ÉCOLE POLONAISE
GENRE Familier.
Théojjore LUBIENETZKI.
La Pologne nous a donné deux peintres très habiles : Théodore Lubienetzki et son frère Christophe , tous deux d’une famille distinguée. Théodore naquit à Cracovie en i653, et Christophe à Stetin , en lôSg. Envoyés à Hambourg pour y faire leurs humanités, l’un et l’autre préférèrent l’étude de la peinture ; ils reçurent les premières leçons du meilleur peintre d’Hambourg, Jurian Stur ; peu satisfaits de ce maître, ils passèrent à Amsterdam ; Christophe entra dans l’école d’Adrien Baker, et Théodore dans celle de Gérard Lairesse. Après avoir perfectionné son talent , ce dernier alla à Rome , puis à Venise, d’oîi il fut appelé à la cour de Brandebourg pour y diriger l’Académie de peinture, ayant le titre de premier gentilhomme de la chambre. En i'yoG, il se retira en Pologne oîi il mourut. Les ouvrages de Christophe sont généralement peu connus : on ignore l’époque de sa mort.
Le tableau que nous possédons de Théodore Lubienetzki représente un vieux médecin polonais donnant une consultation à une jeune femme, dont
î’expression indique une sorte d’inquiétude. Le docteur, qui la regarde attentivement, enveloppé d’un ’witzchoura , est assis dans son appartement, ayant autour de lui des simples et une grande quantité de fioles contenant des sirops et des élixirs.
Ce tableau, d’une expression remarquable, d’un fini extrêmement précieux et d’une grande vérité pour le coloris et les détails , n’est pas sans intérêt. Quoique Lubienetzki ait formé son talent à Venise et en Hollande , il semble appartenir à l’École allemande. On reconnaît dans les productions de ce peintre, un faire minutieux qui appartient au goût et à la patience que les hommes du Nord mettent dans tout ce qu’ils font. Les petits tableaux et les portraits de ce peintre devenus rares , sont plus recherchés que lespeintureshistoriques qu’il a produit, soit à Brandebourg, ou en Pologne.
Ici se terminent nos observations sur les tableaux de mesdames De Frainays. Nous avons signalé plusieurs chefs-d’œuvre; nous invitons les véritables amateurs des peintures anciennes à en prendre connaissance par eux-mêmes; leurs propres lumières les dirigeront beaucoup mieux que celles qu’ils pourraient emprunter dans les discours de ces hommes intéressés, qui, sans égard au véritable mérite d’un tableau, le portent aux nues, ou le placent au-dessous de toute espèce de mérite , selon les avantages qu’ils attendent du propriétaire ou de
Facquéreur. Il faut en convenir, parmi ces hommes qui parlent avec assurance , il est des demi-connaisseurs ; mais il en est aussi qui sont de mauvaise foi : dans les deux cas, il faut s’en préserver. Je parle ainsi, parce qu’ils s’attachent principalement à donner à un tableau le nom d’un peintre quelconque, attendu qu’il y a des amateurs peu versés dans la curiosité, qui n’achèteraient pas un tableau s’il n’était attribué à un peintre d’un nom célèbre.
Pour moi , qui n’ai pas la prétention d’avoir fait ce qu’on appelle un catalogue ^ mais une description raisonnée , je puis m’être trompé sur l’application positive de quelques noms d’auteurs à donner aux tableaux de mesdames De Frainays ; j’ai au moins l^a conviction que je n’ai pas fléchi sur la spécialité du mérite de chaque ouvrage.