‹ Description physique de la République Argentine (volume 5)Chapitre 4 sur 418 · ORGANES DE LA BOUCHE · texte numérisé non relu

ORGANES DE LA BOUCHE

mâchoires supérieures, nommées mandibules, sont les plus fortes, et même dans l’état de jeunesse du papillon, chez la chenille, il en est de même ; mais elles se perdent chez le papillon parfait presque en totalité, se cachent sous les écailles des parties voisines de la tête, et se réduisent au point d'être à peine reconnaissables. De même on voit, au dessous du front, le petit chaperon (fig. 6.) supportant la plus petite lèvre supérieure, affectant la forme triangulaire très-écourtée, accompagnée de chaque côté d’une autre pièce conique, encore plus petite, un peu courbée, qui représente les restes des deux mandibules du papillon. Celles-ci portent, au côté interne, une frange de poils assez longs, mais leur surface externe est nue, comme celle de la lèvre supérieure, sans le manteau général d’écailles des autres parties du corps.

En opposition à l’état rudimentaire des mandibules, les mâchoires inférieures du papillon sont très-crandes, formant l'organe principal de la bouche, nommée spiritrompe (lingua spiralis), sous une figure tout à fait particulière. Cet organe se compose de deux fils minces, plus atténués au bout, attachés l’un à l’autre intimement et enroulés ensemble en spirale (fig. 6 et 7 a.), se cachant dans cette figure entre les deux grands palpes de la lèvre inférieure. En examinant chacun des deux fils plus exactement, on voit qu'il est composé de différentes pièces, répétant la configuration générale des mâchoires inférieures des autres insectes. Il y a, à la base du fil, une pièce correspondante au gond et à la tige des mâchoires des Coléoptères (voyez la description générale de cet ordre) qui porte même un petit palpe rudimentaire du côté externe, se terminant dans le long fil enroulé qui correspond à la pièce terminale des mâchoires des Coléoptères, nommée casquette (galea), au lobe externe. Ce fil de la mâchoire est la pièce la plus étrange des organes de la bouche du papillon, et de grande différence de longueur chez les différents groupes de l’ordre (”). Il se compose d'une infinité de petits anneaux de la même texture solide que tous les técuments du corps, unis entre eux par une membrane fine élastique, qui couvre la surface interne des anneaux, lais-

(‘) Le journal anglais Nature (tome VIIT, page 223) a donné dernièrement un exemplaire étonnant par sa longueur extraordinaire d’un Sphinæ, dépassant du double le corps du papillon. Généralement, il est plus court, et même très-court, presque rudimentaire, chez quelques Bombyx.

sant au milieu un vide pour les petits museles entre les anneaux et le passage des nerfs et des vaisseaux aérifères, qui font et dirigent le mouvement spirale du fil. Chaque fil a sur le côté interne deux listons qui se touchent entre eux par leur bord libre, formant de cette manière entre eux un tuyau coulant à l'ouverture de la bouche et lui conduisant le fluide du miel des fleurs, qui compose la nourriture principale de tous les papillons. A la fin, les deux fils, jusqu'iei unis entre eux par une sorte de pliage, qui conserve cette partie en union fixe, restent séparés. Les parties libres terminales des fils sont vêtues de quelques papilles ou dents, et ces appendices sont les organes qui servent à extraire le miel des fleurs, contenu dans les nectaires (*).

Pour mieux faire comprendre cette courte description de la spiritrompe, j'ai adjoint sur la première planche de l'Atlas des Lépidoptères quelques figures de sa composition. On voit fig. 6 et 7 l'organe du Philampelus Vitis d'avant et du côté d’une grandeur grossie quatre fois; les lignes fines transversales indiquant les petits anneaux qui le composent. La ligne longitudinale médiane, dans fig. 6, représente la composition de deux fils unis, et fig. 7? montre les pointes libres des fils séparés ; les autres deux lignes fines à côté de la médiane signifient les listons supérieurs sortant de chaque filet couvrant le canal médian entre

(*) On a cru longtemps que les deux fils de la spiritrompe des papillons, parce qu'ils sont perforés chacun par un tuyau vide, étaient les orifices véritables de l’œsophagus servant à conduire le miel des fleurs. Cette opinion fut fondée principalement par G.R. TREVIRANUS, dans un essai publié dans les Vermischte Schriflen de cet auteur (tome IT, page 200) et reproduit par moi dans mon Handbuch der Entomologie (tome [,pages 67 et 132). Plus tard, M. RATZEBURG a démontré (Forst-Insecten, tome I, page 2), que le tuyau du fil n’est pas ouvert à son extrémité, mais complètement fermé, contenant une grande trachée aérifère, qui dirige le mouvement spiralique du fil par la turgescence de l'air contenu intérieurement. J’ai examiné exactement le mécanisme de la spiritrompe chez le Philampelus Vitis et crois pouvoir affirmer que le tuyau moyen, formé par l'union des deux fils au milieu de la spiritrompe; est la véritable entrée de l’æsophage, qui forme au commencement une grande cavité, en arrière du front, dans laquelle s'ouvre le canal médian de la spiritrompe, et de cette cavité sort l’æsophage assez étroit. Deux autres grandes trachées, qui sont situées en arrière de la cavité, avant l'œsophage, de chaque côté du mince tuyau de celui-ci, entrent de la tête dans les fils de la spiritrompe, et ces canaux semblent avoir été pris par TREVIRANUS pour les branches de l’œsophage. Une semblable configuration, que j'ai observée personnellement, représente la figure du commencement de la spiritrompe donnée dans l'anatomie du Sphinx Ligustri, par NEWPoRT (Philos. Transact. of the year 1834, page 398, pl. XIV, fig. 15).

Page 1