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Le Lawou

Le Lawou a un contrefort méridional, nommé Diogolarangan ou Koukousan, dont la crête se dirige de l'Est à l'Ouest, et ne présente pas

de forme circulaire distincte. Au Nord de celui-ci se trouve un cône d’éruption plus récent, d’une grande étendue, qui va rejoindre le contrefort méridional au défilé de Tiémoro sewou et sur lequel passe la route qui conduit de Maguëtan, par Plaosan et Sarangan, vers Tawang manggou ou Srikaton, Karang pandan et Solo.

Je n'ai pas visité le sommet du Lawou; selon JUNGHUHN, on trouve à la partie supérieure 3 cimes, qui se suivent du N.N.W. au S.S.E. et dont la plus méridionale, qui est la plus haute, s'élève à l'altitude de 3265 mètres.

Au Nord de ce signal, on trouve un cirque de cratère de 1.05 kilomètre de rayon, dont les portions septentrionale et orientale seules existent encore; au Sud de celles-ci, se trouvent deux cirques de dimensions moindres, mais on ne peut pas se représenter leur forme exacte d’après les cartes existant actuellement. L'un des deux possède un fond de cratère plat. En 1838, JUNGHUHN n'y a aperçu aucune activité volcanique; seules quelques fumerolles apparaissaient plus au Sud dans une crevasse.

Cratères parasites. Sur le versant du Lawou existent, en Madioun, 4 points d'éruption plus petits, mais tous se trouvent sur le contrefort méridional et non sur le cône d’éruption plus récent.

1. Le Go. Bantiak est situé au Sud de Rédiosari (Kawédanan), chef-lieu du district Gorang gareng. Ce monticule allongé a une altitude de 430 mètres; sa direction est du S.E. au N.W. et non loin de son extrémité Nord-Ouest, il présente une dépression plate en forme de fer à cheval, un cratère probablement. En fait de roches, on trouve une argile brune incohérente avec blocs d'une roche gris-clair fort altérée (No. 383) à nombreuses hornblendes noires. Au microscope, on reconnaît une andéstte à hornblende avec beaucoup de hornblende brune et fraiche sans bords noirs, et peu d’augite.

2 et 3. Au Sud de Maguëtan, à proximité du village de Parang, il y a deux petits sommets escarpés, le Go. Bongkok et le Gg. Beligo (1005 m.), dont le dernier présente un cirque de cratère elliptique. On n'a pas récolté de roches sur ces deux sommets.

4. Non loin de la désa de Sarangan, à l'Ouest de Maguëtan, se trouve, contre le Lawou et à une hauteur considérable, un petit point d’éruption, avec un bord de déjections meubles tout autour d'un petit lac. Ce dernier porte le nom de 7€/ogo Pasir. Du côte Sud du lac, on voit des murs escarpés qui semblent constitués par de l’andésite compacte. Les déjections meubles (No. 384) consistent en andésite à pyroxène très fraîche à feutrage microlithique gris-clair. En juillet 1887, on a mesuré la profondeur de ce lac, dont la superficie est de 0.28 kilomètres carrés, et on a trouvé 19 mètres dans la partie occidentale.

Le grand massif du Lawouü, ainsi que tous les grands volcans de Java, consiste à la surface principalement en produits incohérents, cendre, sable et pierres, dont les matériaux les plus fins ont été en partie altérés et décomposés en une argile brun-rouge. Ces produits meubles sont de l'andésite à pyroxène, tandis qu’à la face occidentale du volcan, en Solo, apparaît aussi en quelques points du basalte. De gros blocs situés au défilé de Tiémoro sewou et originaires de la fissure méridionale du cratère” de JUNGHUHN, consistent aussi en andésite à pyroxène et seront décrits à la résidence de Solo. Les coulées de lave sont rares à la surface; la muraille seule, au Sud du petit lac de Télogo Pasir, me paraît formée d’andésite compacte. Une coulée de lave est descendue aussi du versant méridional de la montagne; elle s’est répandue sur une partie basse des brèches jusqu'à la plaine à l'Ouest de Ponorogo, dans le voisinage de la désa Badégan.

