La chaïne frontière de Tégal
De bien plus d'importance que les deux terrains dont il vient d’être question, est la chaîne sise à l'Ouest de Panimggaran, à laquelle appartiennent les sommets Tianggal poutih et Diëémoko (1053 m). Ce terrain est surtout remarquable parce que le redressement et les grandes irrégularités dans la disposition des couches y fournissent une preuve excellente des compressions et des plissements violents que le sol de Java a partiellement subis. Nous considérons cette chaîne conjointement avec son prolongement en Tégal, où l’on trouve les mêmes roches.
La rivière frontière Kërouh passe entre deux arêtes; le dos situé en Tégal porte le nom d’Iguér Mégalamat; celui en Pékalongan atteint sa plus grande altitude au sommet Kandang ahour.
À l'Est de ce dernier se prolonge une seconde crête, qui est séparée de la première par la vallée de la rivière Asahan, affluent du Guénteng, et qui s'étend de la cime Tianggal poutih, sur la frontière de Banioumas, par le mont Dieémoko et les localités Wioro, Siboubak, Diogreg et Kandang sérang, vers les sommets Loumboung et Maour. Près de Wioro, il se montre, au pied de cette crête, un petit sommet d’andésite, le Gg. Watou radiout; et un peu plus au Nord, près de Siboubak, il affeure encore un peu d’andésite. La crête elle-même consiste en brèches et ‘en grès de matériaux d’andésite et de basalte. A l'Ouest de la crête, on trouve des argiles, des marnes et des grès, ainsi qu'une
rare couche calcaire près de Wioro (No. 779) et sur le sentier qui conduit de Sigougour au signal Diémoko (No. 778); ces couches paraissent contenir, non des matériaux d’andésite, mais des fragments et du gravier de roches gabbroïdes. Il semble donc que l’éruption d’andésite ait eu lieu après le dépôt de la série du Kandang ahour et avant celui des roches de la série du Diëmoko; mais la disposition des couches a été tellement troublée que je ne veux pas attacher beaucoup d'importance à cette détermination d'âge.
Entre Diogreg et Kandang sérang, la route coupe la rivière Guënteng. Vers l'Est, près du pont construit sur la rivière, on a un mur escarpé, consistant en brèches d’andésite et en grès qui ont une direction de 150° et une pente de 60° vers l'Est. Immédiatement en aval du pont, il existe une couche épaisse de grès calcarifère (No. 780), dont D. = 16°, I. — 85° à l'Est. Si:l’on descend maintenant la rivière, on marche constamment sur des argiles et des marnes fort redressées. Près du confluent de l’Asahan, les mesures ont donné D. — 180°, I. — 75° a l'Est. Puis se présente, sur une petite étendue, une disposition irrégulière des couches, que nous décrirons tantôt plus en détail. Plus loin encore les conchéstiacinentide so verse l'Ouest, et D: —°r80° » Sur lesentier qui conduit de Diogreg à Gantoungan, par Bodiong koneng et Karang touang, les argiles ont, près du passage de l’Asahan, D. = 160°, I. — 85° PES a Naranentouanes D" 178, lt— 0 à l'Ouest; et'dans/là rivière Kérouh, près Gantoungan, D. = 145, I. — 25° encore à l'Ouest (Sud-Ouest). Nous poursuivons maintenant notre route dans la résidence de Tégal. A la montée, qui conduit de Gantoungan à la longue arête Iguër Mégalamat, on trouve une roche éruptive gabbroïde (No. 703), qui se présente ou bien en fragments dans des argiles, ou bien en masse compacte. Après avoir suivi le dos en direction Sud jusqu'audessus de Bongas, on trouve, sur la pente rapide vers cette localité, désraroles dont D — 145) 0 —35°"au Nord-Est.
De Bongas, le chemin se dirige au Nord vers Kalitëngah; et puis à l'Ouest, par Boungkous, vers Watou koumpoul. Ici la direction des argiles se modifie totalement; à Kaliténgah, D. — 114", IL. — 70 au Nord-Nord-Est; à Diogdiogan, D. — 25°, I. — 45° au Nord-Ouest; à Boungkous, D. = 80, I. — 45 au Nord; de sorte que, sauf quelques exceptions, la direction y est à peu près de l'Ouest à l'Est, tandis que dans la chaîne qui borne Pékalongan, elle se rapproche davantage du Nord-Sud.
