‹ Description et histoire du Château d'Arques (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · SUR LB · texte numérisé non relu

SUR LB

Le château d'Arqués , malgré les outrages que lui a fait subir le temps, et plus encore la main des hommes, est resté un des monuments les plus importants de la Normandie , comme il en est un des plus célèbres. Ses ruines, encore si imposantes, si majestueuses, attestent sa grandeur passée. Les événements historiques dont il fut le théâtre ou le témoin , et le combat à jamais mémorable livré sous ses murs par Henri IV, lui assurent une renommée qui ne périra pas.

On sait , par les historiens normands, que le château d'Arqués fut construit vers le milieu du xv siècle, sous

le duc Guillaume, nommé depuis le Conquérant , par Guillaume d'Arqués , oncle paternel de ce prince.

Guillaume d'Arqués avait reçu de son neveu , à titre féodal , le pays de Talou , dont la ville d'Arqués était le chef-lieu. Ce seigneur, plein d'ambition, et qui, soutenu par son frère Mauger, archevêque de Rouen , rêvait, pour usurper sa place, la déchéance du duc Guillaume , qu'il ne nommait que le Bâtard , fit élever à grands frais , comme place d'armes et de sûreté , sur la colline qui domine Arques , le château dont les ruines la couronnent encore.

En considérant leur étendue, en relevant par la pensée ces murailles, ces tours , en plongeant dans ces immenses fossés, on se fait une juste idée de la puissance et de la richesse du comte d'Arqués. On assure qu'il exécuta, en un très petit nombre d'années, cet ouvrage immense.

A peine était-il terminé , que Guillaume d'Arqués commença à lever la tête et à ourdir des trames contre le duc Guillaume. Celui-ci , pour en prévenir l'explosion , mit la main sur le château d'Arqués ; mais la garnison qu'il y avait placée se laissa séduire ; le comte d'Arqués ne tarda pas à rentrer dans sa forteresse, fier et triomphant. Guillaume-le-Bâtard , avec sou impétuosité ordinaire, l'y suivit; mais, n'osant l'y attaquer de vive force, tant cette citadelle lui parut redoutable, il se contenta d'en former le blocus.

Le roi de France Henri I'% qui voyait d'un œil jaloux la renommée naissante du duc Guillaume ^ excité d'ailleurs par Tarchevéque de Rouen , frère de Guillaume d'ÂrqueSy et par quelques seigneurs normands, mit une armée en campagne, pénétra jusqu'au château d'Arqués, et y fit entrer des secours en hommes et en munitions. Enguerran, comte de Ponthieu, qui commandait Tavant-garde du roi de France , avait trouvé la mort sous les lances normandes , au pied des remparts d'Arqués.

Après que le roi de France se fut retiré, le duc Guillaume ressera les lignes du blocus , et s'y établit en personne. Guillaume d'Arqués, réduit par la famine, se vit bientôt contraint d'ouvrir les portes de son château et de se rendre à discrétion. Le duc Guillaume lui laissa la vie sauve, mais le chassa delà Normandie ( année 1 053 ) . Le frère du comte d'Arqués , Mauger, fut peu après expulsé de son siège archiépiscopal, et alla mourir, comme celui-ci , en exil.

Le château resta dans les mains du duc Guillaume , qui ne cessa d'y entretenir une forte garnison.

Son fils, Robert, n'appréciant pas l'importance de celte citadelle, l'abandonna , avec le comté d'Arqués , à Hélie de Saint-Saëns, en lui faisant épouser une fille qu'il avait eue d'une courtisane.

Hélie de Saint-Saëns en fut, peu de temps après,

chassé j ainsi que son pupille Guillaume Cliton , fils du duc Robert y par Henri I*% dernier des fils de Guillaume-le-Conquèrant y qui venait de réunir la Normandie à la couronne d'Angleterre.

Le comte de Flandre , Baudouin , qui avait épousé la querelle du jeune Guillaume Cliton à l'instigation d'Hélie de Saint-Saëns, voulut s'emparer du château d'Arqués; il rencontra la mort sous ses murs (année 1118).

