‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 2 sur 36 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

de Psautiers, de Légendes sacrées, de Poètes et Prosateurs latins, de Poètes français, de Romans de chevalerie, de Chroniques, de Généalogies, etc., etc.

Enfin une série de manuscrits ornés de miniatures exécutées, à différentes époques, par des artistes de diverses écoles, formant une suite précieuse (T objets d art, et des plus intéressantes pour Vhistoire de la miniature depuis le moyen âge.

Nous publierons, l'année prochaine, une seconde partie qui contiendra des Manuscrits relatifs à l’histoire du dix-septième siècle et du dix-huitième; de nombreux Recueils de chansons du temps de Louis XIE et de la Régence; des Chartes du moyen dge; des Pièces et des Docur ments historiques; des Lettres autographes, et des Livres annotés par des personnages célèbres ou portant leur .signature.

Nota. Pendant PimpresHon de ce Catalogue, nous avons cédé à Monseigneur le duc d*Aumale le manuscrit original de Tàlleniant des Rénux ^ wo f8l.

D^AKaENS ET PBÉaEUX

DOCUMENTS HISTORIQUES ET CHARTES RÉUNIS PAR LES SOINS DE U. TECBOBRîER.

1. Albret (duché d'). — Mémoire sur l’éral des revenus, charges et administration de ce duché, dressé en 1782. Manuscrit in-ibl. de 36 x pages, plans, V. iSofr.

Le duché d’Albret, en bas Armagnac^ avait été cédé au duc de Bouillon, Tan i65i, en échange de la principauté de Sédan. Ce duché, Tune des plus grandes terres du royaume, avait en superficie huit cents lieues carrées, ou environ. 11 se composait des sénéchaussées de Nérac, de Castel-Jaloux, de Castel-Moron et de Tartas, du comté du bas Armagnac, comprenant cinq seigneuries ou consulats. Le duc d’Albret, comme seigneur haut justicier, possédait quarante-six juridictions qui s’étendaient sur deux cent vingt-deux paroisses; il jouissait, en outre, de droits utiles ou honorifiques dans cent vingt-cinq paroisses limitrophes. 11 nommait quatre*^ cent quatre-vingt-dix officiers de judicatureet cent notaires. Cependant ce vaste domaine, dont le revenu avait été évalué 33,665 livres en i65i,ne rapportait, en 1782, que 5o,o6o livres, quoique les terres eussent triplé de valeur. 11 était donc nécessaire de rechercher les causes de cette dépréciation, afin d’y porter remède. Tel est le but du Mémoire rédigé et signé par les régisseurs généraux, Dupin et Grétré de Champiliers, et adressé à M. Dutilh, intendant général du duché d’Albret.

Ce Mémoire est divisé en deux parties : Revenus et charges. On parcourt, dans la première partie, chaque ville et chaque paroisse^ et on indique avec soin les revenus qu’on en retire. Les charges sont également détaillées très-minutieusement. Puis Içs régiiseuri généraux proposept des apiélior^tions qui di^yaifpt avqir ppiir résultat d'apgipenler (es rev^nu|«

Le Mémoire est suivi de nombreuses pièces justificatives, parmi lesquelles nous avons remarqué : i’’ Une vue dessinée à la plume et un plan du château de Nérac, château historique, successivement habité |rar Jeanne d’Albrel, par Henri IV et4>ar Marguerite de Valois; c’est à Nérac qu’eut lieu la fameuse conférence entre Henri I¥ et Catherine de Médicis ; a* lè plan des murs et de.s fossés de la petite ville de Barcelone, en bas Armagnac.

C’est un tableau chorographîque et statistique du duché d’Albret avant 1789, aussi complet qu’on puisse le^désirer.

g, Album bt Mémorandum. — Manuscrit c^u

]çlç, sur vélin, pet. in-12 obi., autpgraphes, armoiries, portr. V. ant. semé de fleurs de lis, écussons portant le nom de Justinus Hogen , et la date de 1608. aoo fr.

Ce volume A été évidemment exécuté et relié pour Justin Hogen : c’est un ancien spécimen des albums dont on a tant usé et abusé pqur collectionner les signatures de persouuages illustres, qui ajoutaient ordinairement à leurs monts des devises ou d^s sentences ep langues diverses,

Jusûn tjiog, QU Hoeg, ou Hock, avait quitté le Danemark^ sa patrie, pour venir étudier en France ; il y résida au moins pendant quatre années scolaires. 11 était à Paris en 1608, et il passa les vacances de cette année à Saint-Maixent et à Poitiers. 11 sortit de Paris vqrs le 8 décembre. On le trouve â Orléans le jo et le d; à jRloU le la, à Tours le i 4 ; puis il habita Poitiers depuis le 1 5 janvier ifipq jusqu’à la fin de mai, et se fixa à Angers du a^'^juin ifi09 jusqu’au mois 4 août 1611. Pendaut son séjour à Angers, il fit nn voyage â Çaumur, le 5 février 1610; à la Rochelle, le août 1611 ; à Orléans, du i 3 au aa août, et à Paris du «9 août au 4 a septembre .41 partit alors pour l’Italie : on constate sa présence k Florence le 3 novembre 1611 ; à Sienne, du 17 février au 19 mars 161a, et à Pise le 4 mars.

