‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 80 sur 285 · ACCLIMATATION D'ANIMAUX UTILES · texte numérisé non relu

ACCLIMATATION D'ANIMAUX UTILES

el la routine locale ne sut pas se prêter à un nouveau mode de transport. On prétendit qu'ils ne portaient pas plus que les mules, et on les renvoya à Tarija, où ils sont encore aujourd'hui, fort négligés et considérés comme à peu près inutiles. C'est du moins ce que Ton nous a dit à Saltii, où un estaiicioro vu a introduit deux qu'il fait soigner dans son estaneia et dont il cherche à propager la race. n est certain que Tintroduction du chameau serait un immense bienfait pour les provinces de? Cat-miarca, Santiago-del-Estero, Rioja, San-Juan et Mendoza, dont les nombreux déserts seraient traversés facilement par ce courageux animal, qui peut porter la charge de trois mules ordinaires, et est encore moins difficile qu'elles pour son alimentation, puisqu'il se nourrit des feuilles d'arbustes épineux qu'il rencontre sur sa route. Or toutes les travesias de ces provinces abondent en caroubiers [((Jlgovvohos)^ dont la feuille et les tiges sont éminemment comestibles et qu'en effet tous les animaux mangent parfaitement. L'extrême sécheresse du climat de la plaine intérieure, le sol sablonneux qui la forme, la nature de sa végétation, la rareté de l'eau, toutes ces circonstances réunies rendent cette région singulièreiï\ent analogue aux déserts de l'Arabie et du nord de l'Afrique, déserts qu'il serait impossible de traverser, tout le monde le sait, sans l'aide du chameau. L'Argentin de l'ouest qui ferait les sacrifices nécessaires pour introduire ces utiles animaux dans sa patrie aurait donc bien mérité de l'humanité. Mais on ne doit pas se dissimuler que cette introduction serait coûteuse, difficile, et qu'il faudrait nonseulement amener les animaux, mais aussi des hommes habitués à les conduire, à les soigner ; il faudrait enfin que ceux-ci demeurassent pendant de longues années jusqu'à l'acclimatation complète de la race et la formation d'un personnel indigène propre à lui continuer les soins indispensables à sa propagation et à son application aux transports. Le peon argentin, éminemment routinier et têtu comme tous les paysans du inonde, est incapable de s'y mettre de lui-même. Aujourd'hui que ce ruminant est si bien acclimaté aux îles Canaries, il ne serait pas difficile d'en faire venir im certain nombre avec les hommes nécessaires pour les gouverner (1).

(1) Nous venons d*apprendre que le Brésil s'était adressé à la Société impériale d'accli- ■atadoo de Paris, pour se faire envoyer par ses soins des cliaraeaux destinés à la province de Céara. Quatone animaux mâles et femelles de la meilleure race, achetés en Algérie, ont élë embarqués à Alger et sont arrivés à Céara sans le moindre accidcut (juin 1859). Cet CMBple est de nature à encourager les habitants des régions intérieures de r Amérique daSud.

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Nous avons parlé assez longuement du Guanaque, du Labca^ de r Alpaga et de la Vigogne, tous originaires des Andes (voy. page 16, t. II), et de Futilité qu'il y aurait à apprivoiser et à métissa lé Cruanaque et la Vigogne qui vivent encore à Tétat sauvage, à introduire TAlpaca originaire de Bolivie, dont la laine est un excellent objet de commerce. Des tentatives dignes du plus grand éloge ont été faites par un Anglais, M. Ledgers, qui a établi un troupeau d'Alpacas dans le haut de la vallée de la Laguna-Blanca, province de Gatamarca ; et, en 1837, par un Français, notre ami, M. Benjamin Poucel, qui a conduit lui-même un troupeau de Lamas de cet endroit au Rosario, par une route de 330 lieues, et, sur S 6 bétes, a pu en faire parvenir 14 à Paris.

