Le volcan Ringguit. (Planche No
Si l’on suit la grande route postale de Probolinggo à Bésouki, 44 kilomètres à peu près avant d'atteindre cette dernière localité, un sommet de forme excessivement singulière, situé vers l'Est, attire l'attention; sa forme est telle qu'il n’en existe pas à coup sûr la pareille parmi les volcans de tout le territoire de Java. C'est de ce point, à 3 ,,paal” (ou 44 kilomètres) de distance à l'Ouest de Bésouki, que fut pris le croquis de la Fig. 1. C’est une arête escarpée avec 5 sommets pointus, dont le plus haut porte le nom de Ringguit et s'élève à 1250 mètres au-dessus de la mer. Le versant Nord z descend, dans sa partie inférieure, régulièrement vers la mer; par contre, la pente méridionale c est irrégulièrement effritée. Plus au sud, il vient s'y rattacher un espace en forme de bassin 4, avec les sommets Loutiou (852 m. d’alt.) et Poutri I (765 m. d’alt.), dont le versant extérieur à descend régulièrement vers la plaine. Du point où fut pris notre croquis, on ne peut voir grand'chose des autres sommets situés plus au Sud à cause de la végétation qui les masquait.
Tous ces sommets appartiennent au volcan Ringguit, donnant ainsi un exemple des plus frappants d'une ancienne ruine volcanique, qui a acquis sa forme actuelle par des effondrements et des érosions ultérieures. JUNGHUHN ne visita ce volcan qu’en passant, et seulement du côté Nord-Ouest: c’est ainsi qu'il n'a pas indiqué exactement les rapports du Ringguit proprement dit avec les montagnes situées en arrière vers le Sud. C’est pour cette raison que ce volcan, relativement inconnu, sera décrit ici d'une manière quelque peu détaillée.
Dans le dessin Fig. 2, la chaîne située entre Bondowoso et la côte est représentée à l'échelle 1 : 200.000 avec les divers sommets et les divers cirques de cratères.
Cette montagne se compose de 2 parties: la partie septentrionale est le Ringguit proprement dit; la chaîne annulaire méridionale bien
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GEOLOGISCHE BESCHRIJVING VAN JAvA EN Maporra.
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plus étendue est appelée le plus convenablement la chaîne du Bèsèr, du nom du plus haut sommet (1303 m au-dessus de la mer.) Le nom de Ranou que lui donne JUNGHUHN ne revient selon la nouvelle carte topographique qu’à un petit sommet près de l'extrémité occidentale de la crête et haut seulement de 580 mètres. Le Ringguit est un cône volcanique dont la moitié septentrionale descend assez régulièrement du plus haut sommet (1250 mètres d’alt) vers la mer et qui a donc, en principe, conservé sa forme primitive, abstraction faite naturellement de l'érosion. La moitié méridionale possède, par contre, deux cuves profondes en forme de fer-à-cheval, dont l'existence ne peut-être expliquée qu’en admettant qu’en cet endroit deux parties de la montagne, sises l’une à côté de l’autre, se sont écroulées ; et que par conséquent, il existe ici, si l’on veut, deux cratères d’effondrement. Leur forme primitive, probablement circulaire, a passé, par suite de l’érosion des rivières, à une forme ressemblant davantage à un fer-à-cheval ou plutôt à une forme triangulaire. Dans la vallée occidentale de gauche coule la rivière Selowogo, qui, dans son cours supérieur, se partage en trois branches, le Taming, le Pënaïan et le Batou poutih. La vallée de droite, orientale, est arrosée par le Koukousan, nommé Tiora diati dans son cours inférieur, ainsi que par ses affluents. Les deux vallées encaissées sont limitées au sud par une crête circulaire, qui va de la désa Selowogo par les sommets Poutri I (765 m.), Loutiou (852 m.), un sommet non dénommé (625 m.), Tambak oukir (710 m.) et Koukousan IT (509 m.). La paroi septentrionale est formée par une crête ébréchée et très escarpée, qui atteint son point le plus élevé au sommet Ringguit (1250 m.) Les deux creux sont reliés par une arête qui du Ringguit descend à pic jusqu'à 375 m. au-dessus de la mer et qui s'élève ensuite de nouveau à 625 m., où elle atteint le revers meridional, dont il a été question plus haut, entre les sommets Loutiou et Tambak oukir. Un sentier conduit de Selowogo par les désas Kémirian, Tiora mas, Tiora kotog et Tiora awin vers le dos de jonction qu’on traverse en son point le plus bas (375 m.) pour descendre ensuite dans la vallée de Koukousan vers les deux désas de ce nom. Ici on jouit d’une vue splendide sur la côte escarpée du Ringguit, inaccessible du point où l’on se trouve, et qui s'élève à plus de 1000 mètres au-dessus du fond de la vallée.
