DEO CAV
a Au dieu de la prudence. »
L'on connaissait déjà six inscriptions dans lesquelles se lisait le nom de ce dieu Caute ou Caiitus, — (Voyez Gruter, LXXXIX , 4 et 5. — Reines , CLII^ 1. — Gualtan, Marmor encycL rom, , t. Vj p. 76).
Les villes où elles ont été découvertes sont Rome , Brescia, Aquilée et Weissembourg.
Mais quel est le dieu ici nomme' ? Est-ce Mercure, auquel, à cause de sa finesse , Horace donne l'epithète de catiis ? Est-ce le dieu , source de toute subtilité d'esprit , que St- Auguslin nomme, dans sa Cite de J)\g\x^ pater catiiis-^ ou bien le dieu de la prudence , comme nous venons de l'indiquer? Est-ce, comme d'autres le prétendent , un homme dëifië j ou bien enfin, selon d'autres encore, les rochers, les montagnes, adores sous ce nom comme des dieux? Car caute paraît à ces derniers venir de cantes^ roc , cailloux, et non point de cautus^ prudent, prévoyant.
Le dieu Caute est-il le même que le dieu Caitius ? Caiiie est-il un nomJndëclinable , ou un adverbe faisant sous-entcndre d'autres mots pour compléter le sens? Nous penchons vers cette dernière hypothèse. Ainsi DEO CAVTE serait ici pour deo caiitè facîenti , et pour deo cauû faciendi caiisœ^ pour le dieu qui agit avec prudence , et pour le dieu qui donne la prudence. Avec le temps Caide serait même devenu un nom propre du dieu.
La pluralité indéfinie des dieux, et la croyance qu'ils n'e'- Ment pas tous connus, jointes à la confusion et au conflit des pouvoirs qui devaient en résulter entre eux, fut sans doute une source d'embarras et d'incertitude fort pénibles pour des hommes aussi religieux que les anciens. Ils devaient craindre souvent de mal adresser leurs vœux , et , à cause de cette circonstance, de ne les voir suivis d'aucun effet. Mais il leur restait une ressource , et ils y eurent souvent recours', ce fut de déifier les attributs divins', du secours desquels ils avaient besoin. Ils déifièrent même les biens qui étaient pour l'homme un effet de ces attributs. C'est ainsi (}.u'ils honorèrent comme des divinités la vertu, l'honneur, la fortune, la victoire, la paix, etc.. La prudence put donc bien être déifiée aussi sous le nom singulier de dieu Caute,
Les lettres, qui ont de 7 à 8 centimètres de hauteur, ne sont pas du meilleur temps. Le piédestal est privé de sa cor -
niche. Dans cet éiât il a 80 ceiitimèlres de hauteur. Il paraît avoir été' place à l'angle d'un édifice , et avoir même fait corps avec la pierre de taille qui formait la première assise de l'angle situé à droite. C'est ce dont on peut juger par l'arrachement que l'on voit derrière , et par la coupe à gauche , vers la partie postérieure. Il est vraisemblable que la statue du dieu était placée sur ce piédestal. On doit bien regretter de n'avoir pas trouvé cette statue. Elle aurait sûrement levé les difficultés que présente l'interprétation de l'inscription.
Cette pierre a été trouvée en 1 835 , au sud-est de la Halle-Neuve , sur l'emplacement de la maison de M. Pérou ^ ancien officier de marine, qui en a fait don au musée.
241 bis. Fragment d'im autel votif ^ avec basrelief en marbre blanc.
il ne reste qu'une petite partie de Faogle supérieur de droite. On lit sur le bord:
O . SAG.il VM. "
242. Petit pilastre carré ^ en marbre blanc ^ avec des oriieinents eu bas-relief.
La face de gauche est ornée d'une torche , ou d'un flambeau formé de trois fleurs d'hélianthe , implantées les unes dans les autres. Un laurier, avec ses feuilles et ses fruits, occupe toute la face de droite. A la tige de l'arbre est attachée , au-dessous des branches , une bandelette flottante.
La hauteur du pilaslrc est de 87 ceri(imè(rcs -, la largeur des faces est de 145 et de 165 miitimclres.
