STATISTIQUE DES DÉCÈS
pourquoi nous ne croyons pas, en l'absence de tout recensement sérieux, que la population du Paraguay, qui «avait en 1800 97,000 âmes, dépasse aujourd'hui 300 à 330,000 âmes, quoi qu6 Ton ait dit de son accroissement extraordinaire depuis vingt années.
En France, la moyenne de 38 années, dç 1817 à 18S4, donne 1 décès annuel pour 41 personnes, c'est-à-dire 84 décès pour 100 naissances. En admettant l'accroissement moyen annuel d'un 222"% qui a eu lieu dans cette période, il lui faudrait 154 ans pour doubler sa population. (Voy. Annuaire du Bureau des longitudes de 1858.) Mais dans quelques autres parties de l'Europe, en Russie, par exemple, la progression croissante de la population est plus rapide, et elle Test infiniment plus encore dans le nouveau monde.
Ici, pour arriver à établir la proportion entre les naissances et les décès, nous avons procédé avec le plus grand soin et consulté des chiffres qui approchent de 300,000, en réunissant à ceux recueillis dans l'intérieur de la Confédération ceux de Buenos- Ayres ot de la Bande-Orientale. Nous savons bien toutes les irrégularités qui existent, principalement dans l'enregistrement des décès : les parents, à cause des grandes distances auxquelles se trouvent les paroisses, enterrent quelquefois leurs moits dans le village ou dans l'estancia où ils ont succombé ; les très-jeunes enfants sont enterrés le plus souvent au premier endroit venu, et l'on ne donne pas avis de leur mort au curé; ce dernier cas est môme le plus commun. Les adultes, au contraire, sont presque toujours enterrés en terre sainte, la pieuse sollicitude des parents leur faisant pratiquer l'exhumation quelques années après, pour porter au cimetière de la paroisse des restes aimés, et faire dire un certain nombre de messes sur leur tombe. En outre, les décès des champs de bataille, dans des guerres trop fréquentes, ne sont pas constatés, non plus que ceux des nombreux Argentins qui sont morts dans l'exil ou en voyage. — Cependant, même en l'absence de ces renseignements, nous trouvons encore un nombre de baptêmes double de celui des enterrements, ainsi qu'on peut le voir dans le tableau suivant :
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GonfédéraUon argentine
Montevideo et la banlieue (30 ans) Bùéno^Ayres : la ville (â ans). . . .
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Ù y a doiic noii-seuleinelit illi nombre de baptêmes doUble de celui des enterrements, mds encore 17,898 baptêmes de plUs. Nous n'en tenons pas compte, regafdàiit cette différence ôomnie suffisante pour compenser les omissions d'iildicatlon de décès, et noUs arrivons toujours à cette proportion de deux naissances pour un décès, que nous sommes ainsi autorisé à établir comme étant Id loi c[iii préside aujourd'hui à la marche progressive de la population dans la Plata. Pàt conséquent, d'après le principe d'Euler, nous àuHotis son doublement en 25 années, si cette marche n'éprouvait point de perturbation dans cette période de temps (1).
Quant à la vie moyenne, — lie sachant qu'approximativeineiit le chlfrre de la population, nous ne pouvons l'établir égaleiiiéilt qile d'une manière approximative. Elle nous paraît un peu pliis courte qu'en Europe, et être Seulement de 38 ans ; ce qui s'explique, eu grande partie, pat* ce fait qile la croissance étant plus rapide, les fetntties étant plutôt, mais moins longtemps fécondes, la vie s*u6e plus promptement. Cela ti'empêche pas qu'il n'y ait, comme nous le verrons plus bas, deâ exemples de longévité très-remarquables.
La mortalité est là, comme partout, plus grande cHez le sexe masciliin que chez le sexe féminin ; et quoiqu'il naisse, slitisi que nous l'avons vu, plus de garçons que de filles, il reste. Vers l'âge moyert, beaucoup plus de femmes que d'hoinmes. Ainsi, à Buénos-Ayres, en 1856, sur Une mortalité totale de 2,58i personnes, dont les décès soiit spécifiés, nous trouvons 1,479 hommes, et seulëulent 1,102 femmes ; — différence : 377. Il est vrai que, par suite du grand
(1) Dans les Notes et Documents, tome UI, nous donnerons en détail les tableaux statistiques extraits soit des archives des églises, soit des recensements officiels publiés à différentes époques, afin de faire connaître les bases de nos calculs.
Nous y joindrons aussi, comme pièces de comparaison, un certain nombre de documents tirés de la statistique européenne et de celle des Ëtats-Unis d'Amérique.
STATISTIQUR DES DÉCÈS. 269
nombre d'immigrants, de marins, de voyageurs, le nombre total des honm[ies est, dans cette rille, un peu supérieur à celui des femmes; mais à la campagne, où la population est différente et où les femmes sont plus nombreuses que les hommes, nous trouvons un résultat analogue. Ainsi le premier semestre de 1855 donne là 668 décès masculins, et seulement 45î) féminins; — différence en moins pour ceux-ci : 213.