MANUSCIUTS.

Teb sont les renseignements que fournît cet Album sur ïes pérégrinations de Justin Hog en France et en Italie. Il était jeune à cetteépoque, car on Ht $f)ii vent sur les pages du livre ; Nobilissfmà Javeni J, A Paris, il logeait chea Henri de Lntzelburgh, son compatriote, dont la signature est accompagnée de cette sentence : Qukqmki agas, prudenter agas, et resphe finem; et, à Poitiers, chez le savant Moyse firochaix), qui a fait précéder sa signa« turc de trois apophthegmes^ en grec, en latm et en français r,

Yi, camme si demain devoit finir ta vie,

Et comme devant vivre à jamais, estudie.

Justin Hog recueillait exclusivement les autographes de ses compatriotes et de quelques amis originaires d^Allemagne. On ne trouve dans ce manuscrit que deux signatures françaises : celle de Moyse Brochard, à Poitiers, et celte de M* Jacques Bmneaii, sieur de Tarliffume, Ncencîé ès droietz, advocat au siège présidial d’Angers. Cet avocat a illustré la page qui lui était réservée, de sentences en grec, en latin, en français, en italien et en espagnol, et, en outre, <run écusson armorié, Panni les devises de FAlbum, nous avons remarqué celles-cî :

«« Il n’y a si beau jour qui n’arrive à sa naiL n.

• Quand le Diable veut aller en procession, lî n’a jamais faute de croix, •

« Yaine gloire assez fleurit,

Porte fueille et point meurit, »

« On rend souvent le Deoict maladey mais en ne le lue jattais. »

« Honor, crocodilus. »

Nous signalerons encore onze armoirie» peinte» et troi» portraits représentant Henri IV et deux femmes dont ka costumes sont fort curieux.

Ce vekmie est devenu, plus tard,, ka profuriété d’un négociant de Marseille, Gilles Macé, sieur dtt Cbeminy né à Alençois^ le a6 janvier iSgo, et fils de Guillaume skur de Gasûaes,

commissaire des guerres et secrétaire de la maison et couronne de Frafico. Il vint s’établir à Marseille eo 1607,. et se maria dans cette ville, le ai août ifi 43 - *

GiUes Macé a inscrit, sur cent trente pages restées blanche^ de nombreux re^eignements sur sa famillev des itinéraires détidUés de Marseille à Alençon, la descriptioD de divers météoves

observés à Marseille, et quelques événements qui eurent lieu dans cette ville, depuis le mois de mai 1620 jusqu’au 5 mars 1660. Ainsi il mentionne la peste qui sévit à Marseille pendant les six derniers mois de l’année 1649 ; la sécheresse extraordinaire de l’an i 656 ; plusieurs aurores boréales, etc. Nous trouvons dans ce Mémorandum des détails exacts sur un événement important pour l’iiistoire de la Provence. On sait que, vers i 65 g, les Marseillais eurent de graves démêlés avec leur gouverneur^ le duc de Mercœur, et que, pour punir la ville, le roi y. fit construire une citadelle. Voici les notes textuelles de Gilles Macé : « Le mercredi ai janvier 1660, les régiments des gardes des « Suisses et nombre de cavalerie sont entrés en armes dans la « ville de Marseille, se sont saisis des portes, corps de garde et « places, accompagnés de M. de Mercœur, qui, ayant fait dire à « MM. de Candolle, Gueyden,Cousineri et Reynaiid, consulz, de « l’attendre audit lieu, il y fit lire une ordonnance du Roy « donnée à Aix, portant de leur lever le chaperon, ce qu’il fit, et « d’établir M. de Pilles gouverneur de la ville, ce qui fut fait. « Puis, le lundi 26, fut publiée une ordonnance portant de dé« « snrmer les habitants et commandement de porter les armes à « la tour Saint-Jean, et une de fere brèche à nos murailles, à « quoi Ton travaille. »

« Entrée du Roy et de la Reyne, M* d’Anjou, M. le cardinal « Mazarin à Marseille, le mardi 2 de février 1660, par la brèche, « et il a demeuré jusques au—>de mars suivant, qu’il s’en est re- « tourné à Aix. »

