‹ Description historique et raisonnée d'une collection de tableaux des écoles italienne, flamande, hollandaise, française et espagnole, appartenant à mesdames Dumont de FrainaysChapitre 29 sur 44 · ANDRÉ DEL SARTE · texte numérisé non relu

ANDRÉ DEL SARTE

La Vierge et V Enfant Jésus adorés par

Ce tableau du premier ordre , et l’un des plus beaux qui soit sorti des pinceaux de ee maître, si justement célèbre, est remarquable par la pureté du dessin , l’attitude simple de chaque personnage dont on aime à voir la vérité de l’expression ; et si on y trouve de l’affeetation, c’est que le peintre y était conduit par l’étude trop scrupuleuse qu’il avait fait des ouvrages de Michel-Ange. ^

Le coloris de ce tableau est doux et harmonieux. Vous admirerez aussi la pose gracieuse de la sainte Viergely ainsi' que les raanières^ingénieuses de l’Enfant Jésus, et aussi celles de saint/Jean et des trois anges, qui sont représentés dans l’enfance de l’âge.

le petit saint Jean et par les anges.

Marie sourit à son fils, et l’expression de cette tendre mère est si bien rendue , qu’en la voyant , on suppose que le peintre a fait le portrait d’une personne qu’il affectionnait : il en a répété la ressemblance dans plusieurs de ses beaux tableaux ; tous les personnages sont de grandeur naturelle.

Andrea Vannuchi , dit Del Sarto, né à Florence en 1488, fut élève de Gosino Rosselli, et mourut de la peste à l’âge de quarante-deux ans, en

André Del Sarte fut appelé en France par François pour lequel il peignit un saint Jérôme et une Charité. Ce dernier tableau se voit au Musée du roi. Son dessin correct, son coloris doux, ainsi que sa manière gracieuse de peindre , font le charme de ses ouvrages , qui prennent place à côté de ceux de Raphaël. Les draperies peintes par André Del Sarte sont toujours bien jetées ; mais ses tableaux manquent de ce feu et de cette vivacité qui séduisent au premier aperçu : on en attribue la cause au tempérament flegmatique et à une imagination peu vive et lente à produire. Malgré cela, convenez que vous éprouvez une douce émotion devant les ouvrages de ce grand maître, parce qu’ils captivent votre attention et vous conduisent peu à peu à une véritable admiration.

André SOLARIO.

bO- Rare et superbe tableau représentant un Ecce Homo y ou Jésus tenant un roseau et couronné cV épines, peint par André Solario.

J’ai vu beaucoup de têtes de Jésus souffrant par de grands peintres , mais je n’en ai jamais vu où la résignation dans les souffrances soit aussi-bien exprimée que dans celle ci : il souffre avec la dignité et la constance qui n’appartiennent qu’à l’être surhumain, c’est-à-dire au Fils de Dieu. Vous admirerez avec nous la beauté du coloris, la pureté du dessin, et surtout la pose et la perfection des mains qui tiennent le roseau. Ce tableau est un chefd’œuvre.

Nous possédons le même sujet, par Rubens, autre chef-d’œuvre. La douleur de Jésus est exprimée dans sa plus grande énergie; et, levant vers le ciel ses beaux yeux chargés de sang, il prie son Père de lui accorder la force de supporter le mal qu’il endure. Voyez , première Collection , le n° 1 1 , et page 24) ce que nous avons dit de cette admirable tête d’expression. L’observation que je fais peut être utile aux jeunes étudians , pour leur indiquer que deux peintres , d’un tempérament et d’un caractère différent, en traitant un sujet semblable , peuvent être également sublimes dans son exécution , quoiqu’ils soient complètement opposés

dans la manière de le sentir et de le peindre.

André Solario, élève de Léonard de Vinci , né en 1460, vint à Paris, avec son maître, à la cour de François où il fut connu sous le nom de Solai, Solaino et de Solario. On ignore l’époque de sa mort et le lieu où il finit ses jours. Les tableaux de ce peintre sont extrêmement rares.

Horace GENTILESGUS.

6 1. Vénus couchée sur un sopha, accompagnée de r Amour qui brise son arc. La déesse est peinte de grandeur naturelle par Horace Gentileschi, ou Gentilescus. Ce peintre, né à Florence, d’autres disent à Pise, quitta sa patrie fort jeune et passa en Espagne , où il apprit l’art du coloris ; il y fit plusieurs tableaux pour le palais de l’Escurial ; il passa ensuite dans les Pays-Bas , et de là en Angleterre , où il avait été appelé par Charles P^ On croit qu’il mourut à Londres : on n’a aucune note sur l’époque de sa naissance et sur celle de sa mort.

Le dessin de Gentileschi n’a pas toujours été correct ; son coloris est éclatant , vigoureux , et quelquefois il a de l’analogie avec celui des peintres vénitiens, ainsi que le fait voir le tableau que nous possédons.

Ceux qui ont vu ses peintures historiques , conviennent qu’il avait une manière grande et noble de composer. Ses portraits sont estimés.

Alexandre ALLOHI (Portraits même école).

62. Beau et magnifique portrait que l’on croit être celui d’une princesse de Monaco , peint par Alexandre AÎIori. On remarque la pose gracieuse de la princesse, qui est figurée assise , richement vêtue, tenant un petit chien épagneul dans ses bras, et de la main gauche une clef à laquelle est attaché un cachet d’or avec un ruban rouge. Cet attribut sem blerait indiquer que le prince , son époux , était garde du Trésor public , et du Sceau de l’État. La fraîcheur du coloris et la légèreté des cheveux sont d’une grande perfection ; la richesse des vêtemens attire aussi l’attention par une grande vérité et un fini précieux.

Alexandre Allori, né à Florence en 1607, mourut dans la même ville à l’âge de 72 ans, en 1679. Neveu et élève de Bronzino, Allori, ayant fait une étude sérieuse de l’anatomie, dessinait bien et entendait parfaitement le nu ; il maniait le pinceau avec force et avec beaucoup de grâce et d’adresse. Ses compositions sont généralement bien entendues ; il peignait avec un égal succès le genre historique et le portrait.

Les beaux portraits d’ Allori sont devenus trèsi ares ; on considère comme un des chefs-d’œuvre de ce grand peintre , la belle Judith, tenant un sabre d’une main, et de l’autre la tête d’Holopherne ,

qu’elle vient d’abattre; tableau que l’on a vu à Paris, au Musée, ou il fut placé après nos conquêtes en Italie. Il a été réintégré, en i8i5, dans la galerie de Florence, où il est maintenant.

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