CHANGEMENT DE LA PEAU DES CHENILLES
chenille. Souvent les jeunes, avant la première mue, sont d'une autre couleur qu'après, noires si elles sont vertes, ou jaunes si elles sont brunes, et vice-versa. Quelquefois les jeunes chenilles ont des appendices, qui manquent aux anciennes. Ainsi j 'ai observé les différents âges chez les chenilles de quelques grandes espèces des Sphingides, par exemple de Philampelus Labruscœ^ Ph, Lycaon et les espèces voisines du même genre. La petite chenille, sortie de la coque de l'œuf, a sur le pénultième anneau du corps une corne ou plutôt une queue rouge de figure d'une S, affichée sur un petit mamelon mobile et par cette base d'appendice prend un mouvement oscillant. Cette queue manque à la chenille depuis la seconde mue, se conservant seulement le mamelon basilaire mobile, qui continue avec son mouvement oscillant aussi chez la chenille jusqu'à la fin de l'existence de l'animal dans cet état.
La période de la vie, pendant laquelle le papillon reste en chenille, varie de trois mois à trois ans. Cette variation dépend de la grandeur de l'espèce et de la force nutritive des aliments. En général, les petits papillons des Microlépidoptères finissent leur métamorphose beaucoup plus vite que les grandes espèces des Sphingides et des Bombycides. Il y a des petites chenilles qui dans quinze jours sont arrivées à leur entier développement, et d'autres, comme la chenille du Cossus ligniperda, qui vit de bois de saule, reste trois ans dans cet état. La plupart de celles de la zone tropicale ou sous- tropicale finissent leur accroissement assez vite et existent trois mois tout au plus comme chenilles ; plusieurs de la zone tempérée sortent de l'œuf au printemps ou au commencement de l'été, mangent jusqu'à l'automne, et restent en état de chrysalide pendant l'hiver, sortant d'elle au printemps prochain. Toutes ces différences sont variables selon les localités où vivent les espèces, et même individuelles, car on a souvent observé que de la même ponte des œufs, la plupart des chenilles se développent en papillon pendant la même saison, tandis que d'autres restent léthargiques jusqu'à la prochaine. Il semble que la nourriture a une grande influence sur la vitesse du développement et que les aliments peu nutritifs retardent beaucoup la métamorphose de la chenille. Il y en a qui restent l'hiver en léthargie, même comme chenilles, et d'autres de la même espèce qui se changent en papillon avant l'arrivée de l'hiver, quand des circonstances favorables secondent leur développement.
Pour subir tranquillement le changement nécessaire en papillon, la chenille prend toujours des précautions plus ou moins parfaites, se retirant le plus possible sur une place sûre et protégée contre les troubles externes. Il y a deux modes ]^rincipaux d'opérer ce changement. Les chenilles, de la plupart des papillons de la nuit, principalement celles du groupe des Bombycides, font une coque (cocon) pour rester dedans jusqu'au moment de l'éclosion du papillon ; les autres se changent sans coque, soit dans la terre ou d'autres retraites naturelles , ou soit à l'air libre, attachées aux branches des arbres ou à des objets fixes voisins à la plante. La coque, une des productions la plus artificielle des animaux, est une enveloppe ovalaire faite par des fils en soie, que la chenille produit par la filière de la lèvre inférieure, la substance du fil venant de deux grands vaisseaux dans son corps qui terminent à la base de la filière. Plusieurs espèces se contentent de faire une coque faible, en forme d'un rets fin transparent; d'autres font une coque plus forte, tapissant son intérieur avec une substance glueuse qui devient assez vite très-dure; encore d'autres velues se servent des poils du corps, les coupant avec les mandibules et les mettant entre les fils de la coque ; enfin il y a des chenilles qui ferment le rets de la coque au moyen d'une liqueur jaune, sortant de l'anus, laquelle se change plus tard en poudre, distribuée assez régulièrement entre les mailles du rets. ' — Les chenilles qui ne font pas une véritable coque, comme la plupart des Rhopalocères et des Sphingides, construisent néanmoins des filets, les unes pour unir des feuilles sèches, des fragments de bois, des grains de la terre, etc. , se faisant une sorte de coque imparfaite ou plutôt une enveloppe, les autres pour s^attacher aux branches des arbres et aux toits des maisons voisines, sans être couvertes d'une enveloppe artificiellement construite. Cette dernière mode est celle de la plupart des Rhopalocères, montrant deux variations principales à mesure que la chrysalide est suspendue la tête en bas, ou soutenue en position renversée, la tête en haut, pai^ un lien tranversal de fils, passant sur le milieu du thorax. On nomme ces chrysalides succinctes.
Bientôt après la conclusion des travaux préparatifs, qui donnent pour résultat les différents modes de la coque ou de la manière de se fixer, la chenille prend une position tranquille, restreint son corps autant que possible à lui-même et attend la dernière mue de sa peau. Ce moment retarde quelques che-