L'utilité de Tintroduction de ces précieux animaux en Europe avait été comprise depuis longtemps, mais on n'avait fait encore que de rares essais pour leur acclimatation sur d'autres points du bassin de la Plata et leur transportation en Europe. On raconte qu'en 1773, sous le roi Charles III , un alpaca mâle , reste d'un troupeau dont toutes les autres têtes avaient péri , fut conduit en Espagne où il vécut longtemps dans les jardins de l'Escurial. En 1806, à l'époque des invasions anglaises, on avait amené à JBuénos-Ayres , par ordre du ministre Godoy, 12 alpacas et 12 vigognes dont le gouvernement esp€ignol voulsdt faire présent à l'impératrice Joséphine ; ces animaux y vécurent assez longtemps dans une campagne des environs. La rw^ ture de l'Espagne avec la France, en 1806, empêcha leur expéditioa en Europe.

La belle qualité de la laine de l'alpaca détermina, il y a quelques années, le gouvernement anglais à proposer une prime de dix mille livres sterling pour l'introduction de ces animaux en Australiô. D. Carlos Ledgers, que nous avons nommé tout à l'heure, voulut gstgner cette prime, en formant sur le territoire argentin une estancia où il put acclimater des alpacas de la Bolivie, pour de là les transporter à travers les Andes, sur le littoral du Pacifique et les embarquer pour le continent australien. L'exportation de l'alpaca étant alors défendue dans la république bolivienne, M. Ledgers eut beaucoup de peim à en extraire un nombre d'animaux suffisant, et, en .1834, il ne parvint qu'à force de sacrifices à en réunii* jusqu'à 800, dans la vallée de la Laguna-Blanca , milieu des Andes, par 26® de latitude S. et une altitude variant de 2,600 à 3,000 mètres. Cette vallée, en partie sablonneuse vers le sud, est environnée de hautes cimes couvertes de neige en hiver, et renferme un petit lac et d'assez bons fe«fn-

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rages ; le climat en est froid. Sauf une perte de 200 têtes la première année, le troupeau s'acclimata parfaitement, et commença à se reproduire. M. Ledgers y joignit des lamas, des vigognes et des guauaques; mais il s'occupa plus spécialement de Talpaca. Nonobstant le succès qu'il avait obtenu, il hésita pendant un certain temps à envoyer ses animaux en Australie. Il craignait que le climat trop chaud et trop sec de cette contrée ne devint funeste à l'alpaca, Ty placàt-on même dans les parties les plus élevées de la chaîne des Montagnes-Bleues. Effectivement, Talpaca vit sur la limite des neiges étemelles, dans les pâturages humides qu'elles arrosent de leurs eaux ; or ces conditions, faciles à trouver en Europe , notamment aux Alpes , aux Pyrénées, dans les montagnes de l'Ecosse, ne se rencontrent point en Australie, et le tempérament de l'alpaca doit être préparé et modifié, pour qu'on puisse l'y transporter sans danger. Tel était aussi l'objet que se proposait M. Ledgers, en choisissant pour centre premier d'acclimatation et de reproduction la vallée de la La^na-Blanca, très-sèche, il est vrai, mais froide et suffisamment munie de pAturages pour les animaux. Son troupeau continue à y prospérer, mais nous ignorons s'il a déjà commencé à expédier des animaux pour l'Océanie (1). L'alpaca a réussi en Europe, et l'on en voit quelques petits troupeaux en Angleterre et en France, où Ton peut regarder en conséquence son acclimatation comme un fait accompli. Il en est de même de celle du lama, dont plusieurs couples existent également sur divers points 4e l'Europe et s'y sont reproduits.

Ce fut dans le but d'augmenter le troupeau que la Société d'acclimatation a formé à Paris, que MM. Poucel et Quevedo se décidèrent à envoyer à leurs frais, des Andes de Gatamarca en France, un autre tfoupeau composé de 53 lamas mâles et femelles, 2 vigognes femelles et 1 mâle, 1 guanaque femelle : c'est du moins ce qui partit de la Laguna-Blanca , où ils avaient acheté ces animaux à M. Ledgers. M. Poucel, premier introducteur des mérinos dans la Plata, et fondateur du bel établissement du Pichinango, dans la Bande- Orientale, voulut veiller lui-même sur la caravane; il l'accompa-' gna jusqu'à la sierra de Côrdova, c'est-à-dire l'espace de 180

