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V. LE TERRAIN OLIGOCÈNE

Les couches situées entre les terrains éocène et miocène, qui doivent donc correspondre sensiblement au groupe de Nart de l'Inde Anglaise et à Z'olioocène de l'Europe, n'ont à Java qu'une extension très faible. Bien que des explorations ultérieures doivent trancher la question de savoir s'il ne vaudrait pas mieux classer ces dépôts parmi les couches éocènes, dont ils formeraient la section supérieure, on les a cependant représentés séparément sur la carte; car ils contiennent des foraminifères propres, qui ne correspondent pas à ceux de l’éocène. Ces fossiles s'écartent encore bien davantage des foraminifères du miocène ancien ; et c'est pourquoi on ne s'explique pas fort bien comment M. MARTIN ait pu trouver, parmi les mollusques fossiles de ce terrain, une si forte proportion (28 %) d'espèces encore vivantes. Une nouvelle collection que j'ai rassemblée moi-même dans le terrain de Nanggoulan a été examinée également; mais d'après ce naturaliste, elle n’a pas fourni d'indications nouvelles relativement à l'Âge des couches de Nanggoulan.

1. Calcaire oligocène du Tii Soukarama (Préanguer). Les grès quartzeux, probablement éocènes, du Ti Soukarama (affluent du Tu Sokan) et le calcaire à nummulites, bleu et dur, qui les couvre, ont déjà été décrits plus haut au terrain éocène. Le calcaire repose sous des couches miocènes anciennes; et d'après ses fossiles, il est probablement l'équivalent de l'étage 7 de Pëngaron en Bornéo, tenu d’abord pour éocène, à présent pour oligocène. Malheureusement il à été impossible de retirer du calcaire dur les petites nummulites; et on n’a pu les observer qu’en toutes sortes de sections obliques. Outre ces nummulites, le calcaire du Ti Soukarama renferme quelques orbitoïdes à chambres médianes rectangulaires, beaucoup de cycloclypées, de petites alvéolines (qui toutefois ne ressemblent pas aux espèces éocènes de Baguëlen) et le lithothamnium, ainsi qu'on l'a déjà signalé lors de la

description des terrains éocènes. L'épaisseur de ce banc de calcaire n'a pu se mesurer exactement, faute d'affleurements suffisants; elle ne paraît cependant pas excéder 10 mètres.

2. Calcaire marneux oligocène et argiles de la rivière Wonadrr, affluent du Worawarr. À la description des roches éocènes du terrain du Worawari, nous avons déjà fait connaître qu'il existe, entre les couches éocènes et miocènes, des argiles et une couche de calcaire marneux (No. 693); cette dernière contient des fossiles qui existent aussi dans le terrain de Nanggoulan en loguia; et comme ce dernier terrain, à son tour, contient des foraminifères qui correspondent à ceux de l'étage 5 de Péngaron, il faut probablement ranger encore dans cet étage les argiles et le calcaire marneux dénudés dans le Wonadri.

Fossiles. Le calcaire marneux, qui enferme un très grand nomhre de morceaux de quartz (à bulles liquides), contient de petites nummulites, assez bien de cycloclypées et quelques autres foraminifères; mais principalement de nombreux disques plats d'Orbitoïdes dispansa SOW., à renflement central en forme de bouton, qui atteignent R2MMMeN diamètre et 2 à 34 mm. d'épaisseur; c’est, paraît-il, la même espèce que celle que l’on rencontre dans les marnes de Nanggoulan. Puis, l'Orbitoïdes papyracea BOUB. var. javana, D. — 50 mm., é. — 8 mm, correspondant aussi à l'espèce de Ioguia. Ces couches sont représentées en coupe dans la Fig. 374; ici l'épaisseur ne peut pas non plus se mesurer exactement; mais elle ne paraît être que de quelques dizaines de mètres.