La position redressée et les selles aigues des couches se rencontrent aussi plus au Sud; c’est ainsi qu'à 14 kilomètre au Sud de Wioro, au pont sur le petit affluent Karang sari, on trouve d’abord des couches d’argiles de 180 de direction et d’une pente à l'Est de 40°; et pas plus de 30 mètres plus loin, à l’autre bord de la rivière, D. — 180 et I. — 30 à l'Ouest. Il existe donc ici, dans les argiles, un pli tranchant
ou une selle aigue (voir. Fig. 41). Près de Wioro même on trouve des aralestdont#D = 60 102 Ouect
L'irrégularité que nous venons de signaler dans la disposition des couches peut se voir dans le lit de la rivière Guënténg, un peu en aval du confluent avec l’Asahan, et elle est représentée dans la Fig. 42. La Fig. 42 À représente, en projection verticale, les couches situées à la rive droite; la Fig. 42 B, en projection horizontale, celles situées dans le lit de la rivière. L'étendue sur laquelle ce profil est à découvert est de 100 mètres environ. Si l’on continue sa route d’amont en aval, on trouve d'abord des argiles redressées très fissiles (k), parfois calcarifères, alternant avec des bancs plus épais d’argiles ou de marnes plus arénacées (z.k.) qui inclinent tantôt à l'Est, tantôt à l'Ouest, mais dont la pente est toujours de 60° à 90°; en deux endroits, pet q, on voit les contournements, en forme de selle ou de bassin, des couches minces d'argile, entre les bancs plus épais et plus durs. En r existe une selle très aigue; on y voit distinctement les couches disposées les unes à côté des autres, dans une direction de 170°; mais à l'Est, elles inclinent de 80° à l'Est, et à l'Ouest, elles ont une pente de 80° vers l'Ouest. Cette selle fait place à une faille; les argiles s qui suivent sont légèrement repliées, et elles ont une pente douce (+ 10°) au Nord-Est, tandis que la direction change de toutes parts, tout en conservant une valeur moyenne de 135; puis, la direction se rapproche continuellement de celle Nord-Sud; la pente est d’abord encore à l'Est, puis finalement à l'Ouest: D, —" 180, D 5002 /lOuest Pine en aval, les couches sont d’abord, sur une certaine étendue, recouvertes d'éboulis et cessent d’être bien visibles.
Ce profil donne un excellent aperçu de la grande irrégularité dans la disposition de certaines couches, à la suite de violentes compressions.
Si l’on suit le cours du Guënteng encore un peu plus en aval, on trouve, à quelque distance sur la rive gauche, un endroit où apparaît un peu d'huile minérale. Les couches n'y sont pas à découvert; on ny voit qu'une argile rouge, d'où suinte une très faible quantité d'huile brune.
