Description du Musée des Antiques de Toulouse
DBA ADTIQOAIkSt DS r«AMCB ; DS CSLLS DSS AHTIQUAIRBS DU SOkD A COPBSHAGUC , BT DB CBLLB DE MOAMAEDIB, DE l'aCAD^MIB DBS SCtSKCBS, INSCBIPTIOES ET BELLES^ LETTRB* Dt TOULOUSE» HAITRE ts JEUX FLORAUX » ETC., ETC.
Gloriœ Majorum.
mTRODUCTIOIV.
Toulouse est l’une des plus anciennes viUes de France, et ses illustrations remontent aux premiers temps où les Gaulois, sortant de leurs limites, se précipitèrent en vainqueurs dans la Péninsule Hispanique , dans l’ItaLe et la Grèce. On sait peu de chose sur son état durant la domination romaine , mais on ne saurait oublier qu’Ausone , né à Bordeaux , et qui fût précepteur de Gratien , consul et préfet , la place , dans ses éloges des villes de TEmpire , immédiatement après Catane etSyracuse, et avant Narbonne, qui ce])endant jouissait d’une bien haute célébrité. Les rares débris de monumens que l’on découvre- dans ses murs annoncent à la fois et la grandeur et la magnificence *. Mais les temples , les palais ont disparu , et l’on a même détruit les dernières marques du séjour des Visigots dans cette ville , qui fut la capitale de leur royaume. La race des Mérovingiens y fit peut-être élever des églises , des cloîtres : le royaume d’Aquitaine , rétabli dans la personne de Charibert, dura peu, et l’on n’oserait affiimier que nous possédons encore quelques marbres de cette.
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c{)OC|ue ‘.Denouveaucapitale,durantenviroii vingt années, pendantcpeLouis le Débonnaire y fixa son séjour, on peut bien croire cpie quelques monuraens de ce temps y subsistent encore ; mais il serait possible de contester avec quelqu’avantage leur origine et de leur assigner un temps moins reculé Ce n’est guère que depuis le onzième siècle que l’on voit Toulouse se couvrir de monumens et chaque année ajouter à ses richesses architecturales. En apercevant de loin ses hautes tours, élégantes encore , qui s’élancent et dominent sur les habitations , on éprouve une satisfaction bien vive ; mais un examen réfléchi prouve bientôt à l’observateur qu’il ne va guère retrouver que des ruines. « Au premier abord , dit un judicieux écrivain * , Toulouse présente l’aspect d’une de ces villes de paysages du i5.“® siècle, dominées par une foule de clochei's pyramidaux et d’immenses nefs , hautes et larges comme des tentes plantées par une race de géans pour abriter leurs descendans affaiblis. On approche , on lie trouve qu’une ignoble écurie ou un grenier à foin....
» Toulouse n’en est pas moins une ville qui mérite au plus haut point l’intérêt et l’attention du voyageur, ne fût-ce qu'à cause du grand nombre de ruines qui la parent encore , et qui ont conservé, au milieu de leur humiliation, tant d’imposantes traces de leur an-
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3 M. de Montalcmbert, Lettre à H. V- Hugo.
tique beauté ; mais le sentiment le plus vif et le plus fréquent que leur vue doit exciter , n’en est pas moins celui de l’indignation.
» Rien n’a été respecté, et l’on dirait que l’on a choisiavec une sorte de recherche les plus curieux monumens du passé, pour les consacrer aux usages les plus vils. L'église des Cordeliers , hâtie au 14.“* siècle, célèbre par ses fresques, ses vitraux, par des bas-reliefs de Bachelier, élève de Michel Ange * et l’un des meilleurs sculpteurs de la renaissance , par les tableaux d’Antoine Rivalz ’ , par le tombeau du président Duranti , ët sur-tout par son caveau qui avait la propriété de conserver les corps dans leur état naturel ; cette église a été complètement dépouillée et changée en magasin de fourrage.
» L’église des Jacobins ou Dominicains, à deux nefs d’une hauteur prodigieuse, si vantée dans toutes les anciennes descriptions de cette ville, est complètement inaccessible aujourd’hui. Elle a été octroyée à l’artillerie , qui a établi une écurie dans la partie inférieure, et distribué le reste en greniers et en chambres. On ne peut juger de son ancienne forme que par l’extérieur qui est en briques, et notamment par son admirable clocher étagé, qui a été épargné jusqu’à présent, et qui est le plus beau de Toulouse.
