AnvERGNv. Hommages et dénombrements des
Gefs relevant de la baronnie d'Aurelle, au diocèse de Riom. Manuscrit du xiv® siècle, vélin, in-4 de 9 feuillets. j8o fr.
Manuscrit latin d’une bpnne écriture, Cbaqge hpnaniage pu dénombrement est revêtu du seing manuel d’un notaire nommé Ponce Al^mand, La baronnie d’Aurelle avait appartenu au sei^ gneur marquis de Canilhac; mais, en | 345 , cette baronpie était devenue la propriété du vicomte do Beaufort, qui avait épousé Guérine deCanjlhac, Los premiers hommages sont datés de i 345 , et le dernier d^ | 347 , Dans ces açte#, le pp^ire a inséré des
hommages et des dénombrements pins anciens. A la suite des hommages, on lit cinq transactions notariées^ datées de i 345 à 1 352 , entre le vicomte de Beanfort, qui s’intitule, en i 35 i, comte de Beaufort, vicomte de la Mothe, divers personnages ecclésiastiques et les habitants de quelques paroisses.
Ces anciens dénombrements, dans lesquels on cite un grand nombre de personnages notables du xiii* siècle et du xiv®, sont importants pour la géographie de l’Auvergne, pour les familles originaires de cette province, et même pour plusieurs paroisses, dont les droits de parcours dans les forêts ont été reconnus à cette époque reculée.
14. Auvergne. Voyage en Auvergne du duc et de la duchesse de Noailles^ en 172 ^. Manuscrit du xviii® siècle, pet. în -4 de 4 o feuillets, d.-rel. toile verte. i5o fr.
C’est une copie des lettres adressées par Arnaud, probablement secrétaire de la duchesse, à une dame de la maison de Saint- Gyr. « Arnaud je me nomme comme je signe. M. le Duq m’appelle Renaud, madame la Duchesse Renaud, à cause de ce pauvre Renaud qui estoit amant d’Armide; l’autre a son mérite : M. Arnaud, qui a fait de si beaux escrits; il est fameux au Port-Royal. » 11 dit plus loin : « Le Duc a laissé Madame avec six assiettes et un domestique ; je suis le deuxième. »
Adrien-Maurice, duc de Noailles, membre du conseil de régence, fut exilé en 1722, pour avoir refusé la préséance dans le conseil au cardinal Dubois; il fut rappelé en 1723, après la mort du cardinal.
La duchesse de Noailles était Charlotte-Frnnçoise-Amable d’Aubigné, nièce de madame de Maintenon. Elle suivit son mari dans son exil en Auvergne.
Ces lettres familières nous initient à la vie intime de la duchesse de Noailles, et fournissent de curieux détails sur son voyage et sur son séjour en Auvergne.
En 1722, les communications étaient difficiles et les routes fort mal entretenues. On peut en juger par les extraits suivants : « La Duchesse est arrivéeàla Source (château à deux lieues d’Orléans) en bonne santé, mais trés-fatiguce des cahots des mauvais chemins ; sa montre a été fracasséè ; madame s’ennuye beaucoup. » — « Nous sommes dans cette route comme dans l’Arabie
déserte; il faut porter ses vivres; on est une journée sans trouver personne pour demander le chemin. « — « Nous sommes arrivés k Aurillac en parfaite sonté, quoique la marche ait esté cruelle par la difficulté des chemins. Madame la Duchesse s*est passée de pain la moitié de la route; elle ne mangeait que de la bouillie ; bien heureuse d’avoir porté un lit, car elle aurait souvent couché sur la paille. »
On lit encore plusieurs passages assez piquants sur les dames de l’Auvergne : « Nous sommes occupés à nous establir dans la petite vilaine ville d’Aurillac. Madame reçoit soixante ou quatrevingts visites par jour de dames et de messieurs, où il faut baiser et faire des révérences à toutes les minutes: voilà bien de quoi reposer une personne qui a fait un si long voyage! » — Et plus loin : « Les dames de ce pays viennent par douze à la fois ; il y a cinq jours que cela dure. 11 faut leur faire beaucoup de révérences et maintes caresses. Je ne parle point des hommes, dont la maison est toujours pleine : la table «est ouverte pour tout le monde. Les dames sont habillées comme du temps du roi Dagobert ; il n’y a que deux paniers dans la province. Elles arrivent, comme je viens de vous le dire, par troupe, des grands visages allongés d’un pied de long, tristes, avec une voix aigre et un jargon horrible : jugez de l’ennui de Madame. Elle est adorée dans ce pays. C’est une chose cruelle que d*entretenir les dames de ce pays ; on ne peut leur parler que de fromage. » Si les dames d*Aurillac avaient pu jeter un coup d’œil sur le portrait esquissé par M^ Arnaud, elles auraient eu moins de confiance dans les révérences et dans les caresses qu’on leur prodiguait, et leur adoration pour la duchesse aurait été singulièrement refroidie.