Débarrassé de son ennemi , Henri P' ajouta de nouvelles fortifications au château.

La trahison devait en ouvrir tes portes au roi Etienne, qui disputait le duché de Normandie à Geoffroy Plantagenet, gendre et successeur de Henri V\ La province tout entière ne tarda pas à reconnaître la loi de l'heureux Geoffroy. De tous les châteaux normands, Arques se rendit le dernier ( 1 145 ).

A près de trente années de là^ en 1173 , le comte de Boulogne, qui avait pris le parti de Henri-leJeune, révolté contre son père Henri 11, fut blessé à mort devant le château d'Arqués. Cette citadelle était fatale aux ennemis de la Normandie.

Richard Co&ur-de-Lion venait de monter sur le trône. Après avoir rempli l'Orient du bruit de sa valeur, il languissait dans les fers. Son rival, Philippe-Auguste ^ profitant de sa captivité, s'était fait livrer le château

d'Arqués. Richard Cœur-de-Lion , ayant brisé ses chaînes, voulut le reprendre; il échoua, malgré ses efforts et son bouillant courage.

Un traité de paix, conclu avec le monarque français, l'année suivante ( 1196), remit le château d'Arqués dans les mains de Richard Cœur-de-Lion. Tant qu'il vécut, la bannière de Normandie y flotta droite et fière.

Son frère , Jean Sans-Terre , ne sut pas le défendre. Si Philippe-Auguste, qui avait investi la place, s'en éloigna après un siège meurtrier ( i 202 ) , Jean Sans- Terre ne peut en revendiquer l'honneur : Philippe-Auguste courait au secours du jeune Arthur de Rretagne , neveu et héritier déchu de Richard Cœur-de-Lion. La sœur d'Arthur languissait , de son côté, prisonnière dans le château d'Arqués ; elle ne devait en sortir que pour aller mourir dans un château-fort d'Angleterre.

Jean Sans-Terre, au lieu de prendre les armes, s'enfuit lâchement. La Normandie est conquise par Philippe-Auguste , et rentre , après une séparation de trois siècles, dans le domaine de la monarchie française. Les historiens normands ont noté avec orgueil que le château d'Arqués ouvrit le dernier ses portes aux Français ( 1204 ).

Le château d'Arqués ne joue qu'un faible rôle sous la domination française; il s'efface avec la Normandie, désormais muette et sans gloire.

Eq 1273, I%ilippe-Ie-Hardi le visite. Philippe de Valois, le roi Jean, Charles Y» y font faire quelques travaux.

Le sol normand allait de nouveau porter des bataillons armés. En 1419 , les An$çlais descendent en Normandie, et rangent cette province sous leur obéissance ; ils devaient la garder trente années consécutives. Le château d'Ârques subit la loi commune.

En 1449 j les Anglais sont chassés par Charles YII, aidé de ses preux capitaines , les Dunois , les Lahire , les Brézé. Le duc de Sommerset, qui venait de capituler dans Rouen , s^engage à remettre entre les mains du roi de France la forteresse d'Arqués , que la garnison de Dieppe serrait de près pour Charles YII. Arques

redevint français.

Il faut franchir prés d'un siècle et demi pour retrouver le nom d'Arqués dans nos annales. 11 y va briller d'un nouvel éclat.

Le parti de la Ligue était en possession du château d'Arqués. Le gouverneur de Dieppe, AymarddeChalteSy qui tenait pour le parti royal , désespérant de le reprendre par force, eut recours à la ruse. Des soldats, déguisés en matelots dieppois, et cachant leurs armes sous leurs amples vêtements , se présentent au château pour y vendre du poisson; ils sont introduits. Egorger les sentinelles , désarmer la garnison surprise , fut l'af-

faire de quelques instauts : le château d'Arqués avait chaogè de mattre.