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a Né à Toulouse ainsi que Bachelier. Une bonne partie de ses taMcnu» est conservée.
»L’^gl ise des Augustins , le troisième des grands monumens de Toulouse, a été transformée en Musée; le cloître attenant , qui est d'un caractère excellent , avec des arcades en ogives tréflées du 14.“* siècle, doit être disposé pour recevoir le Musée de sculpture qui se compose des débris les plus précieux de tombeaux et de bas-reliefs du moyen âge. Je ne pense pas qu’il se trouve en France de collection plus originale , plus nationale. On y remarque sur-tout les statues tumulaires des comtes de Comminges , des évêques et archevêques de Naid>onne , ainsi que de délicieuses madones en pierre et en bois. »
Certes , nous avons gémi , comme l’ingénieux auteur de ce passage , des dévastations exercées dans Toulouse ; mais à l’époque où tant de vieux monumens furent si ignoblement transformés, un système de destruction pesait sur la France : il avait commencé, comme je le montrerai dans cet ouvrage, dès l’année 1790. En oi*donnant la vente des domaines du clèi^é, en les livrant à des spéculateurs avides qui, d’avance, avaient calculé combien de toises cubes de matériaux contenait chaque saint édifice , bien qu’elle eût pris la précaution de réserver les statues , les bas-reliefs , les mausolées qui pouvaient s’y trouver placés, l’Assemblée nationale devait être persuadée qu’elle ne trouverait que diflicilement chez les hommes alors en place dans les départemens, des amis des arts et des vieilles gloires
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nationales. Plusieurs de ces fonctionnaires publics , comme on disait alors , voyaient avec horreur ces images sacrées , qu’ils nommaient des monumens de la superstition , et aucun n’aurait voulu conserver ces statues sépulcrales , ces mausolées qui décoraient les temples , qui s’enfoncaient sous les arcades creusées dans les murs des cloîtres ; c'étaient , disaient-ils , des monumens de la féodalité, des marbres qui insultaient à l’pgalité. De sorte que, même dans les lieux où l’on obéit aux ordres de l’Assemblée nationale , ce fut sans aucun soin que l’on arracha , des sanctuaires profanés et des murs des églises qu’on allait renverser, tous ces précieux monumens que les arts et l’histoire avaient placés sous la garde de la religion. Ce ne fut que mutilé et confondu avec les plus vils matériaux , que l’on transporta le tombeau de Durant! dans le dépôt du Musée , et ses débris furent même bientôt vendus à un marbrier ignorant. Les grands édifices religieux de Toulouse , concédés, dès 1791 , à un industriel qui dut y établir des manufactures , lui furent bientôt ravis , et ces immenses constructions , déjà dépouillées , furent transfoimées en casernes , en écuries , en magasins. Réclamer contre ce vandalisme , aurait alors été le signal d’un arrêt de mort ; et plus tard , même sous l’empire et sous la restauration , on a plus fait encore que de souiller nos temples si majestueux , nos cloîtres si vastes et si pittoresques. Des démolitions nombreuses ont été ordonnées sous le spécieux prétexte d’assainis-
senient de la ville ; c'est même, a-t-on dit, pour son embellissement que l’on a fait disparaître cette admirable colonnade du cloître du couvent des Carmes, que l’on pouvait facilement transporter ailleurs. C’est sans songer même qu’il y avait quelque interet à le conserver , quelque charme rebgieux et poétique qui s’y rapportait , que l’on a vu abattre celui des Cordeliers ; mutile^ d’abord , et* depuis, détruire celui des Dominicains , dont le souvenir néanmoins sera conservé dans les belles lithographies des Voyais Pittoresques dans l'ancienne France *. N 'est-ce pas en i8ia , qu’un Préfet a vendu la tour de Saint-Jean , dont la masse quadrangulaire s’élevait et paraissait belle encore près de la tour colossale de la Dalbade ? En vain on représenta qu'à cette tour se rattachaient quelques souvenirs de l’histoire ; en vain aussi quelques raeudu’es delà classe des Inscriptions de l’Académie de Toulouse réclamèrent-ils au nom de cette Société : leurs voix ne furent pas entendues. A la même époque , le fisc fit renverser la belle colonnade du cloître de la Daurade , et sans la générosité de ce manufacturier dont j’ai déjà parlé , et auquel on abandonna les matériaux , il ne demeurerait peut-être pas même un souvenir de cette élégante construction , si précieuse comme monument de l’art chrétien et de l’histoire nationale. Que
I Par MM. Charles Nodier et Taylor. Qu'il me soit permis d'ajpiitcr ici» comme souvenir d'honneur, que j'ni eu l’avantage d’etre associé .O ’drs travaux sur la belle province de Languedoc.
