‹ Description géologique de Java et Madoura (volume 2)Chapitre 64 sur 224 · III. Sédiments de sources thermales · texte numérisé non relu

III. Sédiments de sources thermales

Nous avons déjà vu, lors de la description géologique, qu'aux versants des volcans ainsi que dans la chaîne tertiaire jaillissent de nombreuses sources thermales. JunChuhn a fait mention de quelques particularités concernant 25 des sources de cette résidence, dont 15 en terrain volcanique et 10 en terrain tertiaire. (Java, édit. hollandaise 2e sect. p. 1284, 3e sect. p. 471; édit. allemande 2* sect. p. 864, 3e sect, p. 301).

L'eau de 5 de ces sources, en terrain volcanique, a été analysée par P. J. Maier à Batavia- Elles n'ont qu'une faible teneur en matières fixes. La source, qui jaillît sur le versant extérieur Sud du grand cirque, autour du Tangkouban prahou-Bourangrang, à l'est du village Diamboudipa, contient, pour 1000 grammes d'eau, 1.1254 gr. de matières solides; la source près Tiipanas, à la face intérieure de la grande paroi du Lingkouiig, à plus de 3 kilomètres au S. S. E. de Lembang, en contient 1.3558 grammes; et celle de Trogong, au pied de la plus jeune coulée de lave du Gountour, 1.1608 grammes pour mille. Les matières fixes de la première source consistent, pour la plus grande moitié, en sulfates, et puis principalement en combinaisons chlorées. Dans la deuxième source prédominent les carbonates; et dans la troisième on rencontre des carbonates et des sulfates, mais fort peu de chlorure de magnésium.

Les deux sources du versant Nord-Est du Guëdé qui furent analysées présentent des différences assez notables. L'eau qui se dégage au pied de la chaîne, derrière la campagne du Gouverneur général, à Tiipanas, contient, sur 1000 grammes, 4.07415 gr. de matières fixes, dont 2.1077 gr. de sel marin, et des traces de manganèse. Celle qui vient au jour au-dessus de Tiibeureum, au pied d'une coulée de lave qui n'est pas fort ancienne, contient, pour 1000 grammes, 1.6866 gr. de matières solides, en majeure partie des sulfates ; mais on y rencontre aussi 0-0133 gr- de carbonate de magnésium. La croûte sombre à éclat de graphite, qui est déposée par l'eau, contient beaucoup de sesquioxyde de manganèse.

De l'eau qui jaillit dans le terrain tertiaire, JunGhuhn n'a pas laissé d'analyses- Il signale seulement que ia plupart des sources laissent

déposer un peu d'ocre ferrugineuse, de tuf siliceux ou de tuf calcaire.

En ce qui' concerne la source qui jaillit à la rive droite du Tii W'oulan, à Tiiguëlap, à 5 kilomètres au N. N. E. d'Eureunpalaï, au pied septentrional du mur calcaire escarpé m^, JuNGHUHN a décrit comment le calcaire s'y métamorphose sous l'action des sources thermales. La masse calcaire se dissout, et il se dépose, à la place, du tuf siliceux. La même chose a lieu, mais dans une moindre mesure, à la source thermale située dans la vallée du Tiî Dadap, à l'ouest de Falabouhan ratou.

Nous n'avons recueilli des échantillons de dépôts de sources qu'aux points qui suivent.

Les échantillons No. 1749 sont des morceaux d'aragonite cristalline, que déposent les sources thermales au confluent du Tii Panas et du Tii Solok, à ij kilomètre au nord du chef-lieu de sous-district Tiisolok.