D. Dépôts quaternaires et modernes.

En Madioun s'étend une grande plaine, qui, à la surface, consiste en couches horizontales et en déjections meubles de matériaux volcaniques ; à l'Ouest et à l'Est, elle se relie très graduellement aux pieds des volcans le Lawou et le Wilis. Au Sud, la plaine est délimitée très nettement par les murs abrupts de brèche à Slahoung; et nous avons déjà exposé plus haut que nous considérons la chaîne, depuis cette dernière localité jusque Sawou, comme un bord de rupture dont les couches inclinent vers le Sud-Est. De cet endroit jusqu’au versant méridional du Lawou, la plaine suit constamment les monts brècheux escarpés, qui ne sont recouverts par la coulée de lave du Lawou, dont nous avons fait mention plus haut, que près Badégan.

Au Nord, la plaine touche à la série de collines tertiaires qui sétend depuis Ngawi jusqu'au Pandan; au Nord-Est, entre Tiarouban et Saradan, elle confine au contrefort septentrional du Wilis, tandis qu'au Nord-Ouest, donc à l'Ouest de Ngawi, elle se relie à la plaine de la rivière Solo.

La plane de Madioun, que nous pouvons considérer comme une large vallée quaternaire de la rivière Madioun, s'incline en pente douce du Sud au Nord. Entre Slahoung et Ponorogo, elle descend depuis 150 jusquà 100 mètres; à Madioun (station) jusqu'à 64, à Ngawi (benteng), jusqu'à 46 mètres d'altitude.

La vallée du Solo, depuis la halte Kédoung banteng (frontière de Solo) jusque Ngawi, descend depuis 86 jusqu'à 46 mètres d'altitude, tandis que la limite de la plaine, entre Saradan et Tiarouban, est environ à 100 mètres au-dessus de la mer.

Le point le plus bas de la plaine se trouve donc à Ngawi et c'est

ici, comme on sait, que les rivières Solo et Madioun réunies percent la chaîne de collines tertiaires. |

Depuis Tawang, en Solo et sur la frontière de Madioun, la rivière Solo coule par Guëéndingan et au nord du poste de Bogo jusqu'à Ngawi, et suit de près le pied de la rangée de collines tertiaires. Dans le lit de la rivière, en divers endroits, les couches marneuses et calcaires inclinant au Sud sont nettement à découvert, et en certains points, p. ex. au passage d’eau à Sondé, au Nord du poste Bogo, on les trouve riches en fossiles marins (Nos. 375 et 376). Ces couches supérieures, néotertiaires par conséquent, sont recouvertes en discordance par des couches arénacées consistant essentiellement en matériaux volcaniques. Il n’est pas rare qu'elles contiennent de gros fragments d’andésite et elles sont aussi communément calcarifères, ce qui donne à la roche une consistance plus grande. Au-dessus du village de Sondé, cité tantôt, et sur la rive gauche de la rivière Solo, est situé le doukouh (hameau) Golan et un peu plus loin, sur la rive droite, la’ désa Doukouh. À proximité de cette désa, le profil Fig. 26 est découvert au bord de la rivière.

Sur la surface accidentée des marnes et calcaires néo-tertiaires reposent irrégulièrement des couches de tuf calcaire arénacé. Au bord Sud de la montagne, elles ont la même inclinaison que les marnes sous-jacentes; en d’autres endroits elles sont horizontales ou même inclinées au Nord et elles comblent les excavations de la surface des marnes. Ces couches tuffeuses ont une épaisseur très variable ; le plus souvent elle n’est que de quelques mètres, parfois cependant elle atteint aussi de 10 à 15 mètres, et même en d’autres points bien davantage. Cette assise est recouverte à son tour par une couche d'argile noire, riche en humus, dans laquelle se montrent les concrétions calcaires que nous connaissons déjà et que nous attribuons principalement à des excrétions d'arbres. La teneur en chaux de ces couches tuffeuses provient naturellement des marnes sous-jacentes, et il semble que la substance calcaire a été extraite des tufs par les arbres qui y croissaient, et qu’elle a été concentrée dans la tige pour en être excrétée ultérieurement.