3. Le terrain de Nanggoulan en Joguia. Au Nord-Ouest de Nanggoulan, au pied de la chaîne abrupte qui borne Baguëlen, affleurent des argiles tendres, des grès et des marnes avec interposition de quelques bancs plus durs de marne calcaire et calcaire marneux et d'une couche de lignite, qui s'étendent du Gg. Prahou jusqu'à la rivière Tinala. (Voir la carte No. VII, échelle 1 : 50.000.) Ils ont une direction qui varie de 30 à 50, et presque partout une inclinaison au Nord-Ouest; bien qu’en certains points, à cause de la disposition en bassin, on observe aussi une inclinaison au Sud-Est. En remontant le Kali Pourou, affluent du Kali Songgo, on voit que jusque près de Klëépou, les couches inclinent nettement au Nord-Ouest sous les grès miocènes et les brèches de la chaîne frontière, qui ont ici une direction de 90° environ et une pente douce au Sud.

Les couches de marnes, etc., qui constituent ce que nous avons appelé ,le terrain de Nanggoulan””, reposent donc en discordance sous les couches miocènes anciennes, et sont par conséquent plus âgées que celles-ci.

Les marnes calcaires et calcaires marneux sont pointillés de blanc d'une façon singulière, par de petites particules de calcaire spathique enfermées dans une pâte grise. De pareilles particules blanches se montrent aussi dans les roches éruptives sous-jacentes, notamment à Télogokidoul,

et proviennent de la décomposition d'olivine. Comme ces marnes contiennent distinctement des fragments de cette même roche éruptive, ce pointillé blanc doit nécessairement être attribué à des olivines décomposées.

La couche de calcaire marneux, pointillée de blanc, avec nummulites et orbitoïdes de l'étage 5 de Péngaron à Bornéo, située entre des marnes, ressemble si fort aux calcaires marneux et aux marnes calcaires de Nanggoulan, qu'à première vue on ne peut les distinguer; ce qui est plus remarquable encore, c'est que les deux terrains contiennent une espèce exceptionnellement grande d’orbitoïdes, de sorte que les deux dépôts doivent probablement être .considérés comme équivalents.

Les couches du terrain de Nanggoulan contiennent des fragments d'un basalte très altéré, ressemblant à une diabase à olivine, qu'on a rencontré aussi, en trois points, en masse compacte ; puis des morceaux d'une andésite à pyroxène, qui affleure au Gg. Moudüil. Sur le terrain, on ne peut constater si ces couches forment la base de tout le système, ou bien si elles sont interposées. Le basalte ressemblant à la diabase a été rencontré dans le temps lors d’un sondage à 161 mètres de profondeur; mais comme alors les travaux ont été arrêtés, on n'a pas atteint les couches sur lesquelles repose la roche éruptive. En ce qui concerne leur Âge, ces basaltes peuvent donc être éocènes tout aussi bien qu'oligocènes.

Fossiles. Les mollusques fossiles et les foraminifères existent essentiellement dans les marnes calcaires et dans les calcaires marneux, au village de Kalisonggo et dans les rivières Songgo, Pourou et Bawang. A ce qu'on a pu observer, les foraminifères ne sont pas séparés dans les diverses couches, mais se rencontrent tous ensemble.

Nummudites laevigata. LAM. D. — 20 mm., é — 45 mm. au maximum.

Nummulites Nanggoulant. D. —= 10 mm., é. = 5 mm.

Nummulites Zogutakartae MARTIN. D. = 7 mm., é. = 3 à 4 mm.

Figurée dans ,,Sammlungen des geol. Reichsmuseums zu Leiden, Band lp. rr0) lafV ig."o, ‘To, rr. Existe/à/des muillièrs d'exemplares dans les marnes calcaires, tandis que les deux autres espèces sont beaucoup moins nombreuses.

Orbitoïdes papyracea BOUB. var. javana. Très grande espèce, toutà-fait analogue à celle de l'étage $ de Péngaron, à Bornéo, et de la couche de calcaire marneux No. 603 du terrain du Worawari, en Baguëlen, D'=$o mme —"9'mm;

L'espèce européenne est plus mince; dans l'Inde Anglaise existent cependant aussi de pareilles variétés épaisses.

