‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 33 sur 36 · Li Segre (secret) as Philosophes (par Jehan · texte numérisé non relu

Li Segre (secret) as Philosophes (par Jehan

Bonnet). Manuscrit du xiv® siècle, in-4 de 67 feuillets, sur vélin, miniature, bordure, initiales^ mar. brun, fil. comp. (Belle reliure.) i,5oo fr.

Manuscrit très-beau et fort curieux. — M. Paulin Paris a consacré à cet ouvrage une notice intéressante dans ses Manuscrits français , t. II, p. ao8-aio; mais il est à regretter que M. P.

Paris n*ait eu à sa disposition qu^un manuscrit de la fin du quinzième siècle, intitulé les Secrets naturiens^ et divisé en chapitres; de pliis^ le style de ce manuscrit est rajeuni, et quelques phrases ont été maladroitement corrigées. Li secre as philosophes a été composé <lansle treizième siècle : on ne saurait en douter, et notre manuscrit donne la version primitive.

La vignette à fond d’or, qui occupe le centre de la grande initiale gothique de la première page, représente l’auteur expliquant son livre, et rappelle l’école dite de Saint-Louis par la finesse des traits incolores de la figure. La bordure se compose de deux branches de houx qui serpentent sur toutes les marges, et se réunissent sur la marge externe à l’aide d’un héron posé sur la branche inférieure et tendant son long bec vers la branche supérieure; n’oublions pas un lapin courant sur la marge inférieure. La majuscule du deuxième feuillet est en couleur sur fond d’or et ornée à l'intérieur d’une branche de houx tortillée ; les nombreuses et élégantes initiales gothiques placées en tête des différents articles sont en or sur fond de couleur.

On connaît plusieurs éditions gothiques de cet ouvrage imprimé sous le titre de Cuer de philosophie, La Croix du Maine attribue cette compilation à Simon de Gréban, qui vivait au quinzième siècle. C*est une erreur évidente. Ant. Yerard, à qui nous devons la première édition du Cuer de philosophie^ a ajouté sur le titre que ce livre fut composé à la requête de Philippe le Bel. Rien ne prouve la vérité de cette assertion, puisque l’auteur se contente de dire à la requeste et a la prière d*un mien seigneur. Le nom de cet auteur n’est indiqué ni sur le titre des éditions imprimées, ni dans le prologue de la plupart des manuscrits; cependant M. Paulin Paris Ta découvert dans le manuscrit qu’il a décrit. Cet écrivain se nommait Jehan Bonnet, prêtre, docteur en théologie, natif de Paris.

Voici quelques fragments du prologue qui pourront servir de terme de comparaison pour le texte des manuscrits moins anciens que le nôtre et pour le texte des éditions imprimées :

« Aristotes dist en son livre de natures u commencement d’un livre, li quels livres est appelés li livre dcMetafisique, que tout homme convoitent naturelment savoir les secres de nature. Et vérité est que tout homme soutif les convoite et desire assavoir, ne nul foux ny mettroit entente a ce enquerre ne demander : car haute chose est assavoir. Pource (Je Jehan Bonnet^ prestre docteur en théologie^ natif de Paris)^ a la requeste et a la priere d’un mien

MANUSGUTS.

seigneur, j’ai mis painc et entente a conqueillir a plus bries mos, aussi comme en une somme, les mos et les pensées as philosophes, et les dyverses opinions ; car as natures jugier ne furent mie li philosophe concordant. » —- « S’il plaist a celui pour qui j*ai translatées ces matières de latin en François, je li translaterai tous ces livres dont je li ai faites ces sommes pour avoir introduciuns lesquels livres contiennent hi parties qui bien feroient v volumes sans nulle ligure, aussi grans comme est cest volume. »

Le prologue finit au second feuillet recto par ces mots : Dicx vous gart. Et on lit ensuite : Ci commence U Secre as philosophes. Cet ouvrage, composé en forme de dialogue entre le philosophe Tynieo et son élève Placides, fils de roi, traite de questions physiques et naturelles. Jehan Bonnet déclare que son livre est traduit des anciens philosophes; mais nous sommes convaincu qu’il a beaucoup ajouté à ces traductions. Il parle de Dieu, des anges, des démons, de la création, des météores ignés et aqueux, etc.; il consacre un grand nombre de feuillets à l’explication des mystères de la génération, et s’appesantit avec trop de complaisance sur l’histoire naturelle de la femme. Il raconte à ce sujet la fable de Pasiphaé et de son taureau, mais avec des détails tellement singuliers que nous n’oserions les reproduire, même dans le style du treizième siècle.

On trouve dans ce manuscrit la fable du Coq et du Saphir ; 11 ressemble le coc qui trueve le saphir, si le sent dur et ne puet moudre, ne ne le puet user, si ameroit miex avoir trouvé uii pois pourry ou un grain de blé que le bon saphir. » — La fable du Corbeau, qui jette des pierres dans un vase à long col pour faire monter l’eau et se désaltérer. — La légende de Socrates et son trésor; celle de Darius et de la Pucelle venimeuse. — L’histoire naturelle du Pélican, qui se nourrit d’air et se perce le flanc pour ressusciter ses petits.

On y trouve encore de curieirses étymologies, telles que cellesci : ■ Dyable, Dyabolus, qui vault a dire deux morsiaux, a Dya qui est Duo et Bolos qui est Morcellus, un du corps l’autre de l’ame, pource qu’il s’efforce de destruire corps et ame.

ft Li Créateur envoia quatre Angres {Anges) en quatre parties du monde et leur commanda a aporter les noms des premiers estoilez qu’il trouveroientet il si fistrent. Li premiers saporta d’une estoile qui estoit apelee Anastalo; li autre qui est apelee Disis; li tiers le non d’un autre qui est apelee Archos ; et li autres le non d’une autre qui est apelee Mensubrios. Et de chascune de ces

estoiles fist prendre H créateur la première lettre et les conjoint ensemble et en fist U non de Adam. »

L’étymologie du nom d’Ève est également fort singulière.

Enfin nous citerons une question de métaphysique, assez ardue, que le philosophe Tymeo résout avec une grande facilité. 11 s’agit de savoir si le corps est engendré avant l’âroe. « Maistres^ dist Placides, or me ditez par amours, H quiex est avant faiz ou le ame ou le corps. » Placides est d’avis que c’est le corps, parce que, dit-il, il est naturel que le contenant soit fait avant le < contenu; mais le sage Tymeo lui répond très-sensément :«Placides, ci a mauvaise raison. Car aucune fois souvent avient que la chose est avant faite que lî vaissiaus ou en le met. On met en un pot yaue; mais avant fu Fiaueque le pot, et aussi porroit on mettre l’aroe u corps puis que elleseroit faite et porroit par ceste raison l’un estre fait avant l’autre, et c’est voirs. Malgré tout, le sage Tymeo conclut en disant que le corps et l’àme sont engendrés en même temps : Si vous dirai comment, mais avant vous pai'lerons d’aucune chose un petit. »

On lit sur les derniers feuillets, restés blancs, des vers anglais écrits sous le règne de la reine Elisabeth.

171. Seneca. Ânnolationes in Senecæ Tragœdias, in Ovidii Metamorplioseon fragmenta, in Statium, et in quædam Marlialis Epigrammata. Manuscrit du XVII® siècle, in-8, mar. r. comp. en mosaïque, dorure compliquée, sur les plats le nom et les armes de Gaspar Fontana, tr. dor. et ciselée. {Ane. rel. ital. du temps.) 6o fr.

Ce manuscrit, exécuté en Italie, doit être un autographe de Gaspar Fontana, qui a copié tous ces extraits de poètes latins pour se donner le plaisir d’ajouter en marge de très-courtes annotations, telles que : Sententia^ Similitudo^ Pestis description legorion Hypotyposis^ Emphasis^ Concio doloris^ etc,, etc. — Puis, satisfait de son travail, l’auteur a fait couvrir ce manuscrit d’une magnifique i*eliure, en y incrustant son nom et ses armes.

