Le Mouriah—Patiaiam
Le Mouriah fait partie des ‘volcans qui sont arrivés déjà depuis longtemps à l’état de repos; par suite d’une érosion séculaire, la forme des remparts circulaires, qui se sont formés par l'effondrement du sommet, a été fort modifiée, mais on peut encore reconnaître distinctement deux grands cirques de cratère anciens. Le plus septentrional a un rayon de 2.4 kilomètres; 1l passe par les sommets Soutorénggo (1595 m.), Gadia moungkour IT et Watou païoung, et 1l enserre la cuve de Témpour. Ce rempart est percé au Nord-Est par la rivière Guëlis 1, qui coule dans un profond ravin. Tout près de Témpour on peut reconnaître, dans l’intérieur de la cuve, des portions d’un rempart annulaire plus petit, qui représentent peut-être un point d’éruption plus jeune.
Au Sud de la cuve de Témpour se trouve un rempart annulaire de 3.15 kilomètres de rayon, dont seule la moitié septentrionale avec les cimes Rahtawou (1517 m.), Soutorénggo (1595 m.) et Ringguit a été conservée. A l'intérieur de ce cirque, il en existe un plus petit d'un rayon de 1.35 kilomètres, dont il ne reste également que la moitié septentrionale avec le sommet Argodiambangan (1406 m.). Entre le versant extérieur du petit et la paroi intérieure du plus grand, la rivière Guëlis Il coule dans une vallée profondément encaissée. Enfin, au Sud
de la désa Gambi, il existe encore un petit fer à cheval, ouvert au Sud, probablement aussi un petit point d’éruption.
Vue à grande distance, la montagne présente encore distinctement la forme d'un volcan dans sa partie inférieure, tandis que le sommet a disparu par effondrement et que la montagne s’est ainsi ébréchée d’une façon irrégulière.
En venant du Sud, le volcan se présente à Kaïen tel qu'il est représenté dans la Fig. 27. A gauche on voit le versant faiblement incliné du volcan s'élever régulièrement vers le Rahtawou, (1517 m. d’alt.), qui descend en pente fort escarpée vers l'Est. Puis la crête prend la forme d'une ligne brisée irrégulière, qui, au Soutorënggo, s'élève à une altitude de 1595 mètres, et qui ne passe de nouveau à la pente douce et régulière des volcans que près d'un sommet inférieur, appelé Gadjamoengkoer (Gadiamoungkour) sur la carte topographique. La portion moyenne de cette montagne, entre les Rahtawou et Gadiamoungkour Î, représentée en pointillé sur la figure, a évidemment disparu par suite d'un effondrement. A l’origine, la montagne doit avoir eu le double de la hauteur du Rahtawou, c’est-à-dire 3000 mètres.
Vu de l'Ouest, à 3 kilomètres au Sud de Diapara, le versant méridional se termine également près du Rahtawou, le versant septentrional près d’un sommet, qu'on nomme Gadiamoungkour, et qu'on a désigné sous le nom de Gadiamoungkour IT (voir Fig. 28) pour le distinguer du sommet mentionné plus haut. La partie située entre ces deux sommets forme de nouveau une crête irrégulière.
Sur le versant de la montagne, je n'ai rencontré qu'un seul petit point d'éruption, au Sud-Est du Gg. Ringguit On passe ce point lorsqu'on va de Pati par Tlogowoungou (70 m. d’alt.) au pasanggrahan Dieloubang (571 m. d’alt.). C’est une plaine horizontale, entourée d’un bord de projections meubles et de cendres fines, altérées, passées à l’état d'argile brun-rouge, avec fragments inclus. Ce monticule est nommé Gg. Rowo. Il est probable que la plaine à l’intérieur de cette muraille était auparavant couverte d’eau; elle est maintenant desséchée et aménagée en rizières. Le diamètre "de cette, plaine test de 5500 mètres environ.
Non loin de Diéloubang, dans la vallée de la rivière Tangkil, existe une source qui dégage de l’eau et de l’anhydride carbonique. Elle a été décrite plus en détail par M. KOORDERS, dans sa relation sur le Mouriah (Nat. Tijdschr. van Ned.-Indië XLVII 1887 -p. 260 à 273, avec 14 profils et esquisses), la première bonne description du Mouriah que nous possédions.
Une vue sur la montagne, prise du côté Nord à Tilouwak, est représentée dans la Fig. 29. On y voit le Soutorënggo à l'arrière-plan; à son pied se trouve Témpour (660 m. d’alt.) et de la cuve s'écoule le Kali Guëlis I.
