VIVI . SIBI . FE CERVNÏ
a Les comédiens Asiaticianiens , et ceux qui sont attaches i( à la même corporation , se sont fait ce tombeau de leur a vivant. »
Les plus grandes lettres ont 12 centimètres de hauteur; ies moindres , près de 8 centimètres. Le cippe, qui est quadrangulaire , a 1 mètre 47 centimètres de hauteur , y compris la base et la corniche.
Les lettres sont belles , et du bon temps.
En 1 753 , Charvet , rhistorlen de l'église de Vienne , vit ce monument intéressant chez un paysan d'Eslressin , à un quart d'heure de chemin au nord-ouest de Vienne. Il le retrouva avec beaucoup de peine , en 1760, chez un hôtelier de Vienne , qui l'avait acheté et fait creuser en forme d'auge. Heureusement l'ouvrier chargé du travail n'avait point eu la barbarie de creuser la pierre du côte de l'inscription. M. de Portes d'Amblérieux la fit transporter dans sa maison , h la recommandation de Chisrvet , qui voulait l'engtiger à former une collection de monuments lapidaires. Elle fut placée ensuite à rHôtei-de-Vlife , et enfin réunie à la collection de M, Schneyder,
Celte pierre avait e(e' découverte et était connue avant 1740 , puisque Kimard de la Bâtie cite l'inscription dans un mémoire qu'il lut, cette même année, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres (Ilist. de VJcad, des inscr, , t. VII, p. 182 de l'e'dition in-12.). Il en avait reçu la copie du P. de Montauzan , jésuite, et il annonce lui-même que la pierre a ëtê trouvée à un quart de lieue au nord de Vienne.
Le même savant parle , dans son me'moire , des troupes de comédiens , chanteurs , joueurs d'instruments , et autres personnes nécessaires aux jeux de la scène, qui, de la Grèce, passèrent dans l'Asie sous les successeurs d'Alexandre , et qui se distinguaient entre elles par des lioms qu'elles empruntaient , les unes , des rois qui les honoraient de leur protection , les autres , du chef de la troupe. Il assure que ces troupes de comédiens non seulement se soutinrent dans l'Asie après la soumission de ce pays aux Pxomains , mais encore qu'elles envoyèrent des espèces de colonies dans l'Occident. Il trouve la preuve de ce dernier fait dans l'inscription de Vienne , dont il s'agit ici. Ainsi , selon lui , les comédiens auxquels elle se rapporte étaient venus d'Asie , et avaient pris , à cause de cela , le nom d'Asiatiques , Asîaticiani. Mais M. Millin , en parlant du même monument dans son Voyage au midi de la France , remarque avec raison que le mot lalin qui correspond à asiatique est asiaticiis , et non pas asiaûcianus ^ et il juge que ce dernier dérivait du nom que portait le chef de la troupe.
A l'occasion de ces comédiens , l'auteur de V Histoire de Vienne sous les dou-;e Césars , dont nous avons parlé au n^ 190 , raconte que Valerius Asiaticus , Viennois qui joua, selon Tacite, un rôle important à la cour de Caligula et de Claude , avait amené à Vienne des esclaves instruits dans l'art de représenter des pièces de théâtre. Leur jeu ayant été goLilé des hahiîants , Asiaticus , pour plaire à ceux-ci , affranchit ces mêmes esclaves, à condition qu'ils se fixeraient
à Vienne. Leur troupe , à laquelle la ville assura des moyens d'existence, et dans laquelle se fondit celle qui y existait déjà , voulut garder le nom d'Asiaticus , et le conserva longtemps encore après lui ( voy. pp. 239 , 240 et 250).
Déjà, avant cet auteur, Charvet, dans ses Fastes manuscrits de la ville de Vienne , p. 37, avait dit, en parlant de Valerius Asialicus : « On voyait à Vienne , sa patrie , c( une troupe de comédiens qui se faisaient gloire de porter « son nom, et qui s'étaient élevé un tombeau commun. » Immédiatement après il rapporte l'inscription de notre cippe.
L'idée de faire dériver du nom de cet homme célèbre celui îS! Asiaticianï , porté par les comédiens dont il s'agit , est naturelle, et ne blesse point la vraisemblance. Elle peut être raisonnablement admise comme conjecture-, et, en l'empruntant de Charvet dans toute sa simplicité , sans y ajouter aucune broderie , l'auteur de VHistoire de Fienne sons les doii^e Césars n'eût mérité aucun reproche-, mais il s'est plu à l'accompagner de circonstances tout-à-fait imaginaires, et à cet égard il ne saurait être approuvé.