Ces tufs méritent surtout de fixer l'attention, parce qu'ils contiennent non seulement des coquilles d’eau douce, mais aussi une grande quantité d’ossements de mammifères fossiles, tant de formes terrestres que d’eau douce. On a trouvé ces ossements jusqu'en haut de la montagne, à proximité du hameau de Katoh, non loin du Gg. Boutak, à 380 mètres d'altitude. Ils s'y montrent dans des déjections volcaniques arénacées meubles, des lapilil du Wilis probablement. Et même :1l n'est pas invraisemblable qu'une partie des matériaux à ossements situés plus bas aient été projetés à l’état incohérent sur les collines tertiaires et qu'ils y aient occasionné la mort des animaux terrestres, la végétation étant totalement détruite et les animaux périssant par

défaut de nourriture, comme on a pu l'observer lors de l'éruption du Krakatau en 1883. Il me semble qu'à une moindre hauteur au-dessus de la plaine les dépôts de tuf peuvent fort bien avoir eu pour cause les inondations des rivières qui, en même temps que des matériaux volcaniques, ont amené également du limon de marnes. D’après M. DuBois on trouve des animaux aquatiques enfouis dans les couches de tuf jusqu'à 50 mètres au moins au-dessus de la plaine, tandis que les animaux terrestres se rencontrent plus haut dans la montagne.

Il est évident que, lors des violentes éruptions du Wilis et du Lawou, la rivière de Madioun doit avoir entraîné, comme la rivière Solo lors des éruptions du Mérbabou, du Mérapi et du Lawou, des quantités énormes de cendres et de sables, délayées par l’eau à l’état de boue. Les deux cours d'eau doivent avoir inondé fréquemment alors la chaîne de collines tertiaires. De plus, nous apprendrons à connaître dans la résidence de Solo des dépôts d'âge quaternaire situés à une centaine de mètres au-dessus du niveau actuel de la rivière Solo, et qui ont pu difficilement y être apportés autrement que par des rivières ou sous forme de courants boueux. A mon avis, il n’est donc pas invraisemblable qu'il faille attribuer aux inondations des rivières Solo et Madioun, à la suite de violentes éruptions volcaniques, la couche tuffeuse mince qui recouvre les marnes de Madioun jusqu'à 100 et même 150 mètres au-dessus de la plaine (de 150 à 200 mètres d'alt.); tandis qu'il faut considérer comme déjections meubles les produits volcaniques situés plus haut encore dans la montagne.

La composition des tufs arénacés et ressemblant à des conglomérats n'est pas la même partout. Ce sont la plupart des grès bruns et gris et des conglomérats fins à petits cailloux roulés, comme à Ngawi (No. 389) et à Kédoung broubous (No. 385). Si les cailloux roulés deviennent plus nombreux et plus grands, ils passent à des conglomérats. S'ils ont en même temps une certaine teneur en calcaire, ils deviennent notablement plus durs, comme au doukouh Golan sur la rivière Solo (No. 391). Enfin, les couches tuffeuses horizontales (No. 386) du village de Notopouro, au Nord de Tiarouban, contiennent quantité de gros fragments arrondis de pierre-ponce (No. 387). Les couches de tuf y présentent une alternance de petites couches excessivement fines, de: teinte gris-clair, argileuses, épaisses de quelques millimètres seulement, et de bancs plus épais d'une nature plus arénacée. Entre les deux. existent cependant des couches de conglomérats, de 1 m. à 14 mètre d'épaisseur, qui consistent en fragments arrondis de pierre ponce et d'andésite à hornblende (No. 388). Comme les lourds fragments d'andésite et les morceaux légers de pierre ponce ne se montrent pas: en couches séparées, mais entremêlés les uns avec les autres, les: morceaux de pierre-ponce n'ont pu arriver jusqu'ici en flottant, mais-

