‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 5 sur 36 · Augustini (S. Aurelii). — De Spirilu et Auimâ · texte numérisé non relu

Augustini (S. Aurelii). — De Spirilu et Auimâ

liber. Manuscrit du xiii® siècle, vélin, pet. in -4 de 16 feuillets, init. rubriques. 60 fr.

Beau manuscrit du treizième siècle, bien conservé. Caractères

minuscules; initiales, rubriques.

Premiers mots : « Quoniam dictum est mihi ut me ipsum cognoscam^ substinere non posstim ut me habeam incognituro.» Derniers mots : « Quod quidem in tantum sublime est, ut quicquid illud est, aliud non sitquam ratio.»

Cet opuscule de saint Augustin est divisé en vingt-six chapitres. On sait combien le traité de VEsprit et de l'Ame est curieux par les opinions singulières professées par ce saint docteur de TÉgtise. Ainsi il avance et cherche à démontrer que Tâme n’est pas toujours immortelle, qu’elle n’est ni incorporelle ni invisible. 11 compare l’esprit à la lune qui croît et décroît. Le vingtième chapitre est consacré aux cinq espèces de songea, secundtim modum Macrohü^ etc,, etc,

7 . Augustin (Saint).— Sensieut la Rieule monsieur ss^int Augustin, translatée de latin en franchois. Manuscrit du xv® siècle, sur vélin, pet. in -4 de 17 feuillets, mar. brun, fil. comp. {Belle reliure de Thompson^ [\oo fr.

Beau manuscrit, orné d’initiales coloriées. Cette Règle de saint Augustin, traduite en vers français au quinzième siècle, est inédite. Le texte latin de chaque paragraphe précède la traduction française. Nous citerons quelques vers du prologue; ils serviront à faire connaître l’œuvre du traducteur.

- La Rieule de saint Augustin Le voye et le sentier aprent Pour aller au (hrone diuin.

Mes chiers frères, soir et matin Estudier le debueries.

Et pourtant, mes très doulx chiers frères,

A voslre salut et pourfit,

Jay rois au langage vos mères La Rieule du ^int deoant dit;

Je lay aussy iing peu rimée Pour mains desplaire a vostre estude Et en gros langage posée Pour estre a lentendre mains rude.

Le rime en maint lieu nest pas gente;

Mais mieulx vault rudement rimer .

Au sens de facteur et entente,

Que en aultre sens léonimer.

On voit que le poëte fait bon marché de son talent. 11 préfère

10 MAmiSCiUTS.

rudement rimer que téonimer^ c’esi-à-dire versifie^ avec élégance en torturant le sens de TauteUf qu’il traduit : cèpendatit ses vë**s sont faciles et quelquefois assea bien tournés. Ce )>oëte était évidemment un moine, qui translata la Règle de ftaint Augustin en faveur de ses très chiers frères, auxquels la langue latine était peu familièrei Cette traduction 6dit ainsi :

En priant Dieu qn*il luy pardoint iSes debtes, et grâce luy doint De noh choir en temptation Par qtioy chiefc en transgression;

8. Aulxanges, en Franche-Comté. — Rentier^ ier« lier et déclaration des terres, droits et redevances appartenant à noble et puissant seigneur Loys Rotin, chevalier, seigneur d’Authume, d’Oigney et de Malan, en la ville et territoire d’Autxanges (FrjtDche-Côfnlé). Manuscrit du xv® siècle, pet. infol. de i33 feuillets (3 en parchemin et i3o en paplel'). 36o fr.

