FAÇADE PRINCIPALE
L’Église de Saint-Riquier, considérée avec raison comme l’un des plus beaux mono mens gothiques de la Picardie , et meme de France , est l’un des derniers comme l’un des plus parfaits modèles de ce genre d'architecture dont le seizième siècle vit le dernier soupir.
Cet édifice et les bâtimens dépendans de l’ancienne Abbaye, sont entourés d’un grand mur de clôture formant un parallélogramme rectangle , dont les deux extrémités en retour d’équerre du côté de l’ouest, se rattachaient autrefois à un corps-de-logis destiné à la réception des hôtes , et servant d’enceinte à r atrium ou parvis de l’église (*).
Elle présente de toutes parts un grand intérêt, ses murs sont contrebutés à l’extérieur par une multitude d’arcs-boutans , légèrement évidés à jour , et présentant un merveilleux contraste avec le lisse des murs et des contreforts ; mais c’est spécialement dans la façade principale que l’architecte de ce monument a déployé toutes les beautés et la magnificence de l’art. Cette façade est précédée d’une vaste place cl’oii l’on peut en considérer l’effet général dans son ensemble et ses détails. Elle offre l’assemblage le plus heureux
(i) Il existe un recueil ( très-rare ) de planches gravées au nombre de io2, représentant les Abbayes bénédictines de France, dont le père Michel Germain devait publier l’histoire abrégée en trois volumes in-folio, sous le titre de Monasticon Gallicanum , mais il mourut en 1694, avant d’avoir pu réaliser ce projet. Ses Mémoires sont restés manuscrits dans l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Ils ont servi de-
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de ce que ce genre d’architecture a créé de plus riche et de plus élégant, réuni à ce que la sculpture avait acquis de perfectionnement à l’époque de la régénération des arts au seizième siècle. Mais dans ce style de transition, les formes gothiques n ont nullement été altérées par l’association de celles du genre arabesque, dans lesquelles elles se trouvent fondues sans contraste choquant. A cette époque, l'architecture à ogive avait été portée à son plus haut période de légèreté et d’élégance, par la variété et la délicatesse des ornemens dont elle s’était enrichie. Ce n’est point ici une copie servile, ni même une compilation de ce que nous possédons de mieux en ce genre , c’est une création du génie , une oeuvre originale dont l’exécution a été confiée aux plus habiles artistes du temps , probablement sortis de l’école de Jean Joconde ou du Primatice. Nous regrettons de ne pouvoir citer leurs noms, les religieux de l’abbaye qui y avaient
puis à la composition du Gallia Chrisliana , publié par les Bénédictins. C’est dans cette précieuse collection de planches, devenue d’autant plus intéressante aujourd’hui , que la plupart de ces monastères ont été détruits , que se trouve une vue générale de l’abbaye de Saint-Riquier, qui peut donner une connaissance exacte de sa distribution intérieure et de la disposition de ses bâtimens.
GU
eu la principale part , les ont laissé ensevelir dans l’oubli l1).
Cette façade , à laquelle on monte par un superbe perron élevé de cinq marches ? a 84 pieds de largeur dans sa base ; elle se compose d’une haute tour de i5o pieds d’élévation., dont les différens plans sont disposés avec art, et décorés d’un luxe de figures et d’ornemens distribués avec une heureuse symétrie, et séparés par de belles parties lisses qui en font ressortir la richesse avec avantage. C’est une broderie d’un riche dessin , fruit d’une imagination féconde et qui produit l’effet le plus ravissant. Cette tour est accompagnée de deux grands contreforts, dont les différentes retraites sont décorées dans leur partie inférieure de statues du plus beau style , portées sur des cuîs-delampes et surmontées de très- jolis dais ciselés et découpés à jour.
