LE ...F ...S. L. U
Les sigles de la dernière ligne expriment la formule ordinaire, Votum Solvit Lubfjis Ma-ità. Des vases de sacrifice sont sculptés sur les petits côtés du monument.
88. Autel élevé aux Dieux des Montagnes , k Diane et à Silvah^.
On ne lit pas aisément l’inscription gravée sur cet autel , presqu’entièremenl noirci par le temps. Placé d’abord sur Y.drtigue de Salaire , petite montagne voisine de celle de Tous , et environnée de celle dîOncide , de Cot de l’Aouct, des Flaiits,A^NcrepugnQl<\lArcign,'A recevait encore,il n’y a que peu d’années, les hommages des liahitans des vallées voisines. Ce culte rendu aux génies protecteurs des hautslieux, est un des restes de cette antique religion, Jont le’ Chiistianismc n’a pas encore en cet instant effacé toutes les
1 xfprfXTtfAi,
juci viuUatf rttrayêt,
3 Marcus Palladio non inficienda Tolosk Gloria, quant genuit pacis alumna quies,
Martial* \
Te sibi Pali.ai>im anfe tulii toga docta ToL 03 M*,-,t\
J*AZ.LADiM primutn toga te venerata Tqlosm,
Ausok.
PdLLADiAM implicitis manibus petiere Tolosam,
SlDOh*. Apoll.
traces dans nos montagnes. Naguëres les bergers s’approchaient aTec respect de cet autel antique qu’ils nommaient la Pierre de Tous : «Malheur, disaient-ils, dans leur langage éncrgifpjc et pittoresque , malheur à celui qui porterait une main sacrilège sur ce marbre ! La foudre frapperait cet impie.» On sait que , dans le 1 3.““ siècle , les peuples du Conserans avaient une vénération profonde pour Diane , dont le nom est inscrit sur notre autel. Cette déesse fut toujours comptée parmi les Déités des montagnes. Le poète Callimaque fait adresser par Diane cette demande à Jupiter : « O mon père!... cède-moi les montagnes. Je ne demande qu’une ville à ton choix ; Diane rarement descendra dans les villes : j’habiterai* les monts, et n’approcherai des cités qu’aux momens où les femmes, en proie aux douleurs de l’enfantement, m’appelleront à leur aide. » Sylvain , qui est associé ici à Diane , était le Dieu des forêts ; il était aussi compté parmi les Divinités agrestes :
Forlunatus et ille Deos f/ui novil agrestes
Panaque , Sylvanumque senem , Nymphasque sorores.
J’ai publié plusieurs fois cet autel *. Sur la partie 'supérieure en dessus de la comiche , on remarque un x ou line 'sorte* de Tau et im c. Le premier caractère tracé avec quelques variations de forme , se retroyve sur plusieurs monumens du polythéisme que j’ai découverts dans nos montagnes , et j’ai cm y reconnaître une sorte de consécration chrétienne , une marque qui indique que ces objefà sont arrachés aux superstitions païennes et dédiés au vrai Dieu. Sur le fust de l’autel on voit les caractères suivans :
niS MONT ET SILTANO ET DIANÆ I. F. F. V. S. L. M
Le particulier qui éleva cct autel est désigné par les sigles I. F. P. Il parait d’aJiord assez aisé de suppléer à ce qui manque pour avoir tes noms de ce personnage ; mais comme oa
I Monumens religieux, 3oa, 3o3. Mémoires de la Société Archéologique, i3.
peut trouver pour chaque lettre initiale plusieurs noms dif> liérens , il serait au moins inutile d’essayer la restitution de ceux du dévot Aquitain qui plaça ce monument sur les rochers de Tous. Les quatre lettres qui terminent l’inscription sii^nifient , comme je l’ai dit plusieurs fois , Votum Solvit Lubens Mcrità.
89. Cet autel , consacré à Diane , est depuis long-temps connu par mes recherches. La dernière ligne de l'inscription qui occupe le devant ou la face antérieure est presque entièrement mutilée et ne peut être rétablie.
^ On croirait d’abord qu'il est possible de retrouver l’épithète iiyluguste à la seconde ligne. Gruter et beaucoup d’autres collecteurs d’inscriptions, en rapportent en effet où, l’on donne cette épithète à Diaue. Mais on s’aperçoit bientôt que les trois lettres qui forment cette ligne a. v. g, sont séparées l’une de l’autre par des points et que chacune est l’initiale d’un mot particulier. On voit d’ailleurs , non pas un g , mais un c à la fin. Il faut donc chercher une autre explication.
