RECENSEMENTS DE LA POPULATION
gnoDS-y les 23,000 autres étrangers de la Bande-Orientale, qui y forment, comme à Buénos-Ayres, presque un cinquième de la population, et nous trouverons ce chiffre de 120,000 immigrants que nous avions annoncé exister dans le bassin de la Plata, soit par conséquent un dixième de la population totale. — La majorité des immigrants, il est vrai, s'est concentrée dans les provinces du littoral, non loin de l'embouchure de ses grands fleuves ; mais un assez grand nombre commencent aujourd'hui à se répandre dans l'intérieur. Cette immigration exercera nécessairement Finfluence la plus heureuse sur ses populations, en y faisant prédominer le type caucasien, supérieur à tous les autres au point de vue physique et moral, et surtout plus reproducteur.
Ainsi donc, d'après le recensement actuel, qui donne environ 1,200,000 âmes pour la Confédération, y compris Buénos-Ayres, on peut espérer une augmentation annuelle de 30,000 âmes, sans compter le produit de l'immigration, assez restreinte d'ailleurs, qui a lieu ea ce moment; c'est-à-dire que le prochain recensement de 1867 donnerait un million et demi d'habitants, et qu'avant la fin du siècle cette population serait plus que doublée. — Si nous consultons comparativement l'exemple du Chili, nous voyons que cette république, qui avait en 1843 — 1,083,801 âmes, en a compté — 1,406,273, c'est-à-dire 323,272 de plus, en 1854, après une période de dix ans. C'est presque un tiei's d'augmentation. En suivant cette progression, le Chili aurait 1,800,000 âmes en 1864. Cependant ce pays, par suite de la configuration physique de son territoire, n'est piis si favorable à un grand accroissement de population que celui de la Confédération argentine, plus vaste, plus fertile, mieux arrosé. 11 est probable que la population du bassin de la Plata suivra une progression beaucoup plus rapide, surtout si l'immigration européenne vient y jeter sa puissante excitation, comme elle l'a fait dans rAmérique du Nord. Dans ce cas, même avant la fin du siècle actuel, la nation argentine, composée de 4,000,000 peut-être d'individusintelligents, énergiques, possesseurs d'un climat salubre, et chaud sans énerver les forces, sera de quelque poids parmi les peuples de lAmérique du Sud et commencera à compter parmi les nations fortes et commerçantes. Les progrès qu'elle a faits depuis huit années sont un sûr garant de ceux qu'elle peut faire encore, à l'ombre de la paix et d'institutions prudentes.
11 peut même arriver que , si la population argentine suit le progrès signalé par la dernière période décennale, le doublement s'en
fasse en moins d'une génération : c'est-à-dire qu'elle se conforme à la loi déduite par Euler, — celle du doublement en vingt-cinq années, lorsque le rapport des naissances aux décès est de 2 à t, — comme il l'est en effet maintenant, d'après les chiffres que nous avons longuement exposés.
n ne faut cependant point compter absolument sur la permanence d'une loi dont mille circonstances peuvent entraver la marche. Sous l'empire des circonstances actuelles, cette loi parait vouloir s'établir, et il est même probable qu'elle s'établira si les Argentins, abandonnant tout à fait leurs anciens errements, se livrent paisiblement à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, à tous les travaux féconds de la paix, au lieu de rentrer dans de stériles querelles, favorables seulement au développement des passions dont le pays n a que trop souffert. Alors la Confédération s'élèverait, dans un avenir prochain peut-être, au rang que lui assignent son heureuse situation géographique, l'excellence de son territoire et les bonnes qualités des peuples qui l'habitent.