Ta
Le Patiaiam est un volcan distinct, situé au pied méridional du Mouriah. Dans la fig. 27 on peut voir le Patiaïam en avant du Mouriah. Le plus haut point, nommé Bérgad gondok, situé à 353 mètres d'altitude, est le sommet oriental d'un petit cirque de cratère ouvert au Sud et dont le rayon est de 600 mètres environ. La montagne forme un cône d'une pente très douce et consiste entièrement en déjections meubles, le plus souvent ténues. Vers le Nord, elle est rehée au Mouriah, à la désa Bringuin, par une selle plate qui est à 200 mètres au-dessus de la mer. |
Roches du Mouriah. Le Mouriah, le Patiaïam et le Tuléring appartiennent, ainsi que le Lourous et le Ringguit en Bésouki et l'île de Bawéan, aux rares endroits de Java où se montrent des roches à leucite.
Les volcans de Diapara sont même constitués exclusivement de ces roches, tandis que les phonolithes y font entièrement défaut. On na pas rencontré davantage de vraies andésites; bien que certaines leucitites, à teneur en leucite faible ou cachée, commencent à ressembler à des andésites. Mais dans ce cas le caractère tout entier de la roche montre encore distinctement qu’elle appartient aux roches leucitiques.
Parlons d’abord du Mourriah; ce mont consiste en grande partie en déjections meubles, des fragments de roche grands et petits, du gravier fin, consistant primitivement en cendres et sable, mais partiellement transformé en une argile brun-rouge foncé. Entre ces matériaux apparaissent également des coulées de lave, qui sont assez souvent désagrégées et altérées à la surface et qui ont alors aussi l'apparence de blocs incohérents enfermés dans une argile rouge.
Parmi les roches, ce sont les téphrites et les leucitites qui dominent ; les basaltes à. leucite sont en quantité bien plus faible. Les deux premières roches passent graduellement l’une à l’autre, leur teneur en feldspath variant. En outre on ne rencontre aucune leucitite dans laquelle le feldspath manque totalement, du moins dans la pâte. Nous avons déjà constaté le même fait pour les roches de Bawéan. Une particularité des roches leucitiques du Mouriah, c'est que les leucites y atteignent assez souvent de grandes dimensions. Alors qu'on ne pourrait le plus souvent les découvrir qu’au microscope dans les roches de Bawéan et de Béësouki, les leucites des roches du Mouriah atteignent la taille de 5, 10, 12 et même 15 millimètres en diamètre.
En échantillons les roches du Mouriah sont d’une couleur qui varie du gris-foncé au noir presque pur, lorsqu'elles ne sont pas altérées. Par l’altération elles prennent des teintes gris-clair. Dans la plupart des roches foncées à grains fins, on ne peut voir communément que des leucites blanches ou rouge pâle; dans d’autres, il n’y a que des augites foncées; dans d’autres encore, on n’aperçoit absolument pas de
grands cristaux. Peu d'échantillons seulement sont poreux, la plupart sont tout-à-fait compacts.
C'est M. l'ingénieur FENNEMA qui le premier a recueilli des roches du Mouriah et des alentours; elles provenaient du pied méridional, au Nord du Patiaïam (Nos. 401 à 403), du Patiaïam même (Nos. 423 et 424) et du versant Sud-Ouest du Mouriah au-dessus de Tambak (No. 404).
Plus tard, M. l'ingénieur des mines VAN HEUCKELUM a recueilli des échantillons au versant méridional du Mouriah, au village de Képanguen et à la rivière Guilingan (Nos. 405 à 409); puis, au village de Régouing (No. 410); au village de Masin, non loin de Këbon agoung (No. 411) ainsi qu'au village de Soudo (No. 412). Toutes ces localités se trouvent au Nord-Ouest du Patiaïam.
On trouve une description de toutes ces roches dans le travail: VERBEEK et FENNEMA, Nieuwe geologische ontdekkingen op Java. Verhandelingen der Kon. Akad. van Wetensch. te Amsterdam, 1881. Reproduit dans le ,,Jaarboek Mijnwezen, 1881, 1.” Elles appartiennent en partie aux téphrites, pour une autre partie aux leucitites; quelquesunes seulement aux basaltes à leucite, grâce à la présence d’olivine.
