Le PBalouran
Le Balouran est le volcan le plus oriental de Java. Au nord et à l’est il est limité par la mer; la rivière Badioulmati au Sud, à l’ouest cette mème rivière et la rivière Kalorkoran le séparent à peu près des produits de l’Idien, que les eaux ont fort entamés. La route de Soumbérwarou à Badioulmati, laquelle a été depuis peu rendue carossable, passe par le pied occidental du volcan. Un peu après le poteau 50, près du pont sur le Kalorkoran, à 14 mètres d'altitude, on commence aussitôt à monter sur des coulées de lave du Balouran jusque près du poteau 57, où l’on se trouve à 245 m. au-dessus de la mer. De ce point
la route descend sans interruption jusqu'au pont sur le Badioulmati, à 20 m. d'altitude. De ce côté, le Balouran est un cône très régulier à sommet plat; ce sommet s’est en effet effondré et il s’est formé de la sorte un creux en forme de fer-à-cheval, avec une ouverture vers le Nord-Est. Le diamètre du cirque du cratère est d'environ 3 kilomètres; le point le plus élevé est à l’ouest, à 1292 m. de hauteur. Le Balouran consiste, comme presque tous les autres volcans, en couches alternantes de déjections meubles et de coulées de lave; une de ces dernières constitue la couverture supérieure du côté occidental. La partie sud-est du volcan est très plane, et présente même la forme d'un plateau jusque + 40 mètres d’altitude. Il peut se faire que les roches que l’on trouve ici aient été déposées sous la mer. Nous n'avons pas exploré cette partie orientale d’une manière plus détaillée.
Des échantillons (No. 55) détachés du flanc occidental, près le poteau 51, sont des roches grises dans lesquelles on peut voir à la loupe des olivines brunes et des feldspaths. Au microscope, on constate que c'est un basalte. La pâte est formée de plagioclase, d’augite, de minerai de fer et d’olivine, qui par exception se présente même en petits cristaux, ainsi que d'un verre peu transparent. On remarque ensuite des plagioclases porphyriques, de l’augite vert-clair, de l’olivine jauneverdâtre, brune par decomposition dans les fissures et sur les bords. La roche est un asalte.
ROSENBUSCH (l.c.) a examiné des roches du Balouran 1) recueillies par STÔHR, et LORIÉ (Lc.) les échantillons de cette montagne récoltés par JUNGHUHN. Toux deux ne trouvèrent dans ces roches que des basaltes. STôHR (Die Provinz Banjoewangi in Ost-Java mit der Vulkangruppe Jdjen-Raun. Abh. der Senckenberg’schen naturf. Gesellschaft, Band IX, 1874) visita aussi la partie nord-est de cette montagne.
A, L'Jdien.
Cette chaîne imposante et très importante mériterait bien d’être décrite dans. une monographie développée. Les anciennes descriptions de JUNGHUHN, STÔHR et d’autres ont toutes ce mauvais côté qu’elles ne s’appuyaient pas encore sur de bonnes cartes. Les choses se sont améliorées depuis par les excellentes cartes topographiques avec courbes de niveau de Béësouki à l'échelle 1 : 20.000 et de Baniouwangui à Téchelle 1 : 40.000.
La partie orientale des sections de Diëmbèr, Bondowoso et Sitoubondo ainsi que la majeure partie de la section de Baniouwangui sont recouvertes
1) Jadis on écrivait le plus souvent dans les ouvrages hollandais Boeloeran. Selon les nouvelles cartes topographiques, il faut Baloeran (Balouran.)
par les produits de l'Idien et de ses dépendances sur une superficie d'environ 5000 kilomètres carrés.
Nous devons de nouveau faire ici une distinction entre l’ancien cône de l’Idien proprement dit, dont le sommet s’est effondré, et nombre de points d’éruption plus jeunes, qui plus tard ont pris naissance sur ce volcan tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du terrain effondré. A ceux-ci appartiennent surtout le Mérapi du côté Est et le Raoun du côté Sud- Ouest, dont les manteaux recouvrent ici les produits plus anciens de l’Idien et les dérobent à la vue. Toutefois ces produits ont été conservés encore au côté Nord et au côté Nord-Ouest. On consultera à ce sujet notre petite carte Fig. 4.
