‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 11 sur 94 · FOSSILES · texte numérisé non relu

FOSSILES

Cerithium tuberculosum

— coronatum

— lapidum

— mutabile

Ampullaria acuta, ou spirata

— patula ? mais très-petite. . .

Nucula deltoidea ?

Cardium Lima ?

Venericardïa imbricata

Cytherea nitidula

— elegans ?

— tellinaria.

Venus callosa ?

Lucina circinaria

LIEUX

Essainville.

Pierrelaie.

Pierrelaie.

Pierrelaie.

Pierrelaie , Triel.

Pierrelaie.

Pierrelaie.

Pierrelaie , Triel.

Pierrelaie, Triel.

Triel.

Triel , Pierrelaie.

Pierrelaie.

Pierrelaie.

Essainville.

— saxorum.

Deux espèces d’huîtres encore indéterminées , l’une voisine del ' ostrea deltoidea , et l’autre de Y ostrea cjmbula. Elles sont de Pierrelaie, et il paroît qu’elles se trouvent aussi à Triel.

On voit par cette énumération, i°. qu’il y a beaucoup moins d’espèces dans ces grès que dans les couches de Grignon 5 2°. que ce n’est qu’avec doute que nous avons appliqué à la plupart de ces espèces les noms sous lesquels M. de Lamarck a décrit celles de Grignon.

C’est dans ce grès et à Beauchamp à l’est de Pierrelaie que MM. Gillet de Laumont et Beudant ont reconnu des coquilles de terre et d’eau douce (des limnées et des cyclostomesbien caractérisés) mêlées avec les coquilles marines nommées ci-dessus. Nous reviendrons sur ce fait remarquable dans le second chapitre (1); mais nous devons déjà faire observer, i°. que les grès de Pierrelaie sont placés immédiatement au-dessous du calcaire d’eau douce; 2°. qu’ils renferment des cailloux roulés qui indiquent un rivage , ou au moins un fond peu éloigné des côtes.

Il résulte des observations que nous venons de rapporter, i°. que les fossiles du calcaire grossier ont été déposés lentement et dans une

(1) Nous ne donnerons point d’énumération particulière des lieux où se présente ce grès , nous les avons cités presque tous dans cet article. Nous décrirons ses giscmens les plus remarquables en décrivant les collines dans lesquelles il se trouve.

mer tranquille, puisque ces fossiles s’y trouvent par couches régulières; qu’ils ne sont point mêlés, et que la plupart y sont dans un état de conservation parfaite, quelque délicate que soit leur structure, puisque les pointes même des coquilles épineuses sont trèssouvent entières; 2°. que ces fossiles sont entièrement différens de ceux de la craie; 3°. qu’à mesure que les couches de cette formation se déposoient , les espèces ont changé , qu’il y en a plusieurs qui ont disparu, tandis qu’il en a paru de nouvelles, ce qui suppose une assez longue suite de générations d’animaux marins; enfin, que le nombre des espèces de coquilles a toujours été en diminuant, jusqu’au moment où elles ont totalement disparu. Les eaux qui déposoient ces couches, ou n’ont plus renfermé de coquilles, ou ont perdu la propriété de les conserver.

Certainement les choses se passoient dans ces mers bien autrement qu’elles ne se passent dans nos mers actuelles : dans celles-ci il paroît qu’il ne se forme plus de couches solides; les espèces de coquilles y sont toujours les mêmes dans les mêmes parages. Par exemple , depuis que l’on pêche des huîtres sur la côte de Cancale, des avicules à perles dans le golfe Persique , etc. , on ne voit pas que ces coquilles aient disparu pour être remplacées par d’autres espèces (i).

Article IV.

Du calcaire siliceux.

