‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 4 sur 94 · TERRAINS QUI CONSTITUENT LE SOL DES ENVIRONS DE · texte numérisé non relu

TERRAINS QUI CONSTITUENT LE SOL DES ENVIRONS DE

Paris.

La contrée dans laquelle cette capitale est située est peut-être l’une des plus remarquables qui aient encore été observées, par la succession des divers terrains qui la composent, et par les restes extraordinaires d’organisations anciennes qu’elle recèle. Des milliers de coquillages marins avec lesquels alternent régulièrement des coquillages cl’eau douce en font la masse principale ; des ossemens d’animaux terrestres entièrement inconnus, même par leurs genres, en remplissent certaines parties; d’autres ossemens d’espèces considérables par leur grandeur, et dont nous ne trouvons quelques congénères que dans des pays fort éloignés , sont épars dans les couches les plus superficielles ; un caractère très-marqué d’une grande irruption venue du sud-est, est empreint dans les formes des caps et les directions des collines principales; en un mot, il n’est point de canton plus capable de nous instruire sur

les dernières révolutions qui ont achevé la formation de nos continens.

Ce pays a cependant été fort peu étudié sous ce point de vue; et quoique depuis si long-temps il soit habité par tant d’hommes instruits, ce que l’on en a écrit se réduit h quelques essais fragmentaires, et presque tous, ou purement minéralogiques, sans aucun égard aux fossiles organisés; ou purement zoologiques, et sans égard à la position de ces fossiles.

Un mémoire de Lamanon sur les gypses et leurs ossemens fait peut-être seul exception à cette classification; et cependant nous devons reconnoitre que l’excellente description de Montmartre, par M. Desmarets; les renseignemens donnés par le même savant sur le bassin de la Seine, dans l’Encyclopédie méthodique ; l’essai minéralogique sur le département de Paris, par M. Gillet-Laumont; les grandes et belles recherches sur les coquilles fossiles de ses environs, par M. de Lamarck ; et la description géologique de la même contrée , par M. Coupé , ont été consultés par nous avec fruit , et nous ont plusieurs fois dirigés dans nos voyages.

Nous pensons cependant que le travail, dont nous présentons ici les résultats, ne sera point sans intérêt, après tous ceux que nous venons de citer.

Par la nature de leur objet , nos courses dévoient être limitées selon l’espèce du terrain, et non pas d’après des distances arbitraires; nous avons donc dû d’abord déterminer les bornes physiques du canton que nous voulions étudier.

Le bassin de la Seine est séparé , pendant un assez grand espace , de celui de la Loire, par une vaste plaine élevée, dont la plus grande partie porte vulgairement le nom de Beauce, et dont la portion moyenne et la plus sèche s’étend du nord-ouest au sud-est, sur un espace de plus de quarante lieues, depuis Courville jusqu’à Montargis.

Cette plaine s’appuie vers le nord-ouest à un pays plus élevé qu’elle, et surtout beaucoup plus coupé, dont les rivières cl’Eure, d’Aure, cl’Uon, de Rille, cl’Orne, de Mayenne, de Sarte, d’Huine

et de Loir tirent leurs sources : ce pays dont la partie la plus élevée, qui est entre Seez et Mortagne , formoit autrefois la province du Perche et une partie de la Basse-Normandie, appartient aujourd’hui au département de l’Orne.

La ligne de séparation physique de la Beauce et du Perche passe à peu près par les villes de Bonnevalle , Alluye, Iliers, Courville, Pontgouin et Verneuil.

De tous les autres côtés, la plaine de Beauce domine ce qui l’entoure.

Sa chute du côté de la Loire, ne nous intéresse pas pour notre objet.

Celle qui est du côté de la Seine se fait par deux lignes, dont l’une à l’occident regarde l’Eure, et l’autre à l’orient regarde immédiatement la Seine.

La première va de Dreux vers Mantes.

L’autre part d’auprès de Mantes , passe par Marly , Meudon , Palaiseau, Marcoussy, la Ferté-Alais, Fontainebleau, Nemours, etc.

Mais il ne faut pas se représenter ces deux lignes comme droites ou uniformes : elles sont au contraire sans cesse inégales, déchirées ; de manière que si cette vaste plaine étoit entourée d’eau, ses bords oflfriroient des golfes , des caps , des détroits , et seroient partout environnés d’iles et d’îlots.

Ainsi dans nos environs la longue montagne où sont les bois de Saint-Cloud, de Ville -d’Avray, de Marly et des Aluets, et qui s’étend depuis Saint-Cloud jusqu’au confluent de la rivière de Mauldre dans la Seine, feroit une île séparée du reste par le détroit où est aujourd’hui Versailles, par la petite vallée de Sèvres et par la grande vallée du parc de Versailles.

L’autre montagne , en forme de feuille de figuier , qui porte Bellevue , Meudon, les bois de Verrière, ceux de Chàville, formeroit une seconde île séparée du continent par la vallée de Bièvre et par celle des coteaux de Jouy.

Mais ensuite, depuis Saint-Cyr jusqu’à Orléans, il n’y a plus d’interruption complète, quoique les vallées où coulent les rivières de

Bièvre, d’Ivette, d’Orge, d’Etampes, d’Essonne et de Loing entament profondément le continent du côté de l’est, celles de Vesgre, de Yoise et d’Eure du côté de l’ouest.

