on puisse décider à quelle forme ils appartiennent ; d'ailleurs , dans beaucoup de cas ^ les ttachytes en masses sont évidemment superposés aux roches d'aggrégation; et bien des trachytes, qui pa-

GROUPE DU CâNTAL. 7I

raissent former une assise continue , changent de nature , de sorte qu'ils semblent plutôt des masses indépendantes accolées à une même hatitetir. Quoi qu'il en soit , on doit reconniutre que les formes des tracbytes appar* tiennent à ces deux types très différens; mais le Tague de cette distinction , la composition souvent identique des roches dans ces deux modes de gisement, s'opposent à ce qu'on puisse séparer les tracbytes en masses et les tracbytes en coulées. La structure des tracbytes en masses ou stratifiés est toujours massive et irrégulière ^ à peine S[i «-dans quelques cas , on reconnaît des prismes ébauchés*

Les filons au contraire traversent des assises TrachVtw en de nature diverse, et le plus souvent ils se déta- ^^'*°'' cbent nettement , soit par leur couleur et leur structure particulière, soit par lessailliesqui résultent de la nature compacte et tenace de leurs rocl^s. Leurs affleuremens se prolongent quelquefois à des distances très considérables. Ces filons sont très fréquens dans le Cantal ; tantôt ils sont clairsemé$,commedans les hautes vallée^ de la Jordanne,de Dietme, de Falgou ; d'autres fois ils sont agglomérés et même tellement pressés les uns contre les autres , que leur

accolement donne lieu à des massifs continus, comme cela a lieu à la base est de Griou. I^ haute vallée de la Gère est criblée de filons , qui sont à découvert , surtout dans les ravins des Gardes, du Bois-Grand , du Plomb , etc. , et dans les environs des Chazes^ Ces filons affectent des directions très diverses j mais qui se rapprochent toujours de la verticale. Leur puissance est variable : elle est ordinairement de un , deux et trois mètres , rarement au-delà. La structure des filons est fissurée dans les deux sens, mais surtqut parallèlement aux salbandes , de manière que les roches se séparent en tables et même en feuillets plus ou moins rhomboédriques. Dans plusieurs cas, la structure est prismatique ^ les prismes étant perpendiculaires aux salbandes; ce qui n'a guère lieu que dans les filons peu puissans de roches très compactes.

Les plans de ces filons traversent les assises des trachytes et des roches d'aggrégation, et l'on en voit dont les àffleuremens partent du fond des vallées , et vont saillir sur les plans culminans. Le plus souvent ils s'enfoncent dans les massifs et s'y perdent, ou affleurent sur les plateaux supérieurs, sans qu'on puisse les

suivre dans la vallée. Tels sont les nombreux filons qui font saillie sur les plateaux de l'est , autour de Cantalon , sur la crête de Ferval ; tandis que ceux qui , dans le fond de la vallée , se montrent tout le long du ravin des Gardes, ne r^araissent pas sur ces plateaux. Bien qu'on voie de ces filons s'arrêter subitâ!ment au-dessous d'une assise de trachyte ou de conglomérat, on peut les regarder comme formant une période d'émission postérieure à celle qui donna naissance aux assises , don( se compose la gibbosité centrale du groupe.

Cette hypothèse est d'autant plus probable que , sous le rapport de la composition , les filons sont caractérisés par des roches spéciales. On trouve , il est vrai , sous cette forme , des trachytes identiques à certains trachytes en masse ou stratifiés : ainsi , à Test de Griou , on trouve , sous forme de filons , des trachytes homogènes, qui sont stratifiés sur le plateau nord qui sépare les deux vallées. D'autres filons , d'un trachyte porphyroïde , à cellules remplies de fer hydraté, se retrouvent en masses au nord-est de Font-Alagnon ; mais les variétés de trachyte domite, schistoïde , les obsidiennes appartiennent exclusivement aux filons.

74 CUA.PITAE m.

Les fiions ont souvent entre eux des rapports évidens de direction et de composition: ainsi les filons qui affleurent à l'est sur le plateau du Plomb , et ceux des ravins des Gardes et de ^ois-Grand , suivent généralement une direction à-peu«près parallèle de Fest à l'ouest. Au contraire les filons de la haute vallée de la Jonlanne ont une direction générale du nord au sud , et trois de ces filons de trachyf e schistoïde , qui affleurent sur une longueur considérable entre le puy Mary et le col de Cabre ^ sont parfaitement parallèles,, quoique assez éloignés. Quantaux rapports de composition, on remarque qu'une bonne partie des fiions de trachyte domite est agglomérée aux environs des Chazes, et les filons Obsidienne, d'obsidieune en offrent un exemple non moins frappant. Ils sont tous concentrés dans le puissant massif qui se détache des plateaux de Test ,f à la hauteur du Cantalon , et qui sépare les petites vallées latérales du Plomb et de Ferval. La base de ce massif encaisse le ravin des Gardes, et, du coté dusudouest ,au tiers de la hauteur, le ravin de BoiS'^Graxid y prend naissadice , au-dessus des burons de Pradahaut Au sommet de ce ravin , un filon d'obsidienne