(1) Ces UsDCft oAt été écrites vk 1858. Nous venons desavoir tout récenunent (mai 1860) fÊÊt M. Ledgers est parvenu à transporter sain et sauf en Australie son troupeau d'alpacas» cl que Doo-seulement ces animaux ont bien supporté la traversée, maisqu^ils commencent a le reproduire. On attend du reste de plus amples renseignements sur cette utile expé-

lieues, et passa avec elle les 30 lieues de salines et de désert qui séparent les deux pro^inces. Les chaleurs et la sécheresse (on était à la fin d'octobre 1857) fatiguèrent beaucoup ces animaux et en tuèrent un certain nombre. Il fallait pourtant prendre ce chemin, à cause de la présence du Nillo , plante vénéneuse que ne sait pas éviter le bétail et qui abonde dans la sierra d'Ancasté en cette saison. On ne pouvait ainsi faire plus de 5 à 6 lieues par jour, et Teau manquait de temps à autre; deux vigognes, le guanaque, plusieurs lamas femelles et pleines périrent en route. La dernière vigogne mourut dans la pampa de Cordova, et, à la fin de janvier, après cent trente-cinq jours de marche, le troupeau arriva enfin au Rosario, réduit aux seuls lamas. Ceux-ci, après quelques jours de repos, furent embarqués pour Buénos-Ayres, puis enfin pour l'Europe, où ils arrivèrent sans accident.

Cette expérience coûteuse et pénible, entreprise uniquement pour rendre un service à la Plata et à l'Europe, puisque MM. Poucel et Quevedo la faisaient à leurs frais et sans aucune idée de spéculation, offre un précieux enseignement pour la conduite à tenir désormais dans l'exportation de ces animaux, afin qu'elle soit moins coûteuse, moins pénible et surtout moins meurtrière. Ce n'est qu'en établissant, sur différents points de cette longue route, des haltes où les animaux se reposent et se refassent, que l'on réussira à les conduire jusqu'aux ports du littoral. Ces haltes doivent être de véritables estancias d'acclimatation analogues à celles de M. Ledgers, et établies sur les prolongements des sierras d'Ambato ou d'Ancaste, dans le sud de la province de Catamarca, ou dans le nord de la sierra de Cordova, pour qu'ils s'y remettent de la pénible traversée des Salines. — La sierra de Cordova renferme une foule de plateaux où déjà le guanaque abonde, et où l'alpaca, la vigogne et le lama pourraient facilement s'acclimater. Si jamais quelque homme entreprenant veut s'occuper sérieusement de l'éducation de ces animaux, c'est là qu'il devra placer ses bergeries ou plutôt ses estancias. La position centrale de ce massif au milieu du territoire argentin, entre les Andes et les grands fleuves, permet de recevoir avec facilité et presque sans péril les troupeaux expédiés de la Cordillère, de les acclimater sur un sol qui leur convient, et de les expédier de nouveau, et dans une bonne saison, pour le littoral. Un grand établissement d'acclimatation, créé dans la sierra de Cordova, réussirait certainement, et serait d'un intérêt immense pour le développement ultérieur de l'industrie agricole et pastorale du pays.

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C'est aussi dans cette région, comme dans celle des Andes, qu'il serait avantageux d'acclimater les bœufs de l'Inde, le Yack et le Zébu, qui servent également pour le bât et le trait, et dont la force et la docilité font des animaux de transport extrémememt précieux dans les montagnes du Thibet et de l'Indoustan. — Le yack vient d'être acclimaté en Europe et commence à s'y reproduire ; le zébu n'est encore employé que dans le Bengale et la presqu'île indoue ; mais un certain nombre d'individus introduits en Europe s'y sont bien reproduits. — Il paraît que les bœufs qu'emploient dans le sud de l'Afrique les Cafres et les Hottentots , sous le nom de backalis, sont également des zébus. Cet animal est le congénère de notre bœuf domestique , car il produit avec la vache des métis féconds. Habitué à un climat chaud, haut sur jambe, moins massif de formes malgré la loupe graisseuse qui s'élève entre ses deux épaules, et léger à la course, le zébu pourrait être introduit dans les provinces du Nord, pour y remplir à la fois l'emploi du bœuf ordinaire, celui de la mule et du cheval, car il est plus robuste qu'eux et supporte mieux la fatigue, s'il est convenablement nourri. Sa taille, qui varie beaucoup, atteint celle de notre taureau dans les grandes espèces. — Le yack est plus petit, couvert de longs poils, en hiver surtout; il recherche les pâturages humides, tandis que le zébu se suffît presque partout.

