MODES D'OPÉRATIONS
Avant d'entrer en matière, nous donnerons la liste des divers instruments qui nous ont été fournis par le dépôt général de la marine pendant nos trois campagnes :
I Cercle répétiteur de Lenoir i
I Grand theodolithe répétiteur de Gambey. /avecleurs pieds.
I Petit theodolithe de Lenoir \
4 Cercles de réflexion, t Horizon artificiel.
1 Depressiomètre anglais de Wollaston.
1 Depressiomètre de Borda, s'adaptant aux cercles de réflexion
1 Boussole de déclinaison de Gambey.
1 Boussole de déclinaison à lunette latérale de Lenoir.
I Paire de barreaux aimantés.
1 iMicromètre de Rochon.
6 Thermomètres.
3 Thermométrographes et 2 étuis en cuivre.
2 Hygromètres de Daniel.
I Chronomètre de poche de Motel.
3 Montres marines de Motel.
1 Baromètre marin de Bunten.
I Chaîne en fer pour mesurer des bases ( 1 double décamètre |.
On peut diviser en trois parties les travaux relatifs à la re
connaissance que nous avons faite sur les côtes septentrionales d'Afrique : l°ies plans, 2° les cartes particulières , 3° les cartes générales. Nous allons faire connaître succinctement, pour chacune d'elles, le mode d'opération quia été suivi. On trouvera plus de développement et plus de détails dans les notes que M. de Tessan a rédigées sur cette matière, et qui sont placées à la fin de cet ouvrage.
Plans.
1° Pour le levé des plans on a toujours employé des bases mesurées à terre avec une chaîne, en y apportant tous les soins qui pouvaient rendre ce mode ie plus exact possible. Les angles ont été observés avec un théodolithe, aux signaux et aux points les plus remarquables de la côte. Dans les embarcations on s'est servi du cercle à réflexion pour déterminer les roches, les accores des bancs et les sondes; ceïïes-ci ont été obtenues avec une ïance aux points de station, et avec un plomb ordinaire dans les intervalles. On a beaucoup rapproché les stations lorsque l'on a rencontré de grandes inégalités dans la profondeur de l'eau; les qualités du fond ont été notées avec soin à côté des sondes. Pendant le cours de ces opérations, à mesure qu'on a exploré en détail différents points de la côte, on n'a pas négligé de recueillir toutes les indications et les renseignements utiles fournis par le pilote.
Les plans du mouillage d'Alger et du port de Mers-el-Kébir ont été levés en se servant des déterminations qui nous ont été communiquées par MM. les officiers d'état-major de la section topographique d'Alger. Ceux de la Galite, des mouillages de Bone, de la baie d' Arzew et des îies Zafarines reposent tous sur des bases que nous avons mesurées avec une chaîne en fer de 20 mètres.
Cartes particulières.
2° Nos cartes particulières embrassent des étendues de côte
qui varient de 30 à 28, 25 et 16 lieues; elles n'ont été levées que dans les endroits qui offrent des mouillages intéressants et des abris momentanés où les bâtiments peuvent se réfugier pour réparer des avaries. L'impossibilité de descendre à terre dans ia plupart des parages que nous avons eu à explorer, nous a forcés à recourir à d'autres moyens que ceux que l'on emploie ordinairement pour obtenir une base. Nous avons cherché deux points, deux roches ou deux îlots, très-éloignés l'un de l'autre, et assez distants de ia côte pour nous mettre hors d'atteinte du fusil des Arabes, et nous donner ainsi ia facilité de faire toutes les observations nécessaires pour en bien déterminer ia position astronomiquement. La condition principale qui a toujours fixé notre attention, c'est le grand éloigneraient de ces deux points ; autant que possible nous avons fait occuper à la distance qui les sépare la plus grande étendue de la carte. On conçoit alors que cet intervalle servant de base, toutes les opérations de triangulation se trouvent comprises entre ses deux extrémités, et que les erreurs qui peuvent exister dans la détermination de cette base, se répartissent sur les autres distances, mais en diminuant au lieu d'augmenter comme dans le cas où la base est très-petite. Pour le levé de la carte du golfe de Bougie, qui comprend une étendue