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IV. LE TERRAIN ÉOCÈNE

Analogie du terrain, au point de vue pétrographique, dans les diverses iles.

Un fait remarquable dans la géologie de notre Archipel, c'est la grande analogie que présente, sous le rapport pétrographique, le terrain éocène dans les diverses îles où il a été minutieusement exploré, notamment à Sumatra, à Java et à Bornéo. La roche principale est partout un grès quartzeux très pur, consistant exclusivement en grains de quartz à ciment argileux plus ou moins ferrifère et quelques lamelles blanches de mica. Partout où l’on trouve ces grès, on peut être à peu près sûr d’avoir affaire au terrain éocène; il est vrai que quelques grès

miocènes aussi renferment parfois une grande quantité de grains de quartz, provenant d'andésites quartzeuses; mais alors ils sont toujours entremêlés d'autres produits d'écrasement de ces roches éruptives, plagioclase, pyroxène, hornblende, minerai de fer, etc. C'est seulement dans le voisinage immédiat du terrain éocène que l'on trouve, dans les grès miocènes, des fragments et des grains quartzeux de grès éocènes.

Par contre, ce n’est que très exceptionnellement que les grès éocènes contiennent des matériaux de roches éruptives; et alors ces matériaux ne proviennent pas de jeunes andésites, mais de roches éruptives éocènes ou plus anciennes, qui ont les caractères de la diabase ou de la diorite. Les grains de quartz, dont les grès se composent presque totalement, renferment des inclusions liquides et proviennent probablement de granites.

Roches et étages.

Il s'en faut de beaucoun cependant que ces grès quartzeux constituent la totalité du terrain. Ils alternent avec des conglomérats quartzeux, des argiles grises, tendres, et quelques couches de schiste carbonifère et de houille. Toutes ces couches réunies forment, à ce qu'il paraît, l'étage supérieur e, du terrain éocène, un sédiment essentiellement d'eau douce ou d'eau saumâtre, reposant en certains points sur un étage plus ancien e,, qui contient des fossiles marins et se caractérise de la sorte, au moins en partie, comme un dépôt marin.

Toutefois, ces deux étages n'existent simultanément qu'à la baie de Tulétou; partout ailleurs, il y a seulement ou bien l'étage inférieur marin, ou bien l'étage supérieur d’eau saumâtre. Il se peut donc fort bien aussi qu'à l’époque éocène il se soit formé, en certains points, p. ex. en Baguélen, uniquement ou principalement des dépôts marins; en d’autres points, au contraire, d'abord des sédiments marins et puis des dépôts d'eau saumâtre ; de sorte que les couches de Baguëlen ne représentent pas seulement l'étage e,, mais correspondent en âge aux étages e, et e, à la fois.

Telle est aussi la raison pour laquelle les couches éocènes n'ont pas été subdivisées en deux étages sur la carte à 1 : 200.000; cette subdivision n'a été faite que sur la carte détaillée de la baie de Tülétou, à l'échelle 1 : 50.000. D'ailleurs on voit immédiatement, par la description, quels sont les terrains qui font partie des sédiments marins et quels sont ceux qui appartiennent aux dépôts d’estuaires.

Les roches de l'étage inférieur e, consistent en brèches et conglomérats, avec fragments de toutes sortes de roches anciennes, notamment de granite, de quartz, de serpentine, de diabase et de divers schistes; puis, en grès de débris de diabase, argiles schisteuses noires ou gris sombre, qui par la dessiccation s’effritent en petits morceaux ;

argiles tendres et marnes, calcaire à nummulites et bancs de roches éruptives, qui ressemblent à de la diabase ancienne et à de la diorite.

Extension et fossiles.

Les couches éocènes ne forment qu'une petite partie de la superficie de Java. Des sondages n'ont pas encore amené au jour de fossiles éocènes, bien que les couches de ce terrain occupent probablement une grande étendue au dessous des miocènes. Nous allons énumérer les terrains éocènes de l'Ouest à l'Est.

I. Le terrain hourller de Baïah, en Bantam méridional, contenant 6 terrains éocènes, séparés par des couvertures de couches plus jeunes.

1. Le premier terrain, entre Tithidiau et le Tri Siih leutik, contient des grès quartzeux de teinte claire, alternant avec des argiles schisteuses sombres et quelques lits concordants d’une roche éruptive qui ressemble complètement à une diabase ancienne. Comme il n'existe pas de dénomination spéciale pour de telles roches récentes à habitus ancien, nous les appelerons encore des andésites, pour faire ressortir leur âge tertiaire. Mais à coup sûr, il est recommandable de ne faire usage que d’une seule dénomination — soit l’ancienne, soit la plus récente — pour les roches anciennes et récentes qui ont de l’analogie, et de parler p. ex. de diabases du calcaire carbonifère, de diabases crétacées, de diabases, diorites, mélaphyres tertiaires, etc. Sur la carte, on a représenté par une teinte spéciale les roches éruptives tertiaires à caractère ancien; elles sont, en grande partie, d'âge éocène. Les couches forment une selle au mont Pasir Walang, ainsi qu'on l’a représenté dans la Fig. 73. Des pétrifications n'y ont pas encore été trouvées. Pour plus de détails, à consulter la description détaillée du terrain houiller de Baïah.

