Le volcan Tëlaga bodas-Calounggoung
Ces deux volcans bien connus, qui sont restés en activité jusque dans le cours de ce siècle, forment, ensemble un vaste massif à cirques nombreux, grands et petits, anciens et récents. (A consulter les feuilles de la carte topographique, échelle i : 20.000 N.XXX et O.XXX).
En premier lieu, il faut distinguer trois cirques de grand diamètre. Ceux-ci sont disposés du Nord au Sud et indiquent la place des centres volcaniques les plus anciens, qui ont fourni la masse principale de toute la montagne. Par l'activité volcanique ultérieure et par érosion, ces anciens cirques ont été détruits en grande partie; en d'autres points, ils sont ensevelis sous les produits de cônes d'éruption plus jeunes, de sorte que ce n'est qu'une portion relativement faible de ces bords qui est distinctement vbible. Toutefois, ces parties suffisent pour pouvoir reconstruire très précisément la crête de ces anciens canes tronqués, en tenant compte de l'allure des versants extérieurs.
I et n. Les cimes du Gahunggoung et du Tëlaga bodas forment un imposant ensemble de deux cirques jumeaux, dont le plus méridional, le Galounggoung, a 2700 mètres de rayon, et le plus septentrional, le Tëlaga bodas, un rayon de 1400 mètres. L^ grand cirque du Galounggoung est le mieux conservé du cdté Sud, où il s'élève, au signal sur le Dingdinghari, à l'altitude de 1 623 mètres ; du côté de l'Est, il est détruit et la partie occidentale du bord est recouverte par des produits plus récents.
L'ancien et large cirque du Tëlaga bodas n'est resté debout que du côté de l'Ouest, où il s'élève, au signal Tianar, à 2200 mètres d'altitude.
DigmzcdbyGoOglC
Les deux cirques ont une partie commune, l'aréte droite avec la cime Woun-woulan (1Ç40 mètres), dirigée suivant la corde commune aux deux cercles.
m. Le troisième grand anneau, de 1450 mètres de rayon, est situé au Nord-Est du lac Télaga Bodas, dont il est séparé par la vallée profonde du Tii Beureum. Du côté Nord, il est encore bien conservé, et s'y élève à l'altitude de 1300 à 1400 mètres; on distingue très bien aussi la portion méridionale du rempart, avec la cime Boungboulan (1750 mètres); mais vers l'Est, il a été détruit par érosion, et à l'Ouest il a disparu en majeure partie par l'efFrondrement d'un point d'éruption plus récent.
Sur ces vastes volcans anciens, se sont édifiés divers canes d'éruption plus jeunes, dont ceux situés sur I offrent surtout de l'importance.
la. Tout près du bord Sud-Ouest du grand cirque du Galounggoung, on rencontre une chaudière profonde aux parois abruptes; c'est le Galounggoung proprement dit. Ce terrain écarté et inhabité n'a pas été, probablement à cause de sa végétation vigoureuse, signalé avec une exactitude suffisante, en ce qui concerne les détails, sur les feuilles de la carte topographique {échelle i : 20.000) que nous avons indiquées; c'est pourquoi, après les changements survenus dans les formes des terrains et la destruction de l'épaisse couverture végétale, après l'éruption des 18 et 19 octobre 1894, nous avons procédé à un nouveau levé de la montagne; la carte que nous avons dressée alors, à l'échelle I : 10.000, sera reproduite dans la partie scientifique du „Jaarboek van het Mijnwezen, 1895."
Le fond de la cuve consiste en une plaine, dont l'altitude est de 1 140 à 1 150 mètres et qui ressemble complètement à la ,,mer de sable" bien connue du massif du Tëngguër. Sauf du côté E^t-Sud-Est, on voit se dresser de toutes parts, dans la plaine, des parois escarpées qui forment un cirque en fer à cheval de 950 mètres de rayon; celui-ci se confond, au Sud-Ouest, avec le grand cirque du Galounggoung et s'élève à une altitude de 1600 à 2160 mètres. Ces parois ont donc une hauteur de 500 à 1000 mètres; du côté de l'Ouest elles ont une pente moyenne de 40° et même de plus de 55° au Nord. A l'Est-Sud-Est la chaudière se prolonge en une large vallée, en forme d'arc, à parois abruptes, qui aboutit à la plaine de Tasikmalaïa et qui trahit un des plus grands événements de l'histoire du volcan. Une partie de la plaine à l'intérieur de la chaudière est recouverte par les produits d'un point d'éruption très récent la. 3, le Warîrang, qui est resté actif jusqu'à l'époque actuelle et que nous décrirons en détail ci-après.
