GOUVERNEMENT DU PARAGUAY
Le seul recensement officiel que nous ayons pu nous procurer est celui que donne Azara pour 1795, et qui s'élève à 97,480 âmes, y compris 10,979 Indiens appartenant au 11 Missions du Paraguay. C'est donc, en nombre rond, une population totale d'environ 100,000 âmes au commencement de ce siècle.
Or nous venons de voir que, dans la période qui s*étend de 1780 à l'époque actuelle, aucune population de l'intérieur n*a doublé dans un espace de trente années. En l'absence de tout recensement officiel ultérieur, et en admettant, ce qui n'est nullement prouvé, que celle du Paraguay ait fait exception, nous trouverions pour l'époque actuelle (1860) une population de 400,000 âmes seulement, et nous avons des raisons de croire que ce chiffre est encore très-exagéré. En effet, nous avons pu nous assurer directement, pendant les deux mois et demi que nous avons passés dans ce dictatorat, que la mortalité était très-considérable chez les jeunes sujets, et même chez les adultes, par suite du mauvais régime alimentaire auquel cette population s'est soumise, et à raison des maladies vermineuses ou éruptives et de la syphilis.
n est vrai que ce pays n'a pas été éprouvé par les guerres civiles, comme le reste de la Plata ; mais il n'a point eu non plus l'immigration, qui a comblé les vides. Lorsque, dans toutes les régions qui l'entourent, et qui ont des habitants de môme race et de même mœurs, la population a seulement triplé en 60 années, comment aurait-elle pu quadrupler et même sextupler au Paraguay, comme on a bien voulu le dire ?
C'est donc tout à fait sans raison que des calculs légèrement faits ont porté son chiffre tour à tour à 1,200,000, à 800,000, et finalement à 600,000 âmes, tandis qu'elle ne doit guère dépasser 300 à 330,000. Cette population parait considérable, parce qu'elle est assez dense sur certains points, tels que l'Assomption et ses environs, le département de Villa-Rica, etc.; mais le nord, le nord-est et l'est sont déserts, et le sud-est médiocrement peuplé. Il serait à désirer que le gouvernement du Paraguay fit publier un recensement exact de cette ancienne fraction de la vice-royauté, et s' occupât d'y établir les registres de l'état civil, qui y sont encore en plus mauvais état que dans la Confédération argentine. Cette publication aurait le grand avantage d'aider à résoudre un problème d'économie sociale très-^
RECENSEMENTS DE l\ POPULATION. 27S
intéressant, celui du progrès annuel d'une population sud-américaine absolument réduite h elle-même pendant 60 ans.
GOUVERNESfENT DE BUENOS-ATRIS.
Lorsque, en 1580, Garay fonda une seconde fois Buénos-Ayres, les terrains furent répartis entre soixante fondateurs, auxquels on assigna un certain nombre d'Indiens yanaconas et mitayos^ appartenant principalement à la nation Chnna.
Nous ne connaissons aucun recensement officiel de cette province antérieur à celui de 1744, où Ton trouve les chiffres suivants :
"^''- ;:•"«• 'S! Total.... 17.28/i
— Campagne.. 6,06ù \ '
Nous ne savons pas si Ton a compris dans ce chiffre, qui doit sans doute être trop faible, la population de la Bande-Orientale qui commençait à se former, puisque Montevideo avait déjà dix-huit ans de fondation; mais cela est peu probable.
En 1778, c'est-à-dire presque aussitôt après l'institution de la vice-rovauté de la Plata, un autre recensement donne :
1778. —Ville. 2/i,75û ) , , , . ^^^
4r /oc ! Total /^0,179
— Campagne. . 15,Zi25 S '
Le recensement de 1797 donné parAzara comprend la ville et la province de Buénos-Ayres, la Bande-Orientale, Santa-Fé, TEntre- Rios, Corrientes, les Missions orientales et occidentales au sud du fleuve Parana, c'est-à-dire tout ce qui formait alors le gouvernement de Buénos-Ayres. Cette popidation était ainsi répartie :
Buenos - Ayres. — Ville — /iO,000 ( ^^^ - «„
— Gimpagne 32,468 \ '
Bande-Orientale. — Montevideo 15,2/i5 ) .^ ^.-
*c #on 1 30,665
— Campagne 16,Zi20 ) '
Santa-Fé : ville et province. 11,292 j
Corrientes : ville et province 9,228 I .. , ^^
Missions orientales et occidentales «... /i3,3/i0. i '
Entre-Rios ... 11,600 1
Ce qui nous donne, en nombre rond, à la fin du dernier siècle^ le chiffre de i — 180,000 âmes pour la population du littoral, 280,000
si nous y ajoutons le Paraguay, et enfin 443,000 en y joignant le Tucuman.
En 60 années, cette population a plus que triplé ; car elle se compose ainsi aujourd'hui : . ♦
Buénos-Ayres 330,000
Bande-Orientale 140,000
Santa-Fé, Entre-Hios, Gorricntes et MissioDs 220,000
Les sept proviDccs de rancien Tucuman 510,000
Le Paraguay 330,000
1,530,000 iMiflsions orientales appartenant maintenant au Brésil 30,000
Depuis cette époque (1797), la Baude-Orieutale a eu deux reeeuseinents officiels :
L'un, d3 1835. a donné 128,312
L'autre, de 1852, sculcmenl 132,969
dont 67,568 Orientaux, 28,386 étrangers, et 11,368 hommes de couleur. — Augmentation en 17 ans : 3,657 âmes. Ce faible chiffre est dû à la guerre étrangère et civile qui a déchiré le pays pendant vingt années; mais, depuis 1852 jusqu'à l'époque actuelle, il y a eu un peu d'immigration, de sorte que la population peut être aujourd'hui de 140,000 âmes.
A Buénos-Ayres, de 1797 à 1854, il n'y a eu aucun recensement officiel ; les chiffres suivants ne sont donc que des calculs approxi* matifs basés sur la* mortalité, les baptêmes, etc., etc.
Moreno assigne à la ville :
En 1810. — Ville 55,000
— Campagne \1
Suivant un calcul de D. Vicente Lopez, qui se fonde sur le nombre des décès, il y aurait eu :
En 1822.— Ville 68,896 / ^ . , .,o ,^^
p^» CAA [ Total.... 1^3,^96
— Campagne 74,600 \ '
Ces chiffres doivent être assez proches de la vérité. Enfin un recensement officiel récent donne :
' En 1854,— Ville 71,M8 ) , ,
- campagne 180,257 T^^**— ^''^^^