Henri III venait d'être assassine dans Saint-CIoud ( 1 589 ) ; Henri IV lève le siège de Paris , et , suivi d'un petit nombre de soldats, se retire en Normandie» Il entre dans Dieppe , pour y attendre les secours que la reine d'Angleterre, Elisabeth, lui avait promis. Le duc de Mayenne, à la tète d'une armée de trente mille hommes, se mit à sa poursuite. Parti de la ville d'Eu, dont il s'était emparé , il se porte sur Arques , de l'autre côté de la vallée , résolu de forcer ce passage et de marcher sur Henri IV, pour l'acculer dans Dieppe et s'emparer de sa personne.

Henri IV, qui sentait l'importance du château d'Arqués dans les événements qui allaient se passer, l'avait armé de plusieurs pièces d'artillerie , et y avait placé des canonniers dieppois. Ils y firent bon service.

On était au 21 septembre de l'année 1589. L'armée de Henri IV, qui se composait de 7,500 hommes, occupait le terrain qui s'étend du bourg d'Archelles à Martin-Église , ayant à sa droite la forêt d'Arqués, à sa gauche la rivière.

C'est dans cet étroit espace que se livra ce combat à jamais mémorable où Henri IV gagna sa couronne et une gloire immortelle. Les trente mille hommes de Mayenne furent mis en fuite.

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Le château avait décidé le gaiu de la bataille ^^ eo en-^ voyant ^ vers la fin de la journée y dans les rangs pressés^ de renuemi y plusieurs volées de canon, qui produirent un merveilleux effet, dit Sully, qui combattait aux côtés de Henri IV.

Le soir même de la bataille , Henri IV, dit rhistorien du château d'Ârques, écrivit, du château, àCrilIoti » ce billet devenu fameux : « Pends-toi , brave Crilloo , « nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas.»

C'est en mémoire de ce brillant fait d'armes, de ce grand événement historique, que le propriétaire actuel du château d'Arqués a fait placer, sur une de ses murailles, aux yeux de tous, l'image de Henri IV , monté sur son cheval de combat, Tépée en main, le panache blanc en tête, tel que, le jour de la bataille, il chargeait glorieusement l'ennemi. La France et la Victoire lui jettent une palme immortelle. Ce beau bas-relief est dû au ciseau de M. Gayrard.

La bataille d'Arqués marque les derniers jours de gloire du château qui lui donna son nom. A peine sMl reparaît, depuis lors, dans noire histoire. En 1648, Anne d'Autriche y conduit son jeune fils Louis XIV. Sous la Restauration , une autre femme , la duchesse de Berry, vient visiter ces ruines avec amour. Long-temps auparavant, délaissé, oublié même, le château d'Arqués, quoiqu'ayant encore un gouverneur en titre, mais plas

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de soldais, allait dépérissant, tombant de toutes parts. En 1753 , on commence à en arracher les pierres ; c'est une vaste carrière à laquelle tout le monde vient puiser.

Notre première révolution fît plus. Les ruines du château d'Arqués sont mises à l'encan , par l'Etat , en 1 793. Un habitant du pays se les fait adjuger pour la somme de 8,300 livres. Revendus par lui , elles allaient être adjugées de nouveau , en 1836, et livrées à la Bande Noire, lorsque madame Reiset, veuve de M. J. Reiset, ancien receveur général du département de la Seine-Inférieure, voulant conserver ce monument historique à la France, en fit l'acquisition , et le mit sous la sauve-garde d'un de ses fils, qui se fait un devoir religieux de conserver pur et intact ce noble dépôt.

Pour compléter les notions historiques qui se rattachent au château d'Arqués, explorons ses ruines. Sachons les interroger; elles nous révéleront la pensée qui présida à leur construction.

Celui qui fut chargé, dans le xr siècle, par Guillaume d'Arqués , de l'érection de son château ( l'histoire ne nous a pas conservé son nom ) , était un homme très habile et très versé dans son art. Il suffit , pour s'en convaincre, d'examiner l'assiette de cette forteresse .

