‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 61 sur 583 · LUIS CABRERA FONDE CORDOVA · texte numérisé non relu

LUIS CABRERA FONDE CORDOVA

court auprès de celui qui lève le drapeau de la révolte. Rien ne répond mieux aux sentiments intimes du Gaucho issu du mélange du soldat espagnol et de l'Indien élevé dans la haine contre rétranger, qu'une razzia sur les terres d'un maître qui ne pense qu'à utiliser à son profit personnel des biens étrangers. Ce profond égoïsmc et le désir d'obtenir de la considération et de l'importance sans travail ont été la source des nombreuses révolutions qui ont bouleversé les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud.

Le Doyen Funes, que nous avons surtout suivi dans les récits de ce chapitre, nous a dépeint le nouveau gouverneur Hieron, Luis Cabrera, comme un homme de premier ordre,, et lui donne les plus grands éloges. Nous croyons que ces louanges exagérée* sont dues à la fondation deCordova, ville natale de notre écrivain. Cabrera fonda cette ville le 6 juillet 1573 sur le territoire des Comechingojacs, et en dehors de ce fait nous ne voyons rien qui le place au-dessus de ses égaux et lui mérite une si. haute célébrité '*. Comme les autres officiers supérieurs espagnols, c'était un soldat actif qui, tout en veillant aux intérêts de la cour ronnc, n'oubliait pas son avantage personnel, ainsi que le prouve son couflit avec De Garay, à qui il voulait enlever la province de Sa Fé. Il batailla avec les Calchaquis, comme ses prédécesseurs, et ne réussit pas à soumettre ces Indiens indomptables, bien que vainqueur dans les combats. Ils demeurèrent après comme avant les adversaires implacables de l'invasion espagnole, et se conservèrent encore cent ans indépendants de leurs oppresseurs. Cabrera chercha aussi à étendre son territoire au sud, et ce fut dans cette tentative qu'il se rencontra avec De Garay en voulant prendre possession de la rive du Rio Paranâ, prétention qu'il dut abandonner devant le jugement de la cour de Charcas.

Cabrera resta à peine deux ans à son poste, puis il fut remplacé par Gonzalo Abreu y Figueroa, qui fut quatre ans durant gouverneur de la province de Tucuman. Le seigneur Doyen est tout aussi prévenu contre celui-ci, qu'infatué de lautre. Il le qualiiie avec raison d'homme méchant, tyrannique et cruel, qui s'empara sans motif de Cabrera et le fit exécuter comme rebelle sur la place

ATTAQUE DES LNDJEiSS SUH TIGUMAN. 97

publique. Ce li*aitemeni barbare fut suivi d'un mécontentement général, une partie de la population de Santiago del Estero, et la plus considérée, abandonna la ville, et Abreu lui-même se sentit si inquiété dans cette place, qu'il se rendit au nord pour attaquer les Calchaquis. Lui aussi fut vainqueur dans les combats, mais sans résultats plus définitifs. Les Calchaquis n'étaient pas encore assez affaiblis pour se soumettre aux Espagnols. Revenu de cette expédition, Abreu prit la résolution d'aller à la recherche de la ville des Césars {Villa de los Ce$ares)y qui trottait encore dans la cei-velle de beaucoup de soldats. 11 se mit en route en 1578 avec une troupe considérable. 11 s'avança au sud-ouest dans la grande plaine et contourna la vaste steppe salée, mais ne trouva ni ville ni trésors. Il découvrit seulement le petit village indien de Nonagasta et y séjourna quelque temps afin de se procurer des informations. Mais tout ce qu'il put gagner fut la certitude d'avoir couru après une chimère. On reconnut enfin la fausseté des récits des Indiens et l'on retourna avec beaucoup de peine à Santiago, l'esprit triste et désillusionné.

Peu de temps avant l'avortement de cette expédition insensée du gouverneur, les Indiens déjà réduits du nord de la province se soulevèrent et attaquèrent la ville de Tucuman, qui n'était (Tardée que par quelques soldats, les autres ayant accompagné le gouverneur dans sou entreprise aventureuse. Les Indiens incendièrent les maisons en dehors de la place, en massacrèrent les habitants et pénétrèrent même jusque dans la ville, où Caspar Mcdina commandait. 11 eut la chance de tuer le cacique des Indiens, homme d'une stature gigantesque, nommé Gaulan, et d'arlèler ainsi les Indiens dans leur projet de détruire la ville. Médina les repoussa hors de la ville et prit de si bonnes mesures de défense que les assaillants ne purent rien faire jusqu'à l'arrivée de secours venus de Santiago, qui le mirent en état de chasser compléU'ment les Indiens. Abreu fit de nouveau la répartition des indiens et donna des ordies sévères pour leur surveillance. Mais SOS ordres furent négligés apiès son départ en 4580. Son succes- ^•'ur suivit la coutume assez générale et insensée des chefs espa-

iKP. ARC. — I. '

lOU FONDATION DE LA lUOJA.