Gaspar Fontana appartenait sans doute à cette famille d’écrivains et d’architectes célèbres, cités depuis le xvi* siècle jusqu au xviii”. Nous n’avons découvert aucun renseignement biographique sur ce personnage ; mais nous ne serions point étonné d’ap-

prendre que FonUna était professeur dans quelque université dltalie. En effet, ces annotations marginales sur des fragments de poètes latins conviennent parfaitement à un professeur qui veut expliquer à ses élèves les figures de rhétorique que les an> ciens mettaient en usage pour captiver l’attention des lecteurs.

On trouve à la fin du volume deux pièces de vers italiens, de la même écriture que celle des annotations : Une idylle sur les molettes d’éperon que saint Louis portait en guise de ceinture, et un sonnet sur sainte Rose, qui se coiffait d’un chapeau de roses hérissé de pointes de fer. Singuliers sujets pour un sonnet et pour une idylle 1

vi72. Seneca. Epistolæ ad Lucilium. Manuscrit du XIV* siècle, sur vèl. pel. in-S de 84 feuillets, init. rubr. titres courants. 4oo fr.

Beau manuscrit du xiv« sièck, parfaitement conservé, orné de majuscules Coloriées et de rubriques. — Le premier feuillet contient, au verso, une note de saint Jérôme sur Sénèque et une note de Policrate sur les ouvrages de ce philosophe latin. — Le copiste avait commencé son œuvre sur le recto de ce feuillet; mais il a légèrement biffé toute la page, et le texte ne commence réellement que sur le second feuillet chiffré 1 .

Les é[Htres morales de Sénèque à Lucilius ont été imprimées plusieurs fois pendant le xv« siècle au nombre de ia 4 î tandis que notre manuscrit, qui cependant est sans lacune, n’en renferme que 59. Les 65 épîtres qui nous manquent n’ont été sans doute découvertes qu’après la rédaction de ce manuscrit. — Les quatorze derniers feuillets sont occupés par une table des matières rangées par ordre alphabétique. L’encre a disparu dans certains mots de la table ; mais on les lit avec tant de facilité, qu’ils peuvent être restitués très-exactement.

173. Sermones pro tempore et sanctis. Manuscrit du xiii« siècle, sur vélin, pet. iD-4 de ao5 feuillets, veau. 45o fr.

Ce manuscrit, du treizième siècle, est surchargé d’abréviations. Les coiTectiotis et les tables des matières, de même écriture que le texte, prouvent que ce manuscrit est autographe.

L’auteur était un moine de Paris, qui prêchait dans les paroisses et les abbayes de la ville, et même devant le roi. 11 écrivait ses ser*

mons en fascicules, sans ménager d’intervalle entre le sermon qu finit et le sermon qui commence ; mais il a eu le soin de les indiquer par un titre inscrit sur la marge supérieure. Cest ainsi que Ton connaît le sujet de chaque sermon et le lieu où il a été prêche. Le deuxième sermon de cette collection a pour rubrique : In die nutalis Domini^ in templum Parisiense, Ce sermon est évidemment antérieur à l’année 1807.

Les fascicules ont été réunis sans ordre; car la pagination piimitive n’est suivie ni dans la reliure, ni dans les tables écrites de la main de l’auteur.

Nous avons compté cent vingt-cinq sermons, dont quelquesuns ont été transcrits, en tout ou en partie, par des copistes.

Le texte ne renferme que deux phrases françaises, et ce sont des proverbes : Qui bien voit et malprent fia bon droit san repant. Qui bien atantne sentatant. Mais, sur les marges des feuillets 187- 196, on lit plusieurs passages traduits en français. 11 paraît que ce moine, à l’exemple de ses confrères, parlait quelquefois français au milieu de ses allocutions latines.

Ce recueil d’anciens sermons doit être iNiiniT.

174. Sermones per tolius circulum aoni. Manuscrit du xiii^ siècle, in -8 de 182 feuillets à 2 col. veau, jaspé. [\oo fr.

Manuscrit du treizième siècle, d’une bonne écriture, parfaitement conservé, mais surchargé d’abréviations. Curieux recueil de soixante-treize seimons, mêlés de latin èt de français. L’auteur se nommait Biard ; son nom est écrit plusieurs fois sur les marges du volume, In dominica prima de Adventu, Biardi^ integer, Ser~ mo bonus^ de Biart, de Apostolis; etc. Biart ou Biard est tout a fait inconnu, quoiqu’il soit l’un des chefs de cette école des prédicateurs français qu’ont illustrée Olivier Maillard, Michel Menot et Robert Messier.

Ces sermons, écrits en assez mauvais latin, renfermeut une foule de pensées singulières, et |)euvent fournir une ample moisson aux parémiographes. En effet, \e texte de chaque sermon est suivi d’un proverbe français, qui souvent est traduit en latin. Nous en reproduisons quelques-uns : ^ Dicitur vulgariter <\w\ est gamiz ne est honniz. * — De sage homme, sage demande. » — «Tantes viles (villes)y tantes guises.» — « A Colomb saoul, cerises sunt amères.» “ « Non doit estie contredite parole, puisque rois la dite. » —

« Au semblant connoist len lome. » — « Qui ne pèche si encort. — « Qui saquite ne s’encombre. » — « Pain et vin est viant au pèlerin. » — « Avoec pain nule fain. » — « Bone jornée fet cjui de fol se délivre. » — « Besoing fet vielle troter. » — « A ciii Ûex vuet aidier, nul ne li puet nuire. » — « Belle chière vaut quatre mes. » Etc.

Certains proverbes sont moitié latins, moitié français^ tels que ; <• Dicitur quod a bono demandeur bon esconditor.» — <iDiciturvulgariter qui bene attent ne soi repent. »

Voyez avec quelle aisance notre prédicateur traduit en latin les proverbes français : « Consuetiim est quod qui habundanter dinat parum supat, » — « Melius valet arnicas in via quant dcnarius in corrigia, » Etc.

Nous terminerons cet article en citant deux passages de ces curieux sermons.

n Dicitur vulgariter quod duo grossa non possunt in uno sacco esse. Diabolus est grossus per superbiam ; Deus est grossus per potenciam ; non possunt simul commorari (in uno sacco), Oportet quoddebilis exeat ejectus a fortiori, et quia Deus est fortior, etc.,.»

n Laudate Dominum in sanctis ejus. Fiellatores gesta proborum militum utpote Karoli, Rolandi soient libenter narrare, quanto iiiagis predicatores, qui sunt viellatores Dei^ gesta sanctoruin que sunt laudabiliora in infinitum debent narrare.»

175. Sermones. Incipil tabula generalis omnium sermonum in hoc volumine conteutorum. — Sequitur sermo deduabus sororibus Yirginis Mariæ. Manuscrit du xv' siècle, gr. in-4, sur papier, de 32 feuillets, non rognés, vélin. 6o fr.

Manuscrit d’une belle écriture ronde, mais surchargé d’abréviations. C’est un fragment qui aurait du être joint au recueil de sermons dont nous n’avons que la table. Ce volume contenait soixante-cinq sermons en quatre cent cinquante feuillets environ, puisque le dernier, Dedicatione ecclesiœ^ commençait au folio 44o. L’auteur nous apprend qu’il avait rédigé une table spéciale, par ordre alphabétique, des priiici])ales matières traitées dans ces sermons; mais il fait observer au relieur qu’il a intercalé, entre les tables, une histoire des sœurs de la Vierge, récemment découverte {noviter collectant). Nous ignorons si la table des matières a été composée, car nous ne la possédons pas.