Ce terrier, parfaitement conservé, est daté du ao janvier 1496 ( 1497 ). Les trois premiers feuillets, écrits et signés par un notaire nommé Galiot, sont en parchemin ; le reste du ttiaiiuscrit est sur papier. Il a été exécuté par ordre de Claude le Bault, écuyer, sieur dc Lepart, gouverneur ët receveur général des terres et seigneuries situées dans le comté de Bourgogne et appartenant au seigneur d’Oigney : Loys Rolin était fils de Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Bon, duc de Bourgogne^ Anlxanges relevait de la seigneurie d’Oigney, et, depuis les guerres qui avaient dépeuplé la Franche-Comté, ce village ne contenait que quatre ou cinq ménages, pauvres et ne labourant qu’à deux charrues. Les terres avaient été abandonnées, et appartenaient presque toutes à des étrangers. Le seigneur avait haute, moyenne et basse justice, à cause de sa châtellenie d’Oigney; il y possédait un four banal, et levait un cens annuel de neuf livres, que les prudhommes et échevins d’AuIxanges payaient audit seigneur ou à son receveur, Ce terrier fournit le déilOmbrenleilt dea maisons, terres, prés et bois sur lesquels étaient àssises leS neuf livres de cens : c’est la description la plus détaillée qu’on puisse trouver pour le territoire de la viil^ d'Atilxanges en Franche-Comté.

Pârmi les tetiaticier» (ïu seigneur d’Oigney,nous n’âvortS rehiar- ^lé que les noms de Claude Deschamps, écuyer ; de honorable homme maître Jehan Basan, de Dôle; de honorable homme maître Philippe de Chassey, fils de feii Claude de Chassey, bourgeois de Dôle; et de honorable homm^ et Sage maîtiie Jehau Làürent^ licencié en lo», lieutenant du bailli de DAle.

9. Aüriliac. — Arlicles de la paix faile entre les consuls et la commune d’Aurillac, d\ine part, el Fabbaye de Saint-Gëraudde la même ville, d’autre pan (en dialecte auvergnat). Manuscrit du xiii* siècle, sur vëlin, pet. iii-fol. de 3i feuillets, init. rubr. 1,000 fr.

Beau et curieux manuse.rît, de la fiti du treizième siècle, orné d’élégantes înitiûlei coloriées à fond diapré.

C’est un précieux spécimen dü dialecte auvergnat au treizième siècle : on y reconnaît tous les éléiitents de la langue d’Oc; mais nous croyons que les Auvergnats" de notre époque ont altéré cette langue, qui dérive dti latin èri ligne directe.

Ce manuscrit est également important pour Thistoire de la province d’Auvergne. En effet, la ville d’AiiHlIae jouissait dès le treizième siècle des franchises et des libertés qni constituaient le droit de commune ; elle était administrée «par des consuls élus. L’abhé de Saint-Géraud, d’Aurillac, en sa qualité de seigneur de la ville, gênait les habitants dans l'exereice de leurs droits, empiétait sur la juridiction des consuls, et s’efforçait de restreindre et, peut-être, d’abolir les libertés communales. De graves dissensions s’élevèrent à ce sujet, et la querelle S’envenima a tin tel point qu'il fallût choisir un arbitre pour concilier les parties contendantes. Ce fut le noble baron Eüstache de Beaumarchais, chevalier du roi de France, qui, vers ia 8 o, dicta le traité de paix entre l’abbaye et la commune.

« A la honor de Dieu 1 o paire omnipoten e del fihl e del S. Esperit e de nostra dona tlirgis sancta Maria e de mosenhor S. G. (Géraud) cofessor, e de tota la cort celestial, per pats à lier e Cener, e per honor, e per tranquillitat, e per auras e per tostemps e la vila daorlhac; nos Ë^ciia de beu fnerchiet, eaualier de oostfesenhor lo Rei de Fransa, coma afbitradur amicable composidor de la dtcha patB.è.. »

Par cette transacdon, l’abbé garantit à la commune se$ droits

et franchises, et la commune reconnaît l’abbé comme seigneur (l’Âurillac ; la juridiction des consuls est minutieusement régie» mentée. Us conservent le droit d’avoir un sceau communal, de lever des taxes, de vériBer les poids, les draps, etc. Us sont chargés de faire réparer les murs de la ville, et gardent les clefs des portes. Toutes les fois qu’un nouvel abbé est élu, il doit jurer le maintien des privilèges de la ville; les consuls lui présentent alors les clefs, en le reconnaissant pour leur seigneur, et l’abbé est tenu de les rendre de suite aux consuls, comme représentants la commune.

Furent présents à cet acte,Pierre Jaufres, syndic de l’abbaye, qui promet lu ratification de l’abbé Guillaume; D. Rotlans, D. Dalpoii, Mathieu Brus, P. Dalborn et Vidal Fabres, consuls.