Ce pilastre bordait à droite un bas-relief dont on voit un reste à gauche sur la même pierre , et un autre dans un autre fragment de marbre place à côte' 5 et qui a fait partie du même monument. A en juger par ces deux fragments , le bas-relief Jpre'sentait l'intérieur d'un êdilice", d'une riche architecture, a\ec des colonnes corinlhiennes , une voûte decorëe de caissons, et des murs orne's de refends. On y voyait une statue sur un piédestal. Un pilastre , semblable à celui qui existe ici , bordait sans doute à droite le même tableau. La position oblique de ces pilastres , par rapport h la face du bas-relief, permettait d'embrasser leurs deux faces du même coup d'œil. C'est sans doute cette inclinaison , jointe aux ornements , qui a fait croire que ce marbre appartenait à un trépied d'Apollon. Nous ignorons en quel lieu a e'té trouvé le plus grand morceau, remarquable par son excellente sculpture-, quant au petit fragment, nous l'avons retire' en 1828 du milieu d'autres débris romains qui composaient en grande 'partie un rempart du moyen-âge, démoli à cette époque dans le cimeîière actuel de la ville.
243. TaWe de pierre calcaire tendre^ avec iiiiscriptioîi suivante , enioiirée d'une moulure :
lOVI FVLGVKl FVLMINI
c( A Jupiter, écîa'r et foudre. »
Tout lieu frappé par la foudre était sacré aux yeux des anciens , et ne devait être ni foulé aux pieds , ni exposé aux regards. On les couvrait d'une espèce de chapelle à ciel ouvert, tel que le Putéal de Scribonius Libon, à Rome. C'est* probablement à un édifice de ce genre qu'appartenait la pierre dont il s'agit ici.
A Jupiter principalement était attribué le pouvoir de lancer la foudre, de faire briller l'éclair, et gronder le tonnerre , de soulever les tempêtes, et d'envoyer la pluie sur la terre ? l'air et les météores lui étaient dévolus dans le gouvernement de l'univers. C'est pourquoi il a été ordinairement représenté tenant la foudre d'une main, quelquefois exprimant la pluie de l'autre , ou bien la faisant couler de tout son corps. C'est pourquoi on l'appelait souvent Jupiter tonans et fiilgurans ^ Jupiter tonnant, et faisant briller l'éclair. Dans une inscription de Pxome on lit: lOVI FVLGERATORI -, dans une autre de la même ville , DEO FVLGERATORI, et dans une autre d'auprès de Lérida en Espagne , DEO FVLGVRA- ÏORI^ enfin , dans une autre de Terni, lOYI . FVLMIN . FVLG . TONANTI, Joui fulmïnanil ^ fulgiiranti^ tonanti^ « à Jupiter, foudroyant, éclairant et tonnant » (1). Une inscription trouvée en Afrique , non loin de Constantine , est consacrée : lOVI . O . M . TEMPESTATIVM DÎVI- NARVM POTENTI, à Jupiter tres-hon^ très-grand^ qui dispose à sou gré des tempêtes échappées de sa main divine (2).
Dans toutes ces inscriptions Jupiter est considéré comme la cause du phénomène naturel ^ dans l'inscription de Vienne, unique en son genre, la cause est confondue avec l'effet-, l'un et l'autre ne font qu'un, et sont l'objet du même culte. C*est le polythéisme rappelé à son origine.
(1) Gruler, Inscripl. antiq. , XXI , 3 , 4 , o et 6.
(2) Spon, Miscell. cnid. antiq,, p. 76.
Cette pierre fut trouvée en 1765 sur les hauteurs d'Ampuis , paroisse rurale de Pancien diocèse de Vienne , silue'e sur la rive droite du Rhône, à une lieue de cette ville , et fut recueillie par Charvet , Tauteur de VHistolre de la samte église de Fienne. Les lettres ont une mauvaise forme ^ et sont mal grave'es. On dirait que cette pierre appartenait à un autel façonné par la main d'un rustre , comme ceux dont parle Martial dans les vers suivants :
Mari ^ quletœ ciiltor et cornes vitœ ^ Quo cive prisca gloriatur Atînd ^ Has tibi gcmellaSf barbari deciis Ikcî^ Commendo pimis , ilicesqiie faiinorum , Et semi doctd villici manu structas Tonantis aras , horridique Sylvaiii , Quas tinxit agni sœpè sanguis^ aid hœdi.
Lib. X, epigr. 92.
« Marius , toi qui aimes la vie paisible , et qui en as par- H tagé avec moi les douceurs , toi que l'antique Atina compte (c avec honneur parmi ses citoyens, je te recommande les- « pins jumeaux, l'ornement du bois sacré de mes champs ; « je te recommande les yeuses aux faunes consacrés , et « les autels élevés par la main peu savante d'un villageois et à Jupiter Tonnant, et au sauvage Sylvain, autels qu'a « teints souvent le sang des agneaux et des chevreaux,