(l) Un grand nombre de religieux el de chanoines se livrèrent pendant le moyen-âge , soit par goût ou par devoir , à la culture des arts. Geoffroy de Champ-Aleman , évêque d’Auxerre , vers la fin <iu onzième siècle, voulant pourvoir à l’entretien de son église cathédrale qu’il venait de faire réparer , destina trois prébendes pour des ecclésiastiques, dont l’un serait peintre , l’autre vitrier , et le troisième orfèvre. Le Beuf. Mémoires concernant l’histoire Ecclésiastique et Civile d’A uxerre , etc. Paris, 1743. Tom, Ier, page 24 G.
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La partie inférieure de la façade présente trois magnifiques portiques pratiqués sous de profondes voussures en ogive, et enrichis de figures et d’ornemens d’une très-belle exécution ; celui du centre qui est le plus grand , correspond avec la nef principale, et les deux autres avec ses collatéraux ou bas-côtés.
IVarc d’ouverture du portail du milieu est enrichi d’une dentelle délicatement découpée h jour en forme de trèfles courans , la moulure de l’ogive est ornée de rinceaux de chardons, Les deux statues les plus près de la porte sont fort difficiles à reconnaître . vu leur état de vétusté; on croit qu’elles représentent Saint Benoît, patriarche des moines d’Orient, instituteur de l’Ordre qui porte son nom, et Saint Maur , abbé , son disciple. Autour des piédestaux qui supportent ces statues, sont représentés plusieurs traits historiques de leurs légendes, mais les figures sont tellement mutilées qu’il est impossible d’en saisir le sens.
A la droite du portail est la statue de Louis XII , roi de France , revêtu de ses habits royaux, et décoré du cordon de l’ordre de Saint-Michel. Au-dessous de cette statue est un bas- relief , dont les figures très -frustes le
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rendent méconnaissable. De l’autre côté du portail et en face de la statue de Louis XII , est celle de François Ier, son successeur, portant l’habit court et un manteau royah La télé de ce monarque et la jambe gauche ont été cassées. Les trois figures sculptées autour du piédestal le sont également. Les quatre statues que nous venons de décrire sont surmontées de très-jolis dais découpés et festonnés de trèfles.
Le contour des arceaux de la voussure ogive de ce portail est décoré d’une suite de petits groupes exécutés avec infiniment de soins , et représentant les traits les plus remarquables de la vie de Saint Riquier et de celle de Saint Angilbert, abbés de ce monastère. Dans les compartimens h droite du spectateur, sont sculptés les sujets suivons : i° Saint Riquier, dans le cours de sa mission en Angleterre, visite la sainte veuve Rictrude et donne sa bénédiction à son fils. 2° Dans un compartiment placé de l’autre côté , le même Saint, monté en chaire , travaille h la conversion des habitons de la Grande-Bretagne. Viennent ensuite les principales circonstances de la translation du corps de Saint Riquier de Montreuil h Centule 9 telle qu’elle est représentée
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dans la Trésorerie. Ces groupes sont sculptés dans les bandeaux de la voussure k droite du spectateur, et disposés de la manière suivante. En commençant par le bas : i°. L’arrivée du cortège à l’abbaye de Saint-Saulve de Monfreuih 2°. Le comte Ârnoul à genoux, faisant la remise du corps de Saint Biquier. 3°. Sa translation au monastère de Centule par Hugues-Capet, figurée dans deux groupes représentant une cavalcade sculptée dans le deuxième bandeau. Le surplus des bandeaux du coté gauche, offrent plusieurs traits relatifs à la vie de Saint Angilbert: i°. La mission dont cet abbé fut chargé par Charlemagne auprès du pape Adrien 1>. 2°. Sa réception par le Saint-Père assisté d’un cardinal; le pape a la tête coiffée d’une thiare , et tient un bâton surmonté d’une triple croix. Au-dessus se voit un autre groupe représentant la guérison miraculeuse d’un boiteux , obtenue vraisemblablement par l’intercession du Saint. La plupart de ces groupes ont été plus ou moins mutilés ; les têtes sont en grande partie cassées.
Le tympan placé au-dessus de la porte dans le fond du cadre ogive, est totalement occupé par un grand bas-relief représentant l’arbre de Jessé, ou la généalogie de Jésus-Christ.
