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LA ROYAUTÉ DE L’HOMME

Ainsi, la question de bonheur ou de malheur pour tous'; les humains dépend de la solution du problème de la Destinée de V espèce. Nous venons de le démontrer irrécusablement, et de renverser en quelques pages, par l’énoncé d’une vérité d’ordre naturel ou divin, toutes les idées dans lesquelles l’esprit humain tourne et retourne depuis le commencement des choses ; car tous les dogmes chrétiens (1) et païens, orientaux et occidentaux, toutes les théories philosophiques, morales, théistes, déistes ou athées, légitimistes, libérales ou révolutionnaires, toutes les théories, tous les dogmes n’ont été jusqu’ici que des variétés d’un seul dogme, le dogme de la répression des Attractions, le dogme de la contrainte, tous ces dogmes de six mille ans, tout ce passé de l’esprit humain vient se briser contre le front de For hier, qui apporte aujourd’hui, lui, le dogme de L’ATTRACTION , et les moyens providentiels de faire passer la loi en acte.

Que ceux qui ne peuvent pas ou qui n’osent pas suivre, s’arrêtent.

Nous voici amenés à poser, non dans un but de vaines et stériles spéculations, mais dans un but pratique et sou-

(1) Nous parlons ici du christianisme historique et non du christianisme de Jésus, qui s'appuyait sur ie dogmes de l’amour et de la liberté, et non sur le dogme impie de la nécessité fatale et absolue du mal et de la contrainte.

[,A ROYAUTÉ DE i/HOMME.

verainement important à chacun de nous, le problème de la Destinée humaine.

Il faut répondre à cette question :

Pourquoi l’homme a-t-il été créé et mis au monde ? Quelle action l’espèce humaine est-elle appelée à exercer sur cette terre ?

A cette question voici la réponse :

La fonction que l’espèce humaine est appelée à exercer sur le globe qui lui a été confié, c’est la gestion de ce globe . Telle est sa Destinée sur la terre.

Mettez-vous en face de cette idée, suscitez en vous la pensée de l’Ordre universel, de l’harmonie des choses, montez en haut et demandez-vous si vous n’avez pas la perception d’un rapport vrai, naturel, d’une convenance haute et souveraine, d’une coïncidence concentrique avec votre sphère intellectuelle, lorsque vous recevez cette conception,

Que l'homme, Etre intelligent , puissant , complet, central parmi tous les Etres créés sur son globe , est appelé à les gouverner et à régir son globe.

C’est là une vérité qui nous saisit.

Moïse nous a légué par tradition, dans sa cosmogonie, cette haute pensée de la création, que nous retrouvons écrite en nous : voici le verset qui vient après la création d’Adam, l’homme universel, l’espèce :

« Et Dieu les bénit et leur dit : Croissez et multipliez- » vous* peuplez la terre, assujétissez-la, et commandez » aux poissons de la mer et aux oiseaux du ciel, et à » tous les animaux qui se meuvent sur la terre. »

Et c’est en ce sens de la Destinée de l’homme qu’il a été dit que l’homme a été créé à l’image de Dieu, le souverain Ordonnateur : c’est en ce sens que l’homme est appelé à être Dieu sur sa terre.

AYANT-PROPOS

Or, si la Destinée de l’espèce humaine est la gestion de son globe, les facultés des individus et les instincts, les passions , les Attraits qui suscitent et mettent en jeu les facultés, ont dû être exactement calculés poulr l'ordre de choses dans lequel V humanité accomplirait sa haute gestion , sa Destinée. Ainsi, c’est dans cet ordre seulement que peut et doit s’établir l’accord entre la passion et la raison. Hors de cet ordre, elles discordent nécessairement, et en tout point.

Et maintenant, pour descendre dans la sphère des applications, demandez-vous si l’espèce accomplit sa mission, sa tâche, son œuvre, sa Destinée, quand elle se meut dans l’une des formes sociales jusqu’ici parcourues, et qui peuvent se ramener toutes à l’une des formes typiques désignées par les mots de Sauvagerie , Patriarcat , Barbarie et Civilisation , période à laquelle sont parvenues les nations les plus avancées aujourd’hui dans le mouvement social?

Non, bien évidemment non ; car dans toutes ces formes, dans toutes ces périodes, dans toutes ces sociétés, le globe, au lieu d’être unitairement cultivé, administré, régi par l’homme, est plus ou moins dévasté par l’homme. Non ; car les forces humaines, au lieu de se réunir en faisceau convergent, et de s’appliquer à l’exploitation du globe, sont plus ou moins gaspillées, plus ou moins tournées les unes contre les autres. Non ; puisque l’activité humanitaire, au lieu de l’immense effet utile dans lequel elle est appelée à se résoudre, en opérant régulièrement sur les choses de la création, ne produit, au contraire, que des mouvements faux , des dévastations, des pertes de force vive, des frottements et des chocs.

Or, si l’espèce n’est pas dans sa Destinée, les passions, les Attractions natives de l’individu, qui sont faites pour

LES ATTRAITS

cette Destinée, et qui ne sont pas appliquées à leur œuvre propre, sont nécessairement en action fausse, en divergence, en lutte, en révolte. De là les perturbations, les conflits, les guerres, le mal. Et l’humanité reste hors de Destinée, et le mal se perpétue, et les hommes se tourmentent, et la terre est ensanglantée tant que les philosophes, les législateurs, les prêtres, les conducteurs des peuples, s’obstinent à agir sur l’homme pour le plier à la forme sociale, au lieu d’agir sur la forme sociale pour la plier à l’homme ; tant qu’ils amoncellent leurs morales absurdes et arbitraires en principe, leurs lois absurdes et arbitraires en principe, leurs religions absurdes, arbitraires et impies en principe. Et c’est dans la sphère des erreurs, des mensonges et de toutes les souffrances, que l’humanité tourne, retourne et s’agite vainement et misérablement.

O génies étroits ! génies de terre-à-terre ! intelligences faussées et hors de route ! laissez donc là vos débats si petits, si vains, si funestes ; et si vous avez la volonté d’agir sur les choses, envisagez d’abord le but, et apprenez ce qu’il faut vouloir. — Où allez-vous? — A tous ces gens qui taillent et tranchent au travers de la politique, de la morale , de toutes les grandes questions philosophiques et religieuses, faites cette question en face. Ils ne savent rien et ils n’auront rien à répondre.

LES ATTRAITS

Que si les considérations auxquelles je viens de me livrer paraissent étranges et ambitieuses en tête d’une

AVANT-PROPOS

petite brochure qui traite d’architectonique, je ferai observer qu’il ne s’agit point dans cette brochure de discussions architecturales sur les architraves, les corniches et les frises, sur les ordres, les moulures et les profils. Il s’agit de l’architecture considérée dans ses rapports avec les formes diverses de la société, avec la vie humaine, et pivotalement avec la Destinée humaine. Et comme je n’ai pas pour but d’écrire quelques phrases vaines et stériles sur les monuments du passé, et de me donner un canevas à broder ma littérature ; comme au contraire ma pensée est de présenter au lecteur les principes généraux de l’architecture de l’avenir, je dois lui exposer d’abord les principes généraux des sociétés de l’avenir, dont ceux là ne sont qu’une déduction. On se convaincra facilement, au reste, de l’intimité de ces choses. — Et puis, bien que les idées sociales soient nécessaires à l’intelligence de l’idée architectonique, je n’écris pas les choses sociales pour faire comprendre les choses de l’architecture, mais les choses de l’architecture pour faire comprendre les choses sociales. C’est là mon but.

En tête d’un court développement de l’architectonique sociétaire , découverte par Fourier, il convenait donc de placer un court exposé des principes du régime sociétaire , découvert par Fourier. Avec cela , les intelligences fortes ou faciles iront à toutes les conséquences. Elles seront pilotées dans le Nouveau-Monde. — Quelques mots encore pour jalonner la route.

J’ai signalé tout à l’heure les principes généraux, positifs, vrais, absolus, sur lesquels Fourier, carrément assis, nie le passé en conceptions sociales, comme Colomb a nié le passé en conceptions géographiques , comme Copernik et Galilée l’ont nié en conceptions astronomiques . Voyons maintenant quelle est l’affirmation, la

LES ATTRAITS

conception , la théorie qui fait face à sa négation.

La Destinée terrestre de V homme est la gestion de la terre.

Les Attractions sont proportionnelles aux Destinées.

Donc, pour découvrir la forme, la loi sociale suivant laquelle l’homme doit accomplir sa Destinée, il faut étudier les Attractions de l’homme, ses passions, en reconnaître les tendances, les exigences, les vœux, et déduire de ces données naturelles un Mécanisme social applicable à la gestion du globe. — Ici, il n’y a plus rien d’arbitraire : tout est scientifique.

Fourier a donc analysé l’homme sous le rapport des passions constitutives de la nature humaine. De l’analyse passionnelle il a facilement passé à une synthèse sociale qui n’est autre chose que la forme sociale harmonique avec l’organisme de l’homme, et dans laquelle les passions convergent naturellement vers un but utile, vers l’emploi auquel elles sont destinées : — la haute exploitation du globe.

Fourier a donc découvert la formule de l’application des instincts, des goûts, des penchants, des passions natives ; en un mot, la formule de l’application des Attraits au mécanisme de la grande industrie humanitaire; — le mot industrie étant entendu ici dans une acception toute générale, et signifiant l’emploi de l’activité physique et intellectuelle de l’homme à toute opération utile à l’humanité , concourant à la production du bien social. Ainsi défini , ce mot embrasse tous les travaux de ménage , d’agriculture, de manufacture, de science, d’art, d’éducation , d’administration, etc., dont l’ensemble et la coordonnation unitaire sur le globe, composent bien évidemment le système d’action que l’homme y doit exercer

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et qui , seul , est en rapport avec sa Destinée fet son bonheur.

Vous voyez donc bien qu’il ne s’agit pas de chartes, de constitutions, de monarchie, de république, ni de toutes les sottises politiques, morales et philosophiques dont on s’est si long-temps et si malheureusement occupé, et qui n’ont donné pour résultat que des misères, des guerres, et les douleurs de toute espèce qui rongent à belles dents la pauvre humanité : ce qui sera son lot tant qu’elle restera hors de Destinée. — Il s’agit :

De produire l’invention, de faire la découverte du mécanisme naturel d’industrie dans lequel l’homme travaillera par plaisir et par passion , — au lieu de travailler par contrainte et de tourner l’activité de ses passions contre ses semblables ; — où ses passions, en un mot, le tireront incessamment du côté du Bien au lieu de le pousser incessamment au Mal. — Et c’est là le problème qu’a résolu le haut et puissant génie de Fourier. — Vous pouvez en juger.

l’élément social.

L’action industrielle de l’humanité sur son globe devant s’exercer par les individus, et un individu ne pouvant agir sur tout le globe, il en résulte que l’action générale ne peut s’exercer qu’à la condition que les individus se grouperont en agglomérations primaires , en centres d’action de différents ordres, coordonnés et hiérarchisés entre eux.

l’élément social.

La première agglomération, le premier centre d’action, le premier atelier de travail humanitaire, c’est la Commune. C’est dans la Commune que s’opèrent les travaux domestiques, agricoles, manufacturiers, ceux de l’art, de laf science, de l’éducation ; c’est dans la Commune que l’homme en générai vit, agit, travaille. L’exploitafion unitaire et régulière du globe, ne peut être exécutée que par l’ensemble des travaux des Communes.

La grande question sociale, la question de Destinée, la question de l’organisation du travail humanitaire, se résout donc d’abord, et en principe, dans la question de l’organisation industrielle de la Commune. C’est là la pierre angulaire de l’édifice social.

Puis, après ceci, vous avez à régulariser les rapports extérieurs des Communes groupées entre elles pour former la province, des provinces dans la nation, des nations dans le continent, des continents sur le globe.

Mais ce qu’il importe de bien comprendre, pour sentir combien sont misérables les controverses qui nous agitent, pour confondre tous nos docteurs politiques , toi>jours et toujours accrochés et pendus aux questions d’ordre gouvernemental ou administratif, c’est que la question sociale pivote tout entière sur l’organisation de la Commune, et que les questions administratives ne peuvent être sainement mises à l’ordre du jour qu’après celle-ci.

Car il n’est pas plus possible d’avoir l’ordre, la richesse, l’harmonie dans l’État, quand le désordre, la pauvreté et les hostilités sont au seiri de la Commune, que d’avoir une armée manœuvrant bien, et se battant bien, quand toutes les compagnies de cette armée manœuvrent mal et se battent mal.

Ainsi, la question d’ordre ou de désordre, d’harmonie

AVANT-PROPOS

ou de discordance, de paix ou de guerre, de richesse ou de misère, de liberté ou d’oppression, d 'Attrait ou de Contrainte, se résout d’abord et passe tout entière par celle de l’organisation de la Commune.

C’est là qu’il faut substituer l’accord des passions à leur discordance, la convergence des forces à leur divergence : c’est là qu’il faut harmoniser d’abord les intérêts, les passions, les caractères.

Il faut savoir, à la Commune insoeiétaire et morcelée , substituer la Commune sociétaire et combinée. C’est ce que Fourier a fait, et cela d’une manière aussi certaine, aussi positive, aussi rigoureuse que problème mathématique du monde.

l’élément architectural.

Or, la connaissance de l’organisation d’une Commune sociétaire, d’une Phalange industrielle, élément alvéolaire de la société harmonique, se compose de la connaissance du mode de travail, du mode de répartition des produits, du mode d’éducation, particuliers à cette organisation, et avant tout du mode de construction de la demeure où l'homme sera logé : — car il faut que d’abord le gérant soit logé sur son domaine.

C’est cette dernière branche que je traite particulièrement ici, — et comme elle est en corrélation parfaite avec les convenances et les conditions générales du Régime sociétaire, c’est un côté par où il peut être bon d’en commencer l’étude.

Toutefois, — et cela va sans dire, — • je ne prétends

LA DESTINÉE INTEGRALE.

pas que chacun puisse aller, d’un bond , d’ici à tout le reste. — Aussi, n’adressé-je cette brochure qu’aux hommes d’intelligence qui saisissent une conception d’un coup d’œil, à ceux qui sont individuellement doués de ce tact qu’on appelle Y instinct du vrai , aux artistes surtout. — Puis, je rappelle, en terminant cet Avantpropos, que le principe de certitude, le critérium du vrai et du faux, consiste à se faire cette question et à y répondre : « Cela convient-il à l’homme, cela est-il en » rapport avec ses Attractions natives, cela est-il corré- » latif et conforme à 1’ordre ? »

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