274 MANOSCRITS.

On lit, à la fin de l’histoire des sœurs de la Vierge, une double souscription : Arata per Leonardum Berneeher de Monte arido, 147a; et au -dessous ; De vita et obitu sanctnmm sororum optucttlum finit /œliciter; per me Leonardum Berneher de Monte arido Parisiusexaratum, annoChrisü 1490. On ne peut expliquer ces deux notes qu’en supposant que Bernecker ou Berneker avait copié cet opuscule pour la première fois en i 47 »> ‘1“’** transcrivit

de nouveau à Paris en 1490.

L’auteur donne à sainte Anne trois époux : Joachim^ père de la Vierge Marie; Cléopbas, père de Marie Jacobi; et Salomé, père de Marie Salomé. Les deux sœurs de la Vierge se marient et deviennent veuves; elles vont habiter avec la mère du Christ, qui devient veuve à son tour. C’est alors que Jésus-Christ consolait souvent sa mère et ses tantes. Cette hUtoire est précWée de la généalogie de sainte Anne, remontant par David jusqu’à Adam. Saint Joseph et saint Joachim descendaient également de David. Il explique que saint Jacques le Mineur est désigné comme frère de Jésus-Christ, parce qu’il était son cousin germain. Il écrit aussi l’histoire de Sara, la servante des trois sœurs, qui leur survécut, et mourut après avoir reçu les saints sacrements de l’ÉgUse. On trouve ensuite plusieurs chapitres consacrés à l’invention des corps des deux sœurs de la Viei-ge, à leur translation dans l’Ile delà Camargue et aux miracles opérés par ces reliques. Enfin, les quatre derniers feuillets contiennent un sermon sur le même sujet.

Une note marginale nous a fait connaître 1 auteur de 1 histoire des deux sœurs de la Vierge; elle est ainsi conçue : Ipse compo-

titorhujus historiée loquitur,qui fuit episcopus Antisiodorensis. Puis

on lit dans le texte que, l’an 1 4 * 3 , cet évêque, atteint d’une grave maladie, fut abandonné par les médecins. Il se souvint alors qu’il existait, dans l’ancienne église d’Auxerre, une chapelle dédiée aux deux so^ure de la Vierge, et que c’était le jour de leur fête, c’est-àdire le a 5 mai. Il adressa une prière fervente à ces saintes femmes, et fit vœu, s’il recouvrait la santé, de faire célébrer des messes solennelles dans la chapelle qui leur était consacrée. A ussitô t après, la fièvre se raleuüt et, dans l’espace de trois jours, il fut com-

Cet évêque d’Auxerre était Philippe des Essarts, fils de Philippe et de Marie de Bucy, licencié en droit, archidiacre de Soissons et chanoine de Tournay, élu évêque d’Auxerre en 1411, et mort le i4 octobre i4a6. H n’oublia point d’accomplir son vœu : en i4a4, il institua un oi&fx dttplici ritu en l’honneur des trois

saintes Marie, office qui devait être célébré le aS mal de chaque année.

On serait peut-être en droit de prétendre que tes soixante-cinq sermons indiqués dans la table furent également composés par Philippe des Essarts, évêque d’Auxerre, car Bernecker dit : « Serroonem noviter additum de diiabus sororibus Virginis Mariæ quære immédiate post tabulam generalem. « Mais ce n’est qu’une probabilité, et nous ne saurions l’appuyer d’aucune preuve^ d’autant plus que ces sermons pourraient être de divers auteurs.

176. Sermow suk la Passion de Jésus-Christ. Manuscrit français du xv® siècle, sur vélin, in -4 de 67 feuillets, init. rel. en vél. bl. dent. 4^0 fr.

Ce beau et curieux manuscrit iiriniT est orné d’élégantes majuscules gothiques en or, avec des appendices à branches de houx. Ces majuscules, an nombre de huit, sont placées au commencement de chaque partie du sermon, et on peut remarquer que toutes les parties, excepté la première, débutent par le mot QUANT. Quant le doulx Jésus,.,; quant ce vînt au bien matin.,,; quant ce vint au cler jour vers prime.,,; quant ce vint à heure de tierce.,,; quant ce vint h midi..,; quant ce vint h leure de vespres,,,. Ainsi les divers points du sermon correspondaient aux heures canoniales. — Le texte est découpé en nombreux paragraphes qui sont indiqués par des marques en forme de C gothiques, en or ou en couleur.

R Cest chose très-rare qu’un sermon en français de ce temps reculé. » Nous ajouterons quelques mots à cette note écrite sur la garde du volume : « C’est chose encore plus rare de trouver un sermon inédit du xv* siècle, d’une aussi bonne écriture, complet et parfaitement conservé. » On lit à la fin : Explicit Passio Domini Nos tri Jesu Christi compilata secundum quatuor Evange-listas cum addicionibus plurium doctorum. Cet Explicita qui malheureusement ne nous donne pas le nom de l’auteur, ferait supposer que le sermon aurait été composé en latin, puis traduit en français. Mais, au xv« siècle, on avait tellement l’habitude de mêler le latin avec le français, qu’on ne peut tirer aucune conséquence sérieuse de cet Explicit.

Toutefois ce sermon n’est point une servile compilation ; il est écrit d’un style élevé, souvent éloquent, et ne déparerait point la collection des œuvres du célèbre Gerson. Il ne contient

pas de ces historiettes ridicules ou inconvenantes qu*on a signalées tant de fois dans les sermons de Maillard, de Raulin et d'autres prédicateurs de la meme éporpie. La seule anecdote mer^ veilleuse que se soit permise l'auteur, est la protestation des princes d'enfer contre la résurrection du Ladre^divec leurs plaintes contre Jésus-Christ. Ce passage est fort remarquable, et, malgré sa longueur, nous le transcrivons en entier :

a Quant Jésus cria Ladre lievc sus, vien hors, les Angles [Jnges) huilèrent aux portes denfer et demandèrent lame du Ladre. En leure supposa et allégua la sentence de Dieu le souverain juge, et demanda qui estoit lomme qui si hardiement osoit demander une ame qui estoit leur; et les menistres de la résurrection,*les Angles, distrent : Nous savons qu’il a on ciel un qui a seignorie partout et qui est fort, roy de gloire. Et les princes denfer distrent : Nous savons qu’il a on ciel un prince et roy de gloire que toute créature ne pourroit soustenir; mais celui dont vous parle/., est un homme terrien et mortel, et plus pourement vestu que tous les autres, et qui morra briefment et sera enseveli en nostre puissance.

« A ce respondirent les Angles : Cellui de qui vous parlez, est le seigneur de vertu et rédempteur de tous ; c'est cellui qui te doit casser et craventer le chief, et te oster ton empire. Comment loses tu menacier? Ou tu me le renz briefment, ou tu seras contrains a men rendre des autres.

n Lors le conseil denfer envoia legas au ciel, disans de par eulxenplorant: O sire, si je, ta poure créature, te sers loyaument combien que ce soit en chétif et triste service, toutevoies faiz je tes commandemens et sui diligent à garder ton droit ; mais un homme que len appelle Jcsucrist, qui se dit ton filz, qui reprent evesques, prestres et clers, et qui brise le sabbat, a mandé que nous lui envoions le ladre que nous retenons par droit ; si nous veuilles aidier tantost, ou il brisera nos portes.

« Lors le hlz de Dieu respoiidi : Père, cest raison que leur chartre tiengne et garde les pescheurs et nompas les innocens. Ces dolereux mauvaiz ont trait à eulx par le pechié dadam, patriarches, prophètes, vierges et gens mariez et enfans qui ne scevent ne bien na mal. O Père, je morray pour eulx et te paieray ce que Adam te doit et pour obéir à ta sentence, je espaiulray mon sang afin que ta créature retourne à toy, et le pris de mon chier sang soit la racncon d« tous les mors.

