‹ Description du Berry et diocèse de Bourges au XVIe siècle. Publiée pour la première fois d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque impériale de Paris avec une notice sur l'auteurChapitre 57 sur 58 · TRAVAUX GEOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

TRAVAUX GEOGRAPHIQUES

INTIOOLAS r>E IVIOOLAY.

Malgré les nombreuses recherches auxquelles je me suis livré, je n'ai pu découvrir que deux spécimens des travaux géographiques de Nicolas de Nicolay.

Le premier est manuscrit. Il a pour titre : Description géographique DU PAYS ET DUCHÉ DE BOURBONNOIS , ETC. , DRESSÉE sous LE COMMANDEMENT DU ROI CHARLES IX, PAR NiC. DE NiCOLAY, '

GÉOGRAPHE DU ROI, d'Aulphïnois. 1569. — Cette carte a été rencontrée à la bibliothèque publique de la ville de Clermont- Ferrand, par M. Cortambert, Conservateur du dépôt des Cartes et Plans de la Bibliothèque impériale de Paris, qui a bien voulu me la signaler.

Le second spécimen des travaux géographiques de Nicolay, est gravé et exécuté dans de grandes dimensions. Il mesure 95 cent, de hauteur sur 80 cent, de largeur. Il a pour titre :

NOVVELLE DESCRIPTION DV PAIS DE BOVLONNOIS , COMTÉ DE GVINES ,

TERRE d'oye, ET VILLE DE CALAIS. — Cette Carte a été fort bien gravée , par un artiste qui ne s'est fait connaître que par les initiales L. D. Elle n'avait pas encore été signalée ; elle était même inconnue aux collectionneurs du Nord de la France, ainsi' qu'au savant bibliothécaire de Boulogne-sur-Mer, M. A. Girard, qui, tout récemment, nous écrivait à ce sujet : « Votre publication va être une révélation pour nous. » La Bibliothèque impériale de Paris en possède un exemplaire , que je crois unique ; malheureusement il est incomplet et défectueux.

Les trois cartouches qui sont figurés sur cette carte, renferment les légendes suivantes , en lettres italiques, que je reproduis exactement dans leur orthographe défectueuse :

1" Cavtoucl\e. — àV ROY. — Sire, Les ans que i'ay emploiez par ci deuant à vre seruice en ma profession de Géographe m'ont fort bien appris , que les petis dons de vos

treshumbles et fidelles Seruiteurs et subiectz, tel que ie suis, ne vous sont point quelques fois moins agréables, que les riches presentz des plus magnifiques Seigneurs. Laquelle expérience de vostre debonnaireté et doulceur enuers les vos très m'a donné occasion et hardiesse de consacrer à V. M. ceste présente Charte, espérant qne quelque iour pourra venir, auquel, regardant ce mien petit trauail, vous y pourrez prandre et récréation, et contentement. Contentement, par le seruice que vous doy et m'essaye vous rendre : Et récréation, en vo^ls remetant auvray deuant les yeux, Vostre Pays de Boullonnois, Vostre ancienne et patrimoniale Ville de CALAIS, la Conté de GVINES, et terre d'OYE ; conquestes si généreuses et tout dignes de vre grandeur, qui sera fort difficile à vous en ressouuenir par lobiet de ceste mienne paincture, que vous ne resentiez encof un coup la ioye que vous receustes lorsqu'on vous apporta' les premières nouruelles de ce bon heur. le vous suppiiray donc (Sire) ne desdaigner l'humble Présent qu'umblement ie présente à V. M, Et à l'aduenir iene souhaiteray de DIEV le tout puissant, chose qui me soit plus affectionnée , sinon qu'il vous fauo^. rise de Jour, en Tour de nouuelles Victoires. Vous asseurant que pour mon regard à chacune occasion ie ne fauldray a les illustrer de nouuelles descriptions. Rendant par un mesme moyen à Vous le service que vous doy, à vos subietz vn entier contentement de bonnes fortunes de leur Prince. Et à tout le Monde vne / erpetuelle admiration de vos verluz et de vre grandeur. Vostre très himble et très obéissant Seruiieur, Subiect, et Géographe N. de Nicolai, du DauU^ phiné. 1558.

^•^ CavtoucUc. — AV LECTEUR. — En ceste Charte bening Lecteur tu ne verras seulement le Pais entier de Boullonnois. Les Comtés d'Oye et de Guincs , en laquelle est située la très forte et fameuse Ville de Calais, nagueres re.rinse sur les Anglois, par le treshault , et tresillustre Prince Monseigneur le Duc de Guise mais encores dabondant tu pourras ici veoir les aultres villes, chasteaux, places fortes, vitlaiges , riuieres, chemins, montaignes et Vallées , des mesmes pais, le tout songneusement rédigé selon Us ventz et selon le vray art et praticque de géographie, auec

les frontières des Comtés de Flandres et Artois. La diuision desquelles se cognoistra par petites croix bourguignonnes : Et les Comtés d'Oye, et de Guines , que tenoient pas ci deuant les Anglois, sont séparées d'auec le Boullonnois par petits poincts : et le Boullonnois dauec la Comté de Monstreul, par la Riuiere de Canche. Et pareillement trouueras sur le costé droit de la Charte cne Eschelle des lieues communes que ie , fay dressée pour mesurer Et compasser les distances des lieux, en mettant les pointes de ton compas sur le milieu de l'une et Vautre ville , ou mllaige : puis les rapporter sur les degrez de ton Eschelle comme ton bon esprit le saura trop plus aisément et facilement comprendre par la veue de ce mien proiect.

