ANCIENNE CHAPELLE DES PETITS CARMES
Après les guerres de la Fronde et le siège de Bordeaux, en 1653, Louis XIV ordonna Tagrandissement du Château- Trompette. A cet effet, l'ingénieur Vauban, pour dégager lesplanade du château, fit ordonner la démolition de plusieurs bâtiments voisins de la forteresse, au nombre desquels se trouvaient le couvent et l'église des Petits-Carmes, établis à Bordeaux depuis le A mars 1626.
€ Grâce aux libéralités des négociants des Chartrons, les religieux eurent les fonds nécessaires à la construction d'une nouvelle église, dédiée d'abord à Notre-Dame de la Visitation (*). >
Une inscription, placée dans l'église, à droite de la nef, à l'un des piliers de la chapelle Saint-Étienne, fait ainsi connaître Farchitecte de ce monument :
CHAPELLE DE S» ESTIENNE, ACCORDÉE A M« BUISSIÈRES, ARCHITECTE DE CETTE ÉGLISE, ET A SES SUCCESSEVRS, EN RECONNOISSANCE DE SES BIEN- FAITS, EN L'ANNÉE 17^5.
Cette date rappelle l'achèvement de l'église et l'époquo de la translation dos Cannes déchaussés dans leur nouveau cou-
(«) L'abbc Sabalier, la Dominicale, 1836, p. 295.
vent; mais le clocher ne fut terminé quen 1770, comme rindique ce millésime, inscrit au faite dudit clocher.
L'église des Carmes, sous le vocable de Notre-Dame de la Visitation, sert d'église paroissiale depuis 1791, sous le nom d'église Saint-Louis (^). Bénie en 1716, elle n*a été consacrée que le 25 mars 1817.
Cette église termine la série des édifices religieux élevés à Bordeaux dans le cours des xvir et xviii* siècles. Mais son insuffisance pour la population de la paroisse, jointe à son manque de solidité, va nécessiter sa reconstruction totale. — Avant donc qu'un monument nouveau ne s'édiiie, esquissons sommairement les dispositions de celui qui disparaîtra dans un temps prochain.
La façade aspeclant le nord-est, à 2 mètres en recul des maisons de la rue Notre-Dame, se compose de trois ordonnances superposées : au-dessus de l'entrée principale , un fronton dorique, porté par deux colonnes isolées; le prolongement de la corniche repose, aux extrémités de la façade, sur deux colonnes engagées; au premier étage, ordonnance de style ionique, dont la partie centrale est décorée d'un grand bas-relief représentant la Visitation, et, dans les entrecolonnements, deux niches dépourvues de statues. Un attique, soutenu par des colonnes corinthiennes, termine la façade.
Tout cet ensemble est d'un effet lourd, de mauvais goût, et présente des signes évidents du peu de solidité de l'édifice. — L'intérieur de l'église Saint-Louis a beaucoup d'analogie, dans sa distribution, avec les églises de Notre-Dame -du-Chapelet et de Saint-Paul, toutes deux également églises monastiques des siècles derniers. Le plan forme un rectangle de
(^) Cette église emprunte sa dénomination à une église voisine, fondée vers 1758, par M. de Tourny, qui resta longtemps inachevée, et dont il n'existe plus aucun vestige.
SAiNT-Lonis. 235
42 mètres de longueur sur 20*60 de largeur totale, qui se déduit ainsi : grande nef, l^'^OO, et couloirs latéraux pour le service des chapelles, 3"85.
La coupe présente une ordonnance ionique composée d'une suite d'arcades séparées par des pilastres cannelés, portant une lai^ frise, ornée de triglyphes, et corniche très-saillante formant galerie. Des tribunes ont été établies sous les arcades, au-dessus des chapelles latérales; elles produisent un effet très-disgracieux. Dix grandes croisées éclairent Téglise, dont la hauteur est de IS^^SO jusqu'à la naissance des voûtes, et de ce point, sous clef, 5"80. La nef est recouverte par un lambris qui a été substitué à la construction primitive, les voûtes s'étant écroulées deux fois.