L'Idien formait primitivement un cône puissant, haut probablement de plus de 3000 mètres, dont les produits s’étendaient vers l’ouest jusqu’au pied de l’Hiang et du Bèsèr; au sud, les rivières Biting et Bédadoung, au nord, le Sampéian forment ici à peu près la limite entre les produits de l'Idien et ceux des volcans susnommés. Sur les autres faces, les déjections de l'Idien 1) peuvent se poursuivre, en partie à l’état de tufs, jusqu’à la côte Nord et la côte Ouest, ainsi que jusqu’à la côte Sud près la presqu'île Pourwo et près Gradiagan. Ils viennent alors buter contre la montagne d’andésites et de brèches et s'étendent le long de cette montagne jusque près de Tioramanis, Sémpolan et Diémbér.
Le sommet de l'ancien Idien s’est effondré et du cirque presque circulaire, qui s'est formé ainsi, la partie septentrionale, appelée Kéndëng, existe encore. Ce cirque fait partie d'un cercle de 8 kilomètres de rayon ou 16 kilomètres de diamètre, et bien que cet espace soit très considérable, il cède le pas pour son étendue à celui du cratère effondré du Bèsèr (voir plus haut), dont le rayon est de 104 kilomètres.
Le Këndëng présente, de l'Est à l'Ouest, les sommets suivants : le Koukousan ou Ringguih (Ringngih de la carte topographique) à 1993 mètres d'altitude; un sommet non dénommé avec signal, à 1559 mètres; deux sommets avec signaux, respectivement à 1332 et 1327 mètres, entre lesquels le bord du Këndéng a été creusé par la rivière Banioupaïit (appelée Baniou poutih dans son cours inférieur) jusqu’à une profondeur de 680 mètres d'altitude, laquelle a pratiqué ainsi dans le flanc de la montagne un ravin profond de 650 mètres; le sommet à signal Kéndëng I, à 1547 mètres; le sommet à signal Kéndëng Il, à 1717 mètres et le sommet à signal Kéndëng III, à 1666 mètres d'altitude. Tous ces sommets se trouvent sur la circonférence nommée plus haut ou sont très près de cette ligne, ainsi que le fait voir un coup-d'oeil jeté sur notre petite carte Fig. 4 On ne peut pas
1) L'Idien est pris ici dans une acception plus large, avec ses cônes d’éruption plus jeunes.
BI
avec certitude reconnaître grand’chose de la partie méridionale du cirque d’effondrement.
La petite carte Fig. 4 fait voir que cette circonférence passe par les sommets Tiëémoro (1780 m.), Tiampid avec le signal Péndil (2338 m.), Ranti (2618 m.) et Mérapi (2800 m.), où passe très près de ceux-ci. Mais tous ces monts sont des points d’éruption indépendants, dont on peut encore le plus souvent reconnaître les cratères; et on ne peut donc les considérer comme des portions de l’ancien cirque. Il est probable que ce cirque fut, dès l’origine, bien plus haut au nord que du côté sud et qu'il se trouve ici profondément enseveli sous les produits d’éruptions plus jeunes. Le centre de notre cercle de 8 kilomètres de rayon, qui donne la position probable du cratère, tombe dans la plaine appelée ,,Trétih” sur la carte topographique; cette plaine consiste en une coulée de lave récente, originaire du Koukousan; on n’y voit plus de traces d’un ancien cratère.
Le fond de l’aire d'effondrement, le fond proprement dit du cratère de l’ancien Idien, est recouvert presque partout par des produits d’éruption plus jeunes; du côté nord seul, contre le pied du cirque du Kéndëng, on peut encore voir le fond; et il consiste ici en un sable meuble, fin, légèrement gris-jaune et argileux, qui, à l’état sec, répand une poussière abondante. Des fragments d’andésite sont très rares dans le sable, tant à la face intérieure qu'à la face extérieure de la muraille du volcan. Aussi l'état meuble du fond et du mur du Kéndëng est-il la cause que le Baniou paït et ses affluents ont creusé dans l’un et l’autre des fentes si profondes, tandis que l'érosion a été empêchée là où ce fond ‘est recouvert pas des coulées de lave plus jeunes.