dirai-je de la démolition exécutée, il y a moins de huit années , de ces portes de ville si pittoresques , si monumentales , auxquelles pendaient encore les longues herses qui y avaient été placées au siècle? En vain Valenciennes , dont le nom est une des gloires de Toulouse , avait conseillé aux jeunes peintres d’aller dessiner, d’aller étudier ces tours , ces vieux remparts , si chauds de ton , si pittoresques , antiques moniteurs d’un autre âge ; tout a disparu pour faire place à de prétendus boulevards et à de chétifs édiGces , tandis qu’il aurait été possible , facile même , de conserver en monumens ces vieilles portes de ville qui rappelaient tant d’événemens remarquables , mais où des maçons n’ont vu que des murs à renverser, que des matériaux à employer dans de nouvelles constructions.
Placé au milieu de tant de ruines , j’ai réussi quelquefois à soustraire à la destruction des fragmens précieux , et , bien avant 1817 , époque à laquelle Toulouse vit s’ouvrir son Musée d’antiquités , j’ai pu ajouter à ses richesses les débris du cloître de la Daurade , la porte de son chapitre et celle du cloître de Saint-Etienne , des statues , des tombeaux , de nombreuses inscriptions sépulcrales. Plus tard , les sculptures grecques et romaines de Calagorris * , les
1 Les restaurations en marbre des difTérens monumena découverts à Calagorris, ont été faites avec un vrai succès parM. Beumè, d’après les médaille.^ antiques possédées par l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belle.i-lettrès de Toulouse, et aussi d’après V Iccnofçraphie Romaine de M. Monge*.
autels votifs des déités Py rénéennes , sont venus accroître nos collections , et ce n’a pas été trop de i8 années de soins constans , de recherches suivies, pour les former. Mais les efforts d’un simple particuher sont trop souvent impuissans , et depuis i83i, la Société Archéologue du Midi de la France a bien voulu seconder mes travaux , appuyer de son influence des investigations qui se continuent dans toute la chaîne des Pyrénées , dans tous les départemens situés entre ces montagnes et les frontières du Rouergue ■. Ainsi, de nouvelles et de plus heureuses découvertes ajouteront peut-être à nos richesses monumentales , et cette antique cité , trois fois capitale d’un royaume puissant , régnera encore sur les contrées qui l’avoisinent , et par le charme des arts et par les souvenirs de son héroïque histoire.
Le Musée des Antiques de Toulouse forme, dans ce qu’on nomme en général le Musée , un établissement
1 CVat avec l’aide d’une Commission prise dans le sein de la Sociitè Archéologique , que les dispositions des Galeries d’antiquités ont été arrêtées. Qu’il me soit pennis d’étre à ce sujet l’interprète de la reconnaissance publique envers MM. le Marquis de Castellane, Colonel Dupuj, Urbain Vitry et Belhomme, qui se sont occupés de ce travail si difficile. Le dernier a bien voulu me remplacer lorsque , forcément , je n’ai pu assister à l’arrangement de quelques-uns de nos nombreux monumens.
L’adminUtration doitanssi une reconnaissance bien vive k ceux qui ont contribué à enrichir le Musée. A-insi, les noms deM.**de Puligneux, de MM. T. dePapus,Cantarèle,Lagèse, Gravié, Medalle, Clausade, Lange, François Lucas, Beumé et Vigan, statuaires; Bcllecour, Thébé, Boyer -Fonfrcde, P. Seintets, Marquis de Castellane, de Foucaut, Rivet, ingénieur; de Lacroix, Balguerie, Jallabert, d’André, Roques père, correspondsntdej’lnstitut. etc., seront conservés avec soin dans les souvenir» de ce bel Etabli^Hcmont.