de 43,8 milles, de I'E. à i'O., nous avons choisi l'île Pisan et l'ilot h près de Jigelli, et pour point de vérification l'îlot a, près du capCavallo; la distance des deux premiers points est de 26,8 milles. Pour la carte des attérages deBone, qui embrasse 81,8 milles de l'E. à l'O., nos deux points d'observations sont Bone et l'île de la Galite, séparés par un intervalle de 67 milles; c'est sur ces points extrêmes que nous avons fait avec le théodolithede Gambey les stations principales qui ont servi à déterminer les sommets les plus remarquables des montagnes intermédiaires, ainsi que les caps et les points les plus reconnaissables qu'on a pu apercevoir. Ceux-ci obtenus ont servi à déterminer les stations successives que nous avons faites le long de la côte avec le bâtiment, soit en mouillant, soit en mettant en panne,
et nous avons ainsi fixé la position de nouveaux points plus rapprochés de ia mer, et en même temps nous avons relevé quelques détails; ensuite on a fait avec ïes embarcations de nouvelles stations et des lignes de sondes, entre le bâtiment et la côte. ( Voyez la note 1 re . )
Cartes générales.
3° Deux cartes générales construites sur la même échelle comprennent tout ie développement des côtes de l'Algérie, et même une petite portion des limites des états de Tunis et de Maroc; du côté de l'E. nous avons étendu notre travail jusqu'à l'île de la Galite, et du côté de 10. jusqu'aux îles Zafarines. Ces cartes sont composées au moyen des cartes particulières réduites à leur échelle; et l'intervalle qui sépare celles-ci a été levé sous voiles d'après la marche que nous venons d'exposer, avec cette différence qu'on a supprimé ïes travaux minutieux des embarcations. C'est en employant les résultats déjà obtenus par les opérations précédentes , ou à l'aide de nouvelles positions déterminées astronomiquement, qu'on a fait au large de la côte, à environ 15 milles, une suite de stations qui ont servi à fixer de nouveaux points. On conçoit que pour ceux-ci on a choisi les sommets de montagnes les plus élevés , ïes caps, ïes points les plus saillants ; qu'on s'est peu occupé des sinuosités du littoral, et qu'on n'a fait pour ainsi dire qu'une première reconnaissance, qui répond à ïa grande triangulation des cartes faites à terre. Ensuite on a fait entre ces stations et ïa côte une nouvelle ligne de stations plus rapprochées, dans lesquelles on a relevé beaucoup plus de détails et où l'on a fait des croquis du contour de la côte. Elles ont été déterminées à l'aide des points déjà placés par les premiers relèvements. Enfin , au moyen d'un bateau du pays, qui a été loué, nous avons fait une troisième série de stations pour déterminer ïes plus petits détails et les sondes. Telle est la marche que nous avons suivie pour obtenir avec quelque exactitude le figuré de ïa
côte et des terrains environnants; et c'est ainsi que nous sommes parvenus à remplir les intervalles, qui existaient entre les cartes particulières, sans avoir besoin d'employer la route du bâtiment.
Dans tout ïe cours de ces opérations, nous nous sommes fidèlement conformés aux méthodes prescrites par M. Beautems-Beaupré , prenant des vues presque à chaque station , fixant par des relèvements astronomiques les points de départ en les faisant relever en même temps à la boussole, observant avec un soin tout particulier les gisements des principaux caps vus les uns par les autres, etc.
Afin daccéîérer notre travail, pendant ta dernière campagne , nous avons loué des bateaux caboteurs lorsque l'occasion s'est présentée; nous en avons eu successivement quatre différents, montés par des Corses, des Français, des Maures et des Espagnols; ils se sont tous fatigués de ce genre d'occupation, tes Maures surtout, qui se plaignaient de ce qu'ils étaient sans cesse exposés aux coups de fusil des Arabes. M, de Tessan a ainsi parcouru, en travaillant dans ces bateaux , une étendue de côte de pïus de 400 milles. Les autres personnes de l'étatmajor ont aussi, chacune à leur tour, dirigé ces opérations de détail.