Au contact de l'andésite à hornblende quartzeuse et du calcaire marneux apparaît en abondance et en nombre de points de l'eau chaude accompagnée de vapeur. Dans l'eau froide de la rivière, on voit l'eau chaude s'élever brusquement à la hauteur de 3 décimètres. et l'on entend continuellement le bruit de la. vapeur qui se condense dans l'eau froide. Il y bouillonne aussi beaucoup d'anhydride carbonique et l'on perçoit une faible odeur d'hydrogène sulfuré. Aux endroits où l'eau chaude apparaît le long des rives, on voit se former, autour de l'ouverture, un squelette fragile, comme une tour, formé de pyramides assez aiguës. L'eau s'écoule de toutes parts par les mailles de ce réseau, mais par le dépôt incessant d'aragonite ce squelette travaillé à jour finit par se transformer peu à peu en une masse compacte ; il se forme ainsi des cylindres, de 3 à 4 décimètres de hauteur, présentant au sommet une petite ouverture, par laquelle s'échappent avec force de l'eau, de la vapeur et de l'anhydride carbonique. La résistance éprouvée par les vapeurs qui se dégagent devient de plus en plus forte, jusqu'h ce qu'enfin elles trouvent, au pied, une autre issue; la pression diminue alors et bientôt l'ouverture du sommet se bouche totalement. A l'intérieur de ces cylindres on trouve parfois un peu de soufre ; les cristaux volumineux sont d'ordinaire de teinte jaune.

Les échantillons No. 1748 sont des tufs siliceux semblables à du silex, qu'on a trouvés dans le voisinage des sources thermales dont il vient d'être question et qui ont été probablement dépo.sés par ces sources à une époque antérieure.

Aux environs de Tiongguéang, au pied oriental du Tampomas. on rencontre diverses sources thermales, dont quelques-unes fournissent de l'eau salée. Elles jaillissent dans des couches marneuses m,, qui s'y trouvent directement sous la couverture volcanique. Les échantillons No. 1749 de fu/s calcaires brun clair, magnésifères, qu'on a recueillis à

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l'Est de Tiîdémpet reposent sur des marnes ; cependant, en cet endroit, on ne trouve plus à présent aucune source thermale.

Plus au Sud, aux environs de Tiipatiing, on a rencontré des sources thermales au Nord-Est du chef-lieu de district Tiiawi, dans la section de Tasikmalaïa- Celles-ci existent au pied Nord-Est du volcan Tëlaga bodas, non loin de la limite de la chaîne tertiaire. On y trouve des morceaux de tuf calcaire et de /"c/n/.? brune (No. 1751), qui contiennent de nombreux débris de plantes.

G. Minéraux utiles.

Cette résidence est fort pauvre en minéraux utiles; les gisements de charbon et de minerai, signalés jusqu'à ce jour, ont été, lors de l'exploration, reconnus trop pauvres pour une exploitation minière. Le pétrole brut, qui se montre en des endroits si nombreux de Java et dont l'avenir paraît plein de promesses en certains points, n'a pas été jusqu'aujourd'hui rencontré dans les Préanguer, I. Minerais de cuivre, de zinc et de plomb.

Nous avons déjà vu, lors de la description géologique, que les andésites et les basaltes anciens ainsi que les roches de l'étage brècheux sont souvent riches en pyrite. En quelques points, on trouve aussi des minerais sulfurés d'un valeur plus grande, mais leur gisement est toujours irrégulier, local, et sans importance au point de vue économique.

JuNGHUHN a déjà signalé la blende du plateau de Pasawahan. Les couches brècheuses y sont riches en veines irrégulières et espaces nidiformes, remplis de quartz, dont la partie centrale se compose de cristaux limpides assez gros. Dans cette masse quartzeuse se trouvent partout des cristaux de pyrite, et en quelques endroits elle est parsemée de petits cristaux de blende. On a rencontré aussi de gros fragments de blende au milieu des veines.

Plus à l'Est, au Nord du pasanggrahan Rambaï, dan.-; le bassin du ' Tii Bouni, on rencontre des veines qui, à côté de blende, renferment aussi de la galène et de la pyrite cuivreuse. Ces gisements ont été explorés en 1888 par l'ingénieur des mines HOO/.E; et, au ,,Jaarboek van het Mijnwezen" de 1888, partie scientifique, p. 116, il est fait mention de quelques analyses d'échantillons de minerai qu'on y a recueillis.

A la surface, le terrain consiste en dos marnes et calcaires marneux des étages m^ et mg; mais ta plupart des rivières ont creusé leur lit jusque dans la brèche sous-jacente ; et en divers points, elles ont dénudé l'andésite et le basalte anciens.

