‹ Description et histoire du Château d'Arques (volume 2)Chapitre 1 sur 7 · PARIS V A. MOREL ET C", ÉDITEURS · texte numérisé non relu

PARIS V A. MOREL ET C", ÉDITEURS

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C'est aux Normands que Tart de là fortification française, avant Tinvention de l'artillerie à feu, doit sa naissance et son plus beau développement. Pendant la période de leurs invasions, les populations, sans cesse menacées, inventent de nouveaux moyens de. résistance ; les villes elles monastères s'entourent de palissades et de retranchementSt les abords des fleuves sont munis d'ouvrages défensifs, les demeures sei*^ gneuriales se déplacent et gagnent les hauteurs. Les Normands eux-mêmes établissent des camps retranchés qui protègent leur butin et leurs embarcations. Plus tard, lorsqu'ils se fixent définitivement sur les territoires où la faiblesse des successeurs de Gbarlemagne les a laissés s'établir, leur premier soin est d'assurer leur conquête. Dans ce but, ils bâtissent des forteresses dont les dispositions ne rappellent en rien ces défenses primitives. Ce sont de vastes constructions en pierre élevées, non plus au point de vue d'une agression passagère, mais d'après un système de résistance permanente et collective, et conçues avec une merveilleuse entente de la fortification. Il nous reste encore des fragments considérables de quelques-unes de ces citadelles, qui, par le choix de leur assiette et la combinaison de leurs défenses, témoignent chez leurs constructeurs d'un véritable génie militaire. Une des plus formidables pour l'époque où elle fut élevée, et des plus intéressantes à étudier aujourd'hui, est sans contredit le cbà-

teau d'Arqués. Bien que le temps et surtout la main des hommes lui aient fait subir de graves mutilations, il est encore possible, avec un peu d'atlenlion, d'en reconnaître non-seulement Tensemble, mais encore la plupart des disposilions anciennes.

Quelques lignes de la chronique de Guillaume de Jumièges * • peuvent servir de préface à son histoire. « Dans les premiers temps de la vie de Guillaume, dit-il, un grand nombre de Normands, égarés et infidèles, élevèrent dans beaucoup de lieux des retranchements et se construisirent de solides forteresses. » On sait, en effet, à quels désordres la Normandie fut en proie à Tavénement de Guillaume lé Conquérant, et comment la plupart des seigneurs normands, pensant avoir facilement raison d'un jeune homme à peine sorti de l'adolescence, prétextèrent de Tillégitimité de sa naissance pour le dépouiller de son héritage. A leur tète était Guillaume, oncle du bâtard. Investi, vers 1040, du comté d'Arqués, Guillaume ne reconnut la donation de son neveu qu'en levant contre lui l'étendard de la révolte. Toutefois il no dévoila ses projets qu'après en avoir de longue main préparé le succès. En conséquence, à peine en possession de son comté, il éleva la redoutable forteresse dont nous avons encore les restes sous les yeux. Sous l'impulsion de ces visées ambitieuses, cette immense construction dut être menée avec une activité prodigieuse, puisqu'elle soutint, quelques années plus tard, l'effort d'un long siège conduit par le duc en personne.

Avant de poursuivre le récit des faits dont il a été le théâtre, essayons, à l'aide des traceâ subsistantes, de nous représenter le château d'Arqués tel qu'il devait être à cette époque.

Sur le versant sud-ouest de la vallée d'Arqués, à quelques

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