Ib. Au bord septentrional du Galounggoung proprement dit se trouve une belle cuve plus petite, de 350 mètres de rayon. La portion Nord- Ouest de l'anneau qui l'entoure est à une altitude de 2100 à 2160 mètres;
DigmzcdbyGoOglC
la portion Sud-Est est un peu moins élevée. Le fond de ce creuse est occupé par un lac, le Sitou Growong, dont le niveau est à 1840 mètres d'altitude. Ce lac se décharge par une crevasse, creusée dans le bord méridional; et par cette crevasse l'eau se précipite en une cascade, haute de 500 mètres, le long de la paroi intérieure de la cuve la. La profondeur de ce lac est inconnue.
le. Un peu plus au Nord, tout près du point de contact occidental des deux grands cirques I et II, on trouve un autre anneau de 500 mètres de rayon, dont la portion N. £. a été conservée et qui constitue la partie la plus élevée de la montagne; le signal sur la cime Beusi lianar, est à 3240 mètres d'altitude.
Sur le cirque II It n'y a que des points d'éruption récents dont les cuves n'ont qu'une étendue relativement faible.
lia. Au Sud du lac Tëlaga Bodas se trouve un cirque de 270 mètres de rayon, dont la portion méridionale est demeurée debout, et s'élève à l'altitude de 1840 à 1880 mètres. Au pied du versant Sud s'étend une petite plaine de sable, nommée Kawàh Saât ; son altitude est de 1815 mètres; le long du bord de cette plaine se dégagent quelques fumerolles. Cette plaine n'était pas Indiquée sur la carte topographique et c'est pourquoi nous avons procédé à un nouveau levé de ce terrain et dressé la carte Fig. 69*.
Ilb. Le Tëlaga Bodas est situé à l'altitude de 1 720 mètres ; son contour est sensiblement circulaire et il a un rayon de plus de 220 mètres ; la superficie est de 0.16 kilomètre carré. La plaine Kawah Saât, dont il vient d'être question, et l'espace en chaudière de l'intérieur du cirque lia, se déchargent vers le lac. Les eaux de ce dernier s'écoulent, au Nord, par la rivière Tëlaga Bodas ; la profondeur du tac est inconnue.
Cette nappe d'eau pittoresque est entourée d'un cirque peu élevé, de 1740 à 1760 mètres d'altitude et de 350 mètres de rayon, dont le centre coïncide sensiblement avec celui du lac. Au bord oriental et méridional se dégagent des sources thermales et des vapeurs de solfatares, et dans le lac lui-même on observe souvent un bouillonnement de gaz.
Selon Reinwardt (voir le „Java" de JUNGHUHN, Sect. III, édition hollandaise p. 477, édit. allemande p. 305), le lac contenait en 1819 tant d'acide sulfurique que des troncs d'arbre, qui y étaient tombés, s'y carbonisaient en fort peu de temps.
JUNGHUHN (voir „Java" 2'le sect. édit. holl. p. 145, édit. allem. p. 107) a visité le lac en 1837; il mentionne qu'à cette époque l'eau contenait en dissolution du sulfate d'alumine; tandis que le dépôt que formait l'eau trouble consistait, d'après lui, en alumine pure que les orfèvres javanais utilisaient pour polir les métaux précieux.
Ni l'un ni l'autre des deux auteurs n'a donné, néanmoins, d'analyse chimique.
P. J. Maier a publié dans le ,,Natuurk. Tijdschrift van Ned. Indîë", Tome IV, 1853, p. 143, des analyses de l'eau du lac, de celle des sources thermales qui jaillissent à la rive Ou est -Sud-Ouest ainsi que du dépôt qui se forme au point où la rivière Tëlaga bodas quitte le lac, sur les pierres gisant dans le lit de cette rivière. Ces échantillons ont été recueillis en 1851. L'eau du lac renfennait, sur 1000 parties, 0.4127 d'éléments fixes, dont seulement 0.0^55 de sulfate d'alumine.
L'eau des sources thermales contenait, sur 1000 parties, 1.9761 d'éléments fixes, dont 1.0243 de sulfate d'alumine; en outre, 0.5219 d'acide sulfurique libre et 0.0026 d'acide chlorhydrique libre.
Le dépôt consistait en soufre pour 76.559 % ; puis, en alumine, anhydride silicique, etc.
Vlaanderen {voir „Jaarboek Mijnwezen" 1873, 1, p. 112) a recueilli des échantillons du dépôt en avril 1866; il y a trouvé 81 % de soufre.