V r ues de côtes.
Les vues de reconnaissance placées sur les cartes particulières, ainsi que celles que nous avons introduites dans le corps de cet ouvrage, sont le développement d'un panorama.
Les vues des cartes générales sont les projections de la côte et des terres de l'intérieur sur un plan vertical; elles donnent une idée exacte du relief du terrain, et serviront à la reconnaissance des divers points à mesure qu'on les relèvera au S. du monde, en se rappelant toutefois qu'ils sont représentés à peu près comme on les voit à la distance de 15 milles.
Dans ces deux genres de vues, l'échelle des hauteurs esl
double de celle des longueurs. Nous avons été conduits à adopter cette proportion, en remarquant que dans tous nos croquis, qui sont très-nombreux, nous avons fait ies montagnes au moins doubles et quelquefois triples de ce qu'elles auraient dû être. Cette illusion, répétée aussi souvent, nous a paru devoir être commune à tout le monde; d'ailleurs, en adoptant une exagération dans le sens de la hauteur, nous avons eu la facilité de mieux dessiner ies contours \
Nomenclature.
Les noms du pays ont été employés autant que possible pour désigner les villes, ies villages, les golfes, les baies, les ports, les caps et les montagnes; mais nous avons aussi conservé, pour les caps surtout, ies noms vulgaires connus des marins ; car notre but principal est de donner les moyens de se reconnaître dans ces parages et de déterminer la position du bâtiment; or ia connaissance déjà acquise des anciens noms peut être d'un grand secours. La manière d'orthographier les noms arabes nous a été donnée par MM. Deïaporte et D'Avezac, qui ont bien voulu les discuter ensemble avec l'attention la plus scrupuleuse.
Observations astronomiques.
Après cet exposé des moyens que nous avons employés pour le levé et la construction de nos cartes , nous allons indiquer quelles sont les observations astronomiques qui nous ont servi à fixer nos points principaux. Elles sont au nombre de trois : 1° les hauteurs circumméridiennes du soleil et des étoiles pour obtenir les latitudes ; 2° les hauteurs absolues du soleil dans le voisinage du premier vertical , pour régler les montres marines et conclure les longitudes par le transport du temps; 3° enfin les azimuts.
1 Voyez la note II.
Latitudes.
Les latitudes ont été déterminées en observant des hauteurs circumméridennes du soleii et de quelques étoiles. Nous avons aussi employé les observations de la polaire à un point quelconque de son cercle diurne, en nous servant de la formule de M. Littrow. Ces dernières nous ont été d'un grand secours dans les circonstances où nous ne pouvions pas choisir le moment favorable du passage d'un astre au méridien.
Dans les endroits tels que Alger, Bone, Mers-ei-Kébir, fîle de la Gaîite, où il nous a été possible de séjourner quelque temps , nous avons observé ïes hauteurs circummérid iennes de plusieurs étoiles et du soïeil. Partout ailleurs où nous n'avons pu nous arrêter que quelques jours, nous nous sommes servis des hauteurs du soleil aux environs de midi et de quelques séries de ia polaire , de manière à avoir un égal nombre d'observations au N. et au S. En donnant plusieurs exemples de ces déterminations , on aura une idée deia confiance qu'elles méritent.
Latitudes obtenues par des hauteurs circumméridiennes du Q , du 3 juillet au 31 août 1831 à A Iger.
3 juHIst 1831 , par M. Berard 36° 47' 20 ,70
23 août .' : 36 47 21 ,80
Latitude moyenne 1 36 47 20,41
t Cercle répétiteur astronomique de Lenoir.
Latitudes obtenues par des hauteurs circumméridiennes du 4 au 13 juillet 1831.
Par M. Bérard. ( An tarés. )
Par M. de Tessan. ( Idem. ). « .
Par M. Bérard. . . ( Idem. )....
Idem (Idem.). . .
Idem (Idem.). . .
Idem ( V ophiucus. )
Idem ( Idem.) . .
Idem (Idem.). . .