traverse le sentier. Il est à découvert d&ns le ravin et se remarque par une argile d'un blanc jaunâtre ^ résultat de «la décomposition de la roche. Le filon a environ un mètre de puissance; la roche non décomposée est une obsidienne homogène , d'un brun foncée opaque , compacte , de structure fragmentaire. Au bas de ce ravin, vers la lisière du bois, et un peu avant d'arriver à la grange de Spartende,un filon d'obsidienne noireaffleure, et traverse le chemin sans saillie. Cette roche est moins vitreuse que la précédente, opaque, noire , contenant quelquefois des cristaux de feldspath. La texture en est granulaire i, la structure fragmentaire. Ces deux filons , de même dimension, se dirigent du nord^iord^st au stid-sud-ouest. Dans le ravin , on trouve des blocs d'une autre espèce d'obsidienne porphyroide , do^t le gisement est inconnu. Enfin , au nord^est du hameau des Gardes , dans un petit ravin qui sillonne les dernières pentes de ce massif , et qui aboutit 4 l'endroit où 1km traverse le ruisseau , on trouve deux filons très voisins, d'une obsidienne homogène, vitreuse , d'un v^t foncé. Structure en tables rfaomboédriques. Ces fiions n'ont pas un mètre

76 CHAPITRE m.

de puissance : ils forment saillie de o,3 à 0,6, Ils ne sont point parallèles, l'un se dirigeant presque du nord au sud , et l'autre inclinant du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Ces quatre filons et les indices d'autres de même nature se trouvent donc tous dans le même massif, composé d'alternances de trachytes et roches d'aggrégation.

pbonoUtes. Lcs phouolitcs sout conccutrés sur un seul point du Cantal; dans tous les autres gise*mens cités, ce sont des trachytes homogènes, qui, par leur structure tabulaire, s'en rapprochent beaucoup. Ce point de développement est situé entre les hautes vallées dé la Cère et de la Jordanne. Les phonolites constituent des masses escarpées , des pics aigus qui sont superposés au contrefort d'alternances trachy tiques , qui sépare ces deux vallées. Les plus au nord sont à la hauteur des Chazes,.

les puys de Griou et de Griounaux, et de là les phonolites se prolongent , vers le sud , par les pics de l'Usclade , roche blanche , suc pointu, etc., toujours formant les points culminans de la crête.

Ces différentes masses sont indépendantes les unes des autres , non^seulement parce que

GROUPE DU CAUTTAL. 7-7

leur forme et leur position excluent toute idée de morcellement qui puisse les faire re^ garder comme séparés et «culptés par l'action des eaux ; mais aussi par les variations de leur composition. Ainsi les pics de Griou et de Griounaux , qui se touchent par leur base (pi. IV), n'ont aucun rapport de composition» Le phonolite de Griou , bien que mal caracté- « risé comme phonolite , se rattache à la variété tégulaire: c'est une roche verdâtre, dont les blocs et les prismes ébauchés, se divisent en dalles grossières , dont la surface est très inégaie. La cassure n'en est pas céroïde : elle présente des nodules cristallins d'amphibole. On y remarque surtout de gros nœuds de roche plus compacte , quelquefois buUeuse , et de couleur plus foncée que la masse. Le phonolite de Griounaux est au contraire bien caractérisé, et se rapporte à la variété compacte. Sa couleur est plus sombre : il est dur, tenace , difficilement divisible en dalles. La cassure est inégale, écailleuse dans le sens des cristaux, céroïde dans l'autre. La structure est largement fragmentaire ou en prismes courbes bien dessinés. Les autres phonolites tiennent le milieu entre ces deux types.

7^ CHAPITRE llï.

Ces roches constituent en outre des fiions qui se rattachent au système phonolitique.

Entre losChases et Font de Gère, on ënremarque un d'un vert très clair , et présentant des taches teldspathique3 ; à la base sud de Griou* naux 9 1^ chemin est traversé dans le bois par un autre filon d'un phonolite homogène com-^ pact^ noir f très fissuré. Les phonolites superposés aux trachytes et aux roches d'aggrégatio» leur sont évidemment postérieurs, au sud entre l'Usclade et Grioù , il y a dans le bois une ligne de stratification, courte, mais très nette d'une masse phonolitique sur un tuf blanc. K^es formes hardies, élancées, la composition homogène de chacun de ces pics, conr trastent avec les contours arrondis et la corn* position variable des masses trachytiques.