Ce terrain est formé d’assises distinctes , de calcaire tantôt tendre et blanc , tantôt gris et compacte, et à grain très-fin , pénétré de silex qui s’y est infiltré dans tous les sens et dans tous les points. Il est

(i) L’un de nous a fait quelques recherches sur la connoissance qu’on peut acquérir de la nature de certains fonds de mer dans les temps historiques les plus reculés. Ces recherches, qu’on ne peut faire connoître ici, pa'roissent prouver que depuis environ deux mille ans le foud de ces mers n’a point changé , qu’il n’a été recouvert par aucune couche , et que 1«' espèces de coquilles qu’on y pêchoit alors , y vivent et s’y pêchent encore aujourd hui.

fréquemment caverneux. Ces cavités sont souvent assez grandes, irrégulières , se communiquant dans toutes les directions ; tantôt elles sont cylindroïdes , mais sinueuses , et quoiqu’encore irrégulières elles conservent entre elles une sorte de parallélisme. Le silex, en s’infiltrant dans ces cavités, en a tapissé les parois de stalactites mamelonées , diversement colorées , ou de cristaux de quarz très -courts et presque sans prisme, mais nets et limpides. Cette disposition est très- remarquable à Champigny. Ce calcaire compacte, ainsi pénétré de silex, donne, par la cuisson, une chaux d'une très-bonne qualité.

La position de ce terrain et son origine sont très-difficiles à reconnoitre. Nous avons fait depuis 1810 de nouvelles recherches pour déterminer ses rapports avec les autres terrains , et elles nous ont conduit, non pas à changer la place que nous lui avions assignée d’abord, mais à la déterminer avec plus de précision.

C’est la seule modification que nous ayons à apporter à notre premier travail, et encore l avions-nous déjà fait pressentir à la page 13^ de notre première édition, en disant cpie nous soupçonnions que les marnes ealcaires, dures, infiltrées de silice et de quarz qui recouvrent les dernières assises du calcaire marin à Passy, Neuilly, Meudon, Sèvres, etc., appartenoient à la même formation que le calcaire siliceux de Champigny, etc. Nous avions néanmoins placé ce terrain pour ainsi dire hors de rang, et nous avions supposé qu’en certains lieux il remplaçoit le calcaire grossier. Cette proposition ne seroit fausse que si on la prenoit d’une manière trop absolue. Le calcaire siliceux ne paroît pas remplacer entièrement le calcaire grossier, il lui est supérieur; mais quand il se présente en dépôt très-épais , il semble n’acquérir cette puissance qu’aux dépens du calcaire grossier qui devient alors très-mince et disparoît presque entièrement ou même tout-à-fait sous ces masses considérables de calcaire siliceux.

Lorsqu’au contraire c’est le calcaire grossier marin qui est dominant, le calcaire siliceux semble avoir disparu : mais il est bien rare qu il ait été complètement effacé. Il suffit d’observer avec soin pour remarquer quelquefois des lits assez distincts de ce terrain au-dessus

4o DESCRIPTION GÉOLOGIQUE

du calcaire grossier marin , et presque toujours au moins des indices de cette formation, si différente de celle du calcaire marin, sur les assises les plus supérieures de ce dernier.

Ily a, disions-nous, entre ces couches minces de marnes dures et siliceuses , et les bancs puissans cle calcaire siliceux , la plus grande analogie. Leur position respective dans la série des couches est la même , puisqu'on trouve toujours ces couches au-dessous du gypse et dans le passage du gypse au calcaire , comme à Triel, à Meudon, à St.-Cloud , etc. (i).

Cependant nous n’avions pas pu nous prononcer sur son origine et dire s’il falloit la regarder comme marine ou comme lacustre , parce que les coquilles sont extrêmement rares dans ce calcaire et qu’il paroît même qu’on n’en a pas encore trouvé dans ses parties moyennes. Mais nous avons eu occasion d’en voir dans ses parties supérieures, et de reconnoître quelles étoient toutes d’eau douce , et par conséquent que ce calcaire n’appartenoit pas à la formation marine du calcaire grossier, mais à la formation d’eau douce moyenne qui fait partie du terrain gypseux.