Par M. de Tessan. ( Idem. ) . .
Par M. Bérard. . . ( Idem. ) . .
Latitude moyenne 1 36 47 2l ,15
Au mois d'octobre 1833 , ia moyenne de quatre observations du soleiï a donné 36° 47' 16", 3
Ceîle de cinq observations de la polaire, 36 47 23 , 3
Latitude moyenne 36 47 19, 8.
Ces dernières observations ont été faites sur la batterie supérieure du phare et tout près de la tour, avec le grand théodoïithe de Gambey.
Nous avons adopté pour la ïatitude du phare d'Alger 36° 47' 20". MM. ïes officiers d état -major de îa brigade topographique ont eu pour résultat de 634 observations 36° 47' 25", 9.
Voici deux exemples des résultats obtenus dans les lieux où nous avons peu séjourné :
1 Cercle répétiteur astronomique de Lenoir,
Observatoire d'Arzetv , auprès du fort. (Grand the'odoîithe de GarnbeyJ
Par les hauteurs circonime'ridiennes du 0.
24 août 1833 35°.5l'.35",3
Par les hauteurs de la polaire *.
29 août 1833 35°.5l'.36",8
Idem 35 .51 .33 ,9
Idem 35 .51 .35 ,5
Idem 35 .51 .36 ,3
Idem 35 .51 .37 ,4
Moyenne.. 35 .51 .37 ,i
Moyenne... 35 .51 .35 ,98
Nous avons adopté 35° 51,' 36", 64 ou 35" 51' 37".
Observatoire des îles Zafarines , à la partie orientale de l'Ile du milieu.
Par les hauteurs eircommeridienncs du 0.
12 septembre 1833. 35°.10'.52",7
Par les hauteurs de la polaire * .
11 septembre 1833. 35°. 10'. 51' ,3
Idem 35 .10 .51 ,8
Idem 35 .10 .54 ,9
Moyennes. 35 .10 .53 ,0 Latitude adoptée , 35" lu' 53'
Moyennes.. 35.10.52,7
Longitudes.
Les longitudes ont été obtenues par le moyen des montres marines, qui étaient au nombre de trois, auxquelles on comparait un chronomètre portatifdesliné aux observations. On a pris pour les régler et leur conserver une marche régulière toutes les précautions recommandées par l'expérience. Dans le port de Toulon elles ont été réglées à l'observatoire de la marine par M. Duhamel, et ensuite transportées à bord du Loiret; il eût été préférable , si les embarras de l'armement ne l'avaient pas empêché, de les conserver sur le bâtiment et de les régler avec le secours du chronomètre qu'on aurait premièrement comparé aux montres, puis à la pendule de l'observatoire et une seconde fois aux montres marines , en arrivant à bord du brick, ou plus simplement encore par le moyen de signaux.
Dans toutes les relâches que nous avons faites, et qui ont été aussi rapprochées que possible , elles ont été réglées par des observations de hauteurs absolues du soleil, faites matin et soir en nous servant d'un grand théodolithe de Gambey. Le chronomètre seul était porté à terre et comparé avant et après tes observations avec toutes les montres, ^'intervalle de temps que nous prenions pour régler ieurs marches était ordinairement de six ou de huit jours ; on observait tous les jours aux moments favorables du matin et du soir, mais on n'employait que les observations des séries extrêmes; les autres servaient seulement à faire connaître si ces marches avaient eu des variations brusques. Les longitudes ont toujours été déterminées avec les marches moyennes du départ et de l'arrivée ; on a fait concourir toutes les montres à ces déterminations lorsqu'elles n'ont eu aucun dérangement dans le cours de la traversée; dans les circonstances contraires, on a choisi celles qui ont conservé le plus de régularité.
On s'est d'abord attaché à fixer avec précision la longitude du phare d'Alger, parce que c'est le point où nous avons dû rapporter toutes les autres Elle a été déterminée deux fois par ie transport du temps de Toulon à Alger, et deux fois par celui d'Alger à Toulon , en tout par quatre traversées directes. Voici les résultats arrangés en tableau :