Le dos du Kéndëéng est non-seulement un des plus grands, mais aussi, vers l'intérieur, un des cirques volcaniques les plus hauts et les plus escarpés de tout Java. Une route carossable conduit de Baniouwangui à Litin, un sentier praticable aux chevaux mène d'ici par la rivière Bëndo et le long de son affluent le Baniou linou jusqu’au premier refuge (où l’on doit toutefois se faire construire soi-même une hutte). Ce refuge, nommé Ongop ongop, est situé dans une petite plaine, entre le Ranti et le Kawah Idien. D ici le sentier se dirige au nord-ouest et à l’ouest en passant par le Baniou paït, vers le 2e refuge, Guënding walouh; on va alors en direction nord jusqu’à la halte Blawan et puis à l’ouest, en passant la rivière Blawan, jusqu'au Kali Sëmpol, qui ne fait que se montrer ici sous une coulée de lave et dont le cours est souterrain aussi bien en amont de ce point qu’en aval. Plus loin, le sentier monte dans la vallée de la rivière Sat jusqu’à 1150 mètres au-dessus de la mer. De ce point on commence à gravir la côte jusqu'au signal Kéndëng II, à 1717 mètres. Le dos a donc ici une hauteur de 567 mètres, ou 24 fois plus grande que le dos
du Téngguér, au-dessus de Tosari, bien connu sous le nom de Mounggal, qui n’a que 225 mètres. Il est dès lors incompréhensible comment JUNGHUHN ait pu évaluer à 200 pieds seulement la hauteur de ce dos qu'il observa du cratère de l’Idien (Java, édition hollandaise, II, p. 1017; édition allemande, Il, p. 695). Aussi, à ce qu’il me semble, n’a-t-il pas reconnu le Këndëéng comme le cirque d'un sommet volcanique effondré; il lui donne parfois le nom de promontoire volcanique (Il. c. édition allemande p. 693 et 714), et il ne tient pas non plus pour impossible que ce soit une partie du terrain tertiaire (1. c. p. 697, note). En général JUNGHUHN était, tout d’abord, opposé à la théorie des effondrements violents que nous admettons pour le Bèsèr (Ringguit), l'Idien, le Téngguèër et d’autres; peutêtre n’a-t-il eu l’idée de cette théorie que plus tard, car s’il admet encore, il est vrai, un autre mode d’origine pour le bord du Téngguër, il accepte toutefois un grand effondrement pour le Ringguit, bien que sa manière de voir diffère encore en certains points de la nôtre. Depuis qu'en 1883 nous avons été témoins, au Krakatau, d’un effondrement d’un rayon de 34 kilomètres, personne ne s’'avisera plus de révoquer en doute la théorie des grands effondrements.