C’est près de Septeuil, vers l’origine delà vallée de Vaucouleurs, au S. S. O. de Mantes, que nous avons reconnu avec MM. Brochant et Beudant , et la position réelle du calcaire siliceux sur le calcaire marin et une partie des coquilles qu’il renferme.

On peut donc considérer le calcaire siliceux comme terminant d’une part la formation marine, et formant de l’autre la partie inférieure du terrain d’eau douce moyen. Il résulte de cette disposition : i°. que cette roche renferme quelquefois, dans ses assises inférieures, des coquilles marines analogues à celles du calcaire grossier, mêlées avec des coquilles d’eau douce, et qu’elle semble faire ainsile passage de la formation marine à la formation d’eau douce qui la recouvre; 2°. que les coquilles d’eau douce qu’elle contient dans ses parties supérieures , sont les mêmes que celles du calcaire d’eau douce moyen.

Enfin si no us rapportons à ce terrain , comme cela nous paroît conve-

(i) Première édition, p. i3j.

DES ENVIRONS DE PARIS. 4i

nable, le calcaire compacte, jaunâtre, dur, mais très-facile à casser, que les ouvriers appellent clicart , nous devons comprendre dans rénumération des coquilles que le calcaire siliceux renferme celles qui sont contenues dans le clicart , et que nous avons observées à A illiers près Mantes, ce sont des coquilles turriculées qui ressemblent un peu à la cérite des pierres ou plutôt à des potamides, par la disposition particulière des stries d’accroissement qui peuvent donner une idée de la forme de l’ouverture de la coquille lorsque celle-ci manque; mais ces potamides, par leur forme très-allongée, parles nombreux tours de spires qu’on y compte sont certainement trèsdifferentes des potamides Lamarkii , des terrains lacustres supérieurs. Elles sont associées dans ce même calcaire avec des individus très-entiers du cyclostoma miania.

C’est dans ce terrain que se trouve une des sortes de pierres connues sous le nom de meulières , et qui semblent avoir été la carcasse siliceuse du calcaire siliceux. Le silex dépouillé de sa partie calcaire par une cause inconnue , a dû laisser et laisse en effet des masses poreuses, mais dures , dont les cavités renferment encore de la marne argileuse et qui ne présentent aucune trace de stratification ; nous avons fait de véritables meulières artificielles en jetant du calcaire siliceux dans de l’acide nitrique. Il ne faut pas cependant confondre ces meulières avec celles dont il sera question dans le huitième article. Nous ferons conuoitre dans la seconde partie les divers cantons qui sont formés de ce calcaire. Nous terminerons son histoire générale en disant qu’il est souvent à nu à la surface du. sol , mais que souvent aussi il est recouvert de marnes argileuses, de grès sans coquilles, et enfin de terrain d’eau douce supérieur. Telle est, par exemple, la structure du sol de la foret de Fontainebleau.

Articles Y et VI.

Du gypse , de la seconde formation d’eau douce et des marnes

marines.

Le terrain dont nous allons tracer l’histoire est un des exemples le plus clairs de ce que l’on doit entendre par formation. On va y voir des couches très-différentes les unes des autres par leur nature chimique, mais évidemment formées ensemble.

Ce terrain que nous nommons gypseux n’est pas seulement composé de gypse , il consiste en couches alternatives de gypse et de marne argileuse et calcaire. Ces couches ont suivi un ordre de superposition qui a été toujours le même dans la grande bande gypseuse que nous avons étudiée, depuis Meaux jusqu’à Triel et Grisy, sur une longueur de plus de vingt lieues. Quelques couches manquent dans certains cantons , mais celles qui restent sont toujours dans la même position respective.

Le terrain gypseux est placé immédiatement au-dessus du calcaire marin, et il n’est pas possible de douter de cette superposition. Les carrières de gypse de Clamart, deMeudon, de Ville-d’Avray, placées au-dessus du calcaire grossier qu’on exploite aux mêmes lieux; les carrières de ces deux sortes de pierres à la montagne de Triel , dont la superposition est encore plus évidente ; un puits creusé dans le jardin de M. Lopès, à Fontenay-aux-ïloses, et qui a traversé d’abord le gypse et ensuite le calcaire ; enfin l’inspection que nous avons faite par nous-mêmes des couches que traversent les puits des carrières à pierre qui sont situées au pied de la butte de Bagneux, sont des preuves plus que suffisantes de la position du gypse sur le calcaire.