Après avoir pris connaissance des analyses de MAtER, Junghuhn (voir Java, 3^ Sect. édit. holl. pp. 475 à 484; édit. allem. pp. 304 à 309) a soutenu cependant que ses observations de l'année 1837 étaient exactes; et il croit pouvoir en conclure que la composition de l'eau et celle du dépôt sont très variables et dépendent de l'activité plus ou moins grande des solfatares et des sources thermales. Toutefois la faible différence que présente la composition du dépôt en 1851 et en 1866 rend invraisemblables les modiRcations notables qu'il faudrait admettre d'après Junghuhn.
Au versant du N.Ë. du cône du Tèlaga bodas, on observe encore, près de Padiagalati, des solfatares en activité.
Au bord occidental du grand cirque 111 sont situés:
nia. Un petit cirque, de plus de 600 mètres de rayon, dont la moitié orientale, portant la cime Malang {1810 mètres) a été bien conservée.
Illb. A l'est de ce sommet s'étend une petite plaine marécageuse, nommé Télaga Sait, à 1605 mètres d'altitude, entourée d'un cirque peu élevé, qui n'est que de 15 mètres plus haut et dont le rayon est de plus de 100 mètres. C'est là probablement un point d'éruption qui a encore été actif dans ces derniers temps.
111 c. Au versant N. W. de la montagne nous rencontrons la dnie Singkoub à 1462 mètres d'altitude, ou à plus de 130 mètres au-dessiis du versant. Cette colline fait assurément partie d'un cône d'éruption plus récent, mais on ne peut plus reconnaître ni l'emplacement ni les dimensions du cratère ou du cirque d'effondrement. C'est peut-être un petit cône d'éruption à sommet fermé.
m d. La cime Tiandra m^r/a (1840 m.), au nord du cirque Malang, fait partie d'un cône d'éruption au sujet duquel nous ne pouvons donner de détails.
DigmzcdbyGoOglC
Histoire du volcan. La masse, principale de la montagne a été fournie par les points d'éruption signalés par les trois grands cirques. Dans cette période la plus ancienne, trois cônes élancés se trouvaient très près l'un de l'autre, et leurs cimes s'élevaient bien au dessus des sommets de la mont^ne actuelle.
Les trois cirques que nous venons de décrire doivent leur origine à des effondrements qui se sont produits sur une vaste échelle ; le plus important de ceux-ci a formé la large crevasse qui, au Sud-Est, descend vers la vallée de Tasikmalaïa. Du câté Sud-Ouest, cette crevasse est bornée par une paroi escarpée qui, au bord du cratère, près de la cïoie Dingdinghari, s'élève à 500 mètres au dessus du fond de la vallée, et de plus de 100 mètres encore à une distance de 4000 mètres vers le Sud-Est.
Il s'est produit ici, en grand, un événement pareil à celui qui eut lieu au Papandaïan ainsi qu'au Tèngguér, et, il n'y a pas longtemps, au Sémérou. Après l'effondrement de l'ancien volcan I, il est resté, à l'intérieur du cirque ainsi formé, un lac de lave; et lors d'une nouvelle poussée de cette lave, le cirque a cédé au Sud-Est. Cette partie du bord a été refoulée au dehors, et la lave qui s'est fait jour par l'ouverture a creusé la large vallée aux parois abruptes. Les ruines du bord sont descendues le long de la montagne et se sont disséminées dans la plaine de Tasikmalaïa.
Après cette grande catastrophe, le volcan peut avoir passé au repos pour un temps plus ou moins long; et déjà à cette époque, peut-être, les anciens cirques ont-ils été détruits en partie par l'érosion. Toutefois, par des voies nouvelles, une nouvelle activité a commencé plus tard. Les nouveaux points d'éruption se trouvent non loin des anciens, et souvent très près des bords des anciens cirques ; leurs produits ont édifié des cônes de plus faible étendue et ceux-ci ont recouvert, en partie, les anciens remparts. De grandes catastrophes ont eu lieu chez ces cônes-là aussi ; leurs sommets se sont effondrés et les petits cirques la, Ib, le et llla ont pris naissance.