Roches d'ag- Après la description des diverses espèces de grega ion. pQ^bçs d'aggrégatiou , et de leurposition relative , il reste peu de chose à dire sur les forr mes qu'elles affectent. Leurs masses sont néces* sairenoenrt: stratifiées, d'après leur mode de for^ mation , et les perturbations que l'on remar^ que en plus d'un point dans la stratification de leurs a39ises,ne peuvent provenir que de dislo^ cations postérieures. Ces dislocations résultent

de l'action des eaux ou de l'action volcanique. Dans le premier cas les assises son ^ morcelées, en partie détruites. Ce morcellement par les eaux fut plus ou moins actif selon la ténacité de la roche ; et l'inégale résistance qu'opposée rent les parties plus ou moins agglutinées des conglomérats ) ont donné lieu aux formes bizarres sous lesquelles ils se présentent en plu<sieurs points.. Ainsi les brèches trachy tiques delà vallée de la Gère, constituent souvent des niasses isolées debout, dont les formes verti^cales contrastent avec les contours arrondis qui sont ordinaires aux roches d'aggrégation ; ces masses ont donné lieu quelquefois à des éboulemens considérables. Leurs formes saillantes , irrégulières , qui résultent de Taggluti* nation inégale des parties constituantes, se reproduisent en d'autres points comme aux environs de Saint <- Paul de Salers , et dans d'autres vallées. Les perturbations causées par l'action vQlcanique sont appréciables par le bouleversement des lignes de stratification, qui dans le cas précédent, ont du naturellement rester àrpeu-près horizontales. Dans la partie inférieure de la vallée de la Gère on voit souvent les assises des divers conglomérats

8o CHAPITRE III.

inclinées dans tous les sens, et même dans des positions verticales; on ne peut donc douter que ces perturbations ne soient dues à des soulèveroens. La hauteur ou ces roches se trouvent en plusieurs points, sur les lignes culminantes des plateaux du ceqtre , la dislocation de leurs assises, leur inclinaison, sont des faits qui se répètent en plus d*une localité, et qui confirment cette hypothèse. En traversant de Vie à Bauillac,^ MM. Lyel et Murchison ont trouvé des silex et des planorbes dans les conglomérats qui couronnent le contrefort de séparation des vallées de la Gère et de la Goul. La présence de ces débris qu'ils ont expliquée par leur éjection delà bouche volcanique , est beaucoup mieux justifiée par le soulèvement du contrefort ; le fait ne sera pas douteux lorsqu'on embrassera le système général auquel se rapportent tous ces soulèvemens.

Description TcIs so^t Ics caractèrcs extérieurs des ceifrTrcs!"^"** roches constituantes du Cantal, les formes diverses sous lesquelles elles se présentent, et leurs relations mutuelles. Bien que ces caractères et ces relations soient partout analogues, il résulte cependant de leurs variations un

GROUPE PU CkJXTJLh. 8l

intérêt spécial pour certaines localités cçntr^les dont Fétude est d'ailleurs indispensable pour se rendre compte des révolutions qui ont présidé à l'enfantement de ce groupe, ie^ l'ont amené à la forme qu'il présenta actuel-» lement.

Toutes les principales vallçes du Cantal, partent des montagnes centrales, où eU^ prennent naissance par des excavations dont les pentes sont tellement abruptes et profondes, que le^ crêtes montagneuses qui les séparent n'ont généralement pas cent mètres d'épaisseur dans la partie supérieure, de sorte qu'elles peuvent être comparées dans ce cas»

à de hautes murailles qui vont toujours s'élargissant vers la base. Çomn^e ces crêtes montagneuses sont d'ailleurs formées d'alternances de tracby te$ et de roches d'aggrégation , il en résulte que la série de ces alternances présente p (les deu^ côtés de la crête, des assises de composition identique et disposées dans le même ordre. Ainsi le^ assises alternantes derrière Chaveroche apparaissent dans le même ordre et av^c la même disposition du côté de l'ouest ^ la naissance dçs vallées de Fontange^ et de Saint - €bainand 9 que du

90f CHAPfmft lîK

€f>îé de f est dans la Tallée de la Jord^nncL T>és foffmes longitudinales^ qoi résultent de ces ^irt^ddet»^ da sol pour les assises alternantes^ sont très remarquables, et eDesne sort noHe part aussi frappantes que dans la crête qtri sépare la haute vallée de la Jordanne à sa naissance, de la naissance des vallées du Falgon, d'Apollon et de Dienne^ depuis le pny Mary, jusque vers le col de Cabre. Les asases longîtodinalesquila composent sereproduisentdbms le même ordre des deux côtés , et si, à partir du puy Mary ^ on se dirige vers l'est en suivant ÎCftijoum la ligne culminante, on est bientôt arrêté par une iaille verticale de plusieurs mètres de largeur. Cette solution de conti* nuifé, dans la partie supérieure de la crête, met k même de juger le peu de largeur de ces longues assises , et Ton prévoit dès-lors un autre ordre de phénomènes, qui a donné cette forme et cette position bizarres aux assises trachy tiques , car elles ne peuvent se concilier avec aucune hypothèse d'émission.