Du point nommé plus haut dans le Kali Sat (1156 m.), le dos du Këndëng a encore une pente faible jusqu'à 1200 mètres; alors il monte en pente extrêmement rapide, car sur une distance de 1200 mètres il s'élève de 517 mètres; le flanc a donc ici une pente de 1 sur 24 ou de 23. Du signal Kéndéng I, le sentier suit l’arête en direction sud-ouest jusqu'à mi-chemin du signal Kéndëng IT; et puis on descend sur la pente extérieure du volcan par Pantiour vers Pradiékan. Ici encore on ne rencontre dans le sol tendre, fin et argileux que quelques rares fragments d'une andésite altérée ou de basalte. Je n'ai pas trouvé de coulées de lave dans ce manteau le plus ancien du volcan,; sur le flanc intérieur du Kéndéng, au-dessous du signal Kéndëng IT, elles ne se présentent assurément Pas; la paroi tout entière consiste en déjections #eubles, formées en grande partie de sable et de cendres. Si donc il existe des coulées de lave, elles doivent se trouver plus bas. Du côté nord-ouest et du côté nord de l'Idien, ces produits ont pu se développer en pente régulière soit à l’état de limon, soit à l’état sec. Au pied de la montagne, près Pradiëkan, Sitoubondo, Kapongan, Ardioso et Asëm bagous ils passent à des tufs presque horizontaux de couleur gris-clair et jaune-gris, qui très-probablement ont été déposés dans la mer. Ceci doit avoir commencé déjà à l’époque tertiaire, puisque les couches tuffeuses inclinées du canal de Sitoubondo contiennent de petits fragments de basalte, d’andésite et même de pierre ponce; et bien qu'une partie de ces fragments aïent pu être entraînés par les rivières (l’ancienne rivière Sampéian p. ex.) et provenir de l'Hiang, il est incontestable que la plus grande partie de ces matériaux a été fournie par les volcans plus rapprochés: le Bèsèr et l’Idien.
Le sentier décrit ci-dessus est la route de Baniouwangui à Pradièkar, passant par le plateau dit ,,de l’Idien”, qui en réalité n’a que fort peu l'apparence d’un plateau. En effet l’espace compris entre le dos du Kéndëng et les sommets Soukët, Tiampid, Ranti et Mérapi, présente une pente vers le Nord; en second lieu, cet espace est presque totalement rempli par des produits très accidentés de divers points d’éruption. Toutefois ceci n'empêche que cet espace, comparé aux sommets escarpés qui l’environnent, donne l'impression d'un plateau quand on l’observe d'un point élevé et que le nom de ,,plateau de l’Idien” n’a donc pas été si mal choisi.
Nous devons à présent décrire successivement les points d’éruption qui se sont formés à l’intérieur du cratère de l’Idien et au-dehors sur le manteau. Il est fort difficile d'établir une différence d'âge entre ces points; tout au plus peut-on déterminer, d’après leur forme et la végétation qui les couvre, s’ils ont cessé d’être actifs depuis longtemps. C’est pourquoi nous décrirons ces volcans en allant de l'Est à l'Ouest.
1. Le Meérapri. Le Mérapi est le plus oriental de tous les cônes volcaniques de l'Idien, et 1l est même le plus élevé, si on en excepte le Soukét et le Raoun. Le sommet est à 2800 mètres d'altitude. La cime de cette montagne, que nous ne pouvions visiter faute de temps, est tronquée suivant la carte topographique, et longue de 1000 mètres du Nord au Sud et de 800 mètres de l'Est à l'Ouest. D’après cette carte, 1l se trouve là 4 plaines horizontales de sable l’une à côté de l’autre, séparées par de petites arêtes qui s'élèvent de 40 à 80 mètres au-dessus de la plaine. Ces plaines sablonneuses sont des fonds de cratère desséchés, primitivement marécageux. On ne peut plus rien voir de la fente profonde qui vient du cratère du côté oriental de la montagne et dont JUNGHUHN a donné le dessin (voir son profil Idien Fig. 4). Le manteau du volcan confine du côté occidental à l’anneau qui entoure le Kawah Idien à 2310 m. au-dessus de la mer; une petite partie de ce manteau paraït s'être effondrée, mais cet effondrement ne doit pas nécessairement avoir été considérable, puisque des trois autres côtés, et en direction horizontale, le volcan ne s'est développé que vers l'Ouest jusqu'à l'altitude de 2310 m. C’est donc là qu’il a sa pente naturelle; 1l y est seulement, pour ainsi dire, un peu affaissé. Si donc le fond y était déjà élevé de 2300 mètres avant l'apparition du Kawah Idien, il n'y à pas moyen d’expliquer pourquoi le Mérapi se serait antérieurement étendu plus loin vers l'Ouest qu’à présent; abstraction faite d’un faible ébrèchement, il présente donc encore aujourd'hui en cet endroit sa forme primitive. Sur les trois faces, où des sommets placés devant lui ne venaient pas le gêner, le volcan a pu étaler librement ses produits sur l’ancien manteau de l’Idien sousjacent ; au Nord le long du cirque d’effondrement jusque près du Ringguih, ,
et puis le long de la rivière Péséwaran jusque près Badioulmati; à l'Est jusqu'à la mer; au Sud-Est, jusque près Baniouwangui; au Sud, jusqu’au manteau du volcan Ranti, le Baniou linou formant ici à peu près la limite. Outre des produits meubles, des pierres, du sable et des cendres, le Mérapi a fourni aussi des coulées de lave, dont l’une se jette dans la mer près Watou dodol sur le détroit de Bali, à 15 kilomètres du cratère. Plus vers le haut, cette coulée de lave est recouverte par des déjections meubles.