Quant aux distractions de madame de Noailles, elles consistaient à jouer au trictrac, au volant, au trou-madame, à voir traire les vaches, à monter à cheval, à se renfermer de temps en temps dans le couvent de la Visitation d’Aurillac, etc. Elle avait meme acheté une belle vache, dont elle fit dorer les cornes et les quatre pieds : on la mit en pension, et on lui donna une gouvernante. Mais son engouement pour cet animal et pour son lait dura fort peu. Elle s’amouracha bientôt d’un certain vin de Piémont : « Madame a reçu du viii de Piémont ; elle en boit comme un Suisse; elle a beaucoup de goût pour ledit vin. »
Nous nous contenterons d’indiquer les histoires merveilleuses du chat qui parle, de l’apparition de la Vierge et des sorcelleries des bergers.
En résumé, on peut glaner dans ce manuscrit des faits curieux pour rhisloire de TAuvergne et pour la biographie,de la duchesse de Noailles. « On en dit beaucoup de bien dans cette ville ; on dit de plus qu’elle est dévote, qu’elle est fière et qu’elle travaille continuellement; vous lui connaissez, Madame, toutes ces qualités. »
15. Bembo (Berüardo). In funere Bertholdi marchionis Estensis, pro illustriss. Dominio Venetiariim imperatoris terrestris exercitûs in Turchos, Oi atio. Manuscrit du xv* siècle, sur vélin, in-8 de ag feuillets, armoiries, v. ant. compart. [Reliure du temps.) 200 fr.
Beau manuscrit, écrit en Italie et probablement à Venise, vers 1464. il est orné d’une initiale à fond d’or, sur lequel serpentent des branchages en arabesques, d’une page entièrement composée de capitales dont la plupart sont en or, et de deux écussons armoriés p^ts sur les marges. L’un d’eux poite les armes de Bembo ; d*(uur, au^ chevron d*or accompagné de trois roses du même. Quant àl’auU'e écusson, nous ignorons à quelle famille appartiennent les armoiries qu’il renferme. On peut les blasonner ainsi : ^or, h trois tourteaux de gueules^ et un chef de gueules chargé d'un chien pas-^ sont d'or.
Bernard Bembo, sénateur vénitien, et père du célèbre cardinal Pieive Bembo, naquit en i 433 et mourut en 1519. Diplomate distingué, U fut successivement ambassadeur de Venise près du saintsiège, près du roi Charles Viil, puis à Florence, Il prononça plusieui*s harangues latines dans le cours de ses ambassades et dans d’autres solennités ; mais elles sont restées inédites. C’est ainsi que l’oraison funèbre de Berthold, marquis d’Este, n’existe qu’en manuscrit, et peut-être l’exemfdaire que nous possédons est-il unique.
Berthold, d’une branche cadette de la maison d’Este, avait succédé à son père Thadée dans la charge de général des troupes de la république de Venise, en Grèce ; il fut tué d’un coup de pierre au siège de Corinthe en i 4 h 3 . Bembo prononça son oraison funèbre devant le sénat de Venise. Ce discours éloquent offre un certain intérêt pour l’histoire de la maison d’Esle. —Mais la pièce qui donne la plus grande valeur à ce manuscrit, c’est la lettre autographe de Bernard Bembo, qui précède l’éloge funèbre. Cette lettre, d’une écriture très-lisible, occupe six pages et demie; elle
est adressée k Théophile Calcagnino. L'auteur s'excuse de n’avoir pas offert plus tAt Toraison funèbre de Berthofd au duc Borso; il craignaity dit^il, de renouveler sa douleur. Il envoie ce discours à Lalcagnino, en le priant de choisir un moment favorable pour le présenter au duc. Or ce duc était le chef de la branche aînée tTEste, créé duc de Modène en i 45 x et duc de Ferrare en 1470. Notre exemplaire^ écrit sur vélin, accompagné de la lettre autographe d’envoi, et orné d’une reliure élégante dont les compartiments en entrelacs sont fort rares, est évidemment lexemplaire destiné h Borso d’£ste, premier duc de Modène et de Ferrare. Enfin, comme Berthold d’Este fut tué en i 463 et que le duc Borso mourut en 14719 on ne peut dater ce manuscrit et cette reliure que de i 463 à i47i«
16. Berhard (Saint). Les Sermons de saint Bernard, traduits en français par Hubert FEscot, prieur du monastère du Boîs-Seîgneiir-Isaac. Manuscrit du AVI* siècle, sur pap, iti-fol. de ^5i feuill. 1 5o fr.