Douze rois , ses ancêtres, sont assis sur les branches de cet arbre dans des attitudes variées ; ils sont costumés h la manière du seizième siècle. Des six rois placés à la droite du spectateur, ont chacun une chaîne autour du cou , emblème de l’autorité royale. Ce tableau généalogique présente successivement Jessé, David, Salomon , Roboam , Abias, Asa , Josaphat , Joram , Ozias , Joalham , Achaz , Ezéchias et Manassé. Au-devant de cet arbre , sur un très-joli cul-de-lampe décoré de niches et de pampre , on voit Jessé assis sur son trône, la tète appuyée sur sa main droite et endormi; il est vêtu d’un riche costume, et porte suspendu devant lui un écusson aux armes de France, dont les fleurs-de-lis ont été effacées; il ne reste que le cordon de l’ordre de Saint- Michel. Le sommet de l’arbre est surmonté de la figure de la Sainte Vierge , portant sur ses genoux l’Eufant Jésus qui s’appuie sur ses pieds et sur ses mains 0). Les interstices des branches de l’arbre généalogique, sont découpés h jour et garnis de vitres peintes. Le contour de l’arc ogive est décoré d’une riche den-
( i) Le tympan du portail central de la cathédrale de Rouen est également décoré de l’arbre de Jessé.
telle formant un encadrement d’un très-bel effet.
Les deux ventaux de la porte sont ornés de panneaux unis à encadrement : dans ceux du dormant, sont sculptés deux médaillons représentant les bustes de Jésus-Christ et de la Mère du Sauveur. Le style de cette porte indique qu’elle a été érigée sous l’administration abbatiale de Charles d’Àligre.
La partie inférieure des deux contreforts de la tour , en dehors du portail , est décorée de trois niches de chaque côté , surmontées de dais pyramidaux richement découpés à jour; dans ces niches sont placés les statues de plusieurs saints évéques et abbés, révérés dans le Ponthieu , et dont plusieurs y ont apporté le flambeau de la foi.
i°. A droite du spectateur, la deuxième statue représente Saint Vigor , évêque de Bayeux , contemporain de Saint Riquier, qui lui donna l'hospitalité , et reçut de lui la lumière de l’Evangile. Saint Vigor tient un dragon enchaîné, symbole de l’idolâtrie qu’il contribua à détruire par ses prédications. Il était d’usage parmi les légendaires et les artistes du moyen-âge de représenter toute
croyance ou opinion religieuse en dehors du Christianisme , comme suggestion du démon , sous la figure d’un dragon ou de tout autre animal fantastique,
2°. A gauche, en face de Saint Vigor , est placée la statue de Saint Nicolas, évéque de Myre, reconnaissable au baquet placé à ses pieds, et contenant plusieurs enfans dont les figures ont été totalement cassées. Dans la plupart des décorations iconologiques des églises du Ponlhieu , principalement dans la partie qui avoisine les côtes , il n’est pas surprenant d’y rencontrer fréquemment l’image de Saint Nicolas ; son culte a dû être spécialement répandu dans une contrée dont la prospérité dépendait en quelque sorte de la navigation à laquelle se vouèrent la plupart de ses habitans, qui invoquaient leur saint patron dans leur bonne , comme dans leur mauvaise fortune.
3°. Près delà statue de Saint Nicolas, est un évêque qui paraît tenir un lion enchaîné : on croit reconnaître dans ce personnage Saint Yulfran , archevêque de Sens, patron du Ponlhieu et de l’église paroissiale d'Abbeville. Ce lion enchaîné , peut être considéré comme le symbole de la victoire que Saint Yulfran avait
remportée sur le peuple de la Frise en le convertissant au Christianisme. Plus loin, en tournant à gauche, est la figure en pied d’un évêque, qui paraît être Saint Firmin, martyr, apôtre de la Picardie , caractérisé par les deux licornes placées à ses pieds , et qu’on retrouve dans les armes de la ville d’Amiens, dont il fut le premier évêque.