temps de repos à la province. Mais les Galchaquis reprirent dn nouveau les armes, attaquèrent et cherchèrent à détruire la jeune ville de Salta. Velasco, qui avait trouvé le trésor provincial entièrement vide, se vit forcé d'organiser l'expédition avec ses propres deniers. Son exemple fut suivi par quelques uns des riches habitants de Santiago et l'on put équiper une expédition considérable. Mais Velasco, qui était d'un caractère beaucoup plus doux que ses prédécesseurs, chercha d'abord à s'entendre avec les Calcha(|uis par des moyens pacifiques. Dans ce but il emmena avec lui des prêtres et les envoya aux Indiens, afin de leur faire gagner leur salut en se convertissant. Mais ses espérances échouèrent. Les Indiens ne voulurent rien entendre et attaquèrent les Espagnols. Bien que battus dans plusieurs rencontres, ils envahirent pendant une nuit un village déjà civilisé et en massacrèrent tous les habitants. Cette conduite irrita le gouverneur; il ordonna une attaque générale ; les Galchaquis furent cernés et égorgés sans pitié. Ils reconnurent qu'ils n'étaient pas de taille à lutter avec les Espagnols et se soumirent à leur autorité, du moins pour le moment. Leur cacique et quelques autres individus influents furent envoyés comme otages à Santiago et traités avec beaucoup d'égards, pour leur montrer qu'en voulant les soumettre on ne songeait qu'à leur bien.

Afin de donner plus de portée à ses elforts pacificateui*s, le gouverneur se décida à fonder une nouvelle ville dans le territoire des Diaguitas, nation également très-tenace. Elle habitait au sud des Galchaquis, sur le bord occidental de la gi*ande steppe salée, à l'intérieur et entre les montagnes qui accompagnent les Cordillères de ce côté et courent parallèlement à leur pied orien tal. 11 s'y rendit en 1591 et fonda à côté de la grande chaîne orientale la nouvelle ville de la Xueva Rioja •', ainsi nommée de son lieu d'oiigine en Espagne. La longue chaîne de montagne qui se dresse isolée dans la plaine avec une arête étroite à l'ouest de la Rioja reçut le nom du fondat(îur delà ville et s'appelle encore aujourd'hui Sierra de Velasco. Trois mille Indiens furent mis en réduction et distribués à titre d'encomiendas. Le gouvenieur

FONDATION DE JUJIJY. lOI

s'en réserva 18 pour lui-même et 16 pour son fils. Les autres furent donnés en grande partie aux quatre couvents, à l'hôpital et à la principale église, établissements que le gouverneur favorisait particulièrement. Ils restèrent longtemps très-florissants à cause de leurs richesses en biens fonds. Le gouverneur continua de les protéger tant que dura son administration. Il se retira en 4593 et Fernando Zarate lui succéda.

A l'époque où Velasco était encore occupé à la fondation de la Rioja, les Indiens deCordova se soulevèrent de nouveau. C'étaient ceux qui habitaient entre les deux chaînes des sierras voisines, dans la vallée de la Punilla. Mais leur entreprise échoua comme toujours. Le capitaine Tristan Tejeda les fit promptement rentrer dans l'obéissance. Il ne se contenta pas de parcourir la vallée en vainqueur , mais il alla encore plus loin au nord et soumit les Escalonis , qui habitaient près de la steppe salée et confinaient à l'ouest avec les Diaguitas. Velasco distribua aussi ces Indiens en bénéficesauxhabitantsde la Rioja, dont ils étaient plus rapprochés que de Cordova.

Un an après la fondation de La Rioja, le gouvenieur entreprit la fondation d'une seconde ville encore plus au nord de son gouvemement sur le Salta. Ce fut la ville de Jujuy, df^jh commencée pai* Castaneda sous le nom de Nicva, mais qui n'était jamais sortie de son état d'ébauche. Son but était de faciliter les communications avec Chuquisaca. Il construisit donc, ou plutôt restaura la ville, car beaucoup des anciennes constructions étaient restées debout. La fondation d'une autre ville l'occupa encore sur le Rio Salado, au nord de Talavera, sur un affluent du fleuve , le Rio dr las Piodras, un peu avant son embouchure, à peu près sous le 25" 25' de L. S. Il y établit la localité de Juntas, encore existanto aujourd^mi comme village. Elle n'eut jamais beaucoup de prospérité, bi^n (luc li^vorsée par la route de Tueuman à Salta. Le gouvornour fut encore inquiété pendant ces travaux par unnouvoau soulèveiiunt te Indiens des environs deCordova. Mais Tojoda prit d'oxeollentes mesures et réprima promptemen» Ir monvr'mfnl. Accompagné seulement de vingt-cinq hommes d'élito , il sr londit au

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