Au cirque la, il s'est produit une percée latérale pareille à celle qui a été décrite pour I ; et la vallée radiale qui s'est ainsi formée se confond en grande partie avec l'ancienne. Le bord du Sud-Ouest est commun aux deux vallées et la paroi Nord-Est de la plus récente est également demeurée debout; celle-ci se rattache au cirque la, et elle s'y élève à 500 mètres au-dessus de la vallée. Vers le Sud-Est, on peut la reconnaître distinctement sur une étendue de 3000 mètres, et sa distance moyenne à la paroi plus ancienne, située de l'autre côté, est de plus de 2000 mètres. A l'endroit oii cette lai^e vallée débouche dans la plaine de Tasikmalaïa, celle-ci est couverte de centaines de monticules, qui consistent, en grande partie, en blocs anguleux, incohérents, de roche
DigmzcdbyGoOglC
volcanique ; on n'a rencontré de bancs de roche éruptive massive que sur une cime peu élevée, située entre les maisons de Tasikmalaïa; ils inclinent de 14° à l'Est. Ces collines sont de forme assez irrégulîère et se dressent, nettement délimitées, et avec des parois escarpées de 10 à 40 mètres, au-dessus de la plaine. Aux alentours du lac peu profond Sitou Guëdé (à l'ouest de Tasikmalaïa), il s'en présente d'une étendue plus considérable et qui ont 80 mètres de hauteur. Entre ces collines, on rencontre encore quelques petits lacs peu profonds. Sur la carte, on a indiqué par une ligne pointillée rouge les limites du terrain recouvert par ces collines; elle montre clairement le rapport qui doit exister entre la présence de ces collines et l'origine de la vallée aux parois abruptes décrite plus haut. En effet, le terrain se trouve dans le prolongement de la vallée; les premières collines se rencontrent le long de la ligne d'altitude de 500 mètres; et sur cette ligne la limite se confond, vers le Sud-Ouest, avec l'extrémité de la paroi du Sud- Ouest, tandis qu'au Nord-Est, la limite se trouve exactement dans le prolongement de la paroi Nord-Est. La largeur du territoire est, à cette altitude, de 4200 mètres, mats en descendant elle augmente aussitôt, et, un peu à l'Ouest de Tasikmalaïa, elle est à peu près de 14 kilomètres. Plus au Sud-Est, les collines sont plus écartées les unes des autres, de sorte que la limite est moins nettement tranchée à l'extrémité inférieure ; les collines les plus écartées sont situées entre Tasikmalaïa et Manondiaïa, un peu à l'Est du champ de courses, à 320 mètres d'altitude. Au Sud, le terrain est borné par le Tii Woulan ; à l'Est, on trouve encore des collines à l'autre bord du Tii Tandoui et la limite y est établie par le versant du Sawal.
La longueur de tout ce territoire, dans la direction du versant de la montagne, est de plus de 15 kilomètres et la surface totale est de 175 kilomètres carrés; les collines les plus distantes sont à 23 kilomètres du centre du grand cirque I.
Ces collines doivent sans doute leur orgine aux matières qui sont descendues par la lar^e vallée, après les grandes catastrophes survenues aux volcans I et la. Ces matières consistaient en coulées de lave, fragments de la portion refoulée du bord du cratère et en masses rocheuses qui furent enlevées par la coulée au manteau meuble du volcan. Celui-ci a probablement projeté en même temps du sable et des cendres, qui se sont déposés comme des sédiments éoHens, mais nous n'en tenons pas compte, parce qu'il est probable que leur volume a été relativement faible et qu'ils ont recouvert la surface toute entière du volcan d'une manière uniforme.
Si la coulée de lave a été si vaste qu'elle a inondé la plaine de Tasikmalaïa, elle doit avoir recouvert les fragments les plus anciens du bord du cratère, car ces derniers sont descendus comme une ava-
DigmzcdbyGoOglC
lanche, avec une vitesse bien plus considérable. Il se peut aussi que la lave ait encore fréquemment fait irruption par le chemin déjà tracé. Lorsqu'elle arriva dans la plaine, elle était couverte d'une crotkte de fragments anguleux, irréguliers, dans laquelle, par suite du mouvement de propulsion de la lave, se produisirent constamment de nouvelles crevasses et de nouvelles fissures. Ainsi que c'est le cas pour beaucoup de coulées de lave très épaisses, il peut s'être produit, à la surface, de petites éruptions secondaires, qui ont amassé en cônes, de forme irrégulière, les fragments anguleux de la croûte. Plus tard, cette surface s'est recouverte des masses de sable qui furent entraînées régulièrement par les cours d'eau et dont tes matériaux étaient renouvelés sans cesse par les petits points d'éruption plus récents. Toutefois, les collines édifiées sur la lave ont continué à émerger de ces dépôts et ne sont recouvertes, çà et là, que par des sédiments éoliens récents.