Dans la ville de Montevideo, sur un total de 1,144 décès, dans Tespace de 24 mois, en 1837, 38 et 39, nous trouvons 612 décès masculins et 532 féminins ; — différence on moins pour ceux-ci : 80. — A la campagne, pendant la même période, sur 670 enterrements, il y en a 391 masculins et 279 féminins, c'est-à-dire H 2 décès masculins de plus; la règle semble donc générale.
Quant au chiffre général des morts relativement à la population^ nous éprouvons les mêmes difficultés à rétablir que celui des naissauces. — Ce chiffre, qui est aujourd'hui de 1 sur 40 dans Toccidenl de l'Europe, nous semble être ici de 1 sur 30 pour le littoral. — Nous ne donnons touUîfois cette proportion que d'après quelques tableaux statistiques do Unéiios-Ayrrs et do Montevideo, ces deux gi'ands ports situés à Toutroo do la rivion» do la Plata, où afflue tme population très-mélaiigoo, tros-divorso, ot qui ne peuvent guère servir 'de règle pour l'intérimn*, où la mortalité nous parait beaucoup moins forte. — Ainsi, en 1855, les chiffres ofTiciels accusent, pour la ville de Buénos-Ayi'es, une population de 91,548 Ames et 3,251 décès; c'est donc 1 mort sur 29 habitants (28 2/3). — A Montevideo, pen-^ dant les 3 années de 1852 à 1854, la proportion est même plus forte, car, sur une population moyenne de 25,000 âmes (moins la banlietie) j la ville a 950 morts annuelles ; ce qui donne une mortalité de 1 sur 27; mais dans la oampagno la proportion est beaucoup moins élevée.
Il faut obsei'Ver d'ailloUi'S, en thèse générah^ qu'il y a des périodes de bonne santé publiqu(î et des périodes de maladie^ même sans état épidémique proprement dit, où la population reste stationnaire ou diminue, sans que l'on puisse bien en expliquer Irt cause.
Ainsi, par exemple, en France, où les registres de population sont tenus avec une grande régularité, de 1817 à 1853, le chiffre des naissances a été constamment supérieur à celui des décès, et cela malgré les deux terribles épidémies cholériques de 1832 et de 1849; puis, en 1864 et en 1855, sans aucune épidéttlie apparente^
264 POPLLATION ARGENTINE.
le chiffre des décès se montre tout h coup supérieur ù celui des uai^ sanees, de 69,318 pour la première année et de 37,274 pour la seconde : phénomène tout à fait inexplicable, et dont les circonstances politiques, la guerre d'Orient, Toldium ou épidémie des vignes conunencée en 1853, les récoltes médiocres, ne suffisent pas, il nous semble, pour donner le secret. — En i8o6, la population reprend sa marche ascendante, mais lentement, et l'excédant des naissances sur les décès est alors do 115,034.
On sait que la mortalité est toujours plus forte dans les grandes villes qu'à la campagne; le chiffre de 1 décès sur 40 personnes dans toute l'étendue de la Gonfédémtiou argentine, moins les grands centres du littoral, nous parait donc ("^tre celui qui approche le plus de la vérité. En évaluant la population totale de la Confédération, moinsja province de Buénos-Ayres, à 870,000 âmes, ce qui est à peu près le chiffre vrai, c'est un total de 21,730 décès par an, auxquels correspondent 34,800 naissances, résultant de 6,214 mariages et d'un nombre inconnu d'unions naturelles. — Comme résultat de ces chiffres généraux, nous comptons : — 1 naissance pour 25 habitants, — et 1 mariage pour 140.
Avec la paix et la prospérité dont jouit le pays depuis six années, il n'est pas douteux que la mortalité, quelque peu élevée qu'elle soit, ne diminue encore, en môme temps que le nombre des naissances* augmente, comme cela résulte de la statistique des dernières périodes décennales de Tucuman, de Cordova, de Parana, de Santa-Fé, de Catàmarca, où la mortalité ne serait plus que de — 1 sur 48 ; — c'est du moins le chiffre que fournit la comparaison du nombre des baptêmes et des enterrements sur ces différents points, en tenant compte, il est vrai, de l'inexactitude qui doit exister à l'endroit des décès.
La mortalité la plus forte pèse toujours sur l'enfance. Les maladies vermineuses, et les convulsions qui en sont la suite, enlèvent beaucoup de jeunes sujets; mais nulle maladie ne fait sur le littoral plus de ravages que le tétanos des nouveau-nés, dit ici niai de lo8 siete dias (mal des sept jours], surtout dans la classe des sang-mélés. Cette maladie est réellement le fléau de la première enfance à Buénos-Ayres et à Montevideo ; elle est beaucoup plus rare dans l'intérieur, et nous n'en avons pas entendu parler dans les provinces andines. A partir de l'âge de 8 ans, la mortalité est presque insignifiante jusqu'à 17, époque à laqueUe la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire emportent un certain nombre de jeunes gens.
STATISTIQUE DKS DËGËS. 26iî
Puis \ieiment les maladies diverses propres à chaque sexe, à chaque état : la pleuro-pneumonie, A\\jd puntada de costado (point de côté), tue un certain nombre d*adultes; les maladies du cœur et des gros vaisseaux sont également fréquentes et meurtrières ; enfin les apoplexies frappent au passage de Tage mûr h la vieillesse.