La structure interne est tout-à-fait la même que celle de l’espèce éocène O, papyracea de Solo et de Baguëlen ; mais celle-ci est toujours

plus petite, elle a au plus 33 mm., habituellement 20 mm. de grosseur:

Orbitoides dispansa SOW. Au maximum D. — 13 mm., é — 4 mm. L'espèce européenne est un peu plus mince. Au demeurant, elles sont complètement identiques. Figurée par M. MARTIN dans ,,Sammlungen, Bad ep ture, Data Fig. (ettnmon: Fig.» 7 et 2).

De ces deux espèces d’orbitoiïdes, on trouve aussi des figures dans »VERBEEK, Voorloopig bericht, etc. Nat. Tijdschrift van Ned. Indië, Deel LI, 1891”. Les deux espèces forment une paire, l’une à grande loge centrale, l’autre à petite loge, de même que pour les orbitoïdes éocènes. (Voir encore section V).

Epaisseur. L'épaisseur des couches de Nanggoulan est au moins de 160 mètres, et il est probable qu’elle ne dépasse pas 200 à 250 mètres.

Age. Si nous considérons la disposition de ce terrain, qui est toujours en discordance sous les couches miocènes, et placé franchement entre les couches miocènes et éocènes du terrain du Worawari; et que de plus nous tenons compte de ce que les foraminifères ne correspondent ni aux espèces éocènes, ni aux miocènes, bien qu'ils aient plus de parenté avec les premiers, il faut nécessairement attribuer à ce dépôt un âge oligocène. Cependant, pour le moment, il y a contradiction avec ce qu'apprend la détermination de l’âge de ses mollusques fossiles. Les couches miocènes de Java ne renferment n1 nummulites 1) ni discocyclines, et ce fait seul constitue déjà une distinction si notable, que le terrain de Nanggoulan ne peut être miocène. La disposition en stratification discordante sous les couches miocènes anciennes, vient encore confirmer cette opinion.

Mais il y a aussi des difficultés à le rattacher au terrain éocène. Les nummulites, qui existent dans les deux terrains, appartiennent des espèces différentes; et les alvéolines, qui se montrent dans les plaques microscopiques du calcaire du Soukarama ne ressemblent en aucune façon à l'espèce éocène A. javana de Baguëlen. D'abord, elles sont beaucoup plus petites; et puis elles ont des loges arrondies. Si l'on met cette diversité dans les propriétés paléontologiques en rapport avec la disposition particulière des couches, il ne peut y avoir aucune difficulté à les intercaler, comme un système distinct, entre les terrains éocène et miocène.

À Bornéo, au-dessus des grès quartzeux et argiles carbonifères de l'étage éocène « reposent des marnes à grandes Orb. papyracea de l'étage B; et sur ces dernières, du calcaire à nummulites de l'étage ;

1) Les fossiles de Nias, décrits comme nummulites des couches néo-tertiaires, ont un tout autre caractère que les espèces éocènes et oligocènes; ils sont très petits; ils ont été recueillis à la mer dans le sable corallien; et probablement n'appartiennent pas du tout à des espèces fossiles, mais à des espèces qui vivent encore dans la mer. A consulter à ce sujet la section V.

(voir VERBEEK dans ,Jaarboek Mijnwezen 1874 Il p. 135 et 1875 Î p. 49). Les couches de Nanggoulan renferment la même grande orbitoïide que l'étage B; par contre, le calcaire de Soukarama contient diverses espèces de nummulites, qui ressemblent énormément à celles de l'étage 7 et qui leur sont probablement identiques. Ces deux étages fieti7, je les ai tenus dans le temps pour éocènes; d'après les connaissances actuellement acquises à Java, je les regarde maintenant comme oligocènes; et il paraît que les deux étages sont aussi représentés à Java.

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