Profil No. XX771. Le profil No. XXIII a coupé la chaîne frontière depuis Kali téngah en Tëégal, par Gantoungan, jusqu'au Gg. Dioïo; puis, faisant un saut vers le Nord, par le pont du Kali Guënteng jusqu'à l’arête Loumboung—Diëémoko et le terrain volcanique adjacent. Dans ce profil, on retrouvera les pentes indiquées ci-dessus. La couche de grès calcarifère au pont du Kali Guënteng se trouve, paraît-il, directement sous les couches du Gg. Loumboung. L’andésite affleure il est vrai plus au Sud, mais non dans notre profil; elle doit occuper une place entre cette couche de grès et les couches inférieures du Gg. Loumboung, ainsi qu'on l’a représenté au profil d'une manière schéma-
tique. Je me suis demandé aussi s'il ne serait pas possible que les couches sensiblement verticales fussent plus récentes que celles du Gg. Loumboung et que, en se soulevant, elles eussent été refoulées contre les couches de la paroi du Loumboung, qui s'étendent encore plus loin vers le bas, de sorte qu’elles ne se prolongeraient pas au-dessous de ces dernières. Mais pour différentes raisons je pense que tel n’est pas le cas; les argiles redressées et autres roches, notamment la couche de grès sise près du pont, ne contiennent pas de débris distincts d’andésite, ce qui est cependant le cas pour les couches du Gg. Loumboung, et témoigne donc en faveur d’un âge moins reculé pour ces dernières. Je crois donc que la disposition des couches telle qu'elle a été représentée au profil No. XXIII est exacte; s’il en est ainsi, les couches de l’arête du Gg. Dioïo—Kandang ahour sont les plus profondes de toutes les roches visibles; et il est remarquable que ce soit précisément dans ces couches (No. 775) et dans leur prolongement méridional, à 2 kilomètres environ au nord de Sigougour (No. 776), qu'on trouve de très gros blocs d’un grès quartzeux, à petites lamelles blanches de mica, mais sans calcaire, qui ressemblet tout-à-fait à nos grès éocènes. Je n'ai pu rencontrer ce grès en couches continues; il ne paraît exister qu'à l'état de gros fragments, englobés dans les couches miocènes inférieures, qui sont restés en place après la désagrégation et l'érosion de ces couches. Comme ces couches redressées se trouvent sous les brèches d’andésite et ne contiennent elles-mêmes pas de débris d’'andésite distincts, on pourrait encore se demander si par hasard elles ne seraient pas plus âgées que le miocène, éocènes p. ex. Pour les couches 7#férieures, notamment celles du Gg. Dioïo, cela n’est pas tout-à-fait impossible, car celles-ci n'ont pas du tout fourni de fossiles; seulement il reste alors étrange que les grès quartzeux ne se rencontrent nulle part à l'état de roche compacte, et qu'ils n'existent qu'en fragments incohérents. Pour les couches redressées plus récentes, telles que la couche de grès calcarifère près du pont (No. 780), et la couche calcaire qui affleure à Wioro. (No. 779) et sur le sentier entre Sigougour et le signal Dièëmoko (No. 778), ce n’est assurément pas le cas, parce que ces roches contiennent des orbitoïdes d’un caractère manifestement miocène.
Sur la carte, on a marqué le tout comme étage miocène inférieur; cela me paraît plus vraisemblable. Nous avons déjà, en Sémarang, trouvé un exemple de couches miocènes redressees, même verticales, et nous en rencontrerons encore en Chéribon et dans les Préanguer.
Examen microscopique. No. 775. Blocs de grès quartzeux, de teinte jaune clair, à petites lamelles blanches de mica. Se montre en gros fragments incohérents au Gg. Dioïo, prolongement septentrional de larête du Kandang ahour. Au microscope, la roche consiste en grains
de quartz, à inclusions liquides, gisant dans une pâte brune, trouble, qui consiste en particules d’argiles colorées en brun par l'hydroxyde de fer. Il s'y ajoute des fibres de mica incolores et quelques grains de minerai de fer. On n'a pu y découvrir aucune trace de hornblende ni d’augite. Donc, grès quartzeux.
No. 776. Grand bloc de grès quartzeux, à 2 kilomètres environ au Nord de Sigougour, sur la route de Wioro. Roche jaune grisâtre, à grain fin, non calcareuse. Au microscope, elle est analogue à la roche précédente. Les grains de quartz y contiennent de nombreuses bulles liquides; fibres de mica vertes ou incolores. Il n’y a ni feldspath ni augite. Grès quartzeux.
Cette roche et la précédente sont probablement des fragments éocènes englobés dans les couches miocènes.
No. 777. Du Gg. Watou radiout, une petite cime abrupte près Wioro, consistant en andésite compacte; roche gris-clair, à grains fins, avec quelques grosses hornblendes; au microscope, elle contient du plagioclase frais, de l’augite, de l’hypersthène, de la magnétite, ainsi que quelques hornblendes bordées de grains noirs. Ces cristaux gisent dans une pâte de cristaux plus petits de plagioclase, d'augite et de minerai de fer, mais une pâte microlithique proprement dite manque; le verre aussi fait défaut. C’est une andésite à pyroxène cristalline, avec quelques hornblendes.