2. Le terrain de Triasahan est situé à l’ouest du précédent; 1l est composé des mêmes grès quartzeux et argiles schisteuses sombres ; puis, on y rencontre du calcaire à nummulites et orbitoïdes, des roches éruptives à caractère de diabase et de diorite, ainsi que des andésites qui ont peut-être percé les couches éocènes sous forme de filons. Pour la succession remarquable des couches dans le Ti Peundeui, voir la description détaillée et le dessin Fig. 74.

Les fossiles du calcaire marneux du Ti Peundeui n'ont pu être examinés à l’état isolé; on n’a pu les observer que dans les plaques microscopiques du calcaire. On y trouve:

Des rummulites, ressemblant au N. Baguélensis IT, longues de 35 mm, épaisses de 2 mm., à 7 tours.

Des orbitoïdes, à chambres médianes rectangulaires, appartenant aux sous-genres Discocyclina, et Rhipidocyclina, Actinocyclina ou Asterocy-

clina. Il n'existe pas, dans les roches éocènes, de Lépidocyclines à chambres médianes spatuliformes ; c’est une différence caractéristique d'avec les couches miocènes, qui à leur tour ne renferment pas d’orbitoïdes à chambres médianes rectangulaires. Les grandes orbitoïdes ont 18 mm. de longueur et 2 mm. d'épaisseur; les petites, 8 mm. de longueur sur 14 à 2 mm. d'épaisseur.

Ce terrain, ainsi que le précédent, appartiennent donc évidemment, du moins en partie, à notre: section marine e,, car ils contiennent des nummulites et dés orbitoïdes. Il se pourrait cependant, et c'est même probable, qu'une partie des couches, notamment les grès quartzeux qui prédominent vers le haut et correspondent complètement aux grès de l'étage e,, appartiennent ici aussi aux dépôts d’eau saumâtre.

3. Le terrain entre le Titi Hara et le Tii Siih consiste entièrement en grès quartzeux, argiles gris sombre, couches de charbon et quelques couches de schiste carbonifère, dont la position est très redressée, même verticale. (À consulter le dessin Fig. 75).

Dans ces grès n'existent ni couches de roche éruptive, ni fossiles marins; à 1360 mètres à l’ouest de l'embouchure du Tn Mandiri, on rencontre un tuf diabasique, ressemblant fort à une diabase (No. 1797), dénudé au rivage sur plus de 500 mètres et qui, peut-être, appartient à l'étage e..

4. Le petit terrain de Tiikoumpaï contient des grès quartzeux avec quelques argiles et une couche mince de charbon.

5. Le grand terrain entre Baïah, Pamouboulan, Wangoun et la côte consiste aussi exclusivement en grès quartzeux avec quelques couches grises d'argile et de nombreuses couches de charbon, dont il a été parlé tout au long lors de la description du terrain houiller de Baïah.

L'épaisseur des grès est de goo à 1000 mètres (voir Figs. 75, 76 et 79), peut-être davantage, car le dépôt sous-jacent n’y vient pas à la surface.

6. Un petit terrain près de Tridiengkol, à la rivière Sawarna, consiste en grès quartzeux avec une couche mince de charbon.

Les couches des 2 premiers terrains ne se raccordent pas directement, sous la couverture miocène, à celles des 3 suivants; elles en sont séparées par une faille. Non seulement elles ont une autre composition, mais encore une direction et une inclinaison tout-à-fait différentes.

IT. Au nord du terrain de Tiiasahan en PBantam.

En deux endroits encore affleurent en Bantam des roches gisant en discordance sous les couches miocènes les plus anciennes: à cause de leur analogie pétrographique avec certaines roches éocènes, on les a rangées également dans le terrain éocène, bien qu’on n’y ait point trouvé de fossiles.

7. Une bande étroite, dénudée dans les rivières Tii Hara et Ti

Masouk, au sud-sud-est du Gg. Liman. On trouve ici des argiles schisteuses noires, parfois un peu calcarifères (Nos. 1857, 1860 et 1861), entièrement analogues aux argiles schisteuses noires du Ti Koléang, à Tühidiau, qui existent plus au Sud entre les grès éocènes.

On n’y a pas non plus trouvé de coquilles fossiles ; on n’y a rencontré que des tiges de plantes et des rognons de pyrite. Elles inclinent de 20° au Nord, contiennent, dans le Ti Hara, un banc interposé d’une roche éruptive à caractère de diabase (No. 1858) et sont, de toutes parts, environnées ou couvertes par des brèches miocènes.