Déjà, vers le commencement du siècle, un projet d'agrandissement avait été tracé; il prolongeait l'église de 8 mètres, jusqu'au mur du jardin de la sacristie ; il en existe un plan aux archives départementales. Dans ce projet, le chœur se terminait circulairement, ayant pour diamètre la largeur totale de l'église. L'absence des plans d'élévation ne permet pas de bien comprendre la possibilité de la construction.
Nous nous abstiendrons de publier les dispositions de la nouvelle église par M. C. Brun. Ces tmvaux étant encore à l'étude, il serait peu convenable de les analyser, alors qu'ils peuvent subir diverses modifications. Mais seulement, pour indiquer l'importance de l'église future par rapport à l'église actuelle, voici les grandes mesures du monument projeté : Nef, largeur totale, 22 mètres; largeur au transsept, 29"â0; longueur totale, non compris le porche, 61 mètres; hauteur sous-clef, 22»50.
^30 ÉOI.ISE
TABLEAUX
Les principaux tableaux de cette église ont un inU'^rct tout local; ils furent exécutés par des artistes bordelais : J.-B. Olivier et P. Lacour. Dans la sacristie et dans ses annexes se trouvent plusieurs copies de la Vie de saint Bruno, d'après E. Le Sueur; copies qui décoraient autrefois le cloître du monastère des Chartreux et faisaient suite aux toiles du même sujet, signalées dans la description de l'église Saint-Bruno (*). Du premier couvent des Chartreux fondé à Bordeaux provient encore un autre tableau que nous ne signalons, à vrai dire, qu'en raison de la légende qu'il porte.
C0IME9 D'APR^.S E LF. »l El H.
Grandeur des originatu qui se UoaTcnl au Lou^ire.
1° Saint Bruno enseigne la théologie à Reims;
2** Saint Bruno engage ses disciples à quitter le monde;
3" Vision de saint Bruno ;
4** Arrivée à Rome de saint Bruno ; il se prosterne devant Urbain II ;
5* Saint Bruno reçoit l'habit des Chartreux ;
6** Saint Bruno donne l'habit de son ordre.
Ce dernier tableau porte la date de 1757. Toutes ces copies n'ont pas le même mérite d'exécution, quelques-unes même sont assez négligées.
(*) Voir à la page 167.
SAiM-Loris. 937
Le Couronnement de la Suinte Viergre
Dieu le Père et Jésus-Christ couronnent la Sainte Vierge, sur la tète de laquelle plane une blanche colombe, symbole de FEsprit Saint (ff 3»40, L' 1»90, T.)
Ce tableau manque de caractère; il est d'une exécution molle et d'un effet froid. Dans Tangle inférieur de la toile, à droite, est la légende suivante :
In obsequiû S""* Virginis Mariae, ac M» Pétris. D. Ambrosij Gashc. Carthusiae Burdegalensis ministratoris, pro eadem Carthusia , fr. Ludoviciis Pa...
guat Car'^Scalae Dei profesiis faciebat. i6i S.
Jcsufs-ChriRt au Jardin des Olives.
Le Christ à genoux, les mains jointes, regarde douloureusement un ange entouré d'une auréole et tenant un calice. (H' 2 mètres, L' 1"50, T.)
Ce tableau possède une certaine poésie d'effet, mais il est d'une facture timide; placé primitivement dans la sacristie, il se trouve actuellement encastré dans le haut dossier du banc d'œuvre. Cette peinture fut exécutée dans le cours du siècle dernier, pour le couvent des Petits-Carmes, par J.-B. Olivier, peintre résidant à Bordeaux, auteur de plusieurs ouvrages recommandables, entre autres des plafonds de la salle du tribunal de commerce, qui ont une largeur d'exécution qu'on ne retrouve pas dans le tableau du Christ au Jardin des Olives.