La roche de Watou dodol (No. 56) est compacte, noir-foncé et ne présente pas de gros cristaux, vue au microscope, mais seulement un mélange uniforme à grains fins de plagioclase, d'augite, d'un peu d’olivine devenue brune par décomposition, de minerai de fer et de verre en grains bruns. C’est donc un basalte à grains très fins.
Près de la côte, les produits du Mérapi portent le cachet d’avoir été déposés dans la mer. On trouve sur la grande route postale, au Nord du village de Watou dodol que nous venons de citer, des couches durcies, à peu près horizontales, d'une cendre fine jaune-grisâtre, qui outre des fragments éruptifs, renferme aussi une grande quantité de branches de corail; c’est surtout le cas entre les poteaux 76 et 77. On ne peut pas bien reconnaître jusqu'où se prolongent ces tufs, puisqu'ils sont bien vite recouverts par des projections de produits meubles. Près du hameau de Kapouran et près du poteau 774, où il y avait auparavant un four à chaux, on trouve un banc calcaire, déjà cité par STÔHR, consistant entièrement en fragments détachés de corail gisant dans un gravier fin de la même matière. Nous estimons que la partie supérieure est à 17 mètres au-dessus de la mer (la hauteur ne fut pas mesurée exactement), ce qui prouve clairement que la côte doit s'être soulevée au moins d'autant durant l’époque quaternaire. Par ce soulèvement, les tufs susnommés avec inclusions de fragments de corail furent également mis à nu. Au Nord du poste Soumour, près du poteau 73, apparaissaient jadis, dans ce terrain tuffeux qui est très plat et présente de 10 à 20 mètres d'altitude, des sources gazeuses qui ont brûlé quelque temps et ont rendu en cet endroit le terrain excessivement meuble. Si l’on marche sans précaution sur ce sol fin, farineux, dont la couleur varie du jaune au brun, il peut arriver qu’on y enfonce brusquement jusqu'à une profondeur de + m. à 1 mètre. Lors de ma visite en août 1886, ces sources ne brülaient plus, et cette extinction date, d'après les rapports officiels, du mois d'octobre 1884.
Le Mérapi se trouve un peu en dehors de notre cercle de 8 kilomètres de rayon. L’andésite à pyroxène, recueillie par JUNGHUHN dans une coulée de lave dans le Baniou linou, entre Litin et Ongop ongop et décrite par LORIÉ, peut provenir aussi bien du Mérapi que du Ranti, puisque cette rivière forme précisément la limite entre les deux volcans. Il serait même à mon avis plus vraisemblable d'attribuer cette coulée de lave au Ranti.
