ÉDENTÉS
Genre Brabype mi Paresseux. — L'Aye-aye [Bradypus tridactyhts^ Linné), espèce de singe de la taille d'un grand chat, se trouve dans le nord du Paraguay, dans le Chaco et vers Santa-Cniz de \^ Sierra. Par antiphrase et à cause de sa lenteur, les gens du pays l'appellent Pcrico-^igero (Saute-Paiillasse). Cet animal commence à être fort rare et disparaîtra bientôt. H vit dans les bois et se suspend aux phis grands arbres, dont les feuilks font sa nourriture. Les Guaranis le nomment Chity. On emploie sa peau, garnie d'un poil rude, grisâtre, mais très-fort, pour feiire des tapis de selle. On assure à Oran que l'usage de ces tapis préserve les cavaliers des hémorroïdes.
Genre FoiiRMu.iER. — Il y en a trois espèces ; mais une seule, b plus grande, dite Tamanoir [Mijrmecophaga jubata^ Linné), appelée daos le pays (ho hùrmiguero^ ours fourmilier, et au Brésil Tcamanéua, en Guarani Gnurumi^ est commune dans la Piata, à partir du 2^ degré eo remontant vers le nord. C'est un asiimai ino&nsîf, qui vit seulement de fourmis, sur lesquelles il dardes» langue à une longueur ée 56 centimètres avec la rapidité de l'édaîr. 11 panit Mssi qu'il riotroduît dans les fourmilières, et la relire subite-
ment lorsque les fourmis se sont collées au suc visqueux qui Tenduit. Le Tamanoir a 1", 20 du museau, qui est très-sdlongé, à l'origine de la queue ; celle-ci, garnie de longs poils ou plutôt de crins très-roides, forme comme un loug panache horizontal, mais que l'animal relève à volonté. Les jambes antérieures sont armés d'ongles forts et crochus, recourbés en dedans, et sur le dos desquels ce mammifère marche comme sur un moignon ; ceux des jambes de derrière sont moins forts. On prétend que le Fourmilier, lorsqu'il est attaqué par le Tigre ou les Chiens , se dresse debout, embrasse son adversaire en lui enfonçant ses ongles dans le corps et que rien ne lui fait lâcher prise , à tel point que tous les deux succombent dans cette suprême étreinte. Le fait nous paraît assez difficile à croire, et nous ne le tenons d'aucun témoin oculaire , mais seulement par on-dit. L'usage le plus certain qu'il fait de ces ongles robustes est de fouir la terre des fourmilières pour y engager son museau. Les Indiens du Chaco chassent le Tamanoir à la flèche ; ils mangent sa chair, qui est très-bonne. Sa peau, très-résistante, leur sert à faire des sacs qu'ils suspendent aux flancs de leurs chevaux ou que les Indiennes portent sur leur dos en guise de hotte. Ils vendent aussi ces peaux aux chrétiens. Il est à regretter que cet animal , parfaitement doux et tranquille, soit ainsi traqué, lorsqu'on devrait au contraire multiplier sa race dans un pays aussi infesté de fourmis que le sont les plaines de l'Amérique du Sud.
Le Tamanoir s'apprivoise facilement. Nous-même en avons conservé un pendant deux mois à Montevideo ; il pouvait être âgé de cinq mois et nous avait été amené de Corrientes. Nous le nourrissions de foie de bœuf haché, et il est mort par accident.
Une autre espèce plus petite [Myrmecophaga diddctyla^ Linné), mais plus vive et plus alerte, grimpe sur les arbres où elle mange le miel et les abeilles. Sa queue est nue et lui sert à s'appuyer dans ses ascensions. Ce fourmilier , nommé dans le pays Caguari , est fort rare dans les provinces argentines, mais se rencontre dans le nord du Paraguay.
Le genre Tatou [Dasypus) a de nombreux représentants dans la Plata, où l'on n'en compte pas moins de huit espèces. On les désigne dans le pays sous le nom commun de Armadillos^ Quirquinchos. Tous sont couverts d'une sorte de carapace formée de pièces osseuses soudées les unes avec les autres et quelques-unes mobiles. Les Tatous ont généralement des habitudes nocturnes ; ils sont
ANIMAUX SAU\'AGES. — MABIMIFÊRES. — ÉDENTÉS. n
fouisseurs et Tirent d'insectes, de racines, quelquefois de chairs mortes. On les apprivoiserait facilement. C'est un gibier excellent, et que les Indiens, les paysans, les citadins même, mangent avec plaisir. Ces animaux sont très-féconds, et, quoiqu'on en détruise une grande quantité, ils abondent partout. — Les espèces les plus connues sont :
Le Tatou géant [Dasypus gigas)^ particulier à la province de Corrientes et au Chaco. Sa carapace n'a pas moins d'un mètre de long; les pieds de devant sAnt armés d'ongles très-puissants pareils à ceux du fourmilier, mais moins courbas, à l'aide desquels il creuse la terre avec une grande rapidité et se forme de grands terriers. Ce Tatou est très-rare et ne se trouve guère que dans le nord du Paraguay. Cependant, de temps à autre, on en prend dans les environs de Corrienles, et les Indiens Tobas, qui vivent en face sur la rive droite du Parana, disent qu'il y en a dans leur pays.