K Inscription que l’on met à la citadelle de Marseille ; « 2 Ve « fidelis MassUlia^ nefariis aliquorum motibus conciUUa^ in pro- « priiun re^ni damnant vel ardentiorwn petulantia, vel nimiœ li^ « bertatis capidine^ tandem rueret;

<t Ltidoçicus XIFy Galliarum imperator^ optimatum populique « securitati hac arce provisiL

« Rex jassit; J allias card. Mazarinas ^ pace ad Pirennem corn* « posita, saasit; Ladopicas de Fendosme^ Provinciæ gabernator^ « execalas est : Anno 1660. »

Nous transcrivons un autre article fort curieux : « Du di- « manche, 7 de mars i655. — Jean PoQüELiN,de Paris, est venu « demeurer aveq moy en payant pension telle que jereyglerayqiii « sera deux centz livres. » Jean Poqiielin était-il le frère, le cousin ou le neveu de Molière (Jean-Baptiste Poquelin) ? Nous l’ignorons; mais, sans aucun doute, il appartenait à la même famille.

Gilles Macé^ sieur du Chemin^ n*a divulgué sa profession dans aucune de ses notes ; cependant, quoiqu’il fût d’une famille noble et oncle d'un commandant de Malte, nous pensons qu’il se livrait au commerce avec le Levant. Il était associé avec un certain Lambert dès le 15 juin 1607, et ne rompit cette association qu’en i638; il fit, en outre, de longs voyages à Alep. Plusieurs jeunes gens vinrent successivement demeurer chez lui, pour apprendre la vertu et la vacation: trois de ses neveux, Jean Macé, de i633 à i636^ Charles Macé, de i638 à 1643 ; Gilles Macé, en i654 ; Jean Calvas est venu demeurer céans pour y manger et coucher et pour servir au contouer (a3 septembre i654) ; le petit Ghapuys, û aoo livres de pension par an ; Jean Charier, de Lyon, à aoo livres de pension et pour trois ans. 11 est donc probable que Jean Poquelin, de Paris, vint demeurer chez Gilles Macé pour apprendre également la vertu et la vacation,

3 . Album. — Manuscrit du xvii® siècle, in-8 obi., autographes, armoiries peintes et miniatures sur vëlin, mar. r. compart. à châtiions, dent, dos or plein, tr. dor. {Riche reliure allemande^ 35 o fr.

Cet Album renferme soixante-cinq signatures accompagnées de sentences et de devises en prose ou en vers, latins, français, allemands et italiens. Parmi ces autographes, on rencontre des pensées fort singulières.

Le possesseur de cet Album, nommé de Schnurbein, était de famille noble. Il fut envoyé è Leipzig, 011 il étudia pendant six ans ; il quitta cette ville vers le 20 septembre 1717 ; mais, avant son départ, il recueillit dix autographes, au nombre desquels nous indiquerons les signatures de J. Mathias Hase, professeur de philosophie, et de J.-Chr. Peller de Schoppershof. Après les vacances de 1717, Schnurbein se rendit à Halle, et suivit les cours de cette célèbre académie jusqu’au mois d’avril 1720. 11 enrichit alors son Album de trente-neuf autographes. On remarque Tes signatures suivantes : le baron de Boden ; le baron de Bodles; de Brieske, écuyer; Fr. de Zieten, écuyer; God.- Fred. Hubner; J.-J. Vanselow; F. de Fuchs; G. Amman, Léonard Amman et Sig.-Jac. Amman, d’Augsbourg; H. de Peger; Ch.-G. Welser; Marc-Chr, Rois de Jaëlenbach; J.-A.-P. Hoffmann ; Georg.-Bern. Bilffingher, professeur de philosophie; Chrét.-Henri Gulther^ maîtres ès arts ; et J.-P.-N. du Commun

dit Vérop. Ce dernier personnage est connu par quelques ouvrages singuliers qu’il publia à Cologne en 1715, 1717 et 1710; il mit en prose les fables de la Mothe^ et (il imprimer cette traduction en 1731. Jean-Pierre-Nicolas du Commun, dit Véron, naquit en 1688, dans le comté de Montbéliard. 11 acheva ses études au séminaire protestant de Tubingei^ et fut professeur de langue française à l’académie de Halle jusqu’en 17^5 ; il devint alors ministre à l^tupes, et mourut en 174^- C’est pendant son séjour à Halle qu’il écrivit, sur l’Album de Schnurbein, ce quatrain philosophique :

Je ne me plains ni ne me loue De toi, Fortune, et je t’absous;

N'ayant éprouvé de ta roue Ni le dessin, ni le dessous.