2. Le Kawah Idien. A l’ouest du Mérapi, mais bien plus bas, se trouve le cratère encore actif du Kawah Idien; le bord en est de forme: elliptique, mais avec une saillie vers le Sud dans la partie Sud-Est ;, l'étendue de l'Est à l'Ouest est de 1200 mètres, celle du Nord au Sud de 1000 mètres; les plus hauts points de la crête sont à 2380 mètres au-dessus de la mer. Cette crête entoure un lac en forme d’ellipse, long de goo mètres de l’Ouest à l'Est, large de 520 mètres du Nord au Sud. Le fond tout entier du cratère est occupé par le lac, et du bord de celui-ci, la paroi s'élève aussitôt en pente raide. Du refuge Ongop ongop, un sentier conduit à la partie Sud-Ouest du cirque à 2380 mètres d'altitude, et de ce point on peut actuellement descendre dans le cratère par une pente fort escarpée jusqu'à une vingtaine de mètres seulement du niveau du lac, lequel est lui-même à 2120 mètres au-dessus de la mer. En montant de Ongop ongop au cratère, on ne trouve que des déjections meubles, de la cendre et des pierres durcies en un conglomérat ou en une brèche. Sur la paroi intérieure du cratère on ne trouve pas non plus de coulées de lave, mais seulement des déjections durcies analogues, qui ont été en partie décomposées par les vapeurs acides et ont pris une teinte blanche. Au sommet de la crête et partiellement aussi sur les parties moins escarpées de la: paroi intérieure, se trouvent des déjections de couleur foncée, très fraîches, évidemment de date récente, bien que des éruptions importantes ne paraissent pas avoir eu lieu après celle de 1817, dont JUNG- HUHN a donné une description détaillée. Du point le plus bas que l'on puisse atteindre sur la paroi intérieure, nous avons vu le 30 août 1886, près du coude Sud-Est du lac, très près de la rive, de la vapeur d’eau et de l’anhydride sulfureux s'échapper avec bruit d’une fissure ; il se formait aussi un dépôt de soufre, reconnaissable à sa belle couleur jaune, tandis que déjà à Ongop ongop, et à la montée vers le cratère, l’anhydride sulfureux se faisait reconnaître à son odeur. Il paraît que le soufre flotte aussi sur le lac à l’état d’une poudre fine; et c’est probablement à cette circonstance qu’il faut attribuer la couleur ou le reflet vert-blanchâtre de l’eau, bien plutôt qu'à des particules très fines de silicate d’alumine, ainsi que le pense JUNGHUHN. La surface du lac était tranquille et l’eau ne paraissait pas chaude. Du côté occidental du lac, il y a dans le bord une fente profonde, dans laquelle le Baniou paït semble prendre sa source; 1l nous fut impossible d'atteindre ce point. Un peu plus en aval, là où le sentier de Ongop ongop vers Guënding walouh atteint la rivière et où le Baniou paït forme une petite cascade par-dessus une coulée de lave, l’eau est parfaitement limpide ; et comme ici le Baniou paït n’a pas encore reçu des affluents d’eau douce, l’eau trouble et acide du lac aura été filtrée, ainsi que lors de la visite de JUNGHUHN, par le sable du bord du cratère : et c’est à cette
circonstance qu’elle devra sa limpidité. Toutefois, après des pluies abondantes et persistantes, le Baniou paït est trouble. Ce fait a été expliqué de diverses manières. .JUNGHUHN admet que ce soit une conséquence de la présence de particules très ténues de cendre et de silicate d’alumine apportées par les affluents d'eau douce. Il me semble probable qu'après des pluies abondantes le bassin déborde, et que l’eau n'étant plus filtrée par le sable, et s'écoulant directement du cratère, reste trouble. Il vaudrait la peine d'examiner le point de décharge du lac après des pluies abondantes, afin de constater ce fait d’une façon plus précise.
Comme il m'était impossible d'atteindre le lac, j'ai puisé l’eau (No. 57) près de la cascade citée plus haut, et j'en ai rempli 3 flacons à vin qui furent bien bouchés et cachetés. Ainsi qu'il a été dit, l'eau en cet endroit n’est pas encore diluée par l’eau douce des affluents; elle y est claire et d’un goût très astringent, un goût d'encre. Les 3 flacons furent envoyés à Freiberg en Saxe au Prof. Dr. CLEMENS WINKLER ; et, grâce à son intervention bienveillante, elle fut analysée par Monsieur l'Ingénieur des mines E. ZIESSLER, assistant au laboratoire de chimie de la kônigliche Bergakademie à Freiberg. Voici la traduction du rapport de Monsieur ZIESSLER.