A l'est de Nagrak, dans le Ht du Tii Karang et de ses affluents, la roche éruptive ancienne apparaît sur une grande étendue. L'affluent

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Tii Tiouktiroukan i) se précipite, en une série de cascades et de rapides, par dessus cette masse rocheuse compacte ; et sur une longueur de 300 mètres, il présente, en amont de son confluent, une chute de plus de 70 mètres. La roche y est donc admirablement dénudée; et sur cette faible distance, on a trouvé S veines de minerai. Allant du Nord au Sud, on trouve la veine No. i à la cascade supérieure, où D. = 127° à 128° et I. = 63° à 67° au Nord-Est. A la surface, cette veine a 7 centimètres d'épaisseur et consiste en diverses couches de quartz, dont quelquesunes sont imprégnées de blende avec un peu de galène, de pyrite cuivreuse et de pyrite de fer. A une profondeur plus grande, la veine gagne un peu en épaisseur; elle atteint jusqu'à 15 centimètres, et contient des fragments de la roche voisine, avec un petit cordon de minerai, de 4 à 6 centimètres d'épaisseur.

No. 2 et No, 3. A 20 mètres de distance des veines précédentes, on en a trouvé deux autres, ayant respectivement 4 et 10 centimètres d'épaisseur, situées à 15 centimètres de distance l'une de l'autre; D, = 100", I. = 75° au Nord. Les veines consistent en quartz, qui est imprégné de pyrite cuivreuse et de blende.

No. 4. A douze mètres en aval des Nos. 2 et 3, on rencontre un filon irrégulier, qui a environ 0.75 mètre d'épaisseur, mais dont on n'a pu déterminer ni la direction ni l'inclinaison. Cette masse consiste en quartz, dans lequel sont disséminés de nombreux fragments de la roche voisine. C'est principalement dans le voisinage de ces froments que le quartz s'imprègne de petits cristaux de pyrite cuivreuse et de pyrite de fer. No. 5. A 60 mètres plus en aval, on trouve un filon vertical épais de 1.3 à 0.6 mètre, dont D. = 140° à 160' et qui est dénudé sur une longueur de plus de 50 mètres. La roche consiste en quartz et calcaire spathique, entre lesquels il y a de nombreux fragments de la roche voisine. Ces fragments sont entourés, totalement ou en partie, de séparations irrégulières de pyrite cuivreuse d'un jaune éclatant; dans le quartz on observe encore des granulations dé marcassite et, peut-être, de pyrite arsenicale. On a pulvérisé un morceau de cette gangue et on y a signalé des traces d'or et 0.42 % de cuivre.

No. 6. A cent cinquante mètres au Sud du pxjint où l'on a trouvé la première fois le No. 5, on aperçoit une veine, dont l'épaisseur est de 35 à 60 centimètres et dont D, = 160°. Comme elle se trouve sous l'eau, on n'a pu en déterminer exactement la composition.

No, 7, Entre le gisement du No. 6 et le confluent de la rivière avec le Tii Karang, il apparaît encore une veine, dont D. = 110°; elle a, à peu près, 85 centimètres d'épaisseur; mais comme elle se trouve encore sous l'eau on n'a pu en recueillir des échantillons.

1) Faute d'espace, le nom de celte rivière n'est LndLqué sur la carte que pur lesigne *.

No. 8. Ce filon .forme, dans le lit du Tiî Karang, un peu en aval ■du confluent de la petite rivière nommée tantôt, un rebord de i à 2 mètres de hauteur. L'épaisseur est de 2 mètres; D. ^ 155° et I. î= 50 à 60° au Nord-Est. Le profil du filon est recouvert, presque totalement, de gros cailloux roulés, de sorte qu'on n'a pu déterminer, dans ses détails, la composition de la roche. Toutefois, la masse principale y consiste aussi en quartz, avec fragments de la roche voisine, et, à proximité de cette dernière, des séparations irrégulières de pyrite cuivreuse -et de fer. Tout près du toit on a recueilli des morceaux qui contiennent .aussi des minerais oxydés et dans lesquels on a signalé la présence de 13-05 "A de cuivre et de 16.2 % de fer.