I^ planche I représente Taspect de cette crére montagneuse, du côté de la vallée de la lordanne ; la composition n'en est pas moins intéressante que la forme. Le puy Mary , d'une

GROUPE DU CAITTAL. 83

élévation absolue de 1669 mètres, est composé de trachyte massif, mais Ton voit au-dessous des lignes de stratification de trachyte et de roches d'aggrégation. Cette partie inférieure du puy Mary est remarquable par la présence de trachytesscorifiésy de conglomérats chauffés et liés k ces trachytes scorifiés dont les bulles et les cavités sont souvent remplies de calcaire amorphe ou cristallin. On trouve des fragmens de ce calcaire de la grosseur d'un œuf, qui ne proviennent certainement pas d'infiltrations postérieures , et qui portent à supposer que le calcaire existerait vers ce point au-dessous des masses volcaniques , hypothèse pourtant assez difficile à admettre. Le massif qui se détache du puy Mary vers le sud, est roche nègre, composé d'alternances de conglomérats et de trachytes compacts qui forment des saillies. A l'est du puy Mary commence la crête dont la ligne culminante est formée par une assise trachy tique qui n'a pas en certains endroits ^ 20 mètres de largeur: le tvachyte en est compact. La seconde assise de trachyte est parfai«tement stratifiée; elle commence par les trachytes scorifiés déjà cités, et se prolonge d'une manière très continue et très distincte; de

84 CHAPITRE lit.

manière qu'elle forme une langue bande étroite superposée aux conglomérats. Le trachyte appartient à la variété des trachyles homogènes; il devient plus compact, rougeâtre, et contient par places de la cbaux carbonatée dans ses cavités. A l'extrémité est de la cx>urée9 car on ne peut lui refuser ce nom, te trachyte devient noir, et contient des nodules de t|uartz cristallin.

Cette stratification distincte contraste avec la confusion de la partie inférieure du puy Mary, avec laquelle cette dernière assise est liée. En effet les roches d'aggrégation sont quelquefois, dans cette partie, très difficiles à déterminer; elles apparaissent en plusieurs points sous forme depozzolane rouge argileuse qui se scorifie et qui ( st veinée de feldspath terreux, de manière à faire douter si ce ne sont point des trachytes scorifiés décomposés. Ces caractères douteuK des roches d'aggrégation se retrouvent en plusieurs points , et surtout à Font-Alagnon , localité encore très importante sous le rapport de sa forme et de sa composition.

L'Âlâgnon prend sa source dans un cirque de montagnes escarpées^ et dont le fond plat

GROUPE DU CAWTAL. 85

esHi profoiidément encaissé par ces moxHagnes, les plus élevées du Liomn. £lles se resserrent vers l'entrée du cirque, de manière que Les eaijpc qui coulaient paisiblement sur ce fond uni, se précipitent, en sortant, dans un ravin laf^e et profond. Ce cirque jest adossé aux montagnes du col de Cabre. Les sommités très découpées sont formées par des tràcbyCes plus ou moins massifs, ils reposent sur des coaglomérats dont la majeure partie apportient à la variété pouddingiforme , fortement agglutinée; ces ^conglomérats forment ' les lignes culminantes idans les intervalles qui sépar^aties massifs trachy tiques domtmans, et 4eurs saillies raboteuses s'aperçoivent de loin dans des positions très élevées . Les montagnes centrales de ce cirque présentent un conglomérat dQnt tous les fragmens anguleux sont du même tracbyte ; la surface de ces fragmens est^çorifî^e, et ils $ont liés par un ciment rougee^tre qui, en se dirigeant vers lebi^ron le plus élevé, s'isole des fragmens ejt représente de nouveau cette argile pozzolane rouge , quelquefois scorifiéa. On trouvedans ce conglomérat des portions de prismes dont toute la surface est nougte et scorifiée. I/action ^volcanique a agi

directement dans la formation de ce cohglomérat qui se lie avec les conglomérats ordinaires à ciment ferrugineux. On rencontre aussi en plusieurs points des roches indéterminées qui présentent une pâte jaune ou brune, décomposée, empâtant des morceaux sains de trachyte. II est impossible de retrouver dans ce cirque des assises régulières et continues ; il y a une grande confusion de trachytes et de roches conglomérées plus développées, dont les caractères changent d'une montagne à l'autre. Ces perturbations des assises, la forme arrondie, découpée et montagneuse de ce cirque , annoncent encore que la conjQguration du sol y résuite de faits postérieurs à la formation des roches constituantes.

