I. Hedde, délégué pour la soie
Cette notice sera piochainement publiée.
1,100 Compte-rendu d'un banquet offert à M. Hedde par la fabrique lyonnaise, le 21 septembre 1847.
Extrait d'un discours prononcé par ce délégué, en réponse au toste porté par le vice-président du banquet, M. Félix Bertrand.
Votre témoignage m'est d'autant plus flatteur qu'il vient de m'ètre offert par votre honorable président (I), l'un de vos fabricants les plus zélés pour le bien général, et plus particulièrement adressé par l'un de vos fabricants les plus recommandables, membre de la chambre de commerce, honorable vice-président de votre conseil des prud'hommes.
J'adresse tous mes remerciements, du plus profond de mon cœur, à celle fabrique, à l'école de laquelle je m'honore et m'honorerai toujours d'avoir puisé mes premières connaissances. Je la remercie de m'avoir appuyé de ses virux, de m'avoir accompagné de ses espérances, d'être venue saluer mon retour et de m'offrir, en ce moment, la plus belle récompense à laquelle puisse aspirer celui qui a le sentiment d'avoir fait son devoir.
Je ne dois pas oublier, dans l'expression de ma reconnaissance, de mentionner l'industrie rubannière qui a bien voulu me désigner au choix du ministre, et la chambre de commerce de Lyon, qui m'a, non seulement, aidé de ses matériaux et de ses conseils, mais m'a facilité le succès de l'exposition des produits que j'ai rapportés.
Je remercie , surtout , MM. les professeurs de théorie et pratique, les chimistes et teinturiers, les savants et les artistes, les fabricants et chefs
(1) M. Ferdinand Potton, président de la société lyonnaise des déchets.
d'ateliers; je remercie mes anciens camarades de fabrique, enfin lous les membres de cette belle fabrique lyonnaise, richesse de Lyon, honneur de la France : à vous tous, Messieurs, animés du saint amour du pays, merci de votre généreux et bienveillant accueil!
Messieurs, je vous propose un tosfe qui résume toute l'industrie de la soie, dont la fabrique lyonnaise est une des branches les plus importantes.
A l'industrie de la soie, fille de l'agriculture !
A l'agriculture et à l'industrie de la soie, deux compagnes naturelles, sources de travail et de bonheur domestique, sources de paix et de prospérité publique, sources enfin de richesse et d'honneur national !
A l'agriculture et à la production de la soie, deux des plus anciennes traditions du grand empire de la Chine. Pratiquées ensemble, il y a plus de quarante siècles , l'agriculture vit un empereur, révéré dans l'histoire, donner lui-même l'exemple du travail manuel, lanJis qu'une impératrice, devenue l'un des symboles de la divinité en Chine, allait cueillir, de ses propres mains, les feuilles nécessaires à l'alimentation des vers .'
A l'agriculture et à la production delà soie, enseignées par ces célèbres devanciers et leurs illustres successeurs : « Occupez-vous d'abord, dit un de leurs livres canoniques, occupez-vous de la culture de la terre et puis de l'éducation des vers ; car, dans la première, vous trouvez votre nourriture, et, dans la seconde, les vêtements qui vous sont nécessaires ! »
A l'industrie de la soie qui, de l'ancienne Sérique, embrassa toutes les parties méridionales du vaste continent asiatique, passa, dans le sixième siècle, en Europe, et se répandit successivement en Grèce, en Sicile, en Italie, en Espagne et en Frauce, laissant après elle des flots do lumières, de sciences, de richesses, de bonheur et de civilisation !
A l'industrie de la soie, dont les produits, dit Dandolo, surpassent en magnificence tout ce qui a pu être créé par la main de l'homme ! Permettez" moi de vous rappeler les propres paroles de notre illustre maître : « La » mode pourra diversifier les tissus de soie et amener des changements dans » les procédés employés à leur fabrication; mais la soie ne cessera jamais » d'être avidement recherchée par toutes les i:ations. Aucun produit na- » turel ou artificiel ne lui est comparable en richesse et en éclat. Le luxe » rechercherait vainement ailleurs plus de magnificence. Il serait à désirer » que la soie grège, organsinée ou manufacturée, devînt assez abondante s pour fournir lôxis les marchés de l'univers; la soie deviendrait alors d'un
» usage habituel et général, et le besoin d'en consommer ferait sans doute » naître la nécessité d'en produire. (1) »
A l'industrie de la soie qui a donné naissance aux agriculteurs les plus distingués, aux éducateurs les plus soigneux, aux filaleurs et mouliniers les plus habiles, aux théoriciens et praticiens les plus profonds et les plus exercés, aux chimistes et teinturiers les plus expérimentés, aux compositeurs et dessinateurs les plus parfaits, aux fabricants les plus consommés, aux ouvriers les plus laborieux et les plus intelligents, enfin, Messieurs, aux mécaniciens les plus ingénieux, au nombre desquels nous pouvons compter avec orgueil le nom de Jacquard, dont le système fait actuellement sa révolution industrielle autour du globe!
A la fabrication de la soiel C'est par elle que Lyon est devenue l'heureuse rivale de l'antique Thinée et de la moderne Sou-Tchou ; c'est elle qui a donné à cette r^lnc des fabriques de soieries un sceptre plus durable, il faut l'espérer , que celui successivement porté par Corinthe , Palerme , Venise, Gênes, Florence et Séville!
(1) Testo del conte Dandolo, cavalière délia corona ferrea, membra délia legion d'onore, deU'Islilulo impériale e reale délie scienze, lellere cd arli, uno dei (juaranta délia società italiana, ec, ce:, nell'ultimo capitolo dell' opéra sua sui Bacchi da seta.
« Potrà tralto (ratto variare fra i popoli délia terra la rnoda in quanto
» alla maniera di manufatlurare la seta : non cessera perô mai la seta di
» essere avidamente riercata da lutte le nationi : nulla équivale ad essa lia
» tutli i prodolli nalurali cd arlificiali che l'uomo conosce, in ordinc a son •
» luosilà cd a splendidezza; le reggie, i palagi, i grandi indurno cherche-
» rebbero ornamenlo più magnifico de'.le stoffe di seta per soddisfare ail'
» ambizione ed al lusso I lempli délia religione invano protrebbero trovare
» più nobile mezzo di pomposa solennité.
,» Altro quindi non manca se non che la sela divenga abbondantissima, » sia corne si voglia, greggia, filaloiata, o manifalturala, per provedere tutli » i mercadi dell'universo ; ogni popolo ne dovrebbe aver comodo l'uso. » Allora si abiluerebbe al bisogno di consumarne di più e Ira noi si senti- » vebbc il bisogno di pin produrne. »
Enfin, Messieurs, à l'industrie agricole, manufacturière et commerciale de la soie, qui, de toutes nos ressources nationales, occupe le plus grand nombre de bras, donne lieu au plus grand mouvement de capitaux, répand dans la classe ouvrière le plus de bienfaits et qui est, incontestablement , le fleuron le plus éclatant de la couronne industrielle de notre belle patrie !