<1 Adonc toute la trinité commanda que le ladre yssist hors et

fu commandé à Enfer quil rendist tous les mors qui seroîent mors à Jesucrist. Et lors Jesucrist cria : Or sus Ladre y lieve sus et ten vien hors, et tantost il sen vint. »

l^es détails du crucifiement durent émouvoir profondément les auditeurs; nous n'avons lu nulle part un récit aussi saisissant du supplice de la croix. La description de la descente de croix et la désolation de la Vierge sont également dignes d'étre citées. En voici le début : « Josep Darimati vint avec ses gens et apportèrent instrumeus pour le defferrer, et la dolente mère, quant elle vit son enfant de la croix destachier, elle reprist ses esperis et se leva pour leur aidier à son povoir. Lun desclooit les mains, lautre soustenoit le corps mors, et la donlce mère soustenoit les bras et les baisoit en joignant e soy, et lautre desclooit les piés, et quant il'fu tout descloé, elle lembracoit, acoloit et baisoit et arrousoit tout de ses tresgrosses larmes, et puis chey sur le corps

de son filz et sur sa face, pasmée comme morte.»

Le prédicateur avait choisi pour texte ces paroles de saint Paul ; Hoc sentite in vohis quod est in Christo Jesu, Voici la dernière phrase du sermon : « Esjoy toy, Dame; car ton enfant qui estoit mort est en vie et a la seignorie du royaume du ciel. Demain le verras en ce monde à grant joie, par grâce, bel et glorifié, et après en son siège par gloire où il est eslevé, à laquelle nous maine le père et le filz et le saint esperit. Amen. »

Ce manuscrit français serait digne d’étre publié.

177. Somme (la) des vices et des vertus (par le Fr. Laurent). Manuscrit du xiii® siècle, pet. in-4 de 143 feuillets à a col. mar. bleu, fil. parsemé de fleurs de lis. 800 fr.

Manuscrit français d’une jolie écriture de la fin du xm* siècle, orné d’initiales gothiques coloriées et de rubriques. — Cet ouvrage de morale est généralement attribué à l.aurent, de l’ordre des frères prêcheurs; M. Lajard a consacré à cet écrivain célèbre du XIII* siècle une longue notice dans YHistoire littéraire de la Francey tome XIX. La Somme des vices et des vertus fut composée à la requête du roi Philippe le Hardi ; « cest livre compilait et fist uns freires de lordre des proichours, a la requeste dou roi de france Philippe : En lan de lincarnacion nostre siguor Mil dous cens et sexante et deixenuef ans. »

L’œuvre de Laurent se compose de plusieurs parties distinctes

et tellement indépendantes les unes des autres qu’elles ne sont pus placées en un ordre uniforme dans tous les manuscrits, et qu’on en trouve des fragments, sans indication d’origine, dans divers recueils manuscrits ou imprimés. Comme il était difficile d’imposer à cette Somme un titre général, chaque copiste l’a intitulée à sa guise : les Dix Commandements de Dieu ; les Sept Pé» chés mortels; la Somme Laurent; la Somme le Roi ; la Somme des vices et des vertus; et même, le Mirouer de Vdme. Le titre qui lui convient le mieux est celui de Somme des vices et des vertus ; car c'est la p trtie capitale de l’œuvre.

Cet ouvrage a joui d’une grande réputation pendant le moyen âge. 11 en existe au moins onze exemplaires manuscrits à la Bibliothèque impériale; mais un seul est daté du xiii® siècle. Les autres^ du xiv* siècle et du xv*, ont subi des modifications de style, aussi bien que l’édition imprimée pour Vérard, vers i 5 oa.

Notre manuscrit a l’avantage d’être l’un des plus anciens et des plus amples. Le chapitre de la Chasteté des religieux est augmenté de dix colonnes; il contient de plus le rare chapitre intitulé le Don de sapience^ avec l’article sur la Sobriété, en trente-six colonnes; enfin, la souscription est suivie d’un supplément de huit colonnes, relatif à l’amour de Dieu. Notre manuscrit fournit, en outre, la version originale de l'auteur : c’est un charmant spécimen de la langue française au xiii^ siècle. £t, d’après les différences de style qui existent dans les souscriptions, nous jugeons ce manuscrit plus ancien que celui de la Bibliothèque impériale, daté de 1294.

Les diverses parties de la Somme sont classées dans l’ordre suivant :

I. Les dix Commandements de la Loi; P 1. « Lou premier comandement ke Deus comandait cest cestui : tu naurais mies divers Deus. »

a. Les douze articles de la Foi; f^ 4* Le sont li xij article de la loy cristienne que chescuns crestiens doit croire fermemant. »

3 . Les sept Péchés mortels; f® 6 . « Messires s. Jehans dist

ou livre de sa revelacion qui est appelleis apocalipse.»

4. Des Péchés de la langue; f® 29. a Qui welt savoir et panser les pecchies de la langue. »

5 . Le Traité des vertus, qui commence par la science de bien vivre et de bien mourir;i^ 37. « En vis iniiert qui apris ne lait.

Apran a morir si savrais vivre. » On peut remarquer que les phrases suivantes sont en vers :

Car Dulz bien vivre ne saurait,

Qui a morir apris naurait.

Cil doit estre appelleis chaitis,

Qui ne sceit vivre ne morir.

Se tu welz vivre franchemant,

Apran a mourir lieemant. ,

Se me dis cornant on laprant,

Je lou te dirai maintenant.

On trouve dans ce volume d*autres passages versifiés, dont le rhythme a été promptement détruit par le rajeunissement du style.

.6. Les Péticions de la Patenostre ; 5 a. «Quant on met

uns enfant a lettrei au comancement on li aprant sa pâtre nostre.v Cette partie finit ainsi qu'il suit : « Or ais tu oit les notes que on siict notteir sus ceste chansonnete que Deus fist reste pastre nostre. Or garde que tu la saiches bien chanter en ton cuer; car gratis bien ten venrait se tu ansi lou fais. »

7. Les sept Dons du Saint-Esprit ; 63 . Apres les vij peticions que sont contenues en la sainte pâtre nostre nos estuet parler..... » Cette dernière partie comprend les trois vertus r/iVines^ les quatre vertus cardinales^ et les sept vertus opposées aux sept péchés capitaux.

L’œuvre de Laurent finit par ces mots : « Cuers ne poroit panseir, ne langue deviser quel chose est celle pax que Deus garde a ses aimins. Et por ceii je nan sauroie fors baibeler ne dire chose soIBsans. Dont je nan wel orandroit plus dire. Mais ci finerai ma matière :

A la gloire nostre Signor A cui en soit toute lonor Qui DOS moinst en sa compaignie,

Lai ou est perdurable vie. Amen. »

Dans ces curieuses paraphrases sur le Décalogue^ le Credo, le Pater noster, les Sept Péchés capitaux, les Vertus et les Vices, Fr. Laurent n’a point oublié d’insérer un ample manuel pinir les confesseurs et les pénitents, et de faire une rude guerre aux ajustements des femmes : « Iis font plus de xx pecchies lou jor, en veoir les dames et les damoiselles parees, que si souant se peirent et apparaillent plus cointement et plus desbonestemânt

que elles pueent por faire museir les musairs a elles. Et nequedant elles ne cuident mies griement pecchier por ceu que elles nont taïaut de pecchiet faire. Mais certes elles pecchent moult griemant. Car por loi* ocquison périssent moult d*armes. Car si com dist li proverbes : Dame de bel aitour est aubelaistre a tour. U

Nous pourrions citer encore d’autres proverbes, tels que celui-ci : « Qui fol an voie, fol atent; » et de nombreux passages aussi remarquables par la justesse ou l’élévation des pensées, que par la vigueur de l’expression et l’élégante naïveté du style.

178. Sonnettes (les). Mémoires de M, le marquis D’ *** ( par Guiard de Servigné ). Manuscrit du xviii® siècle, pet. in-4, v. marb. 120 fr.