D’après les anciens monumens , on donnait souvent à Diane l’épithète d'Auguste et c’est ce qu’indique ici la lettre a.
Le v , qui vient ensuite , indique ou la qualit» de P"ierge , ou le mot ^ictrici.
Elle est nommé Vierge dans un grand nombre d’inscriptions. Callimaque ‘ fait adresser à Jupiter , par Diane , encore dans l’enfance , cette prière : « Accorde , ô mon père , accorde à ta fille de rester toujours vierge. » ■*
/U9i mJrxUf
etc
Des inscriptions donnent aussi à Diane l’épithète de Victricis.
Le c qui termine la ligne est sans doute le caractère initial du mot Cœlesti. Le surnom de Cœlestis convient parfaitemeçt à Diane. On le retrouve d’ailleurs sur plusieurs monumens qui lui sont consacrés.
La troisième et la quatrième ligne contiennent les noms
I Hymn.
du particulier qui éleva le monument, Lucius Pompetus ou L. Pomponianus Paulinianus.
90. L’autel placé sous ce n.® provient du village de la Broqnère , situé en lace des ruines de Lugdunum Convenarum. L'inscription est ainsi conçue :
DEO APOLLl VOTVM PO 8V1T
Le nom de celui qui consacra le monument n’est point inscrit sur ce marbre , et comme il y avait de la place pouf ■ graver deux caractères à la fin de la première ligne et pour rermer ainsi le mot yipollint , j’ai cru * que cet autel pouvait appartenir à l’une de ces Déités locales , celtiques ou aquitaniques, dont on retrouve en si grand nombre les autels dans nos contrées. Mais comme aussi les inscriptions que l’on V découvre journellement dans la Novempopiilanie offrent souvent quantité de fautes de langage, et de la négligence dans la contexture des lettres , on pourrait attribuer à l’oubli ou à l’incurie du graveur , l’absence de la dernière syllabe du nom d’Apollon sur ce marbre. La forme de plusieurs des caractères indique un temps assez bas , et l’on pourrait croire que cet autel ne date que des dernières années du polythéisme.
91 . Autel élevé pour accomplir un voeu à Hercule Illunnus if Andosc , par Cncius Pompeius Hyla , affranchi de Cneius Poiiipeius. Cet autel était placé autrefois dans l’enceinte fortifiée de Narbonne, et l'on ne pouvait lire que l’une des inscriptions qui y est gravée ; l'autre était cachée par la maçonnerie. On voit surVune des faces, et en relief, la massue à'Herculc et la peau de lion. Sur le côté correspondant est une coupe ou cratère d’où s’échappent des feuilles de peuplier. Le P. Montfaucon ® a traduit ainsi l’inscription qui est gravée sur le côté de l’autel que l’on aperçoit en entrant dans la galerie. (( Cncius Pompeius Hyla affranchi de Cncius , a accompli de son bon gré le vœu qu’il avait fait à Hercule
1 MonumeTts religieirx, vj3»
^ Antiquité expliquée , ii.part. f. sSi.pKciv»
JUunnus d’Andose » L’autre inacriplion Mut l’étre en ces termes , suivant le même archéologue : u Le dieu Hercule invincièle. Il a fait de ses propres deniers une statue d’argent du poids de douze livres. »
DEVS BERCTIIS LVVICTVS SIGNVM ARGENTEVU P. P. XII. DE SVA PECVMA FE CIT
, (( Pour trouver un sens dans cette dernière inscription ,
ajoute le savant Bénédictin , il faut mettre un point après le mot mvincd/le , et joindre , il a fait de ses propres deniers , etc, à l’inscription précédente : c’est Cneius Pompcius Hjla , qui , pour accomplir son vœu , a fait de ses propres deniers cette statue. Selon la manière ordinaire d’abréger les Lncriplions , les lettres PP. XII , doivent s’expliquer de douze pieds ; mais c’est une chose si extraordinaire ,
qu’une statue colossale d’argent de douze pieds de haut
que je ne sais si on n’aimera pas mieux lire : Pondo duodecim librarum , du poids de douze hvres. )>
Ce marbre étant encastré dans l'une des courtines de l’enceinte fortiCée de Narbonne, on ne voyait qu’une seule inscription ; devs hercvlis, etc. , l'autre étant, comme je l’ai dit, cachée par la maçonnerie. M. de Caulet-Graignague acheta cet autel et le fit trans[iorter à Toulouse.