DeSchnurbein dit adieu à l’académie de Halle, vers le ai avril i7ao, et voyagea en Allemagne et en Hollande. On le trouve à Leipzig le 3 o avril ; à Berlin, du 6 mai au 14; et il augmente son Album des signatures de Gust.-André Wolffgang, et de Joachim-Chr. Noessler, conseiller aulique et chevalier de l’ordre équestre de Saint-Jean. Il était à Mngdebourg le ao mai; à Hambourg, les 10 et 11 juin ; k Brème, le juillet ; à Amsterdam, du 19 juillet au a août; à Leyde, le 3 août ; et enfin, à la Haye, du au a 8 octobre. Le dernier autographe inscrit est celui de Thomas Lanthelme, secrétaire du ministre de Sa Majesté Britannique à la Haye, sous la date du 28 octobre 1720*

Les trois armoiries et les douze tableaux peints sur vélin ajoutent un grand prix à ce volume^ Les armoiries sont tellement singulières que nous ne pouvons nous dispenser de les décrire.

Les premières (fol. 3 ) appartiennent à de Schnurbein, et se blasonnent ainsi; D’or, à deux chiens debout et affrontés sur un tertre, le tout de sable, se disputant un 0$ d’argent suspendu à un ruban de giieules ; à un chef d’azur à trois besans d’or. •— Cimier : un chien issant de sable, accolé d’un ruban flottant de gueules, et tenant dans sa gueule un os d’argent.

Les secondes sont : Ecartelé, aux 1 et 4, de gueules à la bande ornée d’argent; aux 2 et 3 , de sable à un cuisinier de face et à mi-corps, vêtu d’une veste boutonnée d’or, d’une serviette en écharpe, d’argent, et d’un tablier du meme, armé de couteaux (lads une gaine de sable atlachcc à un ceinturon du meme.

et tetiattt de chaque maîn une cuillei* à pot d'ot, po^ée en pa 1 .«^ Cimier; un cuisinier semblable à ceujt de i’écii, placé entre deux trompes, l’une de gueules et l’autre de sable, dont sortent des plumes de paon.

Les troisièmes sont compliquées et forment cinq comparût ments, dans lesquels on yoit un perroquet, une fleur de lia, uhe roue, un lion et un taureau. Le cimier se compose de deux parties: A dextre, une jetine fille de face, issant d’une couronne de marquis, aux cheveux blonds flottants^ les yeux couverts d’un bandeau d’argent, vêtue d^une robe de sable bordée d’or aux manches et au col, et ceinte du méme^ portant de la main dextre une torche enflammée-de gueules, et de la aenestre une cassolette fumante d’or ; à senestre, un lion à la queue fourchue et couronné d’or, lampassc de gueules, issant d’une couronne de marquis, et tenant de ses deux griffes une lance à la banderole coupée argent et gueules, et chargée d’une croix pâtée de ISin en l’autre.

Notis regrettons que les douze tableaux Soient anonymes; car quelques-uns des artistes qui ont illustré l’Albutn de Scbnurbein ont dû être inscrits plus tard sur la liste des meilleurs peintres du dix-huilièrne siècle. Ces compositions sont allemandes, les costumes le prouvent, et, de plus, la plupart des personnages sont munis d’une pipe, ustensile indispensable dans les académies de rAllemagne. Nous expliquerons sommairement les sujets de ces jolis tableaux :

1. (fol. 57.) — Scène de casino : deux gentilshommes fument et prennent le café avec une dame, dans une chambre à coucher; une vieille servante, portant une cafetière, entre dans l’appartement.

а. (fol. 75.) — Une forêt pendant l’êté. Des gentilshommes, dont on voit la voiture dans une allée latérale, ont quitté leurs habits et fument, assis à l’ombre des grands arbres. On aperçoit dans le lointain un château et un village.

3 . (fol. 77.) — Salle de jeu, où l’on fume. A la première table on joue aux dés ; à la seconde, au trictrac, et à la troisième, aux cartes. Un garçon, pipe en bouche, apporte une canette de bière.

4. (fol. 81.) — Paysagè. Diarfé dhassereSsepette d’une flèche un cerf en rut.

б. (fol. t02.) Syrinx métamorphosée en tx)seaux) le paystlge est animé par des amours, des satyres, etc.

6. (fol. 119.) — Scène de nuit. Deux voitures sont attaquées par des soudards, dans les rues d’une ville.

7. (fol. 142.) — Défilé de douze cavaliers en habit long, l’épée an poing, sur une place publique garnie de spectateurs et bordée de beaux édifices.

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