Ce manuscrit provient de la bibliothèque Lamoignon, et Ton trouve sur le premier feuillet cette note autographe : « Cecy est le manuscrit original sur lequel l’ouvrage a été imprimé. Il m’a été remis par Simon, imprimeur du parlement, le i6 aoust 1749. 11 y a, dans ce manuscrît, plusieurs choses qui ont été retranchées dans l’impression. » Cet ouvrage a été imprimé à ou

plutôt à Paris, en 1749; à Berg-op-Zoom^ en 1751 et 1781. Les marques et les corrections répandues dans le manuscrit prouvent qu’il a servi pour l’impression. On lit, au-dessous du titre, la date 1749 et l’avis suivant : « Le frontispice doit représenter un homme couché sur une estrade, et entouré d’Amours qui portent dans les mains des sonnettes. »

Les imprimées ne sont point la reproduction textuelle

des Sonnettes manuscrites. Il ne pouvait en être autrement : en effet, l’auteur est un élève d’Épicure, un philosophe de boudoirs, qui prêche la tolérance en amour, ridiculise la jalousie, et cherche à détruire plusieurs autres préjugés, à l’aide de raisonnements peu orthodoxes; les scènes qu’il décrit sont à peine gazées. En un mot, Guiard de Servigné est un digne émule de Crébillon fils et de Louvet de Couvray.

Quant aux Sonnettes, nous nous dispenserons de citer l’épisode qui a fourni ce titre .singulier. Cependant nous ne pouvons passer sous silence la dédicace adressée à M. Le D* (Le Dru], qui a inventé ia manière de poser les sonnettes, etc. C’est la moitié de l’enseigne de ce liialin serrurier, qui dut sa réputation et sa fortune

à une bouffonnerie. Voici les premières lignes de TÉpître dédi-^ catoire :

A Monsieur, ce n’est ni l’intérêt, ni la flatterie qui vous dédie cet ouvrage. Je ne vous connois que par riugéitieuse enseigne qui vous a acquis une réputation si brillante et si bien méritée. Toute l’Europe retentit de votre nom, autant que de vos sonnettes. L’art de les placer vous doit sa perfection; par la force de votre génie, jointe à un grand nombre d’expériences, vous êtes venu à bout de les poser dans le lieu le plus difScile.»

Nous recommandons aux amateurs de facéties ce manuscrit autographe, d’un bon style, et beaucoup plus ample que les éditions imprimées.

179. SPECOLVitr B. Virgiitis Marie. Manu.sci‘it du xiv*’ siècle, sur vélin, pet. in-4, de 64 feuillets à a col. rel. en vél. bleu, tr. dor. loo fr.

Manuscrit des premières années du quatorzième siècle, d’une jolie écriture, mais surchargé d’abréviations ; il est orné d’initiales gothiques coloriées avec appendices lancéolés.

Le Speculuniy imprimé pour la première fois en 1476, à Augsbourg, fut attribué par l’éditeur à saint Bonaventure; mais cette attribution offre quelques diflicultés. En effet, on lit, folio 43 | colonne 3 ; '( Posterior vero ejus misericordia est quam jam amplius quàm per mille diicentos annos exhibuit de celo. » Ce passage prouve que l’auteur écrivait son œuvre mystique peu après l’aii laoo, puisqu’il dit que la Vierge, du hant du ciel, a signalé sa .miséricorde depuis déjà plus de mille deux cents ans. Or saint Bonaventure, entré dans l’ordre de saint François en 1 ^ 43 , et mort en 1374, à l’âge de cinquante-trois ans, était né vers laai. On ne peut donc raisonnablement lui attribuer le Spéculum B. Firginis Marie,

Il serait fastidieux d’analyser,ce livre séraphique, qui est une longue paraphrase de la Salutation angélique. 11 commence par ces mots : « Quoniam, ut ait Jeronimus, nulli dubium est quin totnm ad gloriam laudis Dei pertineat, qiiicquid digne genitrici sue impensum fuerit idem ad laudein et gloriam Domini nostri Jesu

Christi.,dulcissimum ejusdem matris Salutationem pro materia

assumere dignum duxi. » Le Spéculum finit au folio 60, colonne i. Les deux pages suivantes sont vacantes; et, sur le verso du folio 61, commence un sermon ayant pour texte ces paroles :« Ecce

rex tuiis venit tibi justus et salvator. » Ce sermon occupe tes sept dernières pages du manuscrit.

Sur la garde du volume on lit : Acceptas a D. Matt. Gaïeno; et, plus bas : a B. Deguillion, trésorier de Douay, Matthieu Galenus ou Van Galen, né dans l’île de Walcheren, y ers iSaS, devint chancelier de runiversité de Douai en i57i, et mourut en 1578; on a, de ce savant ecclésiastique, plusieurs ouvrages de divers genres. Ce manuscrit, probablement exécuté en Flandre, a successivement appartenu au chancelier de Tuniversité de Douai^ au trésorier de la même ville et, en dernier lieu, au baron de'Warenghien.

180. Surin (J.-Jos.). Histoire de la possession des religieuses Hrsulines de Loudun. 3 parties manuscrites en 2 vol. pet. in-4, vélin blanc. i5o fr.

Copie d’un manuscrit autographe du P. Sutîn, faite après sa mort par un de ses amis, et augmentée de préfaces et de réflexions.

« Si je m'étonne qu’on ait négligé de donner au public une histoire si utile, après y avoir pensé je reviens de mon étonnement; car personne ne pou voit faire cette œuvre que les exorcistes, qqi^ presque tous, ont été accablés des peines d’esprit et fatigues de corps qui sont attachées à ce pénible ministère, dont plusieurs sont morts peu après. Le P. Surin, à qui Dieu avoit inspiré le secret de pouvoir remporter la victoire sur les démons, et qui, à la fin de

cette affaire, attira sur lui tous ces ennemis de Jésus-Chnst,.

donna toute cette histoire écrite de sa main à une personne confidente, avec recommandation de ne la communiquer jamais pendant sa vie, et à très-peu de gens après sa mort. C’est ce qui nous en a dérobé la connoissance jusqu’à présent.» — «Je proteste que j’ai été fidèle copiste du P. Surin, n’ayant supprimé que certaines opérations du démon,qui auroient publesserdes esprits délicats. » Le copiste pouvait encore supprimer une grande partie de cet ouvrage, et le reste aurait suffi pour scandaliser les esprits vraiment pieux. On n’a point osé publier en entier cette histoire; c’est seulement en i8a8 qu’un Abrégé a été imprimé à Paris^

Notre manuscrit est divisé en trois parties. La première partie contient une Histoire générale de la possession des religieuses de Loudun; l’auteur prouve que Grandier était sorcier, et que les religieuses étaient réellement possédées. Puis il reproduit les discours des démons sur les choses spirituelles et sur ce qui se passe en enfer : cette partie est fort instructive.pour les exorcistes futurs.

La seconde partie traite spécialement de la possession de la prieure^ Jeanne des Anges^ et de sa délivrance. La troisième se compose des extraits de plusieurs lettres du P. Surin, dans lesquelles il décrit les peines que les démons lui firent endurer avant et après la possession»

Jean-Joseph Surin, né à Bordeaux en 1600, était fils d’un con- . seiller au parlement de celte ville. Il entra chez les jésuites à Tâge de quinze ans. 11 résidait à Marennes lorsque, le 17 décembre i 63 /i, ses supérieurs l’envoyèrent à Loudun, pour entrer en lice avec les démons : c’était après la mort de Grandier. Le P. Surin fut chargé d’exorciser la prieure, Jeanne des Anges. Cette religieuse, née le % février 1607, se nommait Jeanne Belcier, fille du baron de Cozes en Saintonge. Elle était possédée par quatre démons : Léviathan, Balaam, Isaacarum et Béhemot. Une jeune fille de vingt-sept ans, qui a quatre diables dans le corps, n’est pas à son aise. Aussi le P. Surin s’empressa-t-il d’attaquer Leviathan et compagnie. Cependant notre bon jésuite n’était pas le plus fort. Il avait beau suer sang et eau, les diables se tenaient bravement en jaction et repoussaient toujours ses attaques. On parlait déjà de le remplacer, à cause de son impuissance. C’est alors que le P. Surin redoubla d’efforts; il exorcisa si vigoureusement que les démons, enragés d’étre tourmentés avec tant de violence, se jetèrent sur l’exorciste et lui entrèrent dans le corps : ce devait être un curieux spectacle de voir un possédé exorcisant une possédée.