4°. Autour du contrefort , à droite du spectateur, sont deux autres personnages mitres : le premier paraît être Saint Eloi, évêque de Noyon; on croit reconnaître dans le second, Sympborien , abbé de Saint-l\iquier , recevant Saint Angilbert, à genoux devant lui, parmi les religieux de son monastère. Angilbert qui prit alors l’habit de Saint Benoît, est encore revêtu du costume de prince , comme membre de la famille royale de Charlemagne dont il était gendre.
5°. Dans le fronton qui surmonte le grand arc ogive du portail central, se voit un groupe représentant le mystère de la sainte Trinité : Dieu le Père , assis sur son trône , présente aux hommes son Fils crucifié , auxquels il l’offre pour modèle. La tête du Père-Eternel est pleine de dignité , elle est coiffée d’une thiare au dessus de laquelle est l’image du Saint-
Esprit sous la forme d’une colombe ; cette figure a été mutilée. Dans la partie supérieure, de chaque côté de ce groupe , sont deux Anges adorateurs d’une moyenne proportion, dont il ne reste plus que celui qui est placé à droite. Sous le socle qui porte le groupe de la Trinité , sont deux Anges tenant un écusson dont les armoiries ont été grattées. L’ensemble de ce groupe est surmonté d’un riche dais pyramidal d’un travail très-recherché , orné de filets et ciselé de découpures à jour.
En dehors du fronton qui renferme ces figures , et sur le mur de face , sont placées dans des niches surmontées de fort jolis dais, et séparées par des compartimens , les statues colossales des douze Apôtres distribués de chaque côté du fronton , ainsi que sur les faces latérales des deux contreforts, et distingués entre eux par les attributs qui les caractérisent. Toutes ces statues sont d’une exécution soignée, et se font remarquer par la beauté du style. Dans deux compartimens pratiqués sur la première ligne de ces figures , sont placées celles des deux principaux fondateurs de cette abbaye, Saint Riquier à droite et Saint Angilbert à gauche, tous deux à genoux devant Dieu le Père , implorant sa mi--
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séricorde. Les memes personnages sont représentés dans deux des statues colossales placées dans les niches pratiquées sur les faces des deux contreforts de la tour. On reconnaît à droite Saint Riquier , vêtu du costume d’abbé, et tenant le bâton de cette dignité : h ses pieds est un lion dressé sur ses pattes de derrière ; près de ce lion est un écusson avec un chevron.
La statue placée sur la même ligne à la gauche de Saint Riquier , est un prélat rnîlré portant un bâton d’abbé. De l’autre coté , à gauche, se voit Saint Angilbert, tenant un livre ouvert sur sa poitrine, et reconnaissable h son bâton d’abbé.
Le fronton triangulaire qui termine cette partie de la façade , est décoré de trois statues placées dans des niches surmontées de trois dais , en forme de couronne , découpés à jour. Celle du milieu représente la Sainte Vierge recevant de Dieu le Père la couronne céleste suspendue sur sa tête par deux Anges ; cette couronne est fleurdelisée. A la gauche de la Vierge est Dieu le Père , dont la tête est coiffée d’une thiare ; à sa droite se voit Jésus Christ portant une main sur sa poitrine et élevant l’autre ; au-dessus de ce groupe , plane le
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Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, dont l'image est placée sur la couronne de la Vierge,
Parmi les trois statues de ce groupe, d’une exécution admirable, on distingue particulièrement celle delà Vierge , modelée avec art, et dont le caractère de tête est empreint de cette expression tout à la fois céleste et virginale , que le statuaire a saisie avec tant de vérité.
Le fronton en saillie se détache sur un fond lisse, coupé par de fines coîonnettes terminées par des trèfles. Les rampans de ce fronton sont décorés de chardons très-délicatement découpés , ainsi que la frise régnant en dedans.