"lis ÉGLISE
Saint Roch.
SaiDt Roch, assis à demi-vêtu d'une tunique blanche et d'un manteau rouge, les bras tombants et les mains fortement croisées, lève ses yeux suppliants vers le Ciel. — Au premier plan, un chien couché regarde fixement le saint, (ff 2"50, L' l'-eO, T.) — Ce tableau est signé Lacour, i 776,
Pierre Lacour naquit à Bordeaux le 15 avril 4745, et mourut dans la même ville le 28 janvier 1814 (*). Le tableau de Saint-Roch, peint en Italie, figurait à Texposition des peintures, sculptures et plans d'architecture de Messieurs de l'Académie de Bordeaux, dans la galerie de l'hôtel de la Bourse, en l'année 1776 (^). Il décore maintenant un autel placé dans le fond d'une petite chapelle au nord de la nef. Cette exposition prive ce tableau de lumière et le présente à l'examen des amateurs dans des conditions défavorables. Cest pourtant une des œuvres les mieux réussies de P. Lacour. Si cette toile, œuvre de sa jeunesse, n'est pas douée d'une originalité bien franche, l'effet en est large et la figure empreinte de sentiment et de vie.
Le Songe (le saint Joseph; sainte Thérôse; la Visitation, etc.
L'autel placé à gauche du transsept est orné d'une grande composition (ff 4", L' 2", T.) représentant le Songe de saint Joseph, par P. Lacour. Cette peinture est largement comprise, mais la facture manque d'énergie. 11 n'en est pas de même du tableau qui décore l'autel opposé, également de Lacour,
(') Voir, pour la biographie de P. Lacour, le Catalogue du Musée de Bordeaux, 1855, p. 130.
(«) Almanach des Artistes, par l'abbé Lebrun. Paris, 1777, p. 249.
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et de môme importance que le précédent. — Ce dernier tableau, qui a pour sujet le Ravissement de sainte Thérèse, est d'un effet plus saisissant et d'une mise en scène inspirée des grands maîtres.
La Visitation, tableau de Tautel principal, est encore du mêaie peintre. Dans cet ouvrage, Tartiste paraît s'être éloigné de ses souvenirs d'Italie; il est ici beaucoup plus français et cède aux traditions de l'école de Vien. La couleur est moins vigoureuse, le dessin moins serré, les personnages manquent de distinction; cependant, cette toile est d'un grand aspect, par Tampleur des grandes masses d'ombre et de lumière, et par le mouvement de la composition.
Dans les boiseries qui décorent les retables des chapelles de Saint-Roch, Saint-Jean, Saint -Joseph et Sainte -Thérèse, se trouvent des médaillons représentant des saints de Tordre des Carmes et des vierges martyres. Toutes ces figures, exécutées d'une manière décorative, ont été peintes par P. Lacour.
Nous ajouterons encore aux précédents tableaux le Martyre de saint Etienne (École française), qui décore Tautel placé sous ce vocable, et deux reliquaires ornés d'émaux, exposés sur l'autel de la chapelle Saint- Joseph, et reproduisant l'ensemble de la décoration du grand autel et l'élévation de la façade; le tout orné de petits émaux finement exécutés, et reproduisant des scènes de la vie de la Vierge et des saints de l'ordre du Carmel.
OBJETS MOBILIERS
La décoration du sanctuaire date de l'année 1740; elle est empreinte de ce goût maniéré, fastueux, qui distingue l'école du xviu* siècle. Le grand autel occupe tout le fond du chevet; l'ensemble de sa composition s'élève en placage jusqu'à la
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voûte. C'est toujours une suite d'ordres superposés, où les marbres et les bas-reliefs en stuc se mêlent aux dorures et aux ornements; ensuite, dans la partie supérieure du retable, est un haut-relief représentant Y Assomption de la Vierge.