L'encaissement de la haute vallée de la Gère, est formé, à l'ouest, par le contrefort qui se détache des montagnes de Cabre et du Lioran, et sur lequel' sont superposés les picsphonolitiques : à Test par im escarpement abrupte et très élevé qui, au lieu d'être en forme de crête isolée, présente des pentes douces du coté de l'est , et s'abaisse par des plateaux peu inclinés. Ce contraste des pentes de l'ouest et de l'est se prolonge tout le long de la haute

GROUPE DU CAITTAL. 87

vallée; le point culminant est la butte arrondie et basaltique du ptoinb du Cantal, mais le3 autres, socùmités sont trachytiques ^ce sont: le Rocher , Can talon , la crête de Ferval , le puy Gros. Les trachytes constituaris sont massifs, mais le long des vallées de l'est qui commencent sur cette pente douce , on voit saillir des assises, stratifiées. Le grand développement des trachytes n'est qu'apparent; déjà on voit affleurer, sur la ligne culminante, des couches de conglomérats dans des positions quelquefois inclinées; mais si l'on examine la composition de la masse totale, en parcourant les petites vallées latérales qui en sillonnent le revers escarpé, on reconnaît que les roches d'aggrégation en forment plus des cinq

sixièmes.

Les conglomérats qui composent exclusivement le fond de la vallée sont traversés à la hauteur du ravin des Gardes par une succession de nombreux filons, qui par leur direction vont s'enfoncer dans la masse encaissante. En s'élevant dans la vallée latérale qui est dominée par le Plomb et Cantalon , le nombre de ces filons diminue, et au-dessus d'un puissant filon qui barre le cours d'eau ,

88 C6A.PITRE ni.

et do»t le trachyte empâte de grosses triasses de conglomérats, ils sont remplacés par des fiasses imercàléés plus où moins horitûntales. Trois de ces assises^ les plus puissantes, forment des saillies très apparentes, et reposent sur les conglomérats. Lès pkis élevées sont aux trois quarts du ravin, à-peli-prèà à la même hauteur, et horizontales; l'assise qui est audessous> sur là gauche, est inclinée de plus de quarante*cinq degrés. Lès autres àffleuremens de trachytes sont de moindre importance, et pât'àissent souvent déifiions qui affleurent plus ou moins horizoïitalémeht.

Tous ces trachytes sont noyés dans les roches d'àggrégôtioiî ; et il âuffit, pouraVoir idée dfeleùr puissance, de suivre les sillons tfrâcés par les petits ruisseaux sur les pentes iùctinées du r^vin. Lès eaux ont tourné la plupart des masses de trachytes , dé sorte qu'elles coulent presque sans interruption sur les roches d'aggrégatîôn. Ces roches sont de diverse nature: àu-âessû^ des conglomérats inférieurs de la vallée, dans la partie moyenne, les tufs blancs jaunâtres et rougeâtres dominent; ils sont souvent micacés. Dans la partie supérieure ce sont au contt'aire des conglomérats pouddin-

^GROUPE DU C4NTAL. 89

giformes qui forment de nombreuses saillies en vertu de) leur dureté. On remarque au -dessus de Gântalôn une assise de ces coligiomérats, d6 3o à 40 urètres de puissance. Ce massif couronne l'escarpement; là partie inférieure' se compose de gros fragmens , et la partie supérieure , de sable gris fortement agglutiné. Les coucbes d^ sables et de conglomérats alternent à plusieurs reprises, et il en résulte de nom» breuses ligues de stratification très nettes et très distinctes. En examinant les diverses sections^ on voit que ces couches plongent vers l'intérieur de la masse encaissante sous un angle très incliné; au sommet de l'escarpement elles sont presque verticales; fait bien important, à une hauteur de près de 1800 mètres» Sur cette ligne culminante y la plus élevée du groupe, l'on trouve à partir du Plomb , vers le sud , une succession d'affleuremens de filons, la plupart trachy tiques, quelques-lins basaltiques. T^'on rencontre aussi des <x>nglomérats pouddingiformes à fragmens roulés dans .des positions tout- à -fait inconciliables avec leur formation, car ils ne sont dominés que par quelques masses de trachytes, et quelques lignes de stratifi-

go CHAPITRE m.

cation apparentes sont d'ailleurs inclinées.

Dans toutes ces localités, les rapports des trachytes et des conglomérats , et la forme des masses qu'ils constituent , conduisent donc à cette conclusion : que les roches qui composent le groupe du Cantal ne sont pas dans leur position primitive, et que la forme qu'il présente actuellement résulte de faits posté rieurs à leur formation.