Le gros mur de la tour, formant retraite au-dessus du fronton, est bordé d’une balustrade décorée d’entrelacs découpés à jour. Immédiatement au-dessus s’élève la tour de forme quadraogulaire , ouverte sur chacune de ses faces , de deux baies , garnies de trois abatvents. Au centre du trumeau qui sépare ces fenêtres, s'élève depuis la galerie un grand pilastre carré h astragales , orné de moulures , sur lequel est placée la statue colossale de Saint Michel-Archange, reconnu en tout temps comme le protecteur de la France, foulant
sous ses pieds le dragon infernal. Il est cuirassé de pied en cap , ainsi qu'on le représente ordinairement, avec celle exception cependant qu’au lieu d’une épée flamboyante, il tient de la main droite une longue croix dont il terrasse le diable, et que sa tête est nne et sans casque. Il porte à son côté un arniet, espèce de casque fort en usage dans le seizième siècle.
A la droite de Saint Michel sont placées de chaque côté de l’ouverture des abat-vents , deux statues représentant Adam et Eve couvrant leur nudité de la main gauche. L’expression que le sculpteur a donnée h notre premier père est celle du repentir qu‘il manifeste, en désignant, comme auteur du péché originel, Eve tenant de la main droite le fruit fatal qui Ta fait exclure du Paradis ainsi que son époux. De l’autre côté , h la droite du spectateur, se voient dans les deux angles de la tour, deux statues représentant Moïse portant les tables de la Loi , et le roi David tenant une harpe. Ces statues diffèrent des précédentes pour l'exécution qui est d'un style lourd et incorrect. Le haut de la tour se termine par une broderie d’ornemens delà plus grande richesse , et son sommet est bordé d'une balustrade h jour. Il est vraisemblable que
celte tour devait être terminée par une flèche en pierre : le système pyramidal qui domine généralement dans sa composition semble l’indiquer et l’appeler pour donner plus d’élégance à la tour, évidemment trop basse par rapport à son soubassement.
On monte à cette tour par deux escaliers en limaçon, fort ingénieusement ménagés dans deux tourelles octogones placées dans les angles , et dont les cages sont extérieurement décorées de colonnettes ou longs fuseaux surmontés de très-jolis frontons arabesques. Une autre tourelle pratiquée derrière l’éperon de la tour à gauche du spectateur, sert de cage à un troisième escalier dont rentrée se trouve dans l’intérieur de la tour. Cette tourelle est terminée par un clocheton surmonté d’une fleur-de-lis.
Les deux portiques dont nous avons déjà parlé, sont disposés en arrière-corps des deux côtés de la façade principale, et servent d’entrées aux bas-côtés. Le portique placé à droite du spectateur, est décoré de deux statues qui ont été mutilées , mais dans lesquelles on reconnaît , à droite , Sainte Marie-Madeleine portant le vase dans lequel étaient les parfums qu’elle répandit sur la tête de Jésus-Christ ; à
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gauche, et en face de Marie-Madeleine, se voit Sainte Catherine, vierge et martyre. Toutes deux sont richement vêtues , comme l’étaient au seizième siècle les personnes d’un haut rang. Dans le contour des bandeaux de la voussure , sont représentés dans une suite de groupes plus ou moins mutilés , les traits principaux de la vie de Saint Joachim, de Sainte Anne et de la Sainte Vierge.
En commençant à droite de la porte et suivant le contour de l’ogive, on voit successivement : i°. l’entrevue de Saint Joachim et de Sainte Anne , père et mère de la Sainte Vierge ; 2°. Sainte Anne soignant l’éducation de la Vierge j tient un livre ouvert sur ses genoux ^ et paraît adresser la parole à sa fille ; le troisième bas-relief est tellement mutilé , que l’on ne peut en distinguer le sujet qui offrait sans doute le mariage de la Vierge ; 3°. l'Annonciation ; 4°. l’Adoration des Bergers , l’Enfant Jésus est couché sur une natte ; 5°. celle des Mages. La niche qui décore le fopd du cadre ogive est vide. Ce fond , divisé en quatre corapartimens , est décoré d’arabesques d’un excellent goût» Le sommet de l’ogive est percé à jour et garni de vitres qui éclairent le bascôté.