Parmi les cristaux porphyriques de ces roches, on remarque: de l’augite vert-foncé, à belle structure zonaire et en cristaux maclés en Croix, parfois avec lamelles maclées d’augite; de la hornblende en sections brun-foncé fortement absorbantes, le plus souvent à bords grenus noirs; du mica magnésien brun, qui est biaxe et qui paraît appartenir à la phlogopite; le mica aussi est décomposé en grains et offre alors un réseau d'aiguilles fines brun-foncé, qui appartiennent peut-être au rutile. On ne put recueillir assez de paillettes de mica pour permettre une analyse chimique de l'acide titanique. Il y a ensuite du plagioclase, parfois en cristaux frais nombreux, parfois aussi manquant presque totalement ; de la sanidine, tant soit peu problématique: quelques sections simples limpides et certaines macles semblent appartenir à cette espèce; de l'olivine, sensiblement incolore, qui n'existe que dans quelques roches, surtout dans celles du Patiaïam, avec inclusions de petits octaèdres obscurs de la taille de 0.03 mm.; de l’apatite, ayant l’apparence d’une matière feutrée trouble par suite d'interpositions sombres extrèmement fines, incluse le plus souvent dans l’augite, la hornblende et le mica mais aussi en cristaux isolés; de la néphéline, en sections rectangulaires et hexagonales, quelquefois un peu trouble par un commencement de décomposition ; taille 0.3 mm.; de la leucite, en grains qui n'atteignent que la grosseur de 0.3 mm., parfois à belles stries polysynthétiques et à inclusions en couronne; de la magnétite, en sections octaédriques et hexagonales.
Tous ces cristaux, dont il manque assez souvent quelques uns dans la
même roche, se trouvent dans une pâfe, qui consiste en petits bâtonnets étroits d’augite, en baguettes de plagioclase, en leucite et en magnétite : de temps à autre aussi 1l y existe un fond isotrope qui a l'apparence du verre, mais qui est constitué probablement de grains de leucite, dont la délimitation en cristaux ne peut être vue distinctement. Dans quelques roches, la teneur en leucite devient très faible.
Plus tard, M. l'ingénieur VAN HEUCKELUM a récolté au versant Sud-Ouest des échantillons de gros blocs gisant dans la rivière au village de Ragou, au-dessus de Tambak. Ce sont ceux désignés sous le No. 413. Ils appartiennent tous aux téphrites et contiennent de la leucite en grands cristaux qui atteignent la taille de 10 mm. et des augites, . qui atteignent celle de 6 mm. Au microscope, ils contiennent, pour une partie, une faible proportion d’olivine, sans passer pour cela aux basaltes leucitiques. En outre, beaucoup d’apatites volumineuses et feutrées, peu de mica, pas de hornblende, fort peu de néphéline. Ils sont d’ailleurs identiques aux téphrites décrites plus haut.
J'ai recueilli moi-même les roches qui suivent :
No. 414. Du pasanggrahan Diéloubang, au versant Sud-Est du Mouriah. Zeucitite.
No. 415. Du petit point d'éruption Gg. Rowo, à 2 kilomètres au Sud-Est de Diéloubang. Z'éphrite, avec fort peu de leucite ; des apatites volumineuses feutrées, de 0.65 mm. en diamètre.
No. 416. Du village de Méëdani, au versant septentrional du Mouriah dans la vallée du Kali Guëlis I. Beau basalte à leucite. En cristaux porphyriques, rien que de l’augite et de l'olivine. Pâte de leucite, peu de plagioclase, de l’augite, de la magnétite et de l’apatite.
No. 417. Du versant septentrional. du Gg. Soutorénggo, la plus haute cime du Mouriah. 7Zéphrite.
No. 418. Caillou roulé de la rivière à la désa de Témpour, provenant du cratère septentrional. Cette roche renferme de grandes leucites, ayant jusqu'à 8 mm. de diamètre. C'est une /eucrfite. Les grandes leucites y sont partiellement décomposées en un minéral zéolithique trouble. La pâte contient aussi beaucoup de calcaire spathique.
No. 419. Caillou roulé de la rivière à la désa de Témpour. Il s’y montre des leucites de teinte rouge-pâle, ayant jusqu'à 12 mm. en diamètre, décomposées en grande partie en une substance trouble. Dans des formes d’'augite (ou d'olivine), on voit un mélange de chlorite, d'hydroxyde de fer et de spath calcaire. Il n’y existe plus d’augite non altérée. Donc /eucitite altérée.
No. 420. Du versant Nord-Ouest du Mouriah, au-dessus du village de Manding. Contient des leucites porhyriques de la taille de 6 mm. C'est une roche fraîche, dans laquelle les leucites présentent très distinctement de belles stries polysynthétiques. Parmi les feldspaths porphyri-
ques, il semble aussi y avoir un peu de sanidine. ZLeucrifite ou téphrite
No. 421. Caillou roulé de la rivière au village de Ragou, au-dessus de Tambak, au versant Sud-Ouest du Mouriah. De grosses leucites porphyriques, ayant jusqu'à 12 et 15 mm. de diamètre. Zeucrifite, naturellement avec une faible teneur en plagioclase.
No. 422. Caillou roulé de la rivière au village de Ragou, au versant Sud-Ouest du Mouriah. En échantillons c'est une roche noir-foncé avec grandes augites. 7éphrite avec peu de grosses leucites, et des cristaux de hornblende décomposés en grains.