3^ Cavtouclie. — Extraict du Priuileige du Roy. — Parpriuilege gênerai du Roy donné a Amboise lelX^ de Mars 4555, Signé par le Roy Maistre Martin fumée Maistre des Requestes ordv^ de L'hostel pnt Bourdin , et scelé du grand seel sur cyre iaune a double queue Est permis à N, de Nicolay son Géographe et Yallet de Chambre faire imprimer par tel imprimeur et par tant de foy que bon luy semblera toutes les œuures chartes ou descriptions qu'il a desia faites ou fera pour Vaduenir tant de Cosmographie Géographie obseruations de ses Voyages qu'autres siennes inueniions Auec Inhibition et deffence a tous Imprimeurs, libraires et autres quelconques qu'ils n'ayent a imprimer ou faire imprimer aucunes œuures dudit de Nico lay ny les faire entailler ou engrauer en quelque sorte que ce soit, soit en boys, cuyure , ou autre metail au burin que Ion dit taille doulce ny moins engrauer a l'eau fort ny les mettre en plus grande ou plus petite forme et moins les exposer en vente si ce n'est de son congé et permission, Et ce sur peine de confiscations de toutes /es œuures figures et descriptions ainsi imprimées contrefaites et vendues et d'amende arbitraire tant enuers sa Maies té qu'enuers ledit de Nico lay et des interestz et dommaiges qu'il auroit exposez tant pour son labeur que pour la taille et impression. Comme plus a plain est contenu et déduire en son Priuilege,

A ces deux spécimens il faut ajouter les Cartes qui ornent les travaux imprimés et manuscrits de Nicolas de Nicolay que j'ai mentionnés à la suite de sa biographie. V. A.

■• '-^ '• •" ■ DISCOIIRS A U mu , MERE DU ROÏ ,

à la louangfe de l'Autheur de la presenio Description >

PAR A. MATHÉ DE LAIJAL , FORESIEN.

'IL ne constoit assez, Magnanime Princesse, Que du grand Dieu se voit l'image plus expresse En ceulx qu'il luy a pieu souuerains ordonner

^^__ Pour commander au peuple et les loix luy donner

Qu'entre tout le parfaict de tant de créatures Dieu (dont les voluntez sont au nortel obscures)'^* ' A reserué ce plus , et veut en anoblir Ceux que pour dominer il nous daignes establir.

Et que telle personne, aussi tost qu'elle est née Porte au plus haut du front , si bien caractérée , Geste image de Dieu que , pour son seul aspect , Chacun l'ayme, l'honnore et luy porte respect;

Si cela , dis-ie , estoit ores en controuerse , Et qu'il fut agité d'opinion diuerse , Subtil ie resouldroi ces contradictions Par la Diuinité de tes perfections Dautant (seconde Rester) que ta seule apparence Te faict aymer, chérir, et rendre obéissance; Car ton port tout viril et Royal sufiîroit Pour vaincre l'argument qui me contrediroit.

El là i'aurois besoing m'ayder du tesmoignage Des bien-heureux bourgeons de ton Royal lignage ; Là m'ayderoit aussi ta graue Maiesté Qui maintient au-iour-d'huy Justice et Pieté (1). La je proposeroi le soing et prouidence Dont vse ta grandevr aux affaires de France ; Et la i'allègueroi la gloire de ton nom Qui décore ton chef d'un célèbre renom , Pourueu que le secours de ta main liberalle, En donna le moyen à ma Muse ruralle.

(1) Devise de Catherine de Médecîs.' ■ *- ' . " --

Mais puisqu'il est ainsi loing de contention Qu'aux cœurs Royaulx soit mise une perfection , Vne prerogaliue, vn plus, vn priuilege , Villipender lequel estnrop grand sacrilège , -■■^^

le suis contrainct, Madame, à laisser ce subiect, •- *^''^ Pour abonder d'ailleurs de matière et d'obiect ; le suis, dis-ie, forcé, du Ciel et de la Muse, De descrire les faicts dont la Prouidence vse "--^-^ ^'^^ Pour bien-heurer le peuple auquel tu as esté ' ' ^ ' ' Plusieurs diuerses fois moyen de liberté. Pour conseruer la France et la faire paroistre Telle qu'elle souloit en pristine gloire eslre. Et pour faire qu'un iour il se die de toy Que lu es, au Royaume , aussi bien comme au Roy, Dame et Mère, à bon droicl, veu que tant apportune- " Il a senty ton ayde, en sa gauche fortune.