Kechercbes sur Lc groupe du Cantal est trop vaste, et ses

les réyolations . . «ii ^ i*

Toicaniqaes du sommités trop pcu saïUautcs , pour que 1 on puisse se former aisément des idées justes sur sa forme. On ne peut y réussir qu'en se transportant successivement sur chaque sommité, et en étudiant les différens aspects sous lesquels se présentent les diverses parties de ce groupe. Le puy Griou est un des meilleurs points d'observation; du sommet de ce pic phonolitique, qui domine le contrefort de séparation des deux grandes vallées , on voit la série des sommités du groupe se recourber en demi-cercle et encaisser de leurs escarperaens profonds la partie haute de ces deux vallées. Les masses phonolitiques dominées par le puy Griou forment le centre de ce vaste cirque , dont le diamètre est de lo kilom. , et dont les

CROUPE DU CANTiiL. 9I

points cuhninans sont à partir de l'ouest :

Chaveroche^ Mary^ les montagnes de Cabre, du Lioran , le Plomb et le pny Gros. Si Ton se transporte de Griou sur les points culminans de cette crête demi circulaire, qui forme la partie centrale du groupe, on voit s'en détacher extérieurement et comme autant de rayons des contreforts qui encaissent les vallées de Saint-Chamand , de Fontanges , Saint- Paul de Salers, du Falgou^^d'Apchon, de Dienne , Murât, etc. Les autres vallées sont disposées sur les pentes extérieures à l'ouest de celle de la Jordanne , à l'iest de celle de la Gère. Les contreforts qui partent du centre vont, en s'abaissant graduellement, se perdre dans les inégalités du sol primitif environnant. Tels sont les caractères qui ont fait recon* naître par MM. Elie de Beaumont et Dufresnoy , un cratère de soulèvement dans la forme actuelle de ce groupe. En effet, la ligne culminante du cirque est eu même temps celle du groupe , de sorte que si par la pensée on submerge le Cantal à une élévation suffisante , les points saillans hors de l'eau aupont la forme d'un demi-cercle , au centre duquel surgiront des îles phonolitiques. Les vallées exté--

9*i CHAPITRE Ilf.

fleures au cratère doivent être considérées comme résultant de fractures qui ont eu lieu dans le soulèvement et naturellement dirigées du centre à la circonférence. Ces fractures furent ensuite agrandies , modelées par leseaux. Les pentes intérieures du cratère sont très abruptes; les pentes extérieures le sont J^eaucoup moins, sauf les cas de fractures; du côté de l'est elles sont très adoucies et sous formes de plateaux. L'exhaussement des masses phonolitiques complète les caractères du cmtère de soulèvement , par le développement au point central de l'action expansive.

Dans une question où Içs caractères extérieurs sont les plus importans^ cette identité de formes avec les cratères de soulèvement est d'un gr^md poids; mais cette hypothèse est -complètement confirmée par les conclusions qui ont résulté précédemment de Texaraen des diverses localités centrales.

La position élevée des roches d'aggrégation qui se montrent jusque sur la ligne culminante, la dislocation, les houleversemeos de «leurs couches, les formes diî leurs assises, ainsi que d'une grande partie des masses de trachytes. inconciliables avec toute hypothèse

GROUPE DU C4NTAL. qS

siir leur mode de formation, sont, en effet, des preuves irrécusables d'un ordre de perturbations postérieures, et la forme de ces perturbations est celle d'un cratère de soulè*- Tement. Le bombement constaté dans les dépôts tertiaires, au-dessous de masses volcaiii«* ques, les failles, les boulevérsemens qu'ils présentent dans la vallée d'Alagnon et dans celle de la Gère, où ils sont à découvert, viennent encore ajouter à ces preuves plus que suffisantes. Le cirque de Font*Alagnon , adossé au grand cratère de soulèvement , démontre en outre la tendance aux formes circulaires , même dans les soulèvemens secondaires.

Quant à fixer l'époque de ces soulèvemens, la position générale des basaltes porte à croire quHl furent postérieurs à leur émission, et qu'ils appartiennent à la fin de la période basaltique; car d'après les altérations considérables dus à l'action érosive des eaux, on e&t conduit à faire remonter cette époque aussi haut que possible. Néanmoins, comme \^ conglomérats contenant des blocs basaltiques o&t participé à ces soulèvemens, il faut en Conclure que non - seulement , les basaltes avaient alors paru , mais qu'ils avaient déjà

94 CHAPITRE iri.

subi des altérations profondes. On trouvera encore des preuves de cette antériorité des basaltes dans leur position : ainsi on aurait peine à concevoir comment le dyke du plomb du Cantal aurait été percer sur le bord d'un escarpement si incliné, et comment dans le trajet, la lave ne se serait pas épanchée latéralement comme cela a eu lieu, dans des positions analogues, dans le Vivarais.