Les collines ou buttes gypseuses ont un aspect particulier qui les fait reconnoître de loin ; comme elles sont toujours placées sur le calcaire , elles forment comme de secondes collines allongées ou coniques très-distinctes, situées sur des collines plus étendues et plus basses.

Nous ferons connoitre les détails de cette formation, en prenant pour exemple les montagnes qui présentent l’ensemble de couches le plus complet; et quoique Montmartre ait été déjà bien visité, c’est encore le meilleur et le plus intéressant exemple que nous puissions choisir.

On reconnoît, tant à Montmartre que dans les collines qui semblent en faire la suite, deux masses de gypse. La plus inférieure est composée de couches alternatives et peu épaisses de gypse souvent séléniteux (1), de marnes calcaires solides et de marnes argileuses très-feuilletées. C’est dans les premières que se voient principalement les gros cristaux de gypse jaunâtre lenticulaire, et c’est dans les dernières que se trouve le silex ménilite. Il paroît que les parties inférieures de cette masse ont été déposées tantôt à nu sur le sable calcaire marin coquillier , et alors elles renferment des coquilles marines, comme Vont reconnu à Montmartre MM. Desmarest, Coupé, etc. (2), tantôt sur un fond de marne blanche, renfermant une grande quantité de coquilles d’eau douce , et qui avoit d’abord recouvert le sol marin. Cette seconde circonstance nous semble prouvée par deux observations faites, l’une à Belleville par M. Héricart de Thury, et l’autre par nous à la rue de Rochechouart. En creusant des puits dans ces deux endroits on traverse les dernières couches de la basse masse, et on trouve dans les parties inférieures de cette masse un banc puissant de cette marne blanche d’eau douce, dont nous venons de parler. Au-dessous de ce banc 011 arrive soit aux premières assises du calcaire marin (3), soit au dépôt toujours de formation lacustre du calcaire siliceux.

On a voulu subdiviser cette masse en deux et établir trois masses de gypse; mais nous nous sommes assurés que la troisième et la seconde ne présentent aucune distinction réelle entre elles ; on re-

(1) C’est-à-dire mêlé de cristaux de gypse d’une forme deterrninable.

(2) Voyez dans les sections suivantes , à l’arlicle de Montmartre , les details relatifs à ces coquilles.

(3) On donnera les details des couches qu’a traverse'es le puits de la rue de Rochechouart , dans la seconde section , art. III.

marque seulement que les bancs gypseux sont plus épais dans la partie supérieure que dans la partie inférieure où les lits de marnes sont très-multipliés. On doit remarquer parmi ces marnes celle qui est argileuse, compacte, gris-marbré, et qui sert de pierre à détacher. C’est principalement dans cette masse qu’on a trouvé les squelettes et les os de poissons. On 11’y connoît pas d’ailleurs d’autres fossiles, mais on commence à y trouver la strontiane sulfatée; elle est en rognons épars à la partie inférieure de la marne marbrée.

La masse superficielle, que les ouvriers nomment la première, est à tous égards la plus remarquable et la plus importante; elle est d’ailleurs beaucoup plus puissante que les autres, puisqu’elle a dans quelques endroits jusqu’à 20 mètres d’épaisseur ; elle n’est altérée que par un petit nombre de couches marneuses, et dans quelques endroits, comme à Dammartin, à Montmorency, elle est située presque immédiatement au-dessous de la terre végétale.