C'est sur une langue de terre escarpée de trois côtés

et dominant au loin la ville et la vallée d'ArquM, qu'il la plaça. Non content de cette disposition , il creusa y en avant des murailles, dans tout le périmètre de l'enceinte fortifiée , un large et profond fossé ; de sorte que l'assiégeant , après avoir péniblement gravi la colline, ne trouvait aucun espace pour asseoir son attaque, et pour s'abriter lui-même contre les traits des assiégés.

Le château, à cette époque, n'embrassait pas tout le terrain qui est circonscrit par les ruines. La portion qui fait corps avec les deux tours de l'entrée actuelle, et ces tours elles-mêmes, appartiennent à une construction postérieure de plusieurs siècles, et rentrent dans tout un autre système de fortiOcation. On les attribue à François I". Le château du xi* siècle ne se prolongeait pas jusque-là; il se composait d'une seule enceinte^ encore de nos jours parfaitement visible et distincte, qui affecte la forme elliptique, avec ses tours, son donjon et sa porte , autrement dite poterne , qu'où rencontre après avoir franchi la première entrée.

Dans la partie la plus reculée , et en même temps la plus élevée de cette enceinte , se dressait le donjon , accompagnement obligé des forteresses normandes. 11 n'était pas , à l'exemple des citadelles de nos villes de guerre modernes, en dehors de la place > mais à l'intérieur , de sorte qu'il fallait de toute nécessité s'emparer

de tous les autres ouvrages avant de pouvoir même attaquer ce dernier refuge, ce palladium de la défense.

Le donjon du château d'Arqués, bien qu'entièrement dépouillé de ses pierres de revêtement , conserve un aspect imposant et grandiose, qu'il doit à la masse et à la force de ses murailles. Il était divisé en deux parties. Les deux salles inférieures servaient de magasins d'armes et de provisions; celles des étages supérieurs , de logement pour les hommes d'armes, pour le capitaine du château , et pour le souverain lorsqu'il venait visiter Arques. Un escalier étroit, déguisé avec art, y doimait accès ; un seul homme pouvait défendre cette allée sombre et mystérieuse.

Un puits creusé à une énorme profondeur, qui subsiste encore, était destiné au service des défenseurs du donjon. 11 existait, dans l'enceinte, un second puits pour la garnison du château.

La masse entière du donjon remonte au xi* siècle; (juelques divisions intérieures furent seules remaniées plus tard.

Après le donjon, la portion encore subsistante du château de Guillaume d'Arqués, la plus remarquable, est la porte , ou poterne , dont nous avons parlé plus haut. Elle se compose d'un massif percé de trois arcades successives, qui, jadis, étaient garnies de herses en

Ter. Au-ilessus élail le logement <h^s chevaliers chargés de la défense de la porte.

C'est an-dessus d'une de ces arcades, celle qui regarde le donjon , que le propriétaire actuel du château a fait placer le bas-relief représentant Henri IV à cheval. Au bas, il a fait graver ces mots:

HENRI IV VAINQUEUR AU COMBAT d' ARQUES LE 21 SEPTEMBRE 1589.

Au pied de la poterne se dessine l'entrée d'une galerie souterraine creusée dans la marne , qui se prolongeait, originairement, sous le château du xi* siècle, et en suivait le tracé. Elle se trouve aujourd'hui interrompue et obstruée sur plusieurs points. D'après une vieille tradition , qui ne mérite aucune croyance , ce souterrain établissait une communication entre le château d'Arqués et la ville de Dieppe.

La portion du château , faisant corps avancé , due à François P% que nous avons traversée pour arriver à l'enceinte du xi* siècle , est flanquée , à ses quatre angles, d'énormes tours construites en brique et en pierre. Les deux premières défendaient la porte d'entrée ; les deux plus en arrière, qui se rattachent à l'enceinte primitive, ont des formes plus colossales encore. Celle qui regarde la vallée a reçu le nom de Tour du

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