Manuscrit d’une bonne écriture ronde, avec majuscules coloriées. i>ii~neuf fculBets ont été enlevés; ils étaient cotés 8-16, 116, 117, 3 i 3 , 376-38».
D'après du Verdier, cette traduction française des Sermons de saint Bernard aurait été imprimée en 1677; mais cette édition doit être très-rare, car elle n’est point citée par les bibliographes modernes. De plus, nous ne connaissons pas d'autre tracKietion des Sennons de saint Bernard que celte de Hubert TEscot, prieur d’un monastère des ehanoines réguliers de Saint-Augustin. Nous regrettons de ne pouvoir indiquer le diocèse de France ou de Belgique dans lequel existait le monastère qui portait le nom singulier de Bois^eigneur-Juuic,
Notre manascrit offre une particularité qui peut ajouter encore à sa valeur. En effet, il est surchargé de corrections, de la même main que le texte. Ces nombreuses corrections sont écrites sur des bandes de papier exactement collées sur les Hgues qu’on a supprimées. Or il nous semble que l’auteur seul a pu exécuter une révision aussi complète; et, si le manuscrit nVst pas autographe au moins il a dA être corrigé sous les yeux de Hubert l'Ëscot.
Comme nous n’avons point trouvé de renseignements biographiques sur ce chanoine de Saint*Augustin, nous ignorons à qneBe époque il vivait, et nous n’osons supposer qu'il avait préparé ee
manuscrit pour Timpression. Toujours est>il que le style de cette traduction est beaucoup plus correct que celui des ouvrages contemporains. Quoique ce livre soit incomplet de quelques feuillets, il mérite cependant, sous plusieurs rapports^ d'étre conservé avec soin.
Voici le début du premier sermon sur l’Avent : c Aujourd’huy, mes frères, nous célébrons le commencement de TAdvent, le nom duquel, comme aussy des aultres solennités, est assez renommé et cogneu au monde; mais peult estre que la cause du nom ne l'est pas semblablement. »
17. Biblta. sacra. Manuscrit du xii* siècle, vélin, pet. in-4 de 4^^ feuillets à a col. miniat. init. rubr. relié en velours grenat, tranches dorées et ciselées du temps. 8oo fr.
Très-beau manuscrit du douzième siècle, sur vélin d'une finesse et d'une souplesse extraordinaires : l'épaisseur du volume ne dépasse pas quatre centimètres. Cette Bible est écrite à deux colonnes, en jolis caractères minuscules. Les ornements sont en rapport avec l'exiguïté des caractères. Rien n'est plus délicat que les cinq miniatures peintes dans des majuscules de trois centimètres carrés. La première, placée au début du Prologue de saiut Jérème, représente ce saint Père composant son œuvre; elle est accompa* gnée d'un appendice qui borde la marge entière. La seconde, en tète de la Genèse, se compose de huit médaillons superposés qui reproduisent des sujets peints dans les vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris. La lettre i, qui sert de cadre à ces médaillons, forme une colonne de huit centimètres et demi de hauteur, surmontée d’un appendice qui se prolonge jusqu'à la marge supérieure, et posée sur un piédestal de trois centimètres de haut. Les trois dernières miniatures précèdent les ParalipomèneSy Isaïe et les Pro^ verbes de Salomon, On*compte dans ce manuscrit quatre-vingt-une grandes majuscules peintes, du meme genre que les majuscules à miniatures. Le dessin en est élégant et fort original : sur un fond grenat se tournent en volutes capricieuses des dragons et des serpents à têtes de chiens ; et de longs appendices écotés se terminent presque toujours en forme de croix. Toutes les majuscules peintes sont grenat et bleu et rehaussées de points d'or. Nous signalerons encorecinqu4nte*six grandes initiales d\m dessin charmant, diaprées bleu et rose^ et cinq cent soixante-six initiales
plus petites et coloriées : ces six cent vingt-deux initiales sont accompagnées d’appendiçes qui se prolongent sur les marges en filets multiples.
Cette description sommaire suffit pour faire pressentir la beauté du manuscrit, son exécution irréprochable et sa bonne conservation.
C’est la Bible connue sous le nom de FulgatCy avec les prologues de saint Jérôme. £lle renferme tous les livres canoniques de l’Ancien Testament et du Nouveau ; mais ils ne sont pas rangