PRINCIPAUTÉS LAO ET CAMBOGIENNES TRIBUTAIRES DE SIAM
Outre les États tributaires de Siam que nous avons décrits, à l'est de Kôràt, entre la province de Battabong et le royaume de Lmug-Phra-Bang (voyez la carte), il y a encore cinq ou six petits États gouvernés par des princeS qui paient tribut à Siam. Les deux plus considérables s'appellent Phth Khiau (les montagnes vertes), et Suvannaphum
cpntrée d§ Tor). Ces pays sont en général montajneux et couverts dé forêls. Je crois inutile d'en faire la description, puisque leur population étant mélangée deLao et de Cambogiens, il faudrait rejeter ce que nous avons dit de ces deu^ nations. Quant aux productions, elles sont les mêmes qu'à Siam et au Camboge. Du reste, ces petits États sont très-peu connus, vu leur isolement et le manque de routes à travers leurs immenses forêts.
TRIBU DES XONG.
Au nord de la province de Chanthabun s'élèvent de hautes montagnes qui, dit-on, sont disposées de manière à former un cercle ; c'est là qu'habite la tribu des Xông qui gardent les gorges et les défilés des montagnes et ne laissent pénétrer chez «IX que les petits marchands dont ils n'ont rien à craindre. >ls obéissent à un chef qui jouit d'une autorité absolue et fait observer les lois et les coutumes. Ces lois, dit-on, sont très-sévères et les délits peu fréquents.
Il est probable que cette tribu était primitivement composée de Karieng auxquels, à la longue, se sont mêlés des déserteurs et des esclaves fugitifs
des pays environnants. Aussi, il n'est pas facile de faire leur portrait, puisque c'est une race mêlée qui tient du Karieng, du Siamois, du Lac et du Cambogien.
L'habillement des hommes consiste en une simple toile serrée autour des reins» Qplui dei femmes est une jupe d'étoffé grossière et rayée de diverses couleurs. Leurs mœurs ont beaucoup de ressemblance avec celles des Karieng dont noua parlerons plus bas. On dit qu'ils empoisonnent les puits et les fontaines qui les avoisinent, afin d'èter aux étrangers l'envie de venir communiquer ave(5 eux. Us abattent des bois de construction, vont recueillir dans les forêts la gomme gutte, la cire, te cardamome, du goudron, des résines, du boi» d'aigle et autres productions, et, à l'époque de* grandes eaux, ils viennent vendre leurs marchandises h Ghunlhabun, où ils se procurent des clous, des haches, scies et gros couteaux, du sel, du kapL et autres objets de stricte nécessité.
Pour eux, la récolte de la cire est une opératioa périlleuse ; les abeilles, presque aussi grosses que les hannetons, établissent leurs rayons énormes sur les branches supérieures d'un arbre colossal de cent cinquante pieds de haut. Or, voici l'expédient
nis en usage par les Xông pour y arriver. Us préparent une grande quantité de lames d'un bois rès-dur et les enfoncent une à une dans l'arbre jur lequel ils veulent monter, de manière à poser an pied sur une de ces lames et tenir l'autre d'une main. Avant de faire cette ascension périlleuse, ils ne manquent jamais de faire un sacrifice au génie du lieu, puis, quand ils se sont approchés le plus près possible des rayons de cire, à l'aide d'un long et léger bambou, ils les détachent peu à peu et les précipitent en bas. 11 faut observer qu'ils ont eu la précaution de chasser l'essaim d'abeilles le jour précédent par une fumée continuelle et abondante.
Quant à la récolte du goudron, elle se fait de la manière suivante : à coups de hache ils font une entaille très-profonde, en forme de petit four, au pied d'un gros arbre résineux; on y allume du feu qu'on éteint bientôt : l'huile ou goudron distille et s'amasse au fond du creux d'où les Xông la puisent tous les jours. Ce goudron est d'un grand usage ; mêlé avec de la résine, on s'en sert pour goudronner les barques ; quand il est bien limpide, il est propre à la peinture. Si l'on veut faire des torches, on creuse un trou en terre, on y jette des morceaux
de bois pourri, après quoi, versant le goudron dessus, on le foule et on le pétrit avec ce bois pourri, de manière à en faire une pâte épaisse qu'on façonne dans la naain ; puis on Tenveloppe dans de longues feuilles qui y adhèrent, ou on le roule dans des écorces minces qu'on lie avec du rotin.
Les montagnes habitées par les Xong recèlent, dit-on, des mines et des pierres précieuses qu'ils viennent offrir de temps en temps au gouverneur de Chanthabun , auquel ils apportent aussi chaque année le tribut fixé par le roi de Siara et qu'ils paient en cardamome et autres marchandises.
