‹ Description du Royaume Thai ou SiamChapitre 7 sur 96 · ROSÉE · texte numérisé non relu

ROSÉE

Chaque année, au mois de mars, et pendant une quinzaine de jours, a lieu un phéqomène de rosée assez singulier. Au point du jour, l'atmosphère $e remplit de brouillards épais^ et à peine

le irieil aMi kvé^ que ces brouiliàrds se riMdveiit en une rosée abondante au point de couler, en forme de pluie^ des toits des maisons et des feuilles des arbres k

RlYlÈRES, FLEUVES, INONDATIONS.

Dans la presqu'île malaise il n'y a que des ruisseaux et des petites ritiëres dont le cours n'est que de dix, vingt et tout au plus trente lieues» mais dont l'embouchure est considérable et qui peuvent servir de port, même pour les petits navires européens. La partie orientale du Lao et le Camboge

sont arrosés par un très-grand fleuve appelé Më'^ Ktmg^ dont le cours a plus de cinq cents lieues* Pour donner une idée de sa largeur, des habitants de Lanxang me disaient qu'un éléphant vu à l'autre rive ne paraissait pas plus gros qu'un chien ; mais à ses embouchures des bancs de sable et des basfonds gênent la navigation des gros bâtiments. Chantkabun a une jolie rivière qui^ dans la saison des pluies, inonde et fertilise une petite plaine de douze lieues de long. Les fleuves de Pët-RiUy de Thà'^hin et de Më-Khlong ont une embouchure

majestueuse et fertilisent aussi la grande plaine de Siam par une inondation annuelle, en confondani leurs eaux à celles du fleuve ifë-Aam. Le Më-Nam (mère des eaux), dont le cours est d'environ trois cents lieues, prend sa source dans les montagnes de YYunan en Chine, passe à Xieng-Maiy reçoil un gros affluent venant de Phitsalôk et, un peu plus bas, se divise en plusieurs branches qui arrosent la grande plaine, viennent se réunir au dessus de Bangkok, et enfin se déchargent dans h mer à huit lieues au dessous de la capitale.

Ce fleuve inonde et submerge la plaine une fois tous les ans. Dès le mois de juin, ses eaux deviennent rouges du limon qu'elles entraînent, le fleuve devient rapide, son niveau s'élève chaque jour de quelques pouces^ et à la fin d'août il se répand dans les campagnes et monte peu à peu jusqu'à un mètre et quelquefois deux mètres au dessus du rivage. Le riz croît à mesure que les eaux montent, et l'inondation, loin d'y faire tort, contribue au contraire à son développement. Les eaux stationnent ainsi dans les campagnes jusqu'au commencement de novembre; pendant ce temps-là une infinité de barques sillonnent la plaine en tous sens à travers les rizières espacées de manière

à former mille petits canaux laissés libres pour la circulation. Enfin les eaux commencent à baisser chaque jour un peu jusqu'à ce que le fleuve rentre dans son lit et reprenne son niveau ordinaire. Une chose qui paraîtra bien extraordinaire, c'est que la partie basse de la plaine, à douze lieues de la mer, n'est jamais inondée, tandis que la partie supérieure reste submergée pendant plusieurs mois. Tai tâché de me rendre compte de ce phénomène, et je ne vois pas d'autr^r manière de l'expliquer qu'en l'attribuant à l'effet des marées. Car, quand la inarée monte» elle repousse les eaux par une force irrésistible, et, dès que la marée descend, ces eaux se précipitent dans le lit du fleuve ou des canaux que la marée leur laisse libre, de manière que l'écoulement ayant lieu par le lit du fleuve ou des canaux, à mesure que les eaux supérieures descendent, elles prennent cette même direction d'écoulement sans avoir le temps de se répondre dans la partie basse de la plaine.

De temps en temps il y a des années où les pluies sont bien moins abondantes que de coutume ; alors le fleuve n'inonde qu'une partie de la plaine ; toutes les rizières où l'e^u n arrive pas sont perdues, parce que la plante du riz se dessèche et meurt

sans poHei* dé fruits^ ce qui occàeionne la cherté du ri2, mais jamais la famine.

FERTILITÉ^ ABONDANQE.

Je ne sais pas s'il y a au monde une contrée aussi fertile quç Siam ; le limon du Më-Ntmi féconde tous les ans la plaine qui, presque sans culture, fournit une si grande quantité d'excellent riz, que non seuletnent il suffît pour nourrir les habitants, mais on en exporte encore annuellement en Chine et ailleurs plus de cinq cent mille quintaux. Année commune, la mesure du riz (de la capacité d'environ tingt litres), suffisante pour nourrir un homme pendant un mois, ne coûte que quinze sous. Les récoltes pourraient être doublées et même triplées ; C3àr on ne cultive pas la moitié de la plaine, et^ au moy^n d'une irrigation très-facile 5 on pourrait faire deux récoltes, tandis que, pai^ paresse, on se contenté d'une seule^

iPendant l'inondation^ le poisbon se multiplie à l'inQni dans les ridères, les roseaux et les herbes aquatique^ ( quand le fleuve rentre dans Son lit, une partie de» poissons y rentre aussi : on les

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