‹ Description historique de l'abbaye royale d'HautecombeChapitre 1 sur 62 · CHAMBÉRY · texte numérisé non relu

CHAMBÉRY

CÎÏE3 ~-77V.CZ ET CHEZ TBkKOX t LIBRAIRES.

Août 1843.

Chambéry , imprira. de Puthod.

L'abbaye royale de t Sainte -Marie -d'Hautecombe est située sur le bord occidental du lac du Bourget , au pied du Mont-du-Chat, à la distance de vingt-quatre kilomètres de Chambéry. L'escarpement de la montagne qui domine l'abbaye, ne permet d'y arriver avec quelque facilité qu'en traversant le lac.

Du port de Puer , près d'Aix , où l'on s'embarque ordinairement, la traversée dure une heure. L'œil est charmé par la fraîcheur du paysage et la richesse des différents points de vue dont on jouit pendant ce trajet ; les eaux bleues et limpides du lac baignent le pied de vertes collines , d'âpres rochers , de massifs d'arbres séculaires et de vastes prairies. Ce tableau ravissant est terminé au nord par la chaîne du Jura , et au midi par la cime des Alpes, couronnée de neiges éternelles.

En approchant de l'antique retraite qui fut si chère an bienheureux Humbert et au Roi Charles- Félix , on est frappé de l'isolement du monastère , resserré entre une nappe d'eau et le versant de la montagne. La pensée se reporte alors vers les austères cénobites , les évéques , les souverains pontifes et les saints qui habitèrent cet asile , vers les nombreux héros de la maison de Savoie qui prièrent dans celte église , où ils dorment maintenant sous la pierre des tombeaux ; et l'âme , pénétrée du néant des grandeurs de ce monde, s'ouvre à l'espérance d'une autre vie , et aux consolantes doctrines de la foi.

Le monastère d'IIautecombc , fondé en 1123 par Ainédée III de Savoie, appartenait à l'ordre de Citeaux, de la règle de saint Bernard. Pendant plusieurs siècles , le cloître et l'église de l'abbaye furent le lieu de sépulture des princes de la maison de Savoie ; mais lors de la révolution de 1792 , le couvent et les terres qui l'entourent furent vendus comme domaines nationaux, etectte antique demeure des souverains fut transformée en une fabrique de faïence. Le défaut d'entretien des bâtiments, et l'usage auquel on les destina , ne lardèrent pas à en amener la ruine. L'ne partie s'écroula et couvrit de ses décombres les tombes et les caveaux. Heureusement les dépouilles mortelles des princes ne furent pas dispersées.

En 1824 , Charles-Félix, Roi de Sardaigne , fit pieusement recueillir les cendres profanées de ses glorieux ancêtres. Avec son patrimoine particulier , il racheta les anciens domaines du monastère , reconstruisit l'église et releva les mausolées. Enfin il rétablit en 1826 les moines de l'ordre de Citeaux dans les bâtiments de l'abbaye.

Les bases de cette restauration furent tracées de la main du Roi ; il choisit lui-même un habile architecte (M. le

chevalier Mélano) pour diriger les travaux, et par respect pour la mémoire de ses aïeux , il voulut conserver scrupuleusement dans les constructions nouvelles , la forme , le style et le caractère primitif des anciennes constructions.

Ce vénérable monarque , enlevé à l'amour de ses sujets le 27 avril 1831, avait ordonné dans son testament que son corps serait transporte à Hautecombc , où il a été inhumé avec pompe le 11 mai suivant.

Les ornements intérieurs de l'église et les bâtiments adjacents n'étaient pas terminés , et la magnifique façade occidentale n'était point encore commencée. S. M. la Reine Marie-Christine , auguste veuve du Roi , secondée par le dévouement éclairé de S. Exc. M. le comte Philibert de Collobiano , son chevalier d'honneur , a fait continuer les travaux avec autant de munificence que de goût. Cette sainte entreprise a été entièrement achevée en 18&3; il a fallu une volonté royale et des mains généreuses pour faire exécuter tant de travaux dans un aussi court intervalle.

Au mois de juillet dé la même année , Sa Majesté la Reine Marie-Christine est venue accomplir un pieux pèlerinage auprès des dépouilles mortelles de son illustre époux. Cette vertueuse princesse , providence des malheureux , a recueilli pendant son séjour en Savoie les bénédictions du pauvre et les hommages de la population.

Les vastes bâtiments du monastère , la belle architecture gothique de l'église , le mérite des ornements , des vitraux et des peintures qui la décorent , le majestueux caractère des tombeaux et des cénotaphes , la perfection des bas - reliefs et des statues , dont -le nombre s'élève à près de trois cents, rendent l'abbaye royale d'Haiitccombe aussi précieuse aux beaux-arts qu'à la religion. Ses mo-

iiuments ne sont pas moins précieux à la gloire el à la nationalité de la Savoie. Ils rappellent quelques-unes des illustrations que les fiers descendants des Àllobrogcs ont fournies à l'église , leur foi antique et leurs exploits en Orient , lors des Croisades , leur attachement à la cause du Saint-Siège , pour laquelle ils ont versé leur sang dans les interminables guerres d'Italie , leurs hauts faits militaires sur presque tous les champs de bataille de l'Europe, où ils ont toujours accompagné leurs princes.

Quelquefois vaincus , mais jamais subjugués , les Savoisiens , malgré les étroites limites de leur territoire , ont conservé avec honneur , depuis plus de deux mille ans , leur nationalité au centre des Alpes. Ils y attachent plus de prix qu'à la vie. Ce noble sentiment , qui prend sa source dans l'amour de la gloire et de l'indépendance, dans la solidité du caractère et des principes de morale , est le fondement de leur affection dévouée et de leur fidélité inaltérable à l'auguste maison de Savoie. Ils en reçoivent en échange , depuis huit siècles , les bienfaits d'un gouvernement sage , éclairé , paternel et approprié à la simplicité de leurs mœurs. En parcourant l'histoire des princes guerriers et législateurs ensevelis à Hautecombe depuis le douzième siècle, on voit que Humbert 111, Thomas I , Amédée IV , Amédée V et ses successeurs possédèrent la plupart des qualités éminentes qui font briller d'un si vif éclat le trône du Roi Charles- Albert , et font aimer et admirer son règne.

Cet opuscule est divisé en quatre parties.

La première contient la description des façades , du périmètre extérieur de l'église et de sa forme intérieure. Un plan topographique de l'église , numéroté , et accompagné en regard d'un tableau contenant cinquante articles , indique la place des monuments et objets d'art.

La seconde partie donne les traits principaux de la vie de chaque prince auquel un monument est élevé. Les chapelles , les tombeaux et les objets d'art sont décrits dans des articles séparés , dont le numéro correspond à celui du plan , et ces articles sont assez concis pour pouvoir être lus à mesure qu'on parcourt l'église.

La troisième partie est consacrée aux autres curiosités qui méritent l'attention du voyageur, telles que le cloître, les appartements royaux , la chapelle de saint André , la tour du phare et la fontaine intermittente.

La quatrième partie renferme un aperçu historique de l'abbaye depuis sa fondation jusqu'à ce jour.

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