COS PONTIF . EX . STIPE
ce En Tannée du consulat de Caïus Galpumîus I^son et ce de Marcus Vettius Bolanus , le pontife a érigé ce monu^ ce ment du produit d'une quête. *>
Ce consulat répond à Tannée 1 i 1 de notre ère , et à I» i4« du règne de Trajan.
Les quêtes étaient fort en usage chez les anciens , surtout chez les Romains. Il fallait même que du temps de Gcéron elles eussent dégénéré en grand abus, puisque cet orateur philosophe les défend à d'autres qu'aux prêtres de Cybèle dans son traité des Lois. C*é(ait un acte pieux auquel les plus^ grands personnages, revêtus du sacerdoce, ne craignaient point de se livrer. Auguste , en vertu d'une vision , et ea sa qualité de souverain pontife , faisait toutes les années une quête. L'emploi de l'argent qui en provenait devait être religieux , et si Ton en juge par celui qu'il donnait aux élrenne» que lui offrait le peuple, le i^"^ janvier de chaque année, il
consacrait cet argent à ëlever des statues aux dieux , ou d'autres monuments en leur honneur. Sur ce point les marhres viennent appuyer le témoignage de Thistoire. Plusieurs inscriptions , et entre autres celle dont il s'agit ici , nous apprennent aussi que les pontifes , dans les diverses provinces , se piquaient d'imiter ceux de Rome ^ ils faisaient des quêtes , 'et du produit élevaient des monuments aux dieux.
Nous devons nous borner ici à ces simples énonclations. Cependant nous ne pouvons , dans l'intérêt de la vérité historique , nous dispenser d'observer que Hnterprétation de l'inscription ci-dessus n'est sujette à aucune difficulté. Le sigle PONTIF , suivi des mots EX STIPE , a toujours été pris <lans le sens que nous lui avons donné , et il ne peut être entendu dans un autre. Pour lui trouver un sens différent, Il ^ fallu Inventer tout exprès un mot latin , comme a fait l'auteur de l'espèce de roman historique intitulé : Histoire de Fienne sous les dou\e Césars (voyez cet ouvrage inséré dans ^elui de M. Mermet aîné, intitulé: Histoire de la ville de Fienne durant l'époque Gauloise, Paris, 1828, pp. 212, ^16, etc. ). Vonr appuyer l'une de ses inventions, le même auteur a imaginé de rendre PONTIF . EX STIPE par/yowfî- Jicd ex stipe , et de le traduire par : tribut pontijique , en •supposant que ces mots désignaient un droit de passage qui :se percevait sur le pont du Rhône , de Vienne. Cet adjectif j)ontificus est tont-à-fait nouveau , et la saine critique défend 4'cxpliquer les abréviations répandues dans les inscriptions antiques autrement que par des mots connus et que l'on rencontre dans les auteurs ou sur les monuments de l'aniiquité, qui les présentent entiers,
La pierre dont il s'agit ici fut trouvée dans la cour du palais des Canaux , aujourd'hui celle du théâtre , et placée à l'extrémité septentrionale du parapet oriental du pont de Gkrt^ ou de St-Sevère, rebâti dans le milieu du XVP siècle ( Véy. Chorier , Rech. sur les Jntiq. de Fienne^ 1. 1 , ch.
8). Grulcr, dans son recueil ( CLXIII , 7), Indigne celte inscripiion comme esistant au même endroit, in ponte Gerœ , et la classe parmi celles qui se rapportent à la restauration des ponts ; dans sa pensée apparemment elle était relative à la construction du pont oh on la voyait, et elle y avait été placée dès Torigine. Bergier , dans son Histoire des grands chemins de Vempire romain ( liv. IV , ch. 37 , n<^* 5 et 6) , partage la même erreur , et de plus croit que la même inscription existait sur le pont du Rhône. Les erreurs de Gruter , de Bergier et de tout autre ne sauraient prévaloir contre le témoignage d'un écrivain du pays , tel que Cborier , et donner la moindre consistance à des suppositions historiques qui ne reposent réellement sur aucun document antique.
Cette pierre a été transportée au musée en 1823. On observe à la partie inférieure des restes des moulures qui ornaient sa base. Ainsi ce n'est point sans fondement que nous la considérons comme ayant formé un piédestal. Selon notre conjecture , elle était surmontée de la statue de quelque divinité. Si le nom de celle-ci ne se trouve pas dans l'inscription , on peut supposer avec raison que ses attributs la désignaient suffisamment.