COTÉ SUD
La première pierre de ce bras du transept, fut posée le lundi 8 novembre 1490, et les travaux se terminaient vers le 1er mai de l'année 1502.
Tandis que les maçons et tailleurs découpaient en dentelle cette rose de pierres et décoraient les fenêtres de compartiments à ogives, le Chapitre achetait du verre et cherchait des verriers, pour le mettre en œuvre et y peindre quelques grands sujets de l'histoire sacrée.
Il envoyait à cet effet, le doyen et le fabricier à Troyes, pour proposer à des verriers de cette ville, de faire les vitraux du croison. Ceux-ci, nommés Lyévin, Voirin, Jehan Yerrot
et Balthasar Gandon , passaient marché avec les députés du Chapitre pour faire toutes les verrières de ladite croisée entièrement, avec forme de verre et de plomb , excepté un millier de plomb que le Chapitre devait leur livrer à Troyes, « moyennant 16. blancs. (6. sous 8. deniers tournois.) seulement pour chacun pied, tant de couleur et peinture. »
Le Chapitre acheta ensuite sept charretées de verre blanc et de verre de couleur, pour employer à la façon des vitraux du croison.
« Cependant comme les verriers ne finissaient pas leurs « travaux assez promptement, Maître Charbonnier, fabricier, « après plusieurs voyages à Troyes ( pour voir s'ils fai-
0 saient bien les vilres) les fit sommer, par le bailli de cette « ville , dedans le temps et selon les conventions faites avec « eux. Enfin le 12 juin, ils amenèrent Yosteau, tant le haut « que le bas , qui fut mesuré par le maître maçon , Euvrard « Hympe verrier, et le chanoine fabricier ; auquel osteau fut « trouvé 033 pieds de verre mis en œuvre, au prix de 6.
1 sous 8. deniers tournois, pour chacun pied, selon marché « fait avec eux. — En somme 211. livres tournois. Après « cette opération on fit échaffauder et les verriers se mirent à « l'œuvre pour la pose, qui dura six jours.
« Le 17. septembre suivant, un serviteur de Lyévin ap- « porta de Troyes le verre , ouvré des armes du Roi et de la « Reine, montant à sept pieds, et l'assit en Yosteau. Le 11. « décembre on échaffauda de nouveau pour placer les deux « formes de vitres du côté de la nef.
« En sorte que ces divers ouvrages de vitraux s'élevèrent « d'après une note d'un compte de 1502-3,, à 805. livres 10. « sous G. deniers tournois , tant pour le prix d'achat du « verre que pour la façon et la pose. » (1).
(l) Extrait des comptes de la fabrique, de 1501 à 1603. Voir notice sur la construction de la cathédrale de Sens, par M, Quantin, archiviste.
Maintenant, si vous vous placez en face de la porte vous avez devant vous une admirable rosace, et de chaque côté deux énormes fenêtres, dont les vitraux ne laissent de place qu'aux piliers qui soutiennent cette partie de l'édifice.
Commençons par la gauche.
La première verrière placée au-dessus de la voûte du bascôté et de la chapelle de la sainte Vierge, renferme un sujet que l'on se plaisait alors à représenter, sous toutes les formes, dans les édifices sacrés, je veux parler de l'arbre de Jessé.
Tout à fait au bas de la première fenêtre, vous voyez Jessé étendu et la tête appuyée sur sa main , il semble endormi et de son cœur s'élance un tronc vigoureux partagé en deux branches qui s'élèvent simultanément; chacune d'elles porte dans une fleur épanouie, quelques-uns des ancêtres de la Vierge Mère du Messie, ou quelqu'un des Prophètes qui ont annoncé la venue du Sauveur.
Au sommet et sur une fleur plus brillante que les autres, apparaît Marie tenant son divin fils entre ses bras, et de l'autre côté se voit saint Joseph sur un rameau parallèle.
Dans plusieurs de ces arbres généalogiques, qui ne sont que la traduction peinte de ces paroles d'Isaïe, — Egredieturvirga de radiée Jesse, et flos de radiée ejus ascendet (1), on remarque bien des Prophètes, ou même des Sybilles; mais ils sont assis, ou debout, sur les branches, montrant de la main celui qu'ils annonçaient; et non pas comme nous les voyons ici, à la place des Rois.
En effet, vis-à-vis David se trouve une sybille ; sans doute pour faire allusion à cette parole de la prose des Morts : Teste David cnm sybilla, — puis un degré plus haut, et de l'autre
(J) 11 sortira un rejeton de la tige de Jessé et une fleur montera de sa racine, etc. Isaie, ch. xi, v, 1.
côté, encore une sybille ; mais cette fois elle se trouve vis-àvis un quadrupède.
Que fait là cet animal, sur cette branche où il est appuyé et quel est ce symbolisme ?
Si nous nous rappelons que les artistes de l'Orient avaient coutume de placer à côté des Prophètes le devin Balaam, qui bénit, sans le vouloir, le peuple de Dieu, et annonça d'une manière si pompeuse la venue du Sauveur, sous l'image de l'étoile de Jacob, ainsi que la diffusion rapide de la religion chrétienne , nous serons portés à croire que les verriers troyens, continuant de traiter l'arbre de Jessé avec une sorte de fantaisie, auront placé la célèbre ânesse de Balaam, en cet endroit, au lieu et place du devin lui-même, qui fut prophète malgré lui.
De chaque côté de cet arbre, se trouvent quatre panneaux qui sont encore des prédictions, se rapportant au sujet principal. Ainsi, à gauche et dans le haut , l°la toison miraculeuse de Gédéon, — 2° le buisson ardent au milieu duquel le Seigneur apparait à Moïse , — 3° le prophète Naum, — 4° un autre prophète qui porte dans un philactère la prédiction qu'il a faite.
Maintenant, à droite et en commençant toujours par le haut, 1° Abraham, -2° Melchisedech, -3° et ¥ des prophètes (1).
Cette première fenêtre du prix de 120 livres fut donnée par messire Louis La Hure, archidiacre de Provins.