N.B. Dans ces roches et dans toutes les autres roches du Mouriab, l'apatite se présente en petits prismes épais, feutrés et troubles qui, bien que de faibles dimensions, font partie des cristaux porphyriques plutôt que de la pâte. Ils doivent assurément être comptés parmi les éléments les plus anciens de la cristallisation primitive, puisqu'ils se trouvent inclus dans la hornblende, l’augite et le mica. On n’a rencontré l’haüyne absolument dans aucune des roches du Mouriah.
Ici se termine la description des roches du Mouriah. On voit donc que les basaltes leucitiques y sont en minorité relativement aux leucitites et aux téphrites.
Roches du Patiaïam. Ainsi qu'on l’a dit déjà plus haut, le Patiaïam tout entier consiste en déjections incohérentes, surtout des tufs fins dans lesquels se montrent des fragments de roches leucitiques. Au pied méridional de la montagne, ces tufs ont été déposés en couches d’une façon éminemment régulière. Des tufs volcaniques extrêmement fins alternent avec d’autres d'un grain plus grossier; et ces derniers ont été probablement déposés sous les eaux à l'époque quaternaire, lorsque la rivière Diouwana arrosait le pied du Patiaïam. Comme au Sud de cette rivière, les dépôts quaternaires atteignent, à proximité de la chaîne calcaire, une hauteur de 65 à 8o mètres, la rivière elle-même aura naturellement atteint alors la même hauteur vers le Nord, contre le Patiaïam, et le pied de cette montagne aura été, jusqu'à cette hauteur, déposé sous les eaux.
Ces tufs sont remarquables, surtout parce qu'ils contiennent quantité d'ossements fossiles de mammifères, les mêmes en grande partie que ceux qu'on rencontre dans les dépôts quaternaires dans le Nord de Madioun. Les principaux gisements sont: la petite rivière Këédoung banteng au village de Soudo, au Nord de Aren maron. On y a déterré dans les couches de tuf fin (No. 431), de nombreux restes de mammifères (No. 432), à une profondeur de 8 à ro mètres au-dessous de la surface des arêtes voisines et à 1 mètre au-dessous du fond de la vallée. Un peu plus vers l'Ouest, au hameau de Kantülan du village de Térban, on a trouvé également des ossements (No. 433), la plupart sur la surface altérée et érodée du monticule Gg. Poutoh. Ces fossiles ont été expé-
diés à Leyde, ainsi qu'un os (No. 434) rapporté auparavant du Patiaïam par M. l'ingénieur van HEUCKELUM, sans indication plus détaillée du heu d’origine. Une partie de ces pétrifications ont été décrites par M. MARTIN dans les ,,Verhandelingen der Kon. Akad. van Wetenschappen. Afd. Natuurk. Tome XXVIII, 1890.
No. 431. Au microscope, les couches de tuf argileux extrêmement fin présentent une pâte limpide avec petits fragments de feldspath et des taches d’hydroxyde de fer. Entre nicols croisés, la pâte limpide devient sombre et l’on ne voit plus que quelques microlithes de feldspath polarisants, des fibres brun-clair de mica et de petits grains obscurs. La partie non polarisante de la masse consiste probablement en verre, peut-être aussi en matériaux de leucite, mais on n'a pu le constater d'une manière certaine.
Les çouches tuffeuses plus grossières contiennent de petits fragments blancs poreux, de nature ponceuse. Sous le microscope, on y voit de petits morceaux de fefdspath, d’augite et de hornblende, ainsi que des grains de minerai de fer dans une pâte trouble et de teinte blanc-brunâtre. Celle-ci contient un verre limpide à bulles d'air nombreuses, donc un verre ponceux; puis, de petits fragments de plagioclase, des lamelles de mica et des taches d’hydroxyde de fer, tout comme les tufs fins. On n'y voit pas de leucite, mais elle peut se trouver cachée dans le fond pseudo-isotrope.
Nos. 425 et 426. Fragments provenant des tuis, au sommet du Patiaïam, nommé Bérgad gondok. Ce sont des basaltes leucitiques à très faible teneur en leucite; ce minéral n’y existe pas à l’état porphyrique; en grains distincts dans la pâte pas davantage; la leucite est probablement cachée dans le fond pseudo-isotrope. Par contre, il y a beaucoup de plagioclase et d’olivine. Il semble que le plagioclase et la leucite se remplacent l’un l’autre dans les roches leucitiques ; dans ce cas le plagioclase est peut-être de la microcline.
Du Patiaïam sont encore originaires les roches mentionnées déjà plus haut Nos. 423 et 424; le No. 423 appartient aux /eucitites; le No. 424 aux basaltes leucitiques pauvres en olivine.