SOCIALE
I.e problème du temps est posé par le redoutable Sphinx : il faut le résoudre ou périr.
Cette pression, exercée par une nécessité supérieure, impose à tous les esprits quelque peu intelligents l’étude des idées socialistes, et principalement du système de I’association libre et volontaire, et des voies et moyens de transition développés dans les écrits de l’École sociétaire.
Cette obligation morale est aujourd’hui si bien sentie qu’il serait superflu d’en indiquer les raisons.
Toutefois, les motifs d’étude qui existaient avant la Révolution de février subsistent encore. Voici comment nous en exposions quelques-uns :
Aucun homme éclairé ne peut désormais rester dans l’ignorance de la Doctrine de Fourier. Chose bizarre ! on rougirait de ne pas connaître les philosophes de l’antiquilé, les doctrines du moyen-âge et des derniers siècles; on en scrute péniblement les textes, on écrit des volumes pour en
éplucher les moindres mots; et ces investigateurs, curieux souvent jusqu’à la puérilité, de la pensée des aïeux, n’éprouveraient qu’indifférence pour celle du Siècle même où ils vivent 1 Ils pâlissent sur les textes anciens ; ils ne se sentiraient pas le moindre désir de connaître les plus grandes Doctrines contemporaines 1
La Doctrine de Fourier compte aujourd’hui des partisans nombreux chez tous les peuples civilisés de l’ancien et du nouveau continent. Après 15 ou 46 années de propagation , elle a fait dix fois plus de disciples et accumulé dix fois plus de travaux que, pendant le même laps de temps, aucune doctrine antérieure.
L’influence de ses principes est déjà d’ailleurs si grande, le mouvement socialiste qui en est sorti gagne chaque jour tant de terrain, que d’ici à quelques années les questions sociales seront l’objet capital de l’activité intellectuelle du monde politique lui-même.
De bonne foi , est-il permis de faire encore mépris d’une Doctrine qui aborde tous les plus graves problèmes posés par l’esprit humain ; qui, sur chacun d’eux, apporte des solutions lumineuses et systématiques, c’est-à-dire découlant toutes d’un principe suprême et générateur ; qui enserre dans ses larges flancs tous les intérêts pour les harmoniser, tous les droits pour les reconnaître et les organiser, tous les sentiments de l’humanité pour les développer dans un splendide et majestueux concert ; d’une Doctrine qui compte dans ses rangs de nombreux représentants des classes les plus éclairées , savants , prêtres , magistrats , fonctionnaires, artistes, industriels, etc., etc., dans tous les pays; de la Doctrine, enfin, qui a donné le branle à ce grand mouvement d'idées sociales auxquelles le XIXe siècle devra bientôt son véritable caractère historique ?
En présence de ce développement rapide et puissant de l’idée socialiste et phalanstérienne, des livres nombreux qui s’en occupent (1), des conversations qui la mettent partout à l’ordre du jour, est-il permis à aucun homme de
(1) Il ne se publie pas aujourd’hui un livre sérieux ou se prétendant tel, qui n’en disserte avec plus ou moins de connaissance de cause.
quelque valeur intellectuelle d’en parler sur des ouï-dire , de répéter, sur une Doctrine considérable, des jugements erronés, de lui prêter les vues les plus sottes et ies plus absurdes ? — Si l’on veut parler ou écrire sur la Doctrine, il faut l’avoir étudiée à ses propres sources et non dans les comptes-rendus de la mauvaise foi et de l’ignorance.
La Doctrine est d’ailleurs aujourd’hui d’une étude facile. Tant qu’elle n’était encore formulée que dans les ouvrages de Fourier, nous reconnaissons qu’elle pouvait paraître d’un abord très-pénible et rebuter beaucoup d’intelligences ; mais aujourd’hui de nombreux ouvrages élémentaires ont jeté un pont entre le domaine public et le monument grandiose élevé par le Maître sur un roc de granit. Quiconque voudra entrer dans l’édifice et en visiter les richesses infinies, le peut désormais sans peine aucune : il n’y a plus, pour y atteindre, de pente escarpée à gravir; on y arrive par une route large, désobstruée et attrayante.
Le lecteur curieux de s’engager sur cette route qui conduit aux plus somptueux domaines de l’intelligence, et qui ouvre à la pensée humaine le monde philosophique, social et religieux de l’Avenir dans toute sa splendeur, a besoin d’un guide. Pour mener l’étude avec fruit, il faut qu’il puisse s’orienter dans le champ déjà considérable des publications de l’École Sociétaire. Nous allons lui faciliter cette tâche au moyen d’un Catalogue méthodique.
Nota. Pour se faire une idée des travaux accomplis depuis 17 ans par l’École Sociétaire, il faudrait ajouter à ce Catalogue la liste d’un assez grand nombre d'écrits épuisés qui n’y sont pas indiqués, et songer que les Publications périodiques de l’École, le Phalanstère (1831-33), l’ancienne Phalange (1836-43', la Démocratie pacifique (1843-4S), la nouvelle Phalange (1845-48), et le Bulletin pjiajanstérien , contiennent vingt fois plus de matières que les ouvrages de la librairie, et abordent mille sujets que ceux-ci ne trâitent point. Aussi la collection des ouvrages périodiques doit-elle être consultée par qui veut connaître à fond les travaux de l’École et les solutions apportées par la Théorie à tous les grands problèmes contemporains. Les bibliothèques des centres phalanstériens importants doivent posséder ces collections.