Il reste, encore à hasarder quelques hypothèses sur les phénomènes particuliers qui ont présidé à l'émission des laves trachy tiques : doiton supposer un vaste centre ou cratère d'éruption autour duquel s'épanchèrent les laves en prenant des formes plus ou moins massives; ou divers points d'éruptions disséminés sur l'espace arrondi du groupe central. Ces faits, dont les résultats ne nous sont parvenus que dans un état de dislocation complet, sont difficiles à apprécier. La non-continuité des masses et deâ assises trachytiques portent à préférer la dernière supposition; mais comme le groupe des monts Dores , qui résulte de phénomènes identiques à ceux du Cantal, présente d'ailleurs des élémêns plus clairs et plus certains , nous retarderons la discussion de ces

GROUPE DU CAlIVTIX. gS

hypothèses , jusqu'à ce que de nouveaux faits raient. rendu phis facile.

Parmi les minéraux accidentels des trachytes dq quartz et du Cantal, il en est deux qui présentent un le" trlibytes. " intérêt tout particulier, ce sont le quartz et le péridot. Le quartz se trouve assez fréquemment en noyaux de forme irrégulière, qui varient depuis 0,0 1 jusqu'à 0,09 de diamètre.,Le quartz en çst rouge, opaque, quelquefois cristallin , ou enfumé et cristallin; il adhère souvent tî^s fortement au trachyte dont il semble contemporain. Il en est beaucoup de gisemens ; le trachyte rouge homogène de Font-Alagnon, les trachytes divers que l'on rencontre en montant des Chazes, droit au puy Griou, l'extrémité de la deuxième assise à l'est du puy Mary, sont les principaux. Dans ce dernier, on le trouve quelquefois sous formes de nodules amorphes de silice jaune. Ce quartz ne doit-il pas être regardé comme des opales imparfaites? Son aspect se prête souvent à cette h3rpothèse.

Le péridot est une substance beaucoup plus rare , mais non moins intéressante. Il y en a deux gisemens; le premier : dans un trachyte en place de la crête de Ferval, aii sud du Can-

96 ÇHAPIXRE m.

talon; le second, dam de très gros blocs de trachyte qui caractérisent les conglonoérftts , entre les vallées de Fontanges et de Saint-*Chan)and , après avoir passé .les roches de Loube* geac et suivant la route vers le nord.

Dans ce dernier gisement, le péridot est disséminé en petits cristaux rares et mal. formés» d'un reflet un peu rougeâtre; dans un trachyte gris foncé , criblé de tr«s petits cristaux de feldspath , et présentaut souvent des nodules d'un. Jtrachy te plus foncé et buUeux. Dans l'autre gisement, le trachyte présente des caractères analogues, il est de couleur plus foncée^ le péridot y est plus abondant.

La crête de Ferval domine le vallon .de ce nom, au sud du Cantalon; elle est langée par le chemin qui passe au pied du PLoqib: elLe a trois points saillans. Celui qui est Iç dernier vers le sud, présente le trachyte rouge, coblpact, porphyroïde ; celui du c^itre , qui est le plus élevé , se compose de plusieurs trach jtes, la variété dominante est porphyroïde, d'un gris bleuâtre; un filon basaltique afQeure très près du sommet. En suivant la ligne culim-»

nante, on nencontre un autre afiOeurement de basalte à petits pores , au contact ilaqnel le

GJIOUPE DU CANTAL. 97

trachyte est devenu tendre et rougeàtre. Plus loin, dans la partie nord, ae trouvent cinq à six filons basaltiques d'une puissance moyenne d'un mètre.

I^e trachyte de cette troisième partie est gris noirâtre, à petites &cettes feldspathiques ^ quelquefois un peu scorifié; la partie nord contient seule du péridot. On remarque que la surface extérieure des ma6si& de ce trachyte est souvent rougeàtre , raboteuse et inégale comme celle d'un conglomérat; que vers ces points le trachyte prend un aspect plus basaltique; enfin que ces parties sont celles qui renferment le plus de péridot , lequel disparaît dans la partie sud du même trachyte. On trouve même des blocs dont une partie eit plus foncée j et contient du péridot du côté de la surface altérée, tandis que l'autre n'en contient pas. Or y la position des filons basaltiques est ici telle qu'on ne peut attribuer qu'à leur contact et à leur passage les altérations superficielles du trachyte, de sorte que le péridot aurait pris naissance par la cémentation des deux roches.

Cette hypothèse attribue donc la présence du péridon, daM ce cas , à une action volca-

98 GHA.PITRE llf.

nique postérieure- du basalte sur le trachyte ; et bien qu'elle puisse paraître hasardée , des exemples non moins frappàns de cette cémentation , et de la pénétration mutuelle des principes de deux roches différentes , viendront la rendre moins douteuse.