on doit se figurer que du Wilis est descendue une pâte, chargée de cendres, de sable, de fragments de ponce et d'andésite, et que ces matériaux ont été déposés au bord de la plaine, sur les couches tertiaires et contre celles-ci, grâce au concours de l'eau des rivières environnantes et de la pâte elle-même. Il n'est pas invraisemblable qu'une partie de la plaine, surtout celle qui confinait à la série des collines tertiaires, ait été inondée temporairement et ait formé ainsi un lac. Aussi a-t-on à diverses reprises rencontré dans les tufs des coquilles d'eau douce.

Examen microscopique des tufs.

No. 391. Tuf calcarifère du village de Golan, sur la rivière Solo. On y a trouvé de grandes cornes de buffle.

Au microscope, on voit des fragments d'augite, d'hypersthène, de hornblende vert brunâtre, de hornblende brun foncé à bord grenu noir, de petits morceaux d’andésite et beaucoup de minerai de fer. Les cristaux très frais sont enfermés dans une pâte de spath calcaire.

No. 392. Fragment des tufs No. 391: C'est une andésite à hornblende altérée, dans laquelle toute la hornblende est décomposée en grains noirs. Le plagioclase est encore très frais. Il y a peut-être aussi un peu de sanidine. Enfin quelques cristaux de quartz limpide.

No. 388. Fragment d’andésite du conglomérat du village de Notopouro. C'est une andésite à hornblende avec beaucoup de hornblende brune, décomposée en partie en grains noirs. Un peu d’augite.

No. 387. Fragment de pierre-ponce du conglomérat du village de Notopouro. Au microscope, 1l présente un verre ponceux filamenteux et incolore, avec cristaux porphyriques de plaglioclase, de hornblende, peu de pyroxène et du minerai de fer. C'est donc une ponce d'andésite à hornblende.

Fossiles des tufs quaternatres. Des ossements de mammifères fossiles ont déjà été trouvés par RADEN SALEH dans le voisinage du Pandan. Ils ont été décrits par M. MARTIN dans les Sammlungen des geol. Reichsmuseums zu Leiden, Band IV. Les vssements No. 390 que nous avons récoltés à Alas touwa, au Nord de Sondé, ont été expédiés à Leyde. Une partie de ceux-ci a été décrite par M. MARTIN dans les Verh. der Koninklijke Academie van Wetenschappen, Afd. Natuurkunde te Amsterdam, Tome XXVIII, 1890. Ils y sont considérés comme appartenant à la formation de Siwalik (pliocène). M. DUBOIS, qui a rassemblé une collection très complète des restes de mammifères fos- -siles, en 1890 et dans les années suivantes, les tient positivement pour plus jeunes; en effet, il les regardait d’abord comme quaternaires (Natuurk. Tijdschr. van Ned. Indié, LI 189r, p. 93 à 100), plus tard, ou bien «omme du pliocène supérieur ou bien comme quaternaires anciens.

Depuis un certain temps, quelques paléontologues, parmi lesquels

ZATTEL (Handbuch der Paläontologie, Band IV 1893, p. 748), considèrent la faune du Siwalik comme d'âge miocène moyen ou supérieur, pour une grande partie, et comme pliocène inférieur pour une partie plus petite. M. DUBOIS m'a écrit (juin 1894) qu'il se rallie à cette détermination d'âge et qu'il maintient son ancienne opinion, que la faune des vertébrés fossiles de Java est plus jeune que les couches de Siwalik les plus récentes (que l’on tient pour pliocènes anciennes). Elle peut donc, d'après lui, être tout au plus d'âge pliocène supérieur, peut-être même d'âge pleistocène inférieur. Il reste fidèle à cette opinion dans son dernier travail (Pithecanthropus erectus, Batavia 1894).

En rapport avec ce qui précède, on ne doit pas perdre de vue qu’une partie de ce qui est représenté comme dquaternaire sur nos cartes, appartient peut-être à la période néo-pliocène.

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