92. Ce petit autel , trouvé dans les anciens remparts de Valcabrère, fut dédié par Biho.rus , à Hercule invincible, ainsi que l’annonce l’inscription gravée sur ce monument , et qui était encore inédite :
IIERCVL
I INVICT...
BIIIOXVS EX VO TO POSVIT
I Voici cette iiucriptinn :
CK. poMprivj CK. L. I1YI.A IIFBCVLI FLVKKO. ASD05E Y. S. I.. M
$3. ün autre autel, en marbre blanc comme les précéâetu, et consacré aussi à Hercule , a été trouvé chez M. Cenac, juge au tribunal de Mirande, dans le domaine de Saint- Eliz, sur les bords de la petite Baïse. Il a été décrit et expliqué par M. d'André, membre résidant de la Société Archéologique du Midi ‘ , et offert par celui-ci à cette Société j il est maintenant placé dans la galerie des Empereurs.
Des vases de sacrifices sont sculptés sur les petits c6tés. La face principale contient cette inscription ;
HERCVL'
tol' andosso *
WVICTO
, mlMICEKITS
SEMBI FIL V. S. L. M
Dans sa savante Dissertation , M. d’André examine d’abord si le surnom de ToUandosse , donné ici à Hercule, ne se compose point de deux mots , et si , en séparant Toli de Andossp. , on ne trouverait pasun rapprochement précieux avec ce que l’on a vu sur l’autel placé au n.“ c)i , et où on lit Herculi . . . . Andosc. Mais il sc détermine à ne voir dans ToUandosse qu’un nom local du Dieu auquel ce monument est consacré. Ce serait celui du jjoint où ce dernier a été trouvé, et où , pendant le moyen âge , on vil prospérer un monastère.
. Le nom de Primigenius,qui accomplit le vœu d’après lequel ce marbre fut élevé, est, comme l’observe M. d’André, connu par les inscriptions. Il était fils d’un Aquitain nommé Sembus. La base du monument ne subsiste plus.
94. Nous avons vu sur l’autcl rapporté sous le n.® 8fi , le culte de Silvain associé à celui de Diane et des Dieux des montagnes. L’autel que nous examinons en ce moment fut aussi consacré à Silvain ; mais l’inscription est , sauf la première ligne, pres<|u’entiéremcnt illisible. Celle-ci est ainsi conçue :
SILVANO DEO ET....
On voit parla conjonction et placée à la fin , que le nom d’une autre divinité était indiqué sur cet autel; mais la nature de la
1 Tom. 1.
brécLe qui le compose a occasionné l’oblitération des nombreux caractères qui y furent gravés. Cette brèche est celle de la carrière de la Penne Saint-Martin, près de Saint-Béat ; carrière immense, et d’où l’on pourrait tirer facilement des colonnes de 5o pieds de hauteur. De grands travaux y ont eu lieu à l'époque romaine , et l’on retrouve à Saint-Bertrand ou Lugaunum Convcnarum, à Martres ou Calagorris, à Toulouse , etc. , de nombreux fragmens de celte matière. On peut juger de son effet monumental en examinant les quatre piédestaux qui supportent des candélabres sur la place du Capitole. Mais, malheuteusement , cette brèche ne peut supporter les effets des agens physiques. A Saint-Bertrand , le tronçon de colonne formé de brèche de la Penne Saint-Martin, et que l’on voit dans le cloître, est entièrement crible de cavités profondes. Les parties blanches , plus dures que les autres, ontseulesrésisté. Par un effet semblable , l'inscription de l’autel placé sous le n.“ gf a été presqu’entièrement détruite.
Ce monument a de très-belles proportions. Il était, comme celui de Jupiter , indiqué sous le n.® 84 , enfoui dans le massif de l’autel de l’église de Marignac.
95. Selon les antiques doctrines des peuples , chaque contrée était sous la protection d’un Génie particulier , et de là naquirent les divinités locales que j’ai fait connaître. Les Romains crurent aussi qu’il v avait dans chaque lieu une déité protectrice. Tertullien dit que chaque peuple , chaque ville a sa divinité tutélaire. Enée , après avoir ceint son front d’un rameau vert, invoque le Génie du lieu, et la Terre, la première des divinités ;
Sic deîndè effatus frondenti tempora ramo Implicat , et geniiimque loci , primamque deorum Ttllurem.
Les nombreuses inscriptions où l’on trouve ces mots : Genio loci. . . . Jovi optimo maximo et Genio loci , prouvent que cette croyance était très-répandue. Sous le nom de Tutelc, les anciens adoraient tantôt une Déesse et tantôt un Dieu. C’est ce que l’on peut manifestement conclure de quelques inscriptions rapportées par Gruter ‘.