En amont, on a exploré avec soin le lit du Tii Karang et on a trouvé Ja roche éruptive compacte à l'état massif sur plus de 1000 mètres ■d'étendue. Nulle part on n'a rencontré les veines du Tii Tiouktiroukan qui devraient y affleurer vu leur direction. Mais, bien que le lit de la rivière soit couvert partout d'une très grande quantité de cailloux roulés, qui rendent très difficile l'exploration du fond tout entier, on peut cependant •déduire de ce résultat négatif et de l'absence de tout caillou roulé pouvant provenir d'un filon métallifère, que les filons n'ont qu'une faible étendue.

On a exploré aussi la vallée du Tii Dolog, au nord de Nagrak ; mais ia roche compacte n'y affleure nulle part, et l'on rencontre seulement, ^à et là, des brèches dans la partie inférieure.

Au nord-ouest de Nagrak, on a trouvé une veine de minerai près jAm hameau Tiikadou, dans la brèche. La petite rivière Tii Kadou, qui se joint au Tii Lengka, un affluent de droite du Tii Dolog, s'est «reusé un lit, en amont de ce hameau, jusque dans la brèche, et iorme par dessus cette roche une cascade de 15 mètres de hauteur. Au pied de cette cascade, la veine est dénudée sur 18 mètres de longueur; Ja direction est en "moyenne de 5°; la pente, de 70 à 75° à l'Ouest. iL'épaisseur varie de 2 à 7 centimètres, et, en certains points, la veine se divise en deux cordons, qui se réunissent plus loin. La masse du ■filon consiste en morceaux de brèche, agglomérés par un ciment abon- •dant de quartz et de calcùre spathique. Dans la masse quartzeuse sont compris des cordons irréguliers et des concrétions de galène et de blende et très peu de pyrite cuivreuse. Dans un fragment riche, on a signalé 6 grammes d'argent par tonne, ainsi que 22. 6 % de plomb, 25-63 % de zinc et 0.42 % de cuivre. On a exploré soigneusement Je Tii Kadou et ses affluents, mais on n'y a pas trouvé d'autres veines. Vu la direction Nord-Sud de la veine, on a examiné aussi les affluents «itués plus au Sud; mais déjà dans le Tii Langkop, à 1700 mètres plus au Sud, on a trouvé, directement sous les marnes, la roche éruptive compacte, de sorte que la brèche y fait défaut. Comme partout ailleurs, la roche compacte est riche en pyrite de fer.

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Dans une région écartée, à la côte méridionale de Java, pauvre en combustibles naturels, on ne peut songer à l'établissement d'une industrie métallurgique compliquée pour extraire le plomb, le cuivre et le zinc de leurs minerais sulfurés. L'exploitation minière y serait seulement possible si l'on y trouvait, en grande masse, un minerai riche qu'on pourrait transporter à peu de trais, après l'avoir purifié par un proctrdé simple, vers un port voisin, d'où il serait expédié, par navires, vers l'un descentres d'industrie métallurgique de l'Europe. C'est ainsi que les , .Vivian Copperworks" de Swansea, dans le sud du pays de Galles, travaillent presque exclusivement des minerais qui y sont transportés d'autres parties du monde, principalement de l'Amérique du Sud.

Mais il résulte de la description précédente qu'on n'a pas la moindre perspective de rencontrer dans cette contrée de grandes masses de minerai. Celui-ci n'est disséminé dans les filons qu'à l'état sporadiquc, et les filons eux-mêmes ne semblent avoir qu'une faible étendue, car aucune des veines mises à nu n'a pu être retrouvée dans une vallée voisine. La carte montre que la situation des gisements est défavorable en ce qui regarde le port de Tandioungpriouk, le plus voisin. Pour atteindre la station de chemin de fer la plus rapprochée, celle de Soukaboumi, il faut traverser la ligne de faîte au moins à looo mètres d'altitude.

Bien qu'il soit probable que de pareils dépôts locaux de minerai seront trouvés en d'autres points encore, dans les andésites et brèches anciennes, il ne faut pas s'attendre cependant à voir ces découvertes donner lieu à une exploitation minière.

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