Terrain basai- Le terrain basaltiquc est très développé au-

tiqaê da CanUl. ^ ^^

tour du Cantal 9 et ses vastes coulées recouvrent non-seulement les conglomérats, mais se prolongent au loin sur les montagnes granitiques; de sorte qu'autour de ce centre trar chytique, elles composent une zone large et continue. Les basaltes ne se présentent pas seulement sous forme de coulée, mais ils constituent aussi des filons et des dykes; et sous ces dernières formes ils pénèt)*ent très près du centre.

Les coulées, qui entourent le Cantal, sont généralement superposées aux conglomérats, leurs assises souvent disloquées couronnent les contreforts qui séparent les vallées. Quelquefois cependant on les trouve dans des positions inférieures, telle est dans la vallée d'Alagnon, près de Chambeuille, cette coulée en gros prismes, remarquable par un grand nombre de fragmens de roches primitives qui

GROUPE I>U CA.NTAL. 99

S y trouvent empâtes, et qui est recouverte par lesconglomérats. Les vastes nappes basaltiques de la Planèse , des montagnes du Coyan , des roches de Lopbegeac, des environs de Sa- 1ers, etc., reposent, au contraire, sur les roches d'aggrégation. Dans ces roches d'aggrégation , on retrouve, notamment aux environs de Vie, de Thiezac; les débris de basaltes antérieurs, caractérisés par une grande abondance de cristaux de pyroxène. Les gisemens, de ces basaltes en blocs souvent décomposés, sont difficiles à retrouver ; il en existe néanmoins quelques filons dans le voisinage des masses phonolitiques , notamment à la base nord du pic de l'Usclade-

Le trait caractéristique des basaltes est nonseulement cette forme de nappes étendues; mais la position souvent problématique de ces nappes, en ce qu'elles prennent naissance sur les flancs du groupe, sans que leur présence soit justifiée par les amas de déjections, et les scorifications qui désignent ordinairement le point d'émission d'une coulée basaltique. Elles apparaissent, compactes, isolées de tout appareil d'émission comme les nappes trachytiques; elles ne se rattachent à aucun

IO'4 CHAPITRE llf.

tal on relroyve quelques traces de cette poz-. zolane; mais ce centre d'éruptions est néanmoins une exception à la manière d'être ordinaire du terrain basaltique.

Les basaltes du puy Violent et surtout de Peynobre prés ntent un fait de structure tout particulier. Ils sont divisés en gros blocs irréguliers, à surfaces planes ; et les surfaces d'une grande partie de ces blocs sont sillonnées de fissures qui ont quelquefois plus d'un décimètre de profondeur et plusieurs centimètres de largeur; ces fissures sont parallèles, et sont coupées à-peu-près à angle droit par un autre système de fissures. Il en résulte que ces blocs sont extérieurement hachés , fait qui se retrouve en quelques autres points du plateau.

Les dykes basaltiques sont quelquefois composés en partie de matières scorifiées ; tels sont près de Murât les dykes de Bonnevie et de Bredon, ce dernier surtout présente un massif considérable de scories rouges dans lesquelles on reconnaît des cristaux depyroxène. Celui de Bonnevie est célèbre par la perfection de ses prismes qui convergent vers le sommet. Ledykedu plomb duCantalest composé de ba-

GROUPE DU CANTAL. lo3

saite très compact, dans lequel on trouve un peu d'amphibole , de fer titane, et quelquefois des noyaux, de trachytes. empâtés; vers le sud , on rencontre un assez, grand nombre de filons basaltiques d'un mètre environ de puissance. Dans plusieurs de ces filons le basalte se délite en feuillets très minces , parallèles aux salbandes; ceux-là contiennent peu de péridot; mais dans les autres dont la structure est fragmentaire cette substance est très abondante.

Les roches basaltiques, bien qu'assez variées, présentent cependant une série peu nombreuse si l'on considère leur puissant développement. Les basaltes compacts, dont le tissu homogène et serré présente à peine quelques points de péridot et de fer titane, forment la roche dominante. Des basaltes plus péridotiques se trouvent dans les filons du centre, dans les coulées des environs de Salers ; et une troisième variété se compose des basaltes compacts, à gros cristaux de pyroxène, qui se retrouvent surtout dans les conglomérats. Les dolérites exploitées aux environs de Saint- Flour, sont les roches les mieux caractérisées, de cette espèce, daiis la France centrale volcanisée; elle reposent sur des ba-

saltes et présentent deux variétés de roches : Tune 9 à petits cristaux d'un gris cendré» à cassure inégale; l'autre , à gros cristaux et souvent cellulaire.

GROUPE DES BfOKTS DORES. fOD

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