La partie de la côte la plus déchirée, celle qui présenteroit le plus d’écueils et d’ilots , est celle qui porte vulgairement le nom de Gàtinois français, et surtout sa portion qui comprend la forêt de Fontainebleau.

Les pentes de cet immense plateau sont en général assez rapides , et tous les escarpemens qu’on y voit, ainsi que ceux des vallées, et les puits que l’on creuse dans le haut pays, montrent que sa nature physique est la même partout, et qu’elle est formée d’une masse prodigieuse de sable fin qui recouvre toute cette surface, passant sur tous les autres terrains ou plateaux inférieurs sur lesquels cette grande plaine domine.

Sa côte qui regarde la Seine depuis la Mauldre jusqu’à Nemours, formera donc la limite naturelle du bassin que nous avons à examiner.

De dessous ses deux extrémités , c’est-à-dire vers la Mauldre et un peu au-delà de Nemours, sortent immédiatement deux portions d’un plateau de craie qui s’étend en tous sens et à une grande distance pour former toute la Haute-Normandie, la Picardie et la Champagne.

Les bords intérieurs de cette grande ceinture, lesquels passent du côté de l est par Montereau, Sezanne, Epernay, de celui de l’ouest, par Montfort, Mantes, Gisors, Chaumont, pour se rapprocher de Compiègne , et qui font au nord-est un angle considérable qui embrasse tout le Laonnois, complètent, avec la côte sableuse que nous venons de décrire, la limite naturelle de notre bassin.

Mais il y a cette grande différence , que le plateau sableux qui vient de la Beauce est supérieur à tous les autres, et par conséquent le plus moderne, et qu’il finit entièrement le long de la côte que nous avons marquée; tandis qu’au contraire le plateau de craie est naturellement plus ancien et inférieur à tous les autres; qu’il ne fait que cesser de paroitre au dehors le long de la ligne de circuit que nous venons d’indiquer, mais que, loin d’y finir, il s’enfonce visiblement sous les supérieurs ; qu’on le retrouve partout où l’on creuse

ces derniers assez profondément, et que même il s’y relève dans quelques endroits, et s’y reproduit pour ainsi dire en les perçant.

On peut donc se représenter que les matériaux qui composent le bassin de Paris, dans le sens où nous le limitons, ont été déposés dans un vaste espace creux , dans une espèce de golfe dont les côtes étoient de craie.

Ce golfe faisoit peut-être un cercle entier, une espèce de grand lac; mais nous ne pouvons pas le savoir, attendu que ses bords du côté sud-ouest ont été recouverts, ainsi que les matériaux qu’ils contenoient, par le grand plateau sableux dont nous avons parlé d’abord.

Au reste ce grand plateau sableux n’est pas le seul qui ait recouvert la craie. Il y en a plusieurs en Champagne et en Picardie qui, quoique plus petits, sont de même nature, et peuvent avoir été formés en même temps. Ils sont placés comme lui immédiatement sur la craie , dans les endroits où celle-ci étoit assez haute pour ne point se laisser recouvrir par les matériaux du bassin de Paris.

Nous décrirons d’abord la craie, la plus ancienne des matières que nous ayons dans nos environs.

Nous terminerons par le plateau sableux, le plus nouveau de nos produits géologiques.

Nous traiterons entre ces deux extrêmes des matières moins étendues, mais plus variées, qui avoient rempli la grande cavité de la craie avant que le plateau de sable se déposât sur les unes comme sur l’autre.

Ces matières peuvent se diviser en deux étages.

Le premier, qui couvre la craie partout où elle n’étoit pas assez élevee, et qui a rempli tout le fond du golfe, se subdivise lui-même en deux parties à peu près égales en niveau, et qui se présentant rarement ensemble paroissent en quelque sorte placées non pas l’une sur l’autre, mais bout à bout : le plateau de calcaire siliceux presque toujours non coquillier; et le plateau de calcaire grossier coquillier. '

Nous connoissons assez les limites de cet étage du côté de la craie ,

parce que celle-ci ne le recouvre point; mais ces memes limites sont masquées en plusieurs endroits par le second étage et par le grand plateau sableux qui forme le troisième et qui recouvre une grande partie des deux autres.

Le second étage est formé de gypse et de marne. Il n’est pas répandu généralement, mais seulement d’espace en espace et comme par taches ; encore ces taches sont-elles très-différentes les unes des autres par leur épaisseur et par les détails de leur composition.

Ces deux étages intermédiaires , aussi-bien que les deux étages extrêmes, sont recouverts, et tous les vides qu’ils ont laissés sont en partie remplis par une autre sorte de terrain, mélangé aussi de marne et de silice, et que nous appelons dernier terrain d’eau douce, parce qu’il fourmille de coquilles d’eau douce seulement.

Telles sont les grandes masses dont notre canton se compose et qui en forment les différens étages. Mais , en subdivisant chaque étage, on peut arriver encore à plus de précision, et l’on obtient des déterminations minéralogiques plus rigoureuses , qui donnent jusqu’à neuf genres distincts de couches, dont nous allons présenter d’abord l’énumération et ensuite les caractères distinctifs.

Enumération des diverses sortes de terrains ou de formations (i) qui constituent le sol des environs de Paris.

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