particulier. On y parvient par ti'ois issues. La première s’ouvre à la gauche du salon des tableaux. Là , préce'dé d'une belle décoration architecturale, un escaher en pierre conduit dans la Salle des Plâtres , admirable construction à deux nefs , cpie séparent des colonnes élégantes et sveltes de forme octogone , et qui supportent de légères voûtes en ogives. La hau-> teur du salon au-dessus de ce local si pittoresque , ajoute encore à son eflet monumental. C’est une crypte immense qui réclame , au lieu de tant de plâtres rares ou vulgaires, qui y sont seulement placés pour l’étude, et qui seraient si bien dans l’école des arts, les inscriptions, les statues sépulcrales qui gisent oubbées, recouvertes par de grandes herbes dans des cloîtres en ruines, sous Jes arceaux à demi renvenés des vieilles abbayes de nos provinces. De cette admirable salle, en passant sous le portail rétabli du chapitre de Saint- Etienne , l’on parvient dans le grand cloître ayant en face la Galerie des Tombeaux , et à droite ^ celle du Moyen âge. Au fond du salon des tableaux , une colonnade en marbre de Languedoc précède un autre escalier en pierre, qui conduit dans le petit cloître ou dans la Galerie de la Renaissance. Dans celle-ci, à gauche , en face du monument du Cardinal Briçonnet, une grille en partie dorée sépare les deux cloîtres, et le grand offre, en face, la vue de la Galerie des Empereurs, et à gauche, celle de la Vénus. La troisième issue s’ouvre dansIarueduMusée,etcommuniqueaveclepetitcloître.
C’est »lans ces galeries qu’animent le bruit des eaux de deux fontaines et ({u’embellissent encore quelques (leurs jetées de loin en loin , et la verdure d’un jardin planté sans art , que sont rangés environ neuf cents Dionumens de tous les âges. Ce nombre pourra être doublé en peu d’années si l’Administration, qui a tant fait pour cet établissement , le protège encore , et s’il nous est permis d’y recueillir tous ces débris précieux que l’ignorance et le vandalisme ont entassés cà et là dans le Languedoc et la Guienne. C’est alors que Toulouse justifiera la devise que nous avons inscrite sur son Musée d’antiquités , destiné à perpétuer les souvenirs de son histoire et celle des vertus de nos aïeux.
DU
MONUIttEîVS ÉGYPTIENS.
Avant la glorieuse expédition qui soumit l’Égypte à la France , on connaissait bien peu cette contrée célèbre, mais on recherchait avec empressement tout ce qui pouvait en retracer le souvenir. On trouvait dans tous les eabineU des figurines égyptiennes , on les considérait avec cette sorte de curiosité qu’inspire un grand peuple sur lequel on pK>sséde peu de documens historiques, et on avait pour ces faibles produits des arts du dessin une vénération fondée sur la haute antiquité qui leur était attribuée. Ces objets sont devenus plus communs, sans être moins précieux, depuis les trois dernières années du iS.*"' siècle, (c C’est, dit M. Champollion-Figeac , l’époque de la résurrection de l’Egypte ancienne, et ce fut le génie de la France qui opéra ce miracle. Les contrées que la victoire occupait étaient aussitôt explorées par le compas du géomètre , le crayon de l’arclihecte , les instrumens du physicien , le marteau du géologue et la science de l’antiquaire.» Celle-ci fit sur-tout de grands progrès en cette occasion , et a même , dans la suite , couronné ses travaux par une conquête inespérée. Le système graphique de la mystérieuse Egypte
a élé relrouvé ' ; on a pénétré tous ses secrets par la découverte de l’alpliabet des hiéroglyphes , et a ainsi se sont dissipées les ténèbres mii enveloppaient l’origine de ses temples, de ses palais, de ses tombeaux, les noms de ses dieux, de ses rois, les époques les plus anciennes de son histoire, la date de ses monumens, et l’ensemble de ses pratiques civiles et religieuses. » -Turin et Paris ont depuis peu de temps des Musées égyptiens , où les images des Pharaons occupent une place près des plus humbles stèles et des simples papyrus qui nous ont conservé les croyances psycologiques des habitans des bords du Nil , ainsi que leurs rites funéraires. Toulouse a cherché à augmenter , en ce genre , ses richesses monumentales ; mais son Musée ne possède égyptiennes avec briève
encore qu un très-petit nombre de statuettes de stèles et de vases. Nous allons indiquer é ces divers monumens.