Quoi qu'il eu soit , il résulte du curieux monument placé sous ce n^ qu'il existait à poste fixe , dans Vienne romaine , une troupe de comédiens , composée non seulement d'acteurs , mais encore de tous les personnages nécessaires aux représentations scéniques. On n'a point lieu d'en être surpris puisque Vienne possédait un magnifique théâtre , puisqu'elle était riche , puisque les beaux-arts y étaient en honneur , et qu'elle devait sa célébrité à son goût pour les lettres, aussi bien qu'àla beauté de ses monuments. Ces comédiens avaient pris vraisemblablement le nom d'Asiaticianiens , soit de celui du chef de la troupe , comme le prétend Millin , soit en l'honneur du célèbre Asiaticus , comme le veut Charvet. Asialicus était pcul-ètre leur protecteur.
208o Tête dïiîi Barbare vaincu^ bas-relief en marbre.
On voit, seioii nous, dans ce fragment, la tête d'un de ces captifs qui ornaient les Irojjliëes ou les (riomplies des généraux ou des empereurs romains. Les traits du visage ? les loiigs cheveux en désordre , la barbe mal peignée, nous semblent caractériser un Barbare vaincu , ayant les mains liées derrière le dos.
209. Inscription votive au génie et à l'honneur des Utricuiaircs.
GENIO . ET HONOFJ VÏFJCLAraOFx AVFxEL EVTiCiïES ET . ANT PELAGIVS . IM MVNES 0 î> . S. D ET
R . L . MAtlîNYS . L . D . D . V
Genio et honori Utnciilar'wrum ^ Aurelïus Entiches et Aïitonïniis Pelaqius , hnmimes ^ de siio dedlcaveriint.
Et restitiiit Liiciiis Mar'mus, Locus datus décréta Utricidarîorum,
a Au génie et à l'honneur des Utricuiaircs. Aurelius Eu- « tichès et Anloniniis Pelagius , exempls de charges, ont u dédié ce monument, à leurs frais.
(( Et Lucius Marinus l'a rétabli. Les Utricuiaircs, par une <' décision de leur corps , ont donné l'emplacement. »
La plaque de marbre sur laquelle est grave'e celte inscriplion n'a que 32 cenlimètres de hauteur, sur 19 de largeur, et 22 millimètres d'e'paisseur. Elle a dû cire incrustée sur la face d'un monument plus considérable , peut-être un autel ou un édicule. Elle a ële' trouvée au midi de Vienne , dans un champ cultivé , à peu de distance de la ville , et non loin du Rhône.
Cette inscription nous apprend que Vienne , ainsi que d'autres villes de la Gaule , telles que Arles ,. Narbonne , Antibes , Lyon , possédait une corporation d'Uîricuîaires , ou de bateliers qui , pour le transport des marchandises sxu' le Rhône , se servaient de radeaux soutenus par des outres remplies d'air.
Dans cette corporation ou colle'ge , comme dans beaucoup d'autres à Rome , des membres avaient le titre à'biimiines ^ ou exempts de charges. C'est sans doute par reconnaissance de l'avoir reçu que Aurelius Entichés et Antoninus Pelagius élevèrent et dédièrent en l'honneur des Utriculaires le monument que décorait cette inscription.
Avec le temps ceUii-ci tomba en ruine. Lucius Marin us le rétablit. Il était peut-être un descendant de Pelagius-, son nom latin, qui est la traduclion du nom grec de ce dernier, semblerait autoriser cette conjecture. H crut devoir cet hooimage à la mémoire de son ancêtre , et le collège des Utriculaires, en témoignage de sa satisfaction , consentit à faire don de remplacement. L'ancienne inscription s'était conservée intacte. On se contenta d'y ajouter la mention de la restauration du monument par L. Marinus , et du don de l'emplacement par les Utricuiaires. En effet, celle parsie , qui est en plus petites letires , a été évidemment gravée après coup , et postérieurement à ce qui précède.
Ce cnrieux monument a été donné au musée par M. Laurent, officier retraité, dans le champ duquel il a été découvert.
Nous l'avons déjà publie dans la Reinœ de Plenne , t. III , p. 1 1 1 5 où l'on pourra en voir une explication plus dëveloppe'e.