Le versant extérieur méridional du volcan, c’est-à-dire la partie située au sud des sommets Poutri et Tambak oukir, présente l’inclinaison habituelle des volcans; une partie peut se voir dans notre croquis Fig. 1 en b. On ne peut plus déterminer avec exactitude l’endroit où était situé le cratère de ce volcan avant l’effondrement. Il doit avoir existé cependant très près du sommet actuel du Ringguit, puisque la hauteur de celui-ci dépasse si notablement celle des sommets de l’arête Poutri—Tambak oukir. Les éboulements ne sont donc pas ici des effondre-
ments centraux, mais localisés sur le flanc méridional du volcan. Il n’est pas impossible que le cratère coïncidait exactement avec le sommet le plus élevé; mais il peut tout aussi bien avoir été situé un peu plus vers le Sud-Est, au nord du Tambak oukir; et cette dernière hypothèse me paraît la plus probable. Dans ce dernier cas, le Ringguit devait jadis être bien plus élevé qu'à présent.
Le massif du Ringguit décrit ici est relié, par un dos qui s'étend du sommet Poutri I (765 m.) dans une direction méridionale par le sommet Boukit (675 m.), avec la crête de la chaîne du Bèsèr. Le point où cette crête se rattache au dos de jonction se trouve à l’est du sommet Bèsèr et à 1170 mètres d'altitude.
De même que l’arête du Poutri-Tambak oukir, la crête du Bèsèr est annulaire et même assez régulièrement circulaire dans toute son étendue; mais elle est notablement plus grande. L’arête commence vers l'Ouest non loin du sommet Ranou, passe par les sommets Diémbour (1006 m.), Pandousah (1057 m.), Bèsèr (1303 m.), le point où le dos de jonction se détache vers le Nord (1170 m.), un sommet sans nom (1160 m.), Pandito (914 m.), et encore un sommet sans nom (480 m.), pour se diriger ensuite insensiblement vers le Nord-Est vers la plaine près Sitoubondo. En un seul point, l’arête est interrompue par la rivière Blountiong qui prend sa source près des sommets Poutri I et Loutiou, arrose les. désas Radiek wësi et Wonoboïo, perce alors dans la paroi une crevasse, profonde de 200 mètres, coule ensuite par le hameau et la désa Liprak, et se jette enfin dans le Sampéian au-delà de la désa Pandak.
L'arête du Bèsèr descend à pic du côté Nord seulement; du côté Sud, la montagne présente la pente ordinaire des volcans jusque près de Bondowoso. Ce fait, ainsi que la forme circulaire de la crète, nous font aisément voir dans la chaîne du Bèsèr le reste méridional d’un grand volcan, dont la partie septentrionale a disparu, par suite d’un effondrement, sous la surface des eaux. Le dos de jonction, depuis Bèsèr jusqu'à Poutri I, appartient aussi en grande partie à cet ancien volcan, et l’on peut se demander si les vallées encaissées situées à gauche et à droite de ce dos ne représentent pas également deux terrains effondrés, comme c’est le cas pour le Ringguit. Il est probable que ces creux ne doivent ici leur origine qu'à l'érosion des rivières. Il est encore possible de déterminer avec une grande vraisemblance la position du cratère du volcan Bèsèr, car nous pouvons admettre qu’elle coïncidait avec le centre du cercle qu'on peut tirer par les plus hauts sommets de l’arête du Bèsèr. Par hasard, ce centre coïncide précisément avec le sommet actuel du Ringguit, et si de ce point on décrit une circonférence d'un rayon de 104 kilomètres, cette ligne passe exactement ou à peu près par les sommets Diémbour, Pandousah, Bèsèr, le sommet de 1160 mètres, le Pandito et la cime de 480 mètres; c’est.
bien là une preuve que nous ne sommes pas loin de la vérité. Si le bord de la partie effondrée äe ce volcan était situé au-dessus de la mer, nous verrions ici un cirque colossal de 21 kilomètres de diamètre ayant au milieu, comme cône central, le Ringguit dont les dimensions sont bien moindres. De même que le Krakatau avant l'effondrement de 1883, Santorin et tant d’autres volcans, notre volcan Ringguit consiste en une chaîne de délimitation circulaire plus ancienne, — le Bèsèr — et en un cône central plus jeune, le Ringguit proprement dit.