Sur îe devant du contrefort en dehors du portail, sur une console placée h droite, est la figure de Sainte Anne, assise, ayant un livre fermé sur ses genoux et un autre ouvert dans lequel elle enseigne h lire à la Sainte Vierge : cette statue est surmontée d’un trèsjoli dais. Le sommet de l’arc ogive en dehors du portail est décoré d’une statue représentant Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin-ie-Grand : au-dessus est une petite galerie bordée d’une balustrade à jour. Dans la patrie supérieure de l’arrière-corps est une fausse fenêtre , dont le sommet était orné tl’un écusson armorié qui a été gratté. Le contrefort se termine par un obélisque en épi de blé qui accompagne le rampant de l'arrièrecorps.
L’ensemble de la partie de cette façade située à gauche du spectateur , présente le même système de décoration. Dans les deux niches pratiquées sur les deux faces latérales du portail, sont: i°. h droite Saint Antoine, abbé , vêtu de son costume de patriarche des solitaires, et reconnaissable à son cochon dressé contre lui sur ses pattes de derrière ; 2°. eu face et du coté gauche est placé Saint Loch , avec son fidèle compagnon. Le fond de la
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voussure ogive est également décoré d’arabesques, et la partie supérieure est vitrée. Audevant est un arc décoré de trèfles découpés très-délicatement.
Dans le bandeau de l’arc du centre de la voussure, sont sculptés plusieurs petits groupes de figures, représentant différens traits de la vie de Saint Antoine et de Saint Koch , dont les statues sont au-dessous.
Au-dessus de l’arc d’ouverture du portail, on voit dans une espèce de nicîie, une statue représentant Saint Riquier revêtu du costume ordinaire aux gentilshommes de son temps, qui , suivant l’habitude des artistes du seizième siècle , est celui de cette époque. A ses pieds se voient un lion et un loup qui dévorent deux jeunes enfans. Ces figures qui sont allégoriques, offriraient, suivant toute vraisemblance, le symbole de l’idolâtrie, que Saint Kiquicr contribua à détruire, et de l’enfance du Christianisme qu’il établit dans cette contrée : la parfaite ressemblance qui existe entre cette figure et celles qui sont placées tant dans la Trésorerie que dans l’une des chapelles du pourtour du chœur, présente une identité qui paraît incontestable. Il en est de même de la plupart des statues de cette façade ,
qui se trouvent répétées dans l’intérieur de leglise.
Au bas du pilier butant qui accompagne ce portail, se voit une autre statue représentant un personnage revêtu d’une armure et couvert d’un manteau : costume par lequel on croit reconnaître Constantin-le-Grand , premier empereur chrétien, quel que soit l’état de dégradation dans lequel cette statue se trouve réduite, par suite de la nature friable de la pierre, plutôt que par l’effet du vandalisme, qui d’ailleurs n’a pas épargné les autres sculptures.
L’extérieur de ce temple est généralement d’une noble simplicité, et se fait remarquer par l’uniformité de sa structure ; les murs sont lisses et sans ornemens , mais sa construction est très soignée. Les arcs-boutans , au nombre de dix-huit, à double rang, sont soutenus entre eux par des eoîonnettes qui en allègent le poids, et donnent à cette partie de l'édifice un certain caractère de légèreté. Ceux qui contrebutent le mur extérieur du pourtour du chœur , sont surmontés de pyramides trèsartistement travaillées. Le corps du bâtiment est en forme de croix latine , divisé dans son élévation en deux étages, formant autant de
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galeries, qui sont bordées de balustrades évidées à jour. La première règne le long des combles des bas-côtés de la nef, et de ceux des chapelles du pourtour du choeur, et la seconde circule autour du grand comble de l’église. On monte dans les différentes parties de cet édifice par quatre escaliers existans , savoir : deux dans la grande tour de la façade principale; le troisième dans celle de Saint- Lloi , située à l’angle nord ouest de la croisée septentrionale, et le quatrième entre les piliers-butans du pourtour des chapelles du rond-point du chœur , au nord-est.