1 Thésaurus.
„ j''Uglc
Celle qui est gravée sur l’autel conservé dans le Musée est ainsi conçue :
TYTELAE lOCi HVIV8 TlTVtENVS V. S. L. M
Ce monument a été retrouvé dans un lieu voisin de l’antique Elusa , actuellement Eause , ancienne métropole de la I^ovempopulanie. Sa conservation est parfaite.
q6. Les Thermes Onésiens qui , selon Strabon ‘ , auraient existé chez les Conrciue , ont quelquefois été confondus avec les Aquœ Convenarum , qu’il faut placer à Capvcrn ’ , et aussi avec les bains d'Encaussc. J’ai , le premier , montré ailleurs ^ que les plus grandes probabilités se réunissaient pour déterminer la position de ces tliermes à Bagnéres-dc-Luchon. Les monumens que l’on a trouvés dans ce lieu annoncent qu’il jouissait d’une haute célébrité , et que la reconnaissance y éleva im grand nombre d'autels aux Nymphes Naïades , Déités tutélaires de ces lieux. L’un de ces autels , placé sous ce numéro , est orné d’une patère et d’un præfériculc : l’inscription indique l’accomplissement volontaire d’un vœu fait aux Nymphes , par T^aleria Hellas.
97. Cet autel, dont les formes sont moins élégantes que celles du précédent , a été aussi dédié aux Nymphes Naïades. Une femme nommée Cassia Toula , née dans la contrée possédée par les Segusiani , peuples de la Gaule celtique, fit faire ce monument pour acquitter le vœu qu’elle avait fait.
98. Autel dédié aux Nymphes de Luchon. L’inscription gravée sur la face principale est presque entièrement effacée.
99. Sous ce numéro on a placé plusieurs petits autels découverts à-Bagnères-de-Luchon , comme les précédons.
Avant les admirables travaux de M. d’Etigny, intendant
1 Ttn Onrwt rtffiM. Geogr. lie. iv. igo.
9 Monumens religieux des ydees Tectosages , des Garumni et des Convenee, 97 et lui vante».
3 Jbid. et Statistique générale des dépanemens Pyrénéens, tom. 1, 972. Il , 4g et seqq.
d'Aucb el de Pau, on ne parvenait à Luchon qu’en suivant les traces d’une voie Romaine qui , de Lugdunum Convenarum, s’étendait jusqu’à ces Thermes, aujourd'hui si célèbres. Des restes de colonnes milliaires, épars çàcl là, indiquaient, il n’y a pas plus de vingt ans , cet ancien chemin ; il doit en exister encore un fragment dans la chapelle à demi ruinée de Burgalaïs, à la droite de la route actuelle. On lit sur ce marbre le mot abrégé imp... En 1 807 , M. le docteur Sengès m’a montré à Bercugnas, non loin de l’église, un autre fragment de colonne miluaire , sur lequel on lisait encore , en trésbcaux caractères , les mots iter restitvit. Le commencement de l’inscription où devait se trouver le nom de l’Empereur qui avait lait refaire la voie, n’avait pas été rclrouv^é; il en était de même de la partie inférieure de la colonne. Ce chemin était un des nombreux rameaux que jetait, dans toute la Novempopulanie , la voie Ab Aquis Tarbellicis Tolosam; et c’est par l’un de ces chemins qui ne sont point indiqués dans les anciens Itinéraires, que l’on parvenait aussi à Bagnères-de-Bigorre, où desmonumens attestent encore la présence des Romains , bien que l’indication de ce lieu ne se retrouve pas plus dans les écrits des anciens que celles de ces Thermes si nombreux qui, dans l’isthme que pressent les deux mers , avaient été construits avec magnificence sous la domination des Césars. On ne retrouve en efict presque rien à ce sujet dans les géographes anciens. Ces auteurs se taisent j mais les monumens attestent encore l’existence de nos anciens Thermes, et le témoignage de ces vieux marbres inscrits ne saurait être contesté.
Après avoir déterminé la place des TTiemies Oncsiens à Bagnères-de-Luchon , je ne dois pas oid)lier de rappeler ici que le nom de Luchon parait évidemment dérivé de celui du Dieu Lixon qui y était adoré. Parmi les nombreux monumens découverts dans cette ville , on remarqua surtout un autel consacré au génie du lieu, et sur lequel on lisait :
LIXONI
DEO