Mais ce thème si grand est plus propre à la voix D'un Poêle Royal (1), honneur de Vandomois, ''■

Qu'il n'est séant au son de ma Muse stérile ; '

Ce seroil l'alterrer d'entreprendre vn tel stile. '

le ne veux pas aussi prendre mon argument Sur le graue pourpris d'un Royal bastiment , Qu'en ton pais natal ta grandeur faict construire , Ou aux bourgs de Paris, chef du Gaulois Empire, Et en mil autres lieux desquelz ta Maieslé Fera viure le nom à toute éternité.

Pour tes Palais haultains, riches et magnifiques , Deuancans en honneur les signaliez antiques.

l'ayme mieux célébrer, libre de passion , L'œuure présent, yssu de ton inuention.

OEuure, trois fois heureux, qui donne cognoissance De l'ordre et de Testât du petit œil de France Qu'on disoit Lugdunum, iadis ores Lyon , Qui n'a iamais suiuy poinct de rébellion.

(1) De Laval entend parler ici de Pierre Ronsard , l'un des plus célèbres poètes du XVl* siècle, né au château de Poissonnière, dans le Vendômois, en 1524, et dont M. Sainte-Beuve a dit justement : \ il jeta les fondements de la révolution poétique qui changea V avenir de notre langue et de notre poésie.

Auquel œuure se void Testât et forme antique

De sa fondation et de sa Politique ;

Le moderne s'y traicte et n'y a rien d'obmis

Tant est soigneux d'arfeville , auquel tu as commis

Vn si graue labeur, et qui a de coustume

D'enfanter de grantlz fruictz du thresor de sa plume.

Le Lyonnois aussi, ses fleuues et ses bois ,

Ses minières, ses lacz, par ceste docte voix, • al

Sont tellement descriptz et despeintz en ce Liure, >

Qu'on ne peut iamais mieux le naturel ensuiure.

Ce labeur n'est égal à ce qu'il tient encloz Soubz la clef, se priuant luy mesme de son loz Qu'il pourroit, assisté de ta munificence, ■'■}.

Mettre, au grand bien de tous, bien tost en euidence,

Si n'ay-ie opinion qu'un iour ta Maiesté N'use enuers cet Autheur de libéralité Qui pourra l'animer et luy donner courage. De faire voir le iour au fruict de maint voyage Qu'il a , comme soigneux, recueilly de sa main , Pour ne dépendre oisif ses ieunes ans en vain.

Et là se pourroit voir auec quelle industrie Ton d'arfeville a moulé le proiect de sa vie.

Il en appert beaucoup, mais ie peux dire encor* Qu'il ne faict qu'exposer l'escume du thresor De ses dignes labeurs esquelz (Hester seconde) Ton renom durera tout autant que le monde ; Car en tout ce qu'il faict, après le nom du Roy, Sa plume ne célèbre autre chose que toy. Tellement qu'il me semble oyr ia le langage Que de toy noz neueux tiendront au futur aage , Veu que le tiers estât, le noble et le clergé Est, par ton bon conseil, maintenant soulagé.

Si que desa présent tu commences à mettre, Vne entreprise sus qu'à iamais interm.ettre ,

» L'on ne verra, dautant que diev ne permet point

» Qu'une œuure pie et saincte amoindrisse d'un poinct.

La Postérité donc beneira ta prudence Et fera, dis-ie, ainsi naistre ta souuenance.

Ha que, bien-heureux fut, diront-ilz le beau iour Que Catherine vint faire icy son seiour.

Elle inuenla ce bien de descrire noz terres Quoy que, de toutes parts, les intestines guerres En cet aage sembloient vouloir France abismer, Elle sceut neantmoins, tant a propoz calmer, Les esclairs fouldroyans de la rude tempesle Qui auoient a peu près mis la France en conquesle Au soldat estranger, que seule, elle pouuoit, Résister aux assaux que France recevoit.

Ha quel grand heur aduint aux subiectz et aux Princes Quand elle suada desplucher les Prouinces I Ainsi parle menu, car depuis nous n'auons Esté chargez de plus de ce que nous pouuons. Voi-là l'utilité qui nous est aduenue De ce que la France à Catherine cogneûe.

0 Roine bien-heureuse, à tousiours un tel iour, Puisse deuancer ceux qu'au spherique contour. Le flambeau iournallier icy bas nous faict naistre ; Et puisse à tous iamais ton loz et gloire croistre.

Ainsi, dira la France, en admirant ton heur, Et ton renom vaincra les pas du vieil faucheur.

Tendant a mieux.

(Tiré du manuscrit n« 669 de la Bibliothèque impériale de Paris , fonds Gaignières : — Description de la cité de Lyon , par Nicolas de Nicolay.)

Rodeï, knprimerie de N. RATERY, rue de l'Embergue, 21.

POUR HAHAllKh: P H OC H A 1 :\ K M K N l

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