Cet accommodement, rédigé en termes trop succincts, donna bientôt lieu à de nombreuses interprétations, à de fâcheuses discussions. On eut recours au bailli de| la montagne, et, au mois d’août lagB, Guillaume Dnchilhoras, chevalier, bailli des montagnes d’Auvergne, assisté des barons Hue de Camburac et S. de Remuzat, docteurs ès lois, et de maître B. Bastida, sage en droit, rédige de nouvelles conventions, dans lesquelles sont longuement expliqués les droits respectifs de la commune et de l’ab* baye. Le bailli déclare que ces lettres devront être confirmées par le roi. C’est la plus ample charte de commune, et peut-être la première, qu’ait obtenue la ville d’Aurillac; car ce n’est réellement qu’en 1298 que cette ville fut soustraite à la domination exclusive de l’abbé de Sainl-Géraiid. Étaient présents les religieux barons W. de Merle , prieur Claustrai ; Gui de Manhama, camérier ; W. de Clavieiras, prieur de Bore, et Bertrand Rebufa, prieur de la Brosse, syndic de l’abbaye; honorables barons W. Dissartz. Gui de Gahunac, et maître D. de! Mole, sages en droit, et W. Casais, procureur-syndic des consuls. Cette pièce finit ainsi : a £1 couen del dih luoc e nos Ihi cossol daorlhac per nos e per nostres siiccessors, auem apauzats nostres sagels en aquestas presens letras a maior memoria auedoira, am lo sagel auan dih, ciel dih nostre senhor lo Rei. Âmen. a

Les cinq derniers feuillets du volume restaient sans emploi ; mais notre écrivain auvergnat y a mis bon ordre. Il a fait suivre les lettres de la commune d’Aurillac de l’opuscule le plus curieux, le plus rare et plus inattendu qu’on puisse imaginer. C’est un traité, en auvergnat, sur les maladies des chevaux, composé par le confesseur du pape Honoré IV, c’est-à-dire de 1286 à 1287.

L*atiteur était docteur en médecine et en chirurgie, bachelier en théologie et confesseur du Pape. Âti surplus, laissons-le parler ;

« Au nom de nostre senhor Dieu iesucrist et de la sancta non deiiisa trinitat. leu Tederic doctor en la art de pliezica e de siirgia e bachalier en sancta teologia, e confessor de mosenher Honori papa, leu pregatz per lui compilar. i. libre dels cauals, quar cauals es la plus nobla bestia de todas las bestias, de lui e dels sieus gouernamens tractar entendem; et aisso segont alcus> bos menescalx de grecia, c segont alcus bos menescalx despan ha aqui ont bos cauals so plus nobles. « Ce traité de médecine vété-^ rinaire occupe trois feuillets.

Le meme écrivain a ajouté, sur les deux pages suivantes, une collection de recettes pour conserver, rectifier et améliorer le vin. C’est peut-être encore un opuscule du confesseur d’Uonoré IV.

10. Riga.. — Aurora, seu Bibliotheca versificata. Manuscrit du xii* siècle, vèl. io-fo). de aaa feuiU lels, miniatures, majusc. init. rubriques, mar. brun. 1,000 fr.

SuraXBB MAKUSCKIT DR LA FIN DU DOUZIEME SIÈCLE, en inî-

nuscules d’une netteté admirable, sur vélin d’une grande pureté. Il est orné de sept majuscules à vignettes, de cinq majuscules or et couleurs, d’un dessin singulier, et d’une foule d’initiales coloriées, d’une rare élégance. Les vignettes sont à fond d’or plein ; les majuscules, presque toutes formées de dragons ailé» et entrelacés, se prolongent jusqu’au bas des marges. Nous signalerons encore la beauté des rubriques.

Ce poëme latin, de i7,5io vers hexamètres et pentamètres’, est une paraphrase des livres de l’Ancien Testament et du Nouveau, rangés dans l’qrdre suivant : les cinq livres de Moïse, Josué, les Juges, Euth, les quatre livres des Rois, Tobie, Daniel, Suzanne, Esther, Judith et les Machabées; les Évangiles, les Actes des Apôtres, et le Cantique des cantiques. Chacune de ces parties est accompagnée de prologues, d’épilogues et de récapitulations. A la fin du volume, on lit quatorze pièces de vers lipograminatiques sur divers sujets de la Bible.