Deux autres espèces, qu'Azara désigne sous le nom guaranis de TatU'Poyuei Tatiiay {Dasypus sexdecim cinctus^ etc. Armadillo brasiliensis?), se caractérisent par des bandes longitudinales de couleurs diverses sur leurs carapaces. Elles sont d'une taille inférieure à la précédente, et abondent au Paraguay et au Chaco. Le Tatu-Poyu se nourrit principalement de cadavres d'animaux : aussi sa chair n'estelle pas bonne à manger.
Le Tatu veludo^ vulgairement Peludo [Dasypus villosus) , est très-commun dans la Bande-Orientale, la province de Buénos- Ayres, les Pampas du Sud, etc. On le nomme ainsi parce que les écailles de sa carapace sont entremêlées de poils roussâtres. Il atteint jusqu'à 45 centimètres de long, sans compter la queue. Sa chair est très-bonne, quoique inférieure à celle des espèces suivantes :
Le Tatou Picky [Dasypus minuttis), un peu plus petit que le précédent et moins velu, habite les Pampas jusqu'au delà du 42* degré.
Le Tatou Mataco [Dasypus tricinctus) habite également les Pampas, au sud du 36* degré; il se met en boule lorsqu'il est poursuivi, mais il est facile de l'ouvrir en le jetant sur le sol.
Le Tatou noir, Quirquincho negro [Dasypus niger et Tatusia negra^ Desm.) , du Paraguay, où il est très-commun. Un peu plus petit que le Peludo^ sa carapace est noirâtre ; il se rapproche beaucoup du Tatou mulita^ qui est seulement un peu plus petit : chair excellente.
Le Tatou Mulita [Dasypus hybridus^ Desm.) est noir; sa carapace est très-lisse, formée de petites écailles imbriquées, susceptibles d'uii
beau poli : aussi fait-on des porte-amadou avec la queue en la garnissant d'argent. C'est le plus élégant ou plutôt le moins laid de tous les Tatous, car cet animal n'a pas des dehors fort séduisants. n s'apprivoise avec la plus grande facilité; les jeunes sont extrêmement familiers et d'une grande vivacité de mouvements. A la moindre frayeur qu'ils éprouvent, ils se mettent en boule, mais n'y restent qu'un instant. La Mulita abonde dans la Bande-Orientale, l'Entre-Rios, Consentes, depuis le 26* jusqu'au 41* degré. Sa chair est excellente. On la trouve toujours comme gibier sur les marchés de Buénos-Ayres et de Montevideo»
Le Qmrfuincho hola , Tatou -boule {Dasypus orbicularis)^ ainsi nommé de ce que, quand il est surpris, il se met en boule parfaite et se laisse plutôt briser que de s'ouvrir, est plus petit que tous les précédents; sa longueur ne dépasse point 25 à 30 centimètres. Il abonde dans les provinces de Tucuman et de Salta, sur les bords du Juramento. La carapace est moins belle que celle de la Mulita ; elle est roussâtre et présente quelques poils entre les rangs d'écaillés imbriquées qui la forment. La chair en est délicieuse ; elle ressemble à celle du Cochon de lait, mais est beaucoup plus fine.
Tous ces Tatous se font rôtir dans leur carapace, que Ton met simplement sur les charbons; pour être à point il fimt qulls soient gras, alors c'est réellement un gibier des plus fins. Leur chasse n'est pas difficile : les chiens les arrêtent, et on les tue à coups de bâton ; ils sont d'ailleurs assez lents à la course. Tous pourraient être rendus domestiques et s'élever à la manière des lapins , avec des légumes, un peu de viande cuite, des débris de la cuisine, etc. — l]ne dernière espèce de Tatou, la plus petite de toutes, car elle n'a que la taille d'une taupe, *se trouve dans la pro\ince de Mendoza; c'est le Chlamydophorus trwicatus de Harlan. Ce petit animal est fort rare, et ses habitudes sont peu- connues. 11 est fouisseur 4'omme tous les autres, et vit d'insectes et de végétaux.