Les bancs de gypse les plus inférieurs de cette première masse renferment des silex qui semblent se fondre dans la matière gypseuse et en être pénétrés. Les bancs intermédiaires se divisent naturellement en gros prismes à plusieurs pans. M. Desmarest les a fort bien décrits et figurés; on les nomme les hauts piliers enfin les bancs les plus supérieurs, appelés chiens , sont pénétrés de marne : ils sont peu puissans , et alternent avec des couches de marne. Il y en a ordinairement cinq qui se continuent à de grandes distances.

Mais ces faits déjà connus ne sont pas les plus importans ; nous n’en parlons que pour les rappeler et mettre de l’ensemble dans notre travail. Les fossiles que renferme cette masse et ceux que contient la marne qui la recouvre, présentent des observations d’un tout autre intérêt.

C’est dans cette première masse qu’on trouve journellement des squelettes et des ossemens épars d’une multitude de quadrupèdes inconnus , ainsi que des os d’oiseaux , de crocodiles , de tortues trionyx , de tortues terrestres et d’eau douce, et de plusieurs sortes de poissons dont la plupart sont de genres appartenant à l’eau douce.

Mais ce qui n’est pas moins remarquable et ce qui concourt au

même résultat , c’est qu’on y trouve des coquilles d’eau douce. Il est vrai qu’elles y sont très-rares; mais une seule suffiroit, quand elle n’est point accompagnée de coquilles marines , pour démontrer la vérité de l’opinion de Lamanon et de quelques autres naturalistes qui, déjà avant nous, avoient pensé que les gypses de Montmartre et des autres collines du bassin de Paris se sont cristallisés dans des lacs d’eau douce. Nous allons rapporter dans l’instant de nouveaux faits confirmatifs de cette opinion.

Enfin cette masse supérieure est essentiellement caractérisée par la présence des squelettes de mammifères et de leurs ossemens. Ils servent à la faire reconnoître lorsqu’elle est isolée; car nous n’avons jamais pu en trouver, ni constater qu’on en ait trouvé dans les masses inférieures.

Au-dessus du gypse sont placés de puissans bancs de marne tantôt calcaire, tantôt argileuse.

C’est dans les assises inférieures de ces bancs et dans une marne calcaire blanche et friable , qu’on a rencontré à diverses reprises des troncs de palmier pétrifiés en silex. Ils étoient couchés et d’un volume considérable. C/est dans ce même système de couches qu’on a trouvé dans presque toutes les carrières de la butte Chaumont et même dans les carrières de l’est de Montmartre, des coquilles du genre des limnées et des pîanorbes qui diffèrent à peine des espèces qui vivent dans nos marres. Ces fossiles prouvent que ces marnes sont de formation d’eau douce, comme les gypses placés au-dessous.

Le calcaire siliceux, les calcaires et marnes qui renferment des corps organisés qui ne peuvent avoir vécu dans des eaux marines et qui forment les lits supérieurs de ce calcaire, les gypses, les bancs de marne qui les séparent, ou qui les recouvrent jusqu’à la marne blanche que nous venons de décrire inclusivement, constituent donc la seconde formation d’eau douce des environs de Paris. On voit que c’est dans la marne calcaire blanche que se trouvent principalement les coquilles d’eau douce qui caractérisent cette formation. Ou ne connoit , dans cette formation d’eau douce intermédiaire,

d’autres meulières que celles que nous avons mentionnées dans l’article précédent, ni d’autres silex que les menilites , les silex cornés des assises inférieures de gypse de la haute masse, et les silex calcédoniens du calcaire siliceux.

Au-dessus de ces marnes blanches se voient encore des bancs trèsnombreux et souvent puissans de marnes argileuses ou calcaires. On n’y a encore découvert aucun fossile; nous ne pouvons donc dire à quelle formation elles appartiennent.