TRIBU DES KARIENG.
Les Karieng sont les habitants primitifs de Siam. Lorsque les Tliai descendirent du nord et fondèrent la ville de Juthia, les Karieng leqr cédèrent le pays et se retirèrent dans les montagnes qui sont à l'est et à l'ouest, où ils sont encore aujourd'hui. Ils ont une stature avantageuse et sont bien constitués, agiles, forts, robustes et très-endurcis à la fatigue. Accoutumés dès leur jeune âge à errer et travailler dans les forêts, i)ssupportent facilement la faim, la
soif et toutes sortes de privations. Leur physiono*mie, surtout celle des femmes, porte l'empreinte de la douceur et de la bonté.
L^habillement des hommes est une espèce de loge à manches larges et courtes, qui descend jusqu'à mi-jambes ; ils se serrent les reins avec une ceinture et s'enveloppent la tête avec une pièce de toile. Ils gardent les cheveux longs et ont les oreilles percées pour y introduire quelques jolies plumes d'oiseaux et des petits cylindres creux en argent. Les femmes portent un sarong, ou jupe, sur lequel elles ont une veste parsemée de grains de verre ou (le petits fruits qui forment des dessins bizarres. Wles ont aussi plusieurs colliers et s'enveloppent la tête d'un large tissu dont elles laissent flotter les deux bouts sur leurs épaules. Leurs longues oreilles , percées d'un large trou , sont ornées de . fleurs, de pierres fines pu de bijoux, d'or ou d'ar* sent.
Les pabanes des Karieng sont faites de bambous eln'qrjt, pour y monter, qu'une espèce de juchoir ; âes bambous, des calebasses, quelques corbeilles et des nattes grossières, voilà tout leur araeublemeot. Très-souvent ces huttes ne leur servent que pour un an; car, de môme que les iao, ils 01)1
coutume de couperet de brûler chaque année une certaine étendue de la forêt pour planter leur riz, changeant ainsi de place tous les ans, ce qui les oblige à construire souvent de nouveHes cabanes. Les ifa^ rieng n'ont pas de lois écrites; les traditions quils ont reçues de leurs ancêtres forment toute leur législation. Ils reconnaissent pour chef celui d'entre eux qui est le plus habile et qui jouit de plus de considération ; du reste, ce chef n'abuse pas de son autorité et se contente de jouer parmi eux le rôle d'un conseiller et d'un protecteur.
Il est probable que les Karieng tii*ent leur origine des LaOy avec lesquels ils ont plusieurs traits de ressemblance. Ils reconnaissent deux génies, l'un bon, l'autre mauvais; ils ne rendent aucun culte au bon génie, tandis qu'ils font des sacrifices de poules, de fruits, de riz, de fleurs, etc., au mauvais génie, lorsqu'ils veulent l'apaiser ou se le rendre favorable. •
Ils n^ont ni bonzes, ni pagodes, ni culte, ni prière ; chaque chef de famille fait lui-même le sacrifice au mauvais génie toutes les fois qu*ik sont attaqués de maladies ou qu'ils ont à craindre quelque malheur Voilà en quoi consiste toute leur neligion.
Los Karieng sont d'une grande sobriété ; ils ont horreur du vol et du mensonge ; la polygamie ne se rencontre pas chez eux ; ils sont hospitaliers les uns envers les autres, au point que ceux qui voyagent peuvent s'arrêter dans la première maison qu'ils rencontrent pour manger, dormir, comme s'ils élaient dans leur propre cabane. On dirait que la tribu entière ne forme qu'une seule famille, et ils partagent volontiers leurs provisions avec ceux qui n'en ont plus.
L'éducation est nulle parmi eux; ils n^ont pas de livres; toute leur occupation est la pèche, la chasse et la culture du riz et des légumes. On dit que celui qui a demandé une fille en mariage, avant de pouvoir célébrer les noces, est obligé d'escalader la cabane de sa fiancée, après avoir terrassé à la lutte un adversaire renommé par sa force qui défend le bas de l'échelle.
Les Karieng brûlent leurs morts, après quoi ils prennent un os du crâne qu'ils vont suspendre à un arbre avec les habits, les colliers et les armes du défunt ; alors ils exécutent des danses et des pantomimes accompagnées de chants lugubres ; ensuite quelques-uns des anciens emportent l'os avec tout Tattirail du défunt et vont ensevelir secrèteai|g^
lout cela au pied d'une montagne éloignée, recommandant au mort de ne pas revenir tourmenter sa famille, puisqu'on enterre avec lui tout ce qui lui a appartenu.