8. Un terrain dénudé dans la vallée du Tii Simeut, près du kampoung Tritoudia. Les argiles schisteuses (No. 1862) ont D. — 90° et Ro AubSud mas plus auç(sud, D V70r, 01 5 A6 Au Nord, de sorte qu'elles forment un bassin. Ce bassin se recouvre au sud de couches brécheuses inclinées au Sud; au nord, de brèches inclinant au Nord; donc, des deux côtés, en stratification discordante (Voir Fig. 83).

IT. Ze terrain de Tiiletou, dans les Préanguer.

Au sud de la baie de Tulétou, le terrain éocène des deux étages est superposé aux schistes à serpentine décrits plus haut; sur la carte détaillée No. IX échelle 1: 50.000, on a indiqué séparément ces deux étages.

L'étage inférieur e, consiste essentiellement en brèches, avec de nombreux fragments de diabase et tuf diabasique, peu de quartz, des morceaux de schiste et du calcaire cristallin ; tous ces fragments viennent du terrain schisteux sous-jacent.

Puis, on y trouve des grès de diabase qui contiennent, entre autres à la rive droite du Tu Eëtou, de petites nummulites et orbitoïdes (No. 1048); enfin, quelques grès silicifiés, gris ou verts, qui sans doute sont en partie des tufs diabasiques silicifiés.

Cet étage n’a pas grande extension à la surface, car il n'apparait qu'au bord de l’étage e,, dans des ravins profondément minés par les eaux et au rivage de la mer. A la côte, la position des brèches est parfois redressée; dans l'intérieur du pays elle est le plus souvent horizontale et en discordance sur les schistes redressés; parfois aussi elles reposent directement sur la diabase. L’épaisseur ne peut se mesurer exactement, mais ne dépasse pas 80 à 100 mètres.

Ces brèches sont recouvertes par l'étage supérieur e,, qui consiste presque totalement en grès quartzeux et conglomérats de quartz, avec quelques bancs d’argiles seulement et des cordons de charbon. A l'intérieur du pays, la disposition des couches est le plus souvent en pente douce au Sud; tout près de la côte on observe aussi des positions plus redressées.

Là où les grès ont été profondément entamés par l'érosion, apparaissent

les brèches et les grès de’l’étage e,; et même les schistes. Au mont Kiara diadiar, l'épaisseur de l'étage e, est de 250 à 300 mètres; en d'autres endroits, elle est moins forte, en partie par suite d’érosion. L'épaisseur de tout le terrain est donc notablement moins grande que celle du terrain houiller de Baïah.

Fossiles. Les seules pétrifications qu'on ait trouvées ici sont celles qui existent dans le grès d’andésite (No. 1048), de la rive droite du Ti Lëétou. Ce sont de petites nummulites et orbitoïdes (discocyclines), savoir :

N. javanus, var. a. Petits exemplaires D. = 6 à 8% mm.; épaiss. — 14 à 3 mm.; petite loge centrale; sur 4 mm. de rayon 12 à 13 tours de spire. (Voir section V).

N. javanus, var. 8. Exemplaire jeune, très irrégulier. D. — 11 mm, é — 3} mm:,r.— 54 mm, ft. de sp. —"12 /Appartient peut-etre à

la variété précédente.

N. Baguëlensis Ja. De nombreux exemplaires à très grande loge

centrale (largeur — 0. 60 à 1 mm.); la forme homologue à petite loge centrale doit être cherchée probablement dans le N. javanus var: œ. D::="5 mm, 'é. — 15 à 2 mm. Tours au plus”s, le plus souvent

4, ou même 3 seulement. La surface est lisse, mais couverte de lignes courbes très fines. (Voir Section V.)

N. (Assilina) Leymeriei, D'ARCH ET H., »ov. var. Petite espèce grenue, à dépression centrale. D. = 5—7 mm. é. = 14 à 2 mm. Pourr. — 3 mm., t. de sp. — 5 à 6. Cloisons droites et peu inclinées loge centrale grande, à diamètre de 0.30 à 0.45 mm. (Voir Section V.)

On n'a pas encore trouvé la forme homologue de cette nummulite.

O. papyracea BOUB. var. javana, minor. D. — 25 mm., é. — 4 mm. Analogue à l'espèce de Baguëlen.

O>dispansa SOW,.D. — 12, mm, é — 3mm,1 Loge \centralentres

grande (diamètre 0. 80 à 1 mm.). Analogue à l'espèce oligocène du terrain de Nanggoulan, tandis que l'O. ephippium éocène y fait défaut.

Au Sud et à l'Est, des brèches miocènes sont disposées, en manteau, sur les grès éocènes e, ; à l'Ouest et au Nord, ces grès touchent à la mer.

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