Cet ouvrage fut composé par Pierre Riga, de Reims, prêtre, professeur de théologie, puis corrigé et augmenté par Égidins (Gilles), clerc de Paris. Le manuscrit a été exécuté pendant la

H MANUSCRITS

vie ies deux auteurs ; le premier était uu Tieillard, et le second» un homme fait.

Ambo graves annis: bic vir, et ille senex.

Les pièces liminaires contieoneut : Quatorze vers sur le nom de Tauteur ; uu éloge du poème (en vers) par un chauoine de PrémoDtré; une pièce de vers sur rutililé de la lecture de ce livre y un prologue en prose, sur le même sujet, par maître Albert, de Reims ; un second prologue en prose, par Pierre Riga, dans lequel il nous apprend que son œuvre était destinée aux écoliers en théologie.

La versification est très-remarquable pour Pépoque. On trouve dans ce poème des opinions singulières qui ne sont pas toi^jours d'accord avec le texte de la Bible.

Nous ferons observer que les six derniers vers, de numéro versuum codicis presentiSy sont fort obscurs; ils deviennent tout à (bit inintelligibles si on néglige de restituer l’initiale oubliée : car on lit alors urndecies- au beu de quindecies. Pierre a composé 14,800 vers» et Gilles en a ajouté %,qio,

H. Auseveng, en Hainaüt. — Cartulaire (Terrier) delaseîgneuried’Auseveng. Manuscrit du xv* siècle, sur vélin, pet. in-4 de 36 feuillets. 600 fr.

Ce manuscrit (rançals,. d’une très-jolie écriture, orné d’une élégante majuscule coloriée et de rubriques, est daté de 141 U commence ainsi : « Ca<rttdaire des droitures et apeodiances de la terre et signourie d’Auseveng, appartenans à Jkhan de Hauebin signeur d’icelle : Renouvelet et fait tels solennitez que 4 Cartelaire renouveler appartient, ou mois de juing mii.iiij* et xj ; et soist entendut, car ainsi est. On lit sur le feuillet de garde: « Commenchietà recepvoir source présent cartulaire par Gerart Engherant signeur d’Aseveng as termes de $aiat Jean Baptk^ Saint Remi et Noël l’an mil iiij* xxviij. n

Jean de Haiichin appartenait à uue ooble famille du Haioaut; et Àuseveug ou Aseveng nous paraît éUc le bourg d’Anvaiug, situé près de Bincbe, à quelques lieues de la frontière actuelle de la France : son territoire était contigu à celui de l’abbaye de Boune-Espérance, du diocèse de Cambrai. Cette locaüté s’est beaucoup agrandie depuis 141^^9 car, à cette époque» le seigneur (tmcii^ de la ville d'Auseveng ne percevait de cens et rentes que

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sur di% ipaisons, six phaumièr^s et deux bergeries. Mais, eorome il avait toute justice, haute, moyenne et basse, il jouissait de plusieurs droits lucratifs, tels que : Mortes-Mains, ou relief sur lea biens de peux qui mouraient dans sa seigneurie; terrage sur toutes les terres ; tonlieu sur les denrées achetées ou vendues ; forage, améndes, etc. Les habitants ayant ehevaux et harnais étaient assujettis à trois jours de corvée par an. Jean de Hauchin possédait en propre, dans la ville d’Auseveug, une maison nommée La Mptte, avec basse-cour, granges et autres dépendances, ainsi que plusieurs terrei, prés et courtils.

Voici quelques noms inscrits dans ce Terrier î Jeban de SassH gnies, Colart de Cambray, Nicaisedu Maisnil, demeurant àMons, le curé de la Croix, Jehan des Prez, qui fut maire de Berchillies. Colart de Capibr^y était le'plus riche propriétaire de la localité; il possédait une maison près de Tabbayede gonne-flspérancci pour laquelle il payait au seigneur huit chapons, neuf quarts d avoine et cinq deniers, et, en outre, plus de cinquante journaux de terres,

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