P. Surin souffrait le martyre; mais enfin il délivra la mère Des Anges, au mois de septembre i 635 , de Léviathan ; le 29 novembre suivant, de Balaam, et, le 6 janvier i 636 , d’isaacarum. Quant à Béhemot, il déclara formellement qu’il ne quitterait la prieure que sur le tombeau de François de Sales, à Annecy. Le P. Surin , de plus en plus possédé, et attaqué de véritables accès de folie, fut rappelé à Bordeaux. Cependant, l’année suivante, on le renvoya à Loudun, afin de terminer ses affaires avec Béhemot. Pour en finir, il entama des négociations avec le diable. L’exorciste et la possédée firent vœu d’aller à Annecy, mais seulement après que la prieure serait délivrée. Le compromis fut accepté, et Béhemot délogea le i 5 octobre 1637. Comme ou aurait pu croire à des supercheries, le P. Surin força chaque démon à donner un signe éclatant de sa défaite. Léviathan imprima une croix rouge sur le front de la prieure ; Balaam grava sur sa main le nom de saint Joseph ;‘Isaacarum, celui de Marie; Béhemot, le plus opiniâtre de tous, se vit obligé d’écrire les noms de Jésus et de François dé

Sales. Plus tard ces noms se rangèrent dans un ordre plus con« venable, et on les lisait ainsi sur la main de l'ex-possédée : Jésus, Marie, Joseph, François de Sales.

Après avoir fait le voyage d’Annecy, le P. Surin retourna à Bor-. deaux, où il continua d’étre possédé par Beizébuth, LiWiathan et Lucifer. Béhemot avait raconté au P. Surin que ces trois diables formaient ia trinité de Fenfer. Sa monomanie dura vingt ans. 11 était devenu un embarras et presque un scandale pour les jésuites: on le tint enfermé. Enfin il recouvra Tusage de ses facultés eu 16 58 , et mourut le ai avril i 665 , trois mois après la sœur Jeanne des Anges.

Il nous est impossible d’analyser les extravagances impies que renferme cet ouvrage. Pour expliquer de telles hallucinations, qui donnaient lieu à des blasphèmes et à des profanations, il faut recourir au livre de M. L. Figuier sur le Merveilleux dans les temps modernes.

On a joint à ce manuscrit un cahier de dix-huit feuillets, contenant cinq lettres du P. Surin, et des remarques sur un sermon du P. de Lingendes.

181. Tallemant des R^aüx. Manuscrit original entièrement autographe, relié en i vol. in-fol.

. mar. rouge. {Duru ',) io,ooo fr.

XaÀS'PBifGiEux MANUSCRIT comme autographe et comme document historique^ puisque on ne possède pas en entier les manuscrits de L’Estoile, de Brantôme, du cardinal de Retz, etc.

182. Testament (Ancien). Histoire de TAncien Testament. Manuscrit du xiii*siècle, sur vélin, in-fol. de !248 feuillets à a col. miniatures, initiales, rubriques, mar. noir, fermoirs, tr. dor. a,5oo fr. Magnifique manuscrit du xiii^ siècle, sur beau vélin, orné

d'élégantes majuscules et d’initiales coloriées. Les vingt miniatures qu’il renferme sont à fond d’or plein ; elles rappellent, par leur naïveté et par les figures sans coloris, l’école dite de Saint- Louis.

Le style de la traduction française appartient au xii^ siècle ou au XIII*. C’est un superbe spécimen de la langue romane. — Tous les livres de l’Ancien Testament ne sont pas compris dans ce volume. On y trouve seulement la Genèse, l’Exode, les Nom-

bres, Josué, les Juges, les Rois, les Machabées, Tobie et Judith, c’esi-à-dire les livres'historiques relatifs aux temps qui s'écoulèrent depuis la création du monde jusqu’à la naissance de Jésus- Christ. 11 est à regretter que ce manuscrit soit incomplet des deux premiers feuillets des Machabées; mais c'est lu seule imperfection que nous ayons à signaler^ et malheureusement nous constatons trop souvent de plus graves lacunes dans les manuscrits anciens.

Chaque livre est précédé d’une miniature et commence par une majuscule, à fond diapré, d’une rare perfection. Les appendices multicolores de ces majuscules encadrent la marge inférieure et celle du fond. l.a miniature du Prologue représente deux personnages, dont i*un écrit ces histoires que l’autre semble dicter. Si notre appréciation est juste, l’artiste a commis un contre-sens. Lu effet, d’après le costume des personnages et l’auréole du copiste, ce serait un saint qui écrirait sous la dictée d’un moine. Voici les premiers mots du Prologue : « Devine escriture nos enseigne que prophecie est entendue en treis manières. ^

La Genèse est précédée de sept miniatures en médaillons^ relatives aux six jours de la création du monde et au septième consacré au repos. La première est détachée; les six autres sont réunies, deux à düux^ dans un tableau colorié qui occupe les trois quarts d’une colonne.—L’Exode : Les Hébreux sortant d’Égypte sous la conduite de Moïse. — Les Nombres : Offrande d’un agneau au Dieu d’Israël.— Josué : Le Seigneur ordonnant à Josué de traverser le Jourdain. — Les Juges : Les Hébreux consultant Dieu pour savoir qui les conduira contre les Chananéens. — Les Rois : cinq miniatures. Une Femme d’Alcana faisant un veeu; l’Exécution du meurtrier de Saül ; David sacré roi par l’onction de l’huile sainte ; Abisag présentée à David ; l’Enlèvement d’Élie au ciel en présence de son disciple Élisée. — Les Machabées : Le Siège de Jérusalem par Anliochus. — Tobie : Sommeil de Tobie pendant lequel il perdit la vue. — Judith : Décollation d’Holopherne.

Les livres de la Genèse, de l’Exode, des Nombres et de Josué sont les seuls qui soient accompagnés de notes marginales. 11 paraît même que les Juges et les livres suivants ont été traduits par un autre auteur, qui a fait précéder son travail d’une Préface en 148 vers, dont le sens n’est pas toujours facile à comprendre. Il cite maître Richard et frère Olhon. Sont-ils les traducteurs de la première partie ? ^

« Maistre Ricbart et frère Olhou,

Ed cele sainte fraerie,

De vostre honeste compaignie,

Gart et saintefie plus et plus.

Seignor, vostre comandement Ai ge fait debonairement,

De translater judicium. »

Nous transcrivons les dernières phrases du livre de Judith et du manuscrit : « Quant Nabugodonozor oy ces dures noueles, si fu forment y ries et assembla autre ost et entra en Egypte et la sougist a soy et hedefia lors Babiloine. Car il ni auoit que une tor que hom apeloit Babel. Apres sentorna a Domas et ileuques morut. »

183 . Tingoli {Lodoi>ic 6 ). Per lo gran maritaggio de gli augustissimi Luigi il rè e M. Teresa Finfante, Giubilo poetico (1660), in -4 8 feuilh 60 fr.

Ce manuscrit, remarquablement calligraphié, entièrement en letti'es d'or, sub vélin, et d’une condition exceptionnelle, était destiné au cardinal Mazarin ou à l’un des augustes époux. — Le mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse fut célébré par de nombreux épithalames composés en français, en latin^ en espagnol et en italien. Cette pièce a été écrite par un compatriote du cardinal Mazarin.’Aussi le poëte commence-t-il son œuvre par une invocation en forme de sonnet : « AlV eminentissimo priri’cipe il sîgnore cardinale Mazarino. \Jode epitalamica se compose de vingt et une stances. — Premiers vers ;

« Tiva il ciel : Non ogoior ne Tire immoti

Sù rbumane vicende

Godon gli Astri daozar con ferree piante. »

Derniers vers :

« E céda TOrto, cb’t gli otrori imbrana

De la scitica Luna

Si, cb’ in torbido Occaso esser si duole,

L'Alba a Teresa, ed a Luigi il Sole. »

BIANUSCRITS.

184. ÏOCHTERMANN {Jérôme). Borschrifftea. Teutsch, laleinisch und franzocischer schrifTten geschrieben von Hieronymo Tochtermann bürger und schülhalter in Augspürg; mit anmuthigen (igüren geziert von Abraham Kügler bürger und freyhandmahler daselbst (exemples d’écriture allemande, latine et Françoise, exécutées par Jérôme Tochlermann, bourgeois el maître d’école à Aqgsbourg, ornées de jolies figures par Abraham Kügler, bourgeois et peintre de la même ville). lySi ; manuscrit sur vélin, in-4 oblong de 25 feuillets, v. br. comp. dent. fil. tr. dor. {Ane. rel. allem.) i5o fr.

Ces exemples d*écritiire, exécutées en lettres rouges, sur le recto des feuillets, sont encadrées de traits de plume fort élégants, entremêlés d'alphabets de tout genre et de chiffres gracieux. De plus, chaque feuillet est orné de médaillons historiés, de groupes et de figures détachées, d*un joli dessin, et coloriés avec le plus grand soin. Nous nous contenterons de décrire les figures el d’en expliquer sonimairement les sujets :

Sur le premier feuille?s’étale une aigle à deux têtes accompagnée de quatre oiseaux, le tout en traits de plume. On y voit encore un limaçon et un papillon coloriés.

Le deuxième feuillet porte, au centre, une large croix aux lignes dorées, dans laquelle est inscrite, en petits caractères rouges, une longue paraphrase sur le crucifiement. En haut de la page, deux anges, aux ailes éployées, tiennent : l’un, le voile de sainte Véronique; l’autre, les instruments de la passion. Au bas de la page sont deux tableaux représentant l’ensevelissement et la résurrection.

Le troisième feuillet a pour titre le Marchand et le Christ. Cette composition est divisée en trois compartiments : les deux extrêmes sont encadrés d’un large trait doré et surmontés de vases de fleurs. Au-dessous, à gauche, une miniature représente un quai près duquel un vaisseau est à l’ancre ; on débarque des marchandises, et trois négociants président à cette opération. Dans une autre, miniature, à droite, on voit un marchand feuilletant un registre, et un autre personnage priant Dieu. — En tête du coin-

partiment du milieu pend un médaillon qui renferme un riche autel chargé d'un livre et (Puncœur enflamme.

Quatrième feuillet. — Les plaisirs et les déplaisirs du printemps. — Un magnifique château peint en médaillon. Au-dessous, deux jeunes femmes, dont Tune, coiffée de fleurs, porte joyeusement d’autres fleui's épanouies, tandis que l’autre s'attriste à la vue d’une plante desséchée.

Cinquième feuillet. — Le Goût. — Dans un médaillon ovale, on voit une table couverte de mets exquis, et, pour unique convive,^ un chien qui prend son repas dans uii plat d’argent. Audessous, une femme, richement habillée, est assise auprès d’une table ronde chargée de fruilsj un enfant nu lui présente une corbeille pleine de pâtis^ries.

Sixième feuillet. — Plaisirs et déplaisirs de l’été. — üu paysage dans lequel on distingue un champ de blé jaunissant. Au-dessous, un groupe composé d’une moissonneuse assise portant une gerbe et une faucille, et d’un faucheur également assis, disposé à se désaltérer. A leurs pieds gisent un râteau et une faux. Dans les coins du feuillet s’épanouissent des tulipes et des marguerites.

Septième feuillet. — Tantôt du plaisir, tantôt de la douleur. — Deux femmes sont assises. L’une tient sur ses genoux une corbeille de fruits; l’autre semble être malade et sur le point de boire une médecine. En haut du feuillet, un tournesol et un cep chargé de raisins sont placés au milieu d’un paysage.

Huitième feuillet. — Le Travail. — Un homme, assis devant une table, écrit sur un registre ; sa femme file à la quenouille, et le serviteur bêche le jardin : l’Abondance plane au-dessus de ce groupe. Un autre médaillon renferme une ruche, une table avec un livre ouvert, un parterre garni de fleurs, une grenade ouverte, etc.

Neuvième feuillet. — La Paresse. — Un pauvre demande l’aumône; un autre personnage dort auprès d’un âne. A gauche, en médaillon, un âne est couché et sommeille sur le gazon.

Les deux feuillets suivants ont été réservés pour des alphabets variés et ornés. L’artiste a posé dans les encadrements, en traits de plume, des oiseaux et des insectes coloriés, une lanterne et la date 1731.

Douzième feuillet. — La Vue. — Une dame relève les boucles de ses cheveux devant un miroir que soutient un enfant; un vieux gentilhomme fixe le miroir à l’aide d’un lorgnon. Le médaillon supérieur représente un télescope au bord d’une rivière.

Treizième feuillet. — L’Ouïk, — Une dame chante en s’accompagnant de la guitare. On voit, dans un médaillon, un fusil et une trompe de chasse suspendue à une branche d'arbre.

Quatorzième feuillet. — L’Odorat. — Un enfant offre une corbeille de fleurs à une dame qui flaire une orange, tandis qu’un gentilhomme lui montre du doigt sa tabatière ouverte. Dans le médaillon supérieur un élégant parterre est animé par un enfant qui flaire un bouquet de fleurs.

On trouve dans les coins du quinzième feuillet le soleil et un tournesol, la lune et un phénix sur son bûcher.

Seizième feuillet. — La Pknitxngb. — Le roi David est à genoux devant le prophète.

Dix-septième feuillet. — La PriAre. — Moïse priant à genoux et soutenu par deux lévites.

Le dix-huitième feuillet est orné d’oiseaux et de monnaies.

Dix-neuvième feuillet. — La Piété filiale. — Une jeune cigogne, chargée de sa mère, plane au-dessus d’une rivière.

On voit dans les coins du vingt et unième feuillet : deux enfants qui se jettent des fleurs; une cigogne qui enfonce son bec dans la bouche d’un masque barbu; 3^ un renard qui fuit, emportant un canard qu’il a saisi par le cou ; 4^ un enfant, armé d’un bâton, qui semble poursuivre le renard.

On aperçoit, dans les bordures du feuillet suivant, un renard, un insecte et un oiseau.

Vingt-troisième feuillet. — Un berger joue de la trompe en gardant son troupeau.

Les bordures en traits de plume rouges du vingt-cinquième et dernier feuillet sont ornées de fleurs, de gerbes, de fruits et de fourrures, figurant les quatre saisons; d’un oiseau, d’un cerf, d’un poisson et d’un phénix sur son bûcher, figurant les quatre éléments^

185. Toison d’or. Ordonnances de l’ordre de la Toison d’or. Manuscrit du xv® siècle, sur vélin, pet. in-4 de 37 feuillets, v. ant.à empreintes et comp. ais en bois, Ir. dor. {Ane. rel.) 4^0 fr.

Superbe manuscrit, d’une belle écriture ronde, sur vélin fort et très-])lanc, orné d’initiales en or sur fond colorié. Consbrva- TioN PARFAITE. La rcliure est du temps et en bon état. Les ornements de cette reliure, formant une croix chargée de rinceaux et

de figures d'animaux bien dessinées j la croix est cantonnée de quatre compartiments historiés, aux coins fleurdelisés et entourés d'une légende religieuse.