JUNGHUHN pensait que le versant méridional du Bèsèr (qu’il appelait le mont Ranou), et le versant septentrional du Ringguit, étaient des parties d’un seul et même cône volcanique, et il le figure ainsi dans son profil Ringguit Fig. 2. Mais un coup d'œil sur notre petite carte fait déjà voir que l’arête du Bèsèr est bien plus longue que le Ringguit et que ces deux monts ne peuvent jamais être des portions d’un seul et même cône. Le flanc nord correspondant au versant méridional du Bèsèr se trouve en effet sous la mer, loin du Ringguit et au nord de celui-ci. |
L'histoire du volcan est donc celle-ci: 1. Edïification d’un très grand cône volcanique par un cratère qui se trouvait à peu près à l'endroit du sommet actuel du Ringguit. Une partie de ces éruptions a eu lieu incontestablement sous la mer et arriva à l’époque tertiaire, ainsi qu'il a été prouvé lors de la description des roches du canal près de Sitoubondo. À en juger d’après ses dimensions, ce volcan doit avoir eu une hauteur très notable, peut-être de plus de 3000 m. 2. Effondrement de ce volcan, par lequel une grande partie disparut sous la surface de la mer, la partie méridionale seule restant épargnée. 3. De nouvelles projections d’un cratère qui coïncidait exactement ou à peu près avec le cratère primitif. Edification du cône du Ringguit. 4. Deux effondrements sur le versant méridional du Ringguit. 5. Fin des éruptions et commencement de l'érosion par les rivières, qui toutefois n’était pas encore suffisante pour rendre méconnaissable l’ancienne forme volcanique de la chaîne du Bèsèr.
Je ne puis me rallier à l'opinion de JUNGHUHN, que ce volcan aurait eu une éruption violente en 1586 et que CORNELIS HOUTMAN aurait encore vu s’en échapper de la fumée en 1597. Aussi STÔHR a-t-il déja démontré l’invraisemblance de cette assertion, et il attribue l’éruption au Raoun. (Neues Jahrb. für Mineralogie, 1864, p. 436 et suiv.). Nous y reviendrons ultérieurement. Selon moi, le Ringguit et quelques autres volcans avec leurs cratères d’effondrement fortement creusés par les eaux appartiennent aux volcans inactifs depuis érès longtemps, dont il est fort difficile d'admettre l’activité dans les temps historiques.
Pétrographie. Le Bèsèr et le Ringguit consistent en partie en bancs de roches compactes, en coulées de lave, en grande partie aussi en
blocs isolés gisant dans une argile brune, Çà et 1à encore en brèches de fragments angulaires grands ou petits. Les blocs détachés enfermés dans l'argile ont été probablement produits par la désagrégation et l'effritement de coulées de lave; ils peuvent aussi, en partie, devoir leur origine à des projections de matières meubles.
Les roches dont sont édifiés le Bèsèr et le Ringguit, ce dernier plus jeune que l’autre, présentent bien entre elles quelque différence; mais ce sont toutes des roches leucitiques, très rares à Java, car en dehors de cet endroit, on ne les a plus rencontrées qu'au Gg. Mouriah en Diapara, dans l’île de Bawéan, et au Gg. Lourous en Béësouki, que nous allons décrire tantôt.
Bien que dans la plupart des roches la proportion de leucite soit assez importante, les leucites restent d'ordinaire très petites (4 à 1 de mm.) dans les roches du Ringguit et sont rarement plus grandes que 1 millimètre. Dès lors on ne peut les découvrir le plus souvent n1 à l'oeil nu ni à la loupe, mais seulement au microscope.
Sur la grande route postale, près du poteau 17,1) dans le voisinage de la côte, la roche est à découvert sous forme d’une masse compacte et étendue, évidemment une coulée de lave (No. 46) qui s’avance ici dans la mer. Cette roche est de couleur gris sombre et à grains très fins; à l’œil nu et à la loupe on ne peut y distinguer que des augites vertes. Au microsscope, on voit une roche complètement cristalline, sans aucune pâte vitreuse. La pâte consiste en un mélange cristallin très fin d’augite, de leucite, quelques olivines et de la magnétite. L’augite est d’un vert très tendre; d'ordinaire très pure, sans inclusions ou avec quelques grains de minerai de fer seulement. Les leucites n’ont que la taille de 0.10 à 0.15 de millimètre, par exception celle de 0.20 de millimètre; elles sont limpides comme de l’eau et renferment des microlithes d’'augite ainsi que des granulations de minerai de fer. L’olivine est vert-clair comme l’augite et par là il est parfois difficile de l’en distinguer. Cependant le minéral devient distinct par ses sections, le plus souvent en losange, et la couleur brune qu'a prise, par décomposition, soit l'intérieur seul du cristal soit le cristal tout entier.
Dans cette pâte se trouvent de grands cristaux d’augite qui ressemblent parfaitement à ceux de la pâte elle-même, ainsi que des sections d'un minéral décomposé en matière grenue noire qui, à en juger d’après la forme, peuvent provenir aussi bien de mica (phlogopite) que de hornblende. Je les tiens, par analogie avec ce que nous voyons dans d’autres roches leucitiques, à la fois pour des phlogopites et des hornblendes décomposées. I n'y a ni feldspath ni néphéline, car la roche ne gélatinise pas du tout ou faiblement par l’action de l’acide chlorhydrique. Çà et là il ya quelques zéolithes, probablement comme produit de décomposition de la néphéline. Cette roche est donc une véritable /eucrfite olivinifère.
1) Le poteau ou ,,paal” javanais est égal à 114 kilomètre.