No. 778. Couche calcaire, sur le sentier qui conduit de Sigougour au signal Diëmoko. Echantillon gris sombre. Sur la surface altérée, on voit des sections d’orbitoïdes. Au microscope, on observe de nombreux foraminifères, parmi lesquels des orbitoïdes de la taille de 9 à 10 mm, à chambres médianes spatuliformes, qui prouvent avec certitude que cette roche appartient au terrain miocène et non à l’éocène, car dans ce dernier on ne voit que des orbitoïdes à chambres médianes rectangulaires (discocyclines). Le calcaire contient en outre des cycloclypées de 4 à 5 mm. de longueur, avec chambres ordinaires en larges rectangles; enfin, des sections nombreuses de l’algue calcaire lithothamnium.
No. 779. Calcaire gris clair, finement grenu ou compact, intercalé entre des argiles à la désa Wioro. Les foraminifères y sont moins bien conservés qu'au No. 778; mais il semble que c’est exactement le même calcaire, peut-être la même couche. Les orbitoïdes, les cycloclypées et le lithothamnium y figurent aussi au premier plan; il y a en outre des rotalinidées et quelques autres espèces.
No. 780. Couche de grès calcareux, un peu en aval du pont sur le Guënteng, près de Kandang sérang. C’est une roche finement grenue, jaune brunâtre, qui au microscope présente des particules de plagioclase limpides et quelques grains arrondis de quartz, dans une pâte de calcaire spathique brune et trouble. Il n’y a pas d’augite inaltérée.
Dans cette masse calcaire se trouvent des foraminifères, en partie colorés en brun; ce sont principalement des amphistégines, longues de 2 mm., à 4 tours de spire; puis, de petites globigérines et quelques autres espèces, en partie brisées. Les foraminifères y sont la plupart de teinte brune, comme la pâte de calcaire spathique qui les renferme. C'est donc un grès calcareux de gravier feldspathique ; mais cette matière ne paraît pas être originaire d’andésites, car dans ce cas on trouverait aussi à coup sûr, dans ce grès, des fragments de pyroxène.
No. 782. Fragment originaire d’une brèche du Gg. Sigabouk à l'est de Sigougour. À l'œil nu, c'est une roche noir sombre, dans laquelle se voient des augites vertes et des olivines devenues brunes par altération: au microscope, on reconnaît de gros cristaux de plagioclase, de l’augite, de l’olivine et de la hornblende à grains noirs. Les olivines sont encore fraîches ; elles ne sont transformées que sur les bords et dans les cassures. La pâte est formée de plagioclase, d’augite et de minerai de fer, ainsi que d’un peu de verre incolore. C’est un basalte.
B. Zes roches volcaniques.
Len GS. Prahou.
A l'exception de la chaîne tertiaire que nous venons de décrire, et qui est située à la limite des résidences de Pékalongan, Tégal et Banioumas, tout le haut pays de Pékalongan consiste en roches volcaniques.
Les points d’éruption, qui ont projeté ces produits, se trouvent tous à la frontière de Banioumas; ce sont de l'Est à l'Ouest: 1. le Gg. Prahou (2565 m.), 2. le Gg. Boutak et son compagnon le Gg. Alang, 3. le Gg. Këndëng, 4. le Gg. Sikoutüng, 5. le Gg. Rogodiambangan (2175 m.), 6. le Gg. Bromo et 7. le Gg. Bèsèr — Gg. Dioukoung.
1. Ze Prahou. Le pied du Prahou descend régulièrement vers le Nord et on peut le suivre depuis le sommet, par Déëles, Bawang, Pélantoungan, Térsono et Limpoung, jusqu'à la grande route postale, à l'Est de Soubah.
L'hôpital militaire Pélantoungan est situé, comme nous le savons par la description de Sëmarang, en majeure partie en Sëémarang; seule la léproserie se trouve au bord opposé de la rivière frontière Lampir; donc, en Pékalongan.
A l'Est de Soubah, le pied du Prahou vient buter contre la chaîne tertiaire. Des coulées de lave n'y sont pas à découvert; on ne peut voir, à la surface, que de l'argile avec des Wocs d'andésite à pyroxène incohérents.