Du côté du sud , on s’est vu dans la néces-
sité de fortifier les piliers-butans de la nef par des contre-forts construits dans le meme style. La démolition de l'ancien cloître, dont un des côtés s’adossait au mur latéral, en privant cette partie de l’édifice d’un point d’appui indispensable, avait provoqué un mouvement dans sa bâtisse qui faisait craindre une chute prochaine , lorsque les secours qui avaient été sollicités par le conseil du département furent accordés par le ministère et mirent l'administration h même de le sauver d’une ruine totale. Des travaux considérables furent immédiatement commencés sous la di-
rection de M . Cheussey, architecte du département, et continués sans interruption dans le cours des années 1822, 1823 et 1824* On éleva trois piliers-butans dont la maçonnerie fut liée à celle des contre forts déjà existans, mais trop faibles pour résister à l’effort de la poussée des voûtes , devenue plus forte en raison du trop grand escarpement des murs la* téraux. Des tirans en fer avec des ancres furent adaptés au sommet des murs au-dessus des voûtes, afin d'arrêter les progrès du mouvement et d’empêcher toute espèce d’écartement ultérieur. Les chêneaux qui reçoivent la chute des eaux du grand comble couvert en ardoises, furent totalement réparés, ainsi que les arcs-boutans dont les caniveaux ont été garnis en plomb, pour faciliter leur écoulement jusqu’au pied de l’édifice, au moyen de tuyaux de descente.
Enfin, le pourtour du choeur de cette église, décoré d’obélisques dentelés, offre dans son ensemble un aspect d’un grand intérêt; on admire surtout cette élégante chapelle de la Vierge qui se groupe d’une manière si admirable avec le chevet, et dont la richesse de la structure fait l’un des plus beaux ornemens de cet édifice.
DE SAUVT-FiIQUIEPi.
Cette église étant bâtie en croix, la partie centrale du croisillon, au-dessus du grand comble, était anciennement surmontée d’un fort beau clocher en charpente , couvert en plomb ; son élévation au dessus du comble était d’environ quatre-vingts pieds. Il se composait d’une plate-forme bordée d’une balustrade h jour ; huit consoles surmontaient cette plate-forme et venaient aboutir en décrivant une courbe k un centre commun, d’où s’élevaient huit pilastres dont l’ensemble présentait une pyramide terminée par une calotte oblongue surmontée d’une croix.
Le grand ouragan qui eut lieu le 1 1 novembre 1800, ayant occasionné de nombreux dégâts à l’extérieur de cet édifice , la fabrique de l’église, privée de toute espèce de ressource, se trouva dans la fâcheuse nécessité de faire abattre le clocher, pour en vendre les matériaux , afin de subvenir aux frais de réparations urgentes du bâtiment.
Ce clocher contenait plusieurs cloches d’une moyenne proportion, et les seules qui fussent destinées & annoncer le service divin ; car celles que l’on voit au jourd'hui dans la grande tour, proviennent de l’église de Notre-Dame,
ancienne paroisse de la ville ; elles n'y ont été placées que depuis l’époque à laquelle l'église de l’abbaye de Saint-Riquier fut érigée en paroisse, après la suppression des ordres religieux. La plus grosse de ces trois cloches (fort discordantes entr’ elles) pèse environ trois mille livres ; elle a été fondue en 1760. par Philippe et Florentin Cavillier, fondeurs à Carrépuils, et donne le ton de mi.
T)ans la charpente du Beffroi . où sont suspendues ces cloches, est placé le rouage de l’horloge de l’église, qui se complique d’un autre mécanisme, lequel, nu moyen d’un cylindre noté, faisait jouer des hymnes et des cantiques sur dix petits timbres ou clochettes dont il n’en reste plus que quatre, placées dans un clocheton élevé au-dessus de la tour. L'horloge ne va plus depuis long-temps , on se règle sur celle de la prison, établie dans la grosse tour qui servait autrefois de Beffroi à la ville de Saint-Riquier.
DE SAlNT-RIQUlERi
1BVBHIEUR WM li’BCUUSB.