Cependant cette coûtée de lave hypothétique sous-jacente n'a été signalée nulle part, car on ne connaît de la roche massive qu'au petit sommet du chef-lieu Tasikmalata. Il faut toutefois prendre en considération que toutes les rivières ne sont creusées ici qu'à une faible profondeur. Néanmoins, la nature de la roche n'est pas tout-à-fait celle que ferait prévoir le mode d'origine décrit plus haut, car on ne trouve presque exclusivement que des roches compactes, tandis que les blocs de lave poreuse sont rares. Au point de vue pétrographique les morceaux ne sont du reste pas tout-à-fait identiques; la plupart contiennent de l'olivîne; mais, par leur pâte certains fragments se rapprochent des andésites, d'autres plutôt des basaltes.
On peut admettre aussi que, lors de la grande catastrophe, le dégagement de lave ait été relativement faible; dans ce cas, celle-ci est demeurée au fond de la vallée qu'elle avait creusée et elle n'a pas atteint la plaine de Tasikmalaïa. Cette dernière doit alors être recouverte exclusivement des débris du bord de cratère refoulé et du sillon profond qui fut creusé dans le manteau du volcan. Ces débris consistaient en fragments de dimensions très variables, depuis du sable fin jusqu'à des blocs de dimensions colossales. L'érosion a balayé ultérieurement le sable et le gravier fin, tandis que les blocs volumineux sont restés en place; c'est ainsi qu'il a pu se produire une surface très inégale, dont les parties les plus basses ont été comblées par du sable et du tuf apportés plus tard et dont nous retrouvons les parties élevées sous forme de collines irrégulièrement distribuées. Toutefois cette explication ne satisfait pas non plus complètement. Les fragments de pierre ont, il est vrai, l'air de provenir d'un mur de cratère, et l'entassement de ces morceaux les uns sur les autres s'accorde avec cette dernière interprétation; maïs la masse des débris qui sont descendus de la montagne, si prodigieux qu'en soit le volume,
DigmzcdbyGoOglC
ne nous paratt pas suffisante pour recouvrir, sur une épaisseur si condérable, une supertkie de 175 kilomètres carrés. Du reste, la forme des collines, leur délimitation nette et leur pente généralement rapide s'expliquent, de la sorte, d'une manière fort insuffisante.
A une période ultérieure de l'activité du volcan Tëlagabodas — Galounggoung se sont formés les petits points d'éruption, qui ont été décrits plus haut comme lia, 11b et llla, ainsi que quelques cdnes encore, dans la large vallée dont il a déjà été question à diverses reprises, située à l'Est-Sud-Est du Galounggoung proprement dit.
A une altitude de 800 mètres environ, nous trouvons ici les restes de deux cirques, dont celui du Nord, I a.i, a 360 mètres de rayon et circonscrit un petit lac, le Sitou Panasboukaur, dont le niveau est à 760 mètres d'altitude. Le plus haut point de ce rempart est à 880 mètres d'altitude; soit % 80 mètres seulement au-dessus du niveau moyen de la vallée en cet endroit.
Le second cirque 1 a.2 n'a qu'un rayon de 210 mètres; il est à l'altitude de 950 mètres, soit à 150 mètres au-dessus de la vallée; le bord est ouvert au Sud-Est,
Entre ces deux cônes jaillissent de nombreuses sources thermales, qui donnent beaucoup d'eau et déposent beaucoup d'aragonite.
1 a. 3. Sur le bord oriental de la grande chaudière à fond plat 1. a., est fixé un cratère en activité, le Warirang. Des éruptions importantes ont eu lieu en 1822 et en 1894; après cette dernière, on a construit la carte qui sera reproduite dans „Jaarboek van het Mijnwezen" de 1895. En examinant cette carte on s'explique facilement comment, en 1S22, une éruption relativement insignifiante ait pu occasionner d'aussi grands désastres.
L'éruption de 1833. 11 résulte de ta description i) des événements du 8 et du 12 octobre 1822:
que de grandes dévastations se sont produites exclusivement sur le terrain situé au pied de la crevasse orientale ;
que ces dévastations ont été causées par un courant de boue, c'està-dire d'eau mélangée de sable et de morceaux de pierre ;
que les grands ravages, occasionnés par ce courant boueux, le 8 octobre, n'ont duré qu'une heure et demie ; et que toute l'éruption n'a duré, ce jour-là, que depuis une heure et demie de relevée jusqu'à cinq heures, donc 3^ heures seulement ; on connaît moins exactement la durée de l'éruption du 12 octobre, car elle a commencé le soir à 7
i) Les rapports du Résident d'alois des Régences du Préanguer ont été publiés dans le BaiaviascAe CaiiratU du 2 et da g novembre 1821 «t du 22 février iSi), et reproduits dam le Natuurlaaidig Tijdichrift -nu Ned.-lndiC, Tome XVIII, pp. 312—2^
DigmzcdbyGoOglC
heures; tout ce que l'on sait, c'est que le 13 au matin la montagne était de nouveau dégagée ;
que le 13 octobre on pouvait, d'en bas, apercevoir les parois intérieures, hautes et escarpées, de la grande cuve I. a., comme c'est le cas encore maintenant, mais que cela n'étaitguère possible avant la catastrophe ;
que parmi les sédiments éoliens, qui sont tombés aux alentours de la montagne, en dehors du terrain dévasté, tl est fréquemment fait mention de limon et de boue.