270 POPULATION ARGKISTINE.
des travaux des champs. Ce bon vieillard se souvenait de Texpulsion des jésuites, e^ 1708, et de leurs belles estancias de la Jr^^nqu^ra de Loreto, car il avait alors 18 ans et était employé chez eux. fin 18S4, on connaissait à San-Roque D. Bartolomé Segovia, âgé de i06 fta«, et aux environs, D. Felipe Frutos, de 108 ans, D. Domingp C^ndil, de 105. A Curusu-Cuatia , flpûa Petrona Cuarayabay avait i30 ans, et Ton assurait qu'une dame Molina, qui venait de nu)uriF peu 4e temps auparavant, était aiTivée à 137 ans, et sa fille à 110.
Malgré ces exemples de longévité extraordinaire, ce nombre de 397 personnes au-dessus de 80 ans, sur le chiffre total de la populatiou de la province de Corrientes, ne nous donne pas tout à fait S pour 1,000, tandis qu'en France le chiffire est de 7, ainsi que noMS Tavons dit. Ce qui confirme, du moins jusqu'à présent, ce que uous avons avancé sur la durée de la vie sous ce climat, à savoir qu'elle s'y usait un peu plus vite, malgré l'extrême salubrité de ce même climat et les cas de longévité extraordinaire que nous venons de citer.
§ V. — Registres de l'état civil.
Les longs et laborieux calculs auxquels nous nous sommes livré, pour tâcher de reconnaître, à l'aide du petit nombre de docuQients qui ont été à notre disposition, les lois qui présidant au mouvement de la population du bassin de la Plata, prouvent suffisamn^eQt combien il est à désirer que l'administration argentine prenne enfin de sérieuses mesures pour que l'état civil repose sur d'auU*es bases que celles qu'il a aujourd'hui. Nous avons examiné les registres d'un assez grand noml)re de paroisses, et si quelques-uns ne laissent rien il désirer pour l'exactitude, il en est malheureusement aussi beaucoup d'autres dans un fâcheux désordre, où la recherche d'un extrait de mariage , de baptême ou de mort serait souvent impossible et, dans la plupart des cas, très-difficile. Les changements fréquents de curés, la négligence de quelques-uns, l'absence de visites pastorales, par ï^uite du manque d'autorité épiscopale ou des vastes distances à parcourir, tout cela contribue à la mauvaise tenue de ces livres, qui sont cependant jusqu'à présent les seules garanties de l'état civil des familles. Le gouvernement provincial de Corrientes a pris l'excellente mesure de confier ses registres de population au juge de paix de chaque département, et il a enjoint aux curés, excepté en cas d'urgence dont avis doit être donné sur-le-champ, de ne célébrer
RECENSEMEiMS DE LA POPULATION. 271
aucun mariage, baptême ou euterrement, que sur la présentation dlun bulletin émané de la justice de paix. Ceci n'empêche point que les paroisses n'aient également leurs livres, et ce double contrôle est une garantie de plus pour les familles. ^
Cet exemple, s'il était imité partout, permettrait d'avoir une connaissance exacte du mouvement annuel de la population, et serait le meilleur moyen de faire connaître les ressources réelles du pays, qui, avant tout, a besoin de se peupler. En outre, rien ne serait plus facile que de former une stitistique générale, si chaque département était tenu d'envoyer à la capitale de la province, dans les deux premiers mois de chaque année, le chiffre des mariages, naissances et décès, par nationalités, couleurs, âges , etc. ; chose très-praticable quand on ne laisse pas accumuler les listes, et quand le juge de paix et le curé ont soin d'en faire le dépouillement mensuel. Cette mesure permettrait de faire avec régularité les recensements généraux,, si pénibles et si incomplets jusqu'à présent.
§ VI. — Recensements.
Sous l'administration espagnole, les recensements étaient rares. Le pays était très-peu peuplé et attirait médiocrement l'attention de la métropole ; les énormes distances séparant les centres de population contribaient encore à faire négliger cette importante opération.
Le premier recensement dont nous ayons connaissance fut fait en 1338, par Irala, à l'Assomption : toute la population espagnole s'y trouva réduite à 600 personnes, parmi lesquelles quelques femmes seulement; tandis que la population gnaranie s'élevait presque au centuple de ce chiffre, et même bien au-dessus, si l'on accepte les récits des écrivains de l'époque qui i*eprésentent les tribus indiennes du littoral et de l'intérieur comme excessivement nombreuses ; mais ces dires sont évidemment exagérés.
Le dix-septième siècle vit pai'tager le bassin de la Plata en trois gouvernements : Buenos-Ayres, Paraguay et ïucuman» — Quant à la province des Missions, comprise entre le Tebicuary et l' V-Guazu, le Miriûay et l'Ibicuy, elle constitua une sorte d'État à part*
PROVINCE DES MiSSIO.NS.
Les recensements pratiqués à diverses époques dans cette province donnèrent :