En entrant dans ce temple , on est moins, frappé par la légèreté et l’élégance de sa structure , que par la justesse et l’heureux accord de ses proportions. L’admiration qui doit être progressive dans l’examen d’un édifice, n’est pas ici îe sentiment qui domine, elle fait place à d'autres impressions.
Ce n’est point spécialement par la richesse, la délicatesse et par un grand luxe d’orncmens que brille l’architecture intérieure de cette basilique, mais bien par celte noble simplicité, cette sévérité de style, cette unité dans les proportions et dans la disposition générale du plan, cette symétrie dans les détails, caractères distinctifs qui en constituent l’ensemble. La vue se prolonge sans obstacle et embrasse toute l’étendue du vaisseau.
La projection des arcs de la voûte principale est d’une hardiesse surprenante, et prouve moins de timidité chez leur auteur, que dans la plupart de celles des autres édifices gothiques , où la largeur des nefs ne se trouve point en proportion avec leur élévation.
Il existe ici un rapport direct entre les proportions générales et particulières qui mérite d’être signalé h l’attention. L’ensemble de cet édifice forme, dans son élévation et sa largeur, nn triangle équilatéral , base du système d'architecture improprement appelé gothique, et l’un des caractères primitifs et distinctifs de ce style (0. Ainsi, la nef principale a précisément en largeur la moitié de la hauteur de la grande voûte, et les ailes latérales ont tout juste en largeur la moitié de celle de la nef principale. Il en est de même pour les proportions relatives de toutes les autres parties de l’église, comme on le verra à la page suivante.
Quant à la distribution intérieure du vaisseau, il se compose d’une grande nef, d’un
(i) Dans une architecture toute religieuse , dont la première origine remonte au berceau du Christianisme dans les Gaules, il est vraisemblable que le triangle équilatéral , présente ici un sens mystique qui a pour but d’honorer les trois personnes de la Trinité.
K. IL, .Paye 8y.
d Xvv-,/, inv. ' Jïibon /ei. ûtsaclp.
PIAN DE P EGLISE DE SAINT RIQTJIER. ( Somme) i>. | a < Zia/h ■//'• dt /,r h,-/-,/,-. ' 'hifh'l . 3. d/tcie/uie dacri.ttte. . 4 Trésorerie/. »
i ‘ 5. ùtie, a/tueM/.
chœur spacieux, d’une croisée dont la travée du centre se trouve comprise dans les limites du chœur dont elle fait partie. Un bas-côté règne autour de l’église, il est accompagné, au pourtour du chœur, de onze chapelles, toutes décorées de lambris en menuiserie.
Cet édifice présente intérieurement les dimensions suivantes :
Sa longueur totale , depuis la porte d’entrée jusqu’au fond de la chapelle de la Sainte Vierge située au chevet de l’église, est de 3 12 pieds ;
Sa largeur , depuis un mur latéral jusqu’à l’autre, est de 8o pieds ;
L’élévation de l’église , depuis le pavé jusqu’au faitage du comble, est de i 3o pieds.
La hauteur de la voûte principale, depuis le pavé jusqu’à la clef, est de 8o pieds ; celle des voûtes des bas-côtés est de l±0 pieds.
La grande nef a 1 12 pieds de longueur . sur 4o pieds de largeur; et les bas côtés ont 20 pieds de largeur.
La longueur du chœur, depuis la grille d’entrée jusqu’au mur du fond du sanctuaire, est de 86 pieds.
Celle (le la chapelle de la Vierge , depuis le seuil jusqu’au mur du fond, est de F>4 pieds sur 27 pieds de largeur.
Les grandes voûtes de la nef et du choeur sont soutenues par vingt- deux grosses colonnes j dont les fûts ont chacun 4 pieds 6 pouces de diamètre. Les quatre piliers angulaires de la partie centrale , ont chacun 7 pieds de diamètre 0\
Avant d’entrer dans la nef, on passe sous un grand vestibule pratiqué sous la tour, et dont la voûte en ogive et à comparlimens en étoile est percée d’une ouverture circulaire par laquelle on monte les cloches.