Si l'on considère uniquement ce qui a eu lieu dans le champ même de la dévastation, sous l'action du torrent de boue, sans tenir compte de ce que l'on a dit de l'éruption proprement dite, cet événement a beaucoup d'analogie avec ce qui s'est passé à Johnston, £n Pennsylvanie, aux Etats-Unis d'Amérique, le 31 mai 1889; par la rupture d'une digue, un réservoir d'eau aménagé artificiellement au haut de la vallée de la South Forksriver s'est déversé dans cette vallée, située à une moindre altitude.
Au Calounggoung, c'est l'activité du volcan qui a d'abord édifié la digue et formé le réservoir; mats ce fut elle aussi qui, dans la suite, détruisit la digue et occasionna ainsi la catastrophe.
Le cratère actif Warirang est situé entre les points extrêmes du cirque en fer à cheval I. a, et la plaine à l'intérieur de ce cirque déchaîne ses eaux depuis 1883 par deux petites rivières, le Tii Kounir et le Tii Bandiaran, qui coulent le long des parois abruptes méridionale et septentrionale du cane du Warirang. Avant 1822, ce cône était notablement plus élevé, car les parois escarpées intérieures de la chaudière I. a. ne pouvaient s'apercevoir de la plaine près Tasikmalaïa; et les produits amoncelés contre les parois Sud et Nord formaient une digue transversale par laquelle les eaux étaient arrêtées et s'accumulaient jusqu'à constituer un lac dans la cuve derrière la digue. Si le point le moins élevé de cette digue s'est trouvé sensiblement au même niveau que l'altitude moyenne actuelle du Warirang, le lac doit avoir eu une profondeur de 90 mètres environ et sa superficie peut être évaluée au moins à 1.35 kilomètre carré.
Après une période de repos, dont la durée est inconnue, le cratère reprit son activité en juillet 182a; et, de même qu'en octobre 1894 (voir plus loin), cette activité ne se sera pas manifestée exclusivement dans le cratère central, mais aussi dans des cratères adventifs. Il se peut que, par le formation de nouveaux cratères, la digue ait diminué en hauteur; et il est possible aussi qu'elle ait été minée par des percées latérales, suite d'une recrudescence dans l'activité volcanique. Pendant l'éruption du 8 octobre il s'est produit une brèche dans la digue, et le lac se vida tout à coup jusqu'à un niveau notablement plus bas. L'eau s'écoula probablement par un cratère en activité, car ce jour là
DigmzcdbyGoOglC
il fut projeté, non seulement des sédiments éoliens secs, mais encore du limon et de la boue.
Le 12 octobre il se forma une nouvelle brèche, qui atteignit même le fond et par laquelle le tac se vida totalement. Des éruptions subséquentes n'ont plus pu amener de sinistres qui méritent mention.
On peut juger de l'importance de ces saignées par les dimensions même du lac; le volume d'eau était probablement de loo millions de mètres cubes. Si le 8 octobre il s'est écoulé seulement un tiers de ce volume, tl faut qu'en une heure et demie 33 millions de mètres cubes d'eau soient descendus de la montagne, soit plus de 6000 mètres cubes par seconde, ce qui fait 2^ fois la masse d'eau transportée, à niveau moyen, par le Rhin avant sa bifurcation, près Lobith. Si l'on y ajoute les millions de mètres cubes de sable et de pierres que le torrent en furie a entratnés, il ne faut pas s'étonner que toutes les habitations aient été détruites dans la plaine très peuplée située au pied de la large vallée, et que quelques personnes seulement aient trouvé le salut en cherchant un refuge sur les sommets des collines, dont il a été fait mention plus haut. La masse de sable et de pierres abandonnée par ce torrent boueux a recouvert la plaine jusqu'à une épaisseur considérable; par là le caractère isolé, indépendant des collines est encore renforcé. La décharge fut modifiée : le Tii Kounir, qui, avant le désastre s'écoulait vers le Tii Tandoui, se joint maintenant au Tii Woulan; et il s'est formé de nombreux petits lacs et de petites mares, qui n'ont pas de décharge apparente, mais dont les eaux s'infiltrent dans la masse de sable.