On trouve ensuite un banc d’une marne jaunâtre feuilletée qui renferme vers sa partie inférieure des rognons de strontiane sulfatée terreuse, et un peu au-dessus, un lit mince de petites coquilles bivalves qui sont couchées et serrées les unes contre les autres. Nous rapportons ces coquilles au genre cythérée (i). Ce lit , qui semble avoir bien peu d’importance , est remarquable , premièrement par sa grande étendue; nous l’avons observé sur un espace de plus de dix lieues de long, sur plus de quatre de large, toujours dans la même place et de la même épaisseur. Il est si mince , qu’il faut savoir exactement où on doit le chercher pour le trouver. Secondement, parce qu’il sert de limite à la formation d’eau douce , et qu’il indique le commencement d’une nouvelle formation marine.

En effet, toutes les coquilles qu’on rencontre au-dessus de celles-ci sont marines.

Ce banc de marne jaune feuilletée a environ un mètre d’épaisseur, et contient souvent entre ses feuillets supérieurs des cythérées d’une autre espèce, des cérites, des spirobes et des os de poissons.

On trouve cl’abord, et immédiatement après, toujours en montant, un banc puissant et constant de marne argileuse verdâtre qui, par son épaisseur, sa couleur et sa continuité, se fait reconnoître de loin. Il sert de guide pour arriver aux cythérées, puisque c’est au-dessous de lui qu’on les trouve. Il ne renferme d’ailleurs aucun fossile , mais seulement des géodes argilo-calcaires et des rognons de

(i) Nous déduirons dans la seconde section les raisons qui nous ont dirigés dans la détermination de ces coquilles fossiles.

strontiane sulfatée. Cette marne est employée dans la fabrication de la faïence grossière.

Les quatre ou cinq bancs de marne qui suivent les marnes vertes sont peu épais, et ne paroissent pas non plus contenir de fossiles; mais ces lits sont immédiatement recouverts d’une couche de marne argileuse jaune qui est pétrie de coquillages marins dont les espèces appartiennent aux genres cérites , trochus, mactres , venus, cardium , etc. On y rencontre aussi des fragmens de palais d’une raie qui paroit être analogue à la raie-aigle ou du sous-genre des mylobates, et des portions d’aiguillon de la queue d’une raie, qui pourroit être du même sous-genre ou de celui des pastenagues.

Les couches de marne qui suivent celle-ci présentent presque toutes des coquilles fossiles marines , mais seulement des bivalves ; et les dernières couches, celles qui sont immédiatement au-dessous du sable argileux, renferment deux bancs d’huîtres assez distincts. Le premier et le plus inférieur est composé de grandes huîtres très- épaisses : quelques-unes ont plus d’un décimètre de longueur. Vient ensuite une couche de marne blanchâtre sans coquilles, puis un second banc d’huîtres très-puissant, mais subdivisé en plusieurs lits. Ces huîtres sont brunes, beaucoup plus petites et beaucoup plus minces que les précédentes. Ces derniers bancs d’huîtres sont d’une grande constance , et nous ne les avons peut-être pas vu manquer deux fois dans les nombreuses collines de gypse que nous avons examinées. Il nous paroit presque sûr que ces huîtres ont vécu dans le lieu où on les trouve aujourd’hui; car elles sont collées les unes aux autres comme dans la mer, la plupart sont bien entières et si on les extrait avec soin on remarque que beaucoup d’entre elles ont leurs deux valves. Enfin M. Defrance a trouvé près de Roquencourt, à la hauteur de la formation des marnes gypseuses marines, des morceaux arrondis de calcaire marneux coquillier, percés de pholades, et portant encore les huîtres qui y étoient attachées.

La formation gypseuse est souvent terminée par une masse plus ou moins épaisse de sable argileux qui ne renferme aucune coquille.

Telles sont les couches qui composent généralement la formation

gypseuse. Nous étions tentés de la diviser en deux, et de séparer l’histoire des marnes marines du sommet, de celle du gypse et des marnes d’eau douce du fond ; mais les couches sont tellement semblables les unes aux autres , elles s’accompagnent si constamment , que nous avons cru devoir nous contenter d’indiquer cette division. Nous réunissons dans le tableau suivant les espèces de fossiles qui appartiennent au gypse et à la formation marine qui le surmonte.

Fossiles du gypse et des marnes marines qui le recouvrent ~

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