‹ Description historique de la cathédrale de RouenChapitre 26 sur 33 · J)ICT ARREST DY CONSEIL · texte numérisé non relu

J)ICT ARREST DY CONSEIL

PRIEZ DIEY POYR LEYRS

On voyait autrefois dans cette église un très-grand nombre de tombes; mais plusieurs d'entre elles ont été enlevées pour faire des tables d'autel et autres ouvrages de restauration: celles qui sont restées ont été^ pour la plupart^ déplacées en différens temps; de sorte que^ au milieu de cette confusion, il est impossible d'assurer si les corps sont précisément aux mêmes lieux où se trouvent les tombes (i).

Après avoir visité l'intérieur de l'église dans le plus grand détail y on doit aller voir la sacristie pratiquée dans une chapelle demicirculaire autour du chœur. Sa clôture est un des ouvrages les plus estimés qui existent en

(1) Les bornes de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans de plas grands détails sur toutes les tombes et sépultures supprimées ou encore existantes dans cette église, nous invitons le lecteur à consulter rintéressant travail de M. Dbyillb sur les tom&eotia; de la CathédrcUê de Rouen, dont une deuxième édition est sous presse dans ce mo-

li» DESCRIPTION HISTORIQUE

ce genre. Cette clôture^ de style arabesque^ est é vidée à jour et décorée de cinq pilastres^ sur lesquels étaient autrefois plusieurs petites figures qui ont été détruites par les calvinistes en 1662. La porte en fer de la sacristie, travaillée à jour, avec tous ses accessoires, est aussi de la même époque que ce mur de clôture dû aux libéralités de Philippe de la Rose^ grand-archidiacre de Rouen, qui le fit construire en 1 479* La pièce voisine est le vestiaire à l'usage du clergé; à droite et à gauche de la sacristie, deux colonnes três-élevées se font remarquer par la légèreté et la délicatesse de leur structure.

L'ancien trésor de cette église, formé par la piété et les libéralités des ducs de Normandie et des archevêques de Rouen , renfermait autrefois une foule de monuments précieux de l'orfèvrerie du moyen âge. On peut voir, dans V Histoire de la Cathédrale de Rouen (1), le détail des richesses contenues dans ce trésor avant 1789, ainsi que celles qui furent pillées en i562.

(1) LtY. I•^ chap. XIII, page 7S et suivantes.

Au miKeu de ces révolutions religieuses et civiles, causes da la perte d'une multitude d'objets rares et précieux en tout genre, la seule châsse de saint Romain a échappé à la destruction ; mais il faut faire observer aussi que sa conservation est due au peu de valeur de la matière dont elle est composée. Cette châsse, de cuivre doré , est enrichie de pierreries et d'émaux; sa structure indique qu'elle peut avoir été exécutée du treizième au qua-« torzième siècle. Plusieurs de ses ornemens prouvent le mauvais goût de ceux qui l'ont res^ taurée sous le règne de Louis XV. Elle a 2 pieds 6 pouces de longueur sur i pied 3 pouces de largeur et i pied 9 pouces de hauteur. Les quatre faces sont décorées des figures des douze Apôtres, de celles de Jésus-Christ et de la Vierge. Sur le (aitage de ta toiture de la châsse, sont deux autres figures : l'une représente saint Romain, archevêque de Rouen, revêtu de ses habits pontificaux, terrassant un dragon; et l'autre, le prisonnier condamné à mort que lui donne la Justice, pour délivrer la ville de Rouen d'un énorme dragon qui dévorait ses habitante. C'est en mémoire de ce prétendu miracle que Dagobert F accorda, dit-on, à.

f5d DESCRIPTION HISTORIQUE

saiot Ouen ^ chancelier de Fratice et archevêque de Rouen, le privilège de délivrer tous l6s ans un prisonnier , pour quelque cas ou crime qu'il fut détenu (i). Ce privilège a été Oonfiroié depuis par Charles VUI et par Louis XII. On peut voir dans les ouvrages de dom Pommeraye et de Farin , et surtout dans celui dé M. Floquet (2) , les cérémonies qui s'observaient autrefois le jour de l'Ascension pour la délivrance du prisonnier.

De la sacristie on monte dans une chambre voûtée en Pgive, et dans laquelle est une che«> minée. Cette chambre était originairement occupée par le chanoine semainier > qui , selon l'ancien usage, ne sortait point pendant la semaine où il se trouvait obligé de Caire L'office à son tour. Le Chapitre était chargé de pourvoir à tous ses besoins. Il parait qu^ cet usage avait été supprimé depuis long-temps, car Le Brun Desmarettes, qui écrivait ses f^ùyages

(1) SenriD, Histoire de.R<merk, tojne II, page 151.

(8) Histoire de la Cathédrale, liv. V, chapitre XIII, page 625. Histoire de Rouen, tome I«s troisième partie, page Si. Histoire du privilège de saint RovMin^ en vertu duquel le Chapitre de la oothédrale deRotien délivrait anciennement un meurtrier, tous les ans, le jour de l'Ascension, par M. FtOQUBT.

DE LA €ATHÉDBA1E DE ROUEN. m

liturgiques en 1 717 , dit à cette époque que la Cirerie pour le service de l'église était établie dans le logement qu'occupait précédemment le chanoine semainier (1). On voit encore sous la sacristie une cave avec cheminée ^ qui a servi autrefois de cuisiné , et dans laquelle on a inhumé depuis les chanoines.

Le vénérable édifice que nous venons de dé^ crire est un des centres historiques les plu^ favorables pour bien faire comprendre un paya et un peuple pendant une longue suite de siècles^ puisqu'il résume à lui seul les faits principaux de l'histoire de cette province. Quel spectacle en effet est plus propre à faire réfléchir sur le passé et à rectifier nos préjugés^ sur les anciens temps ^ que l'examen détaille d'un de ces admirables édifices? En est-il qui offre plus de richesse de poésie et d'histoire à des yeux observateurs , que l'aspect d'une imposante cathédrale ? Gés témoins immobiles et irrécusables de la fuite du temps ^ et d'une suite de révolutions fameuses; ces pierres ^qui^ ont traversé tant d'années , qui ont vu tant de

(l) Voyages Uturgiques en France, ou Recherches faites en diverses viUes du Royauime , page ^79.

catastrophes, semblent avoir . reçu des siècles une sorte de consécration et de prestige y de même que ces chênes séculaires qui survivent à tant de faibles arbrisseaux. Quoique moinsvaste que les cathédra,les de Paris et d'Amiens, celle de Rouen, par la richesse de ses ornements , par la hardiesse de sa structure , est l'un des plus magnifiques monuments de France, et peut même rivaliser avec les plus beaux édifices gothiques de l'Europe.

Toutefois nous ne terminerons pas l'histoire de cet admirable monument, sans renouveler encore le vœu, tant de fois émis, de le voir totalement dégagé des habitations qui en obstruent les parties latérales, et qui l'enveloppent de manière à en dérober les détails les plus précieux aux yeux des amateurs, réduits à la triste nécessité de pénétrer dans les cours des maisons voisines pour en saisir l'ensemble , et soumettre à leurs investigations tout ce qui est susceptible de piquer leur curio* site. Dans plusieurs villes de France, on s'est empressé de dégager l'extérieur des principaux édifices des constructions qui en masquaient la vue : on l'a fait pour les églises de Notre-Dame de Paris, de Notre-Dame de Reims, de Saint-

Jean de Lyon ^ de Sainte-^roix d'Orléans ^ la Maison-Carrée et les Arènes de Nîmes, etc., etc. Pourquoi Rouen ne jouirait-il pas du même avantage ?

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