Il n'est donc pas étonnant que cet événement ait laissé une impression profonde dans l'imagination du peuple, et que toutes les traditions concernant des catastrophes antérieures aient été attribuées à l'éruption de 1822.
La population pense, pour cette raison, que les nombreuses collines se sont édifiées en cette année ; et Junghuhn lui-même {voir l.c.) ne paratt pas considérer cette idée comme impossible. Il est cependant inadmissible que ces buttes se soient déposées dans une inondation de boue de si courte durée ; et, comme on l'a dit plus haut, les rapports officiels les signalent comme des refuges où quelques habitants ont pu se sauver. D'autre part, on a déjà vu que les collines se sont formées en même temps que la crevasse orientale, et que par conséquent elles doivent être plus anciennes que les cônes la. i, la. 2, la. 3, édifiés sur le fond de cette vallée. Toutefois, le fait qu'on a cité des noms de kampoungs qui auraient été ensevelis sous des collines que l'on désigne, prouve peut-être que même à l'époque de la catastrophe antérieure, bien plus grande, la plaine était déjà peuplée.
L'éruption de iSg^f. Le volcan est resté en repos de 1822 à 1894; quelques fumerolles et sources thermales, au versant du Warirang et
DigmzcdbyGoOglC
près de Tiipanasboukour, étaient les seules traces d'activité. Les 18 et 19 octobre 1894 eut lieu une nouvelle éruption, que M. Fennema a décrite dans le „Java5che Courant" du 22 février 1895, No. 15, Le „Jaarboek van bet Mijnwezen" publiera une carte et une description plus détaillée de cet événement.
Cette éruption s'est produite dans une excavation en entonnoir, au sommet du Warirang, et dans trois cratères adventifs, situés de 200 à 400 mètres du centre. Le bord de l'entonnoir central avait, immédiatement après l'éruption, un rayon de 200 mètres; les rayons des cratères voisins étaient respectivement de 75, 50 et 20 mètres. Par ces ouvertures, des masses très considérables de vapeur d'eau, de cendre et de pierres ont été projetées ; mais on ne trouve aucune preuve d'une forte ascension de la lave incandescente dans le tuyau du cratère; il ne s'est du reste produit aucun effondrement sur le pourtour de ce canal.
Sur les bords des points d'éruption, les matières solides projetées se sont amassées sur une épaisseur de 25 mètres; mats à une distance plus grande du cratère, c^tte épaisseur décroît rapidement. Sur une carte d'ensemble, qui sera annexée à la notice dont nous venons de parier, on a indiqué les limites du terrain où il est tombé des masses encore appréciables de cendre. La forme de ce terrain indique, d'une manière frappante, l'influence de l'alizé du Sud-Est; c'est une ovale, dont le grand axe suit la direction 100° à 280°. Le long de cette ligne, la pluie de cendres ne s'est étendue à l'Est qu'un peu au-delà de Bandiar, soit sur une distance de 55 kilomètres; à l'Ouest, elle a eu lieu jusqu'au delà de „Java's eerste punt" {premier cap de Java) sur une étendue de 350 kilomètres. Au Nord du cratère, la cendre est tombée jusque près de Tomo, et au Sud, jusque dans l'Océan Indien, près Tiilaouteureun; soit, dans les deux sens, jusqu'à plus de 60 kilomètres de distance. La superlicie totale est de 25660 kilomètres carrés ou près de 500 milles géographiques carrés.
Pour calculer la masse de cendres tombées, on a divisé le domaine en sept cercles, dans lesquels il fut possible, d'après de nombreuses communications, d'évaluer l'épaisseur moyenne de la couche. Comme en quelques points on a déterminé aussi le poids de cendre tombée sur un mètre carré de surface, on pouvait calculer la quantité de roche compacte qui correspond au volume de la cendre doucement déposée. Cette quantité peut se comparer à 22 millions de mètres cubes d'une roche d'un poids spécifique de 2.2; le cinquième de ce volume est descendu dans le voisinage immédiat des cratères.
Si l'on compare cette description aux rapports concernant l'éruption proprement dite de 1822, il en ressort que celle-ci n'a pas été plus violente que celle de 1894; et cependant, dans cette dernière catastrophe
DigmzcdbyGoOglC
personne n'a péri et le dommage matériel a été relativement faible. La plus grande perte a été causée par le contre coup moral apporté par le désastre de 1822; car, du côté de Tasikmalaîa, 25000 habitants se sont enfuis de leurs kampoungs et ne sont retournés à leurs sawahs qu'après plusieurs semaines.