A ces deux genres nouveaux, nous joindrons le Buffle, que tout le monde connaît et qui est si multiplié en Orient et en Italie. Le nord de la province de Corrientes et les bords de la laguna Ibera lui conviendraient très-bien, car cet animal aime les lieux marécageux, plonge parfaitement pour arracher avec ses cornes les plantes aquatiques qu'il préfère, et est moins sensible que le bœuf aux piqûres des insectes si multipliés dans ces régions. Malgré son naturel farouche et indépendant, il se dompte aisément et devient propre à tous les services domestiques, témoin l'expérience faite en Asie, en Italie, en Grèce, etc.... Moins délicat que le bœuf, il est à ce prince de nos animaux domestiques ce que l'âne est au cheval, mais avec la force en plus. Sa rusticité, la facilité de son alimentation, le rendent précieux dans les pays pauvres et marécageux où le fourrage est peu abondant ou grossier. Aussi son introduction serait-elle on bienfait pour une foule de régions chaudes et humides de l'Amérique du Sud, dans lesquelles le bœuf ne réussit que médiocrement, et où le buffle, qui aime ce climat, se trouverait naturellement bien; telles sont certaines parties de Corrientes, du Chaco, du Paraguay et des provinces du Nord.

Malgré l'abondance du bétail ordinaire dans les Provinces Argentines et les services que cç bétail y rend, les espèces que nous venons de signaler pourraient combler encore quelques lacunes et facilita sur plusieui^s points le travail auquel les bœufs sont impropres ou qu'ils n'accomplissent que difficilement. C'est aux estancieros riches et dévoués à leur pays, qu'il appartient de faire ces expériences qui doivent concourir au bien général et signaler leurs noms à la reconnaissance de l'avenir.

Nous avons déjà traité du Mouton-Mérinos et de la Ghèvbe de Cachemike : nous n'avons donc point à y revenir (voyez pages 85 et 88). — Nous ne citons également que pour mémoire les Antu-wes, les Gazelles, les Chevreuils, etc., qui pourraient être parfaitement introduits et acclimatés dans les prairies de la Pampasie argentine, et s'y ajouter au^ espèces de la même famille qui les habitent.

Le Kanguroo géant, ce grand herbivore didelphe de l'Australie , a été naturalisé dans quelques parcs d'Angleterre où l'on en a formé des troupeaux qui seront utiles un jour par leur chair, qui est trè»fine, et par leur cuir, qui, souple à la fois et résistant, devient précieux après avoir été tanné. Il est, par conséquent, hors de doute que cet animal peut être à la fois naturalisé et réduit à l'état domestique dans les plaines de la Confédération, surtout dans le voisinage des parties boisées, son organisation physique le destinant plutôt k se nourrir des feuilles des arbustes que de l'herbe de la Pampa- Le bassin de la Plata est d'ailleurs sous la même latitude que l' Australie, et possède le même climat, avec ses périodes sèches et pluvieuses, sa végétation épineuse et maigre en quelques endroits ; le Kanguroo y réussirait donc et augmenterait encore la richesse pastorale du pays.

OISEAOX.

Indépendammenl des oiseaux domestiques ordinaires qui sont élevés dans le bassin de la Plata, comme dans tous les autres pays du monde, et dont les races sont susceptibles de s'améliorer, comme nous l'avons indiqué, il est d'autres espèces, soit indigènes, soit exotiques, qui peuvent parfaitement être introduites ou rendues domestiques. Nous en avons déjà dit quelques mots, nous les ra(^[>eUe*roDS ici.

Ainsi le grand échassier, nommé ChuAa dans le nord de la Confe-

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