VUE RESTAURÉE EXTÉRIEURE DU CHATEAU DE COUCY
DESCTxIPTION DU CHATEAU DE COUCY. 25
de latrines. On remarquera que les escaliers à vis ne montent pas de fond, mais s'interrompent à partir du premier étage pour reprendre de l'autre côté de l'entrée de la tour.
G'estlàune disposition souvent adoptéedans les tours de cette époque, afin d'éviter les trahisons, et de forcer les personnes qui veulent monter sur les parapets de passer par l'une des salles. C'était un moyen de rendre la surveillance facile, et de reconnaître les gens de la garnison qui montaient aux chemins deronde pour leservice; car lesparapets des courtines n'étaient accessibles que par les tours, et les escaliers des tours desservaient par conséquent toutes les défenses supérieures. Nous avons figuré en G (fig. 3) le pont volant mettant en communication la grand salle D avec le chemin de ronde de la bassecour du côté du sud. Si, par escalade, l'ennemi s'était emparé du chemin de ronde H de la chemise, il lui fallait forcer, soit la porte I, soit la porte K, pour pénétrer dans le château. Les postes établis en A ou en L le jetaient par-dessus les parapets ou dans le fossé de la chemise. Le poste A servait la terrasse crénelée M au-dessus de la porte , de même que le poste L servait le chemin de ronde N commandant le pont volant G. Quant à la garnison du donjon, du premier étage elle pénétrait sur le chemin de ronde de la courtine par un pont volant 0, mais en passant par le corps de garde L. Avec des défenses aussi bien entendues, il n'y avait pas de surprises à craindre, pour peu que la garnison du château connût parfaitement ses nombreux détours, les ressources qu'ils présentaient, et qu'elle prît quelque soin de se garder.
Une vue cavalière restaurée, tracée du côté de la bassecour (fig. 4), fera comprendre les dispositions intérieures et extérieures du château de Coucy.
Il faut reconnaître qu'un long séjour dans un château
de cette importance devait être assez triste, surtout avant les modifications apportées au xv*" siècle, modifications faites évidemment avec l'intention de rendre Thabitation de cette résidence moins fermée et plus commode.
La cour, ombragée par cet énorme donjon , entourée de bâtiments élevés et d'un aspect sévère, devait paraître étroite et sombre, ainsi qu'on peut en juger par la vue présentée (fig. 5) . Tout est colossal dans cette forteresse; quoique exécutée avec grand soin, la construction a quelque chose de rude et de sauvage qui rapetisse l'homme de notre temps. Il semble que les habitants de cette demeure féodale devaient appartenir à une race de géants, car tout ce qui tient à l'usage habituel est à une échelle supérieure à celle admise aujourd'hui : les marches des escaliers (nous parlons des constructions du XIII*' siècle) , les allèges des créneaux, les bancs, sont faits pour des hommes d'une taille au-dessus de l'ordinaire.
Enguerrand III, seigneur puissant, de mœurs farouches, guerrier intrépide, avait-il voulu en imposer par cette apparence de force extra-humaine, ou avait-il composé sa garnison d'hommes d'élite? C'est ce que nous ne saurions décider ; mais, en construisant son château, il pensait certainement à le peupler de géants. Ce seigneur avait toujours avec lui cinquante chevaliers, ce qui donnait un chiffre de cinq cents hommes de guerre environ en temps ordinaire. Il ne fallait rien moins qu'une garnison aussi nombreuse pour garder le château et la basse-cour. Les caves et magasins immenses qui existent encore sous le rez-de-chaussée des bâtiments du château permettaient d'entasser des vivres pour plus d'une année, en supposant une garnison de mille hommes. Au xiii^ siècle, un seigneur féodal, possesseur d'une semblable forteresse et de richesses assez considérables pour s'entourer d'un pareil