L'histoire du Galounggoung prouve encore une fois que d'ordinaire les grands désastres ne sont qu'indirectement la conséquence de t'a^ivité volcanique. Ils sont à craindre en premier lieu là où de grandes masses d'eau ont été amenées à un niveau élevé, ou bien là où aux sommets des volcans des dizaines de millions de mètres cubes de sabfe meuble et de pierres ont été amoncelés sous forme de c6nes très escarpés. Dans un terrain bien connu, il sera donc possible, en beaucoup de cas, à chaque renouvellement de l 'activité volcanique, de présager s'il y a menace de grands malheurs et de quel càté ils sont tout d'abord à craindre.
Constitution pêtrographique du volcan Tëlaga bodas-Galoun^oung. A la surface de ce vaste massif, on trouve presque exclusivement des produits d'éruption meubles, désagrégés le plus souvent en une argile arénacée. Ce n'est que dans le lit des rivières et près des points d'éruption les plus récents que gisent de gros blocs, et que la roche compacte est parfois dénudée.
On a recueilli des échantillons aux points suivants:
Le No. 1608 a été enlevé au versant occidental extérieur du grand cirque H (volcan Télaga bodas), dans la rivière Malaka, en amont du petit kampoung Malaka. C'est une roche gris bleiUltre, poreuse çà et là, dans. laquelle on peut apercevoir de petits grains d'augite et des cristaux de feldspath; au microscope, on voit de plus quelques olivines très fraîches. C'est un basalte.
Le No. 1616 vient des fumerolles de Kawah Saât. La roche s'est modifiée sous l'action des vapeurs acides ; dans la pâte gris bleuâtre on ne voit qu'en quelques rares points des aiguilles brillantes de feldspath, car la plupart des feldspaths sont décomposés en un minéral blanc, terne. A côté de ceux-ci, on observe un minéral vert*clair, à contours irréguliers, qui probablement est issu d'augite. Au microscope, on s'aperçoit que presque tous les feldspaths sont zéoUthisés et que les augites sont décomposées, à partir des cassures, en chlorite ou mica, de teinte blanche ou sensiblement incolore. L'échantillon est probablement une andésite à pyroxène extrêmement altérée.
Au Sud du lac Tél^a Bodas affleure dans une petite rivière une roche compacte ayant l'apparence d'une lave (No. 1617); les échantillons paraissent également assez altérés ; mais au microscope on voit que c'est une andésite à pyroxine fraîche, typique.
M, Behrens, dans ses ,,Beitrâge, zwcîtes Stûck p. 20," décrit comme
DigmzcdbyGoOglC
andésite à pyroxène riche en verre des échantillons- originaires de la rive méridionale du lac.
Près des fumerolles, du côté Sud du lac Tëlaga Bodas, on a recueilli du soufre (No. 1618).
Le roche No. 1619 provient des fumerolles près Padiagalan ; comme celle de Kawah Saat, c'est une andésite à pyroxène totalement décomposée par des vapeurs acides.
Au Galounggoung, on a recueilli les échantillons No. 1612, au versant extérieur de l'est, un peu au nord de Tiigrowong. La roche est, de teinte gris sombre et parfois à pores fins ; on n'y distingue, à l'œil nu, que de petits cristaux d'augite et des aiguilles brillantes de feldspath. Au microscope, on voit quelques olivines, mais la pélte ressemble k celle des andésites; c'est une andésite à pyroxène olivinifère.
A l'intérieur de la cuve du Galounggoung proprement dit, on a recueilli les échantillons No. 1614, près des sources thermales de Tiiboukour, et les échantillons No. 1615 au Gounoung Warirang. Ce sont des roches gris bleuâtre, parfois poreuses, dans lesquelles à l'œil nu on ne peut distinguer que des rectangles de feldspath. Au microscope, on reconnaît que toutes sont des andésites à pyroxène olivinifères, qui parfois se rapprochent fort des basaltes.
Les tufs No. 1613, déposés par les sources thermales de Tiipanasboukour, consistent, d'après l'analyse du Dr. Crétier, à Batavia, en 82.3g % ^^ carbonate de calcium, 14.83 % de carbonate de mï^nésîum, un peu de fer, manganèse, lithium et eau. On a recueilli de l'eau des sources thermales de Tiiboukour audessous de la zone où se déposent les tufs. D'aprèsl'analyse de Cretier elle confient, par litre, 1.442 grammes de matière fixes, consistant en 0-333 gr. anhydride silicique, 0.511 „ sulfate de sodium, °-239 » chlorure de sodium, 0.211 „ chlorure de calcium, 0.248 „ carbonate de magnésium.