Dans la collection de dessins et gravures de M. J. Delpil, se trouve le projet original du grand autel de cette église. Sur ce dessin, à l'endroit réservé pour le tableau de P. Lacour (r Annonciation), se lit l'acceptation du projet dans les termes suivants :
Nous, soussignés, prieurs et religieux du couvent des Carmes déchaussés des Chartrons de Bordeaux, aiwns agréé et signé le présent dessein. à condition que pour les ouvrages de notre grand autel, il sera pris le dessein du côté droit portant en bas quatre colonnes et deux pilastres en tour creuse, et en haut quatre autres colonnes, et avons voulu que Vautragale du pied d'estal ne régnât pas au-dessus des portes de la sacristie, mais quelle fût coupée à la longueur du pied d'estal, affin que les purte> fussent élevées plus qu'il n'est porté dans le présent dessein. Et avons signé aux Chartrons, à Bordeaux, ce vingt- troisième décembre mil sept cent quarante.
¥" Hyacinthe de la Sainte- Vierge, prieur.
F* Mathias de Jésus, sous-prieur.
F< Christophle de Sainte-Marie.
F* Jean-André de Saint-Josepb.
F« Paulin de Jésus.
F« JEAN-Loris de Sainte-Catherine.
F^ Simon Stok de Sainte-Thérèse.
F« JÉRÔME DE Saint-George.
F^* JOACHIM DE LA SAINTE-ViERGE.
F* François-Xavier de Jésus.
L'orgue, la chaire, les confessionnaux sont des ou\Tages d'ébénisterie exécutés dans le goût du dernier siècle; ils en ont toutes les capricieuses fantaisies, mais ils ne sont jvis exécutés avec Thabileté si remarquable des boiseries de Saint- Bruno ou des autels de Téglise Saint- Paul. Ici, le travail est empreint de sécheresse, les silhouettes manquent de fermeté
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et de précision. Les murs de la sacristie sont également revêtus de boiseries nionumentales, et sur le couronnement de Tautel est un groupe d'anges et de figures représentant la Foi et la Religion.
BernadaUy contemporain de ces ouvrages, les attribuait à Bérard, ébéniste habile, mort à Bordeaux vers 1780, aidé dans ces travaux par un Frère du couvent des Petits-Carmes.
En terminant cette Notice descriptive de Téglise Saint- Louis (^), reproduisons les lignes suivantes, gravées sur une plaque de marbre placée sur Tun des piliers de la chapelle du Sacré-Cœur, en souvenir du regrettable abbé CoUineau, ancien curé de cette paroisse :
A la mémoire de M'
Jean-Baptiste CoUineau ,
Chanoine honoraire,
curé de Saint-Louis, de m.dcccxxxv à m.dccclu,
décédé et inhumé à Beyrouth, en Syrie,
au retour du pèlerinage de la Terre-Sainle,
le xxviii août m.dcccui.
Requiescat in pace.
A M. Collineau succéda M. Tabbé Henri de Langalerie, ecclésiastique distingué du clergé bordelais, et qui a été sacré, en 1857, évêque de Belley.
(1) Voici rinscription trouvée dans les fondations de la première éçliso. placée sous le vocable de saint Louis, et qui nous a été communiquée par M. l'abbé Rigagnon, curé de Saint-Martial.
Anno incarnalionis mdccux, die vèro augusti xvi. Régnante Ludovico xv. Ludovicus Jacobus d'Audibert de Lussan , archiépiscopus Burdigalensis, Aquitaniœ Primas, hune primum in fundamentis lapidem benedixit et coilocavit, quem consuies jurati hujuscivitatis Burdigalensis posuerunt, ad sedifïcationem novae ecclesine parochialis sub nomine S^ Ludovici dicandse, eteorum sumptibus cxtruendae in fundo ab eis donato
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