Philippe le Bon, duc de Bourgogne, épousa en troisièmes noces, à Bruges, Isabelle de Portugal, le lo janvier 1429 (14'io). Le même jour, il créa Tordre de la Toison d’or, et les constitutions d^ Tordre furent promulguées à Lille, le 27 novembre i 43 i. Notre manuscrit a été probablement exécuté pour Tun des premiers chevaliers de la Toison d’or, peu de temps après la publication des statuts. 11 contient une table des matières, le texte des* ordonnances divisé en 67 chapitres; et l’ordonnance des quatre officiers de Tordre, en 28 articles : le chancelier, le trésorier, le greffier et le roi cTarmes.

Le dix-huitième chapitre des statuts est consacré à la nomination des vingt-trois premiers chevaliers, parmi lesquels nous citerons Guillaume de Vienne, Regnier Pot, Jehan de Commines, Aütoine de Thoulonjou, Jehau de la Treinoille et Pierre de Beffroimont.

186. Toison i>’or. l^s Blasons des chevaliet-s de la Toison d’or. Manuscril du coiumenceinent du XVI® siècle, sur vélin, pet. in-fol. de 29 feuillets, rel. en velours. aSo fr.

Ce manuscrit précieux, sur vélin, contient les armoiries peintes de cinquante‘huit chevaliers de la Toison d’or, depuis la fondation de Tordre jusqu’à la tin du xv« siècle. D’après les statuts, le nombre des chevaliers était irrévocablement fixé à trente; ainsi, dans Tespace de soixante-dix ans, il s’était produit vingt-huit vacances. Le premier blason est celui de Jean de la Trémoille, Tun des chevaliers nommé en i 43 i. Nous signalerons encore Henri, roi d’Angleterre et couronné roi de France; les empereurs d’Autriche, Frédéric et Maximilien; Ferdinand, roi d'Aragon et de Castille; Philippe d’Autriche, devenu roi do Castille en i 5 o 4 ; Albert, duc de Saxe; Fngilbert, comte de Nassau ; Charles de Bourgogne, comte de Charolais ; et Jacques de Bourbon, comte de la Marche.

Digitizëai)y i^ooQle

187. Traité de la peste el remèdes contre Tépidémie (en vers), suivis de conseils et remèdes (en prose). Manuscrit du xv® siècle, sur papier, pet. in-4 de 3a feuill. mar. v. jansén. tr. dor. (Dura.) aoo fr.

Curieux ouvrage, dont nous n’avons retrouvé le texte dans aucun autre manuscrit, ni dans les livres imprimés, car ce n’est point l’œuvre poétique de Guillaume Bunel, publiée k Toulouse en i 5 i 3 et réimprimée au Mans en i8a6, par les soins de M. Hichelet. La partie en prose, extraite d’un cahier signé du Jardin, parait avoir été copiée sur le manuscrit original, et elle est encore inédite. Majuscule gothique, coloriée, avec des appendices dessinés à la plume. L’écriture, qui se rapproche déjà de la cursive par certains détails, ressemble beaucoup à l’écriture en usage dans les provinces de l’Ouest de la France, à la fin du XV® siècle.

Le Traité de la Peste contient 90 strophes de dix vers, sur quatre rimes ; le mot esp) démie est placé, en forme de refrain, à la fin du dernier vers de chaque strophe. Si le sujet était plus gai, nous comparerions cette composition poétique à une ballade ou à un vau-de-vire. Dans les cinquante premières stances, le poëte décrit les causes de la peste et la manière de s’en préserver; les quarante autres stances sont consacrées aux remèdes. Voici la première strophe :

«t Ed lonneur de la Trinité Et de la Vierge glorieuse,

Au proufit et ulillité De ceste vie périlleuse Quest CD la fin très-angoiseuse,

Je vueil donner ensaignemeut Selou mon poure entendement A esebiner la maladie Que Ton nomme communément En bon francoys espydemie. »

Nous citerons encore un remède qui est intitulé Bon remède :

« Quant de boire vous signiffie,

Et ordonne en brief langaige,

Vin soutif, cler et net sans lie,

Beuez et vous ferez que saige.

Deaue y soit mis selon bisaige Et coustume de la personne,

Le plus en yuer quen autone :

Et TOUS gardez, je vous en prie,

Destre yure, car moult se consomme A vous donner lespedimie. i*

L'auteur a exercé son talent poétique sur un sujet fort aride; et cependant scs vers ne manquent pas de facilité, il peut être classé parmi les bons poètes de son époque. Nous regrettons que son nom soit inconnu.

I..a seconde partie, en prose, est intitulée : « Autreeusaignemeiit pour espedimie résister comme il ensuit cy aprez et par colacion faicte a ung caier escript a Montpellier et signé Du Jardin. »

M Premièrement, est assauoir que dedeiis ung jour naturel qui contient xxiiij heures, sont foriueez toutes maladies, et que pour le meilleur remede est que destre saigné... »

Le remède préconisé dans le cahier de Du Jardin est la saignée aux pieds et aux mains. On lit ensuite la préparation de pi» iules merveilleuses contre Vespedimie; un régime préservatif d*infection; et enfin, un régime curatif pour ledit inconvénient. Nous extrairons un seul article du régime préservatif.

« Item, tout poisson dont on pourroit en tel temps user, comme de rogeetz, gornats, solles, plies, trouettes, barbeaux, liiez, perches doreez, escreuisses et semblables soient cuietz auec salgie ou mellisse et oseille, et conditz auecques salse desgrette ou vinaigre et pou saffren et ciuamome, ou soient fries ou rôties ainsi quon a acoustumé par artilfice; et régulièrement en tel temps plus compette rots que bouilli tant chars que poissons. »

188. Traitté curieux contenant la naissance du MONDE, avec douze questions les plus belles et les plus curieuses qui se puissent faire sur ce sujet. Manuscrit du xvn® 'Siècle, sur papier, pet. in-4 de 176 pages, mar. r. compart. à lil. dos et coins fleurdelisés, tr. dor. {Àux armes.) 100 fr.

Manuscrit de présentation au roi Louis Xlll. Dans répitre dédicatoire, l’auteur déclare que toute la gloire de cet opuscule en est deue au docteur Otorio, Portugais de nation , duquel il n'est que le fidèle interprète , et il ajoute : J'oserois avancer qu'il nest point de lecture qui soit plus belle ny plus divertissante. Mais l’interprète d'Ozorio n’a pas signé la dédicace, et son nom est inconnu.

Voici l*énoncé des douze questions divertissantes^ dans lesquelles sont exposées les diverses opinions des anciens philosophes sur la naissance et le système du monde.

I, De ^éternité du monde. On lit dans ce chapitre que les étoiles sont pendantes et attachées aux voûtes célestes.

а. De Vdge du monde et combien de temps il y a quHl dure. Cette question finit par un passage de saint Thomas : « C’est un article de foi de croire que le inonde a pris commencement, mais on ne peut rien avancer de certain et d’assuré touchant le temps depuis lequel il dure. »

3 . De la saison de Vannée en laquelle le monde a été créé. Les lins prétendent que la création a eu lieu au printemps, les autres, à l’automne; mais on est libre de croire ce qiVon voudra,

4. De Vu ni té du monde et de la pluralité imaginée par certains philosophes. Notre auteur ne comprend pas qu’on ait osé imaginer la pluralité des mondes : « Puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, il ne peut exister qu’un seul monde. »

5 . De la perfection du monde. C’est là qu’on discute sérieusement si la Rose u été créée sans épines; et après une savante dissertation, on conclut, malgré Topinion coutraire de saint Basile et de saint Augustin, que le propre de la Rose est de naître avec des épines. Il paraît qu’Ozorio et son interprète ne connaissaient par la Rose des Alpes, qui est entièrement dépourvue d'épines. Autre dilKicuité: « Dieu a-t>il créé le Mulet?» Cette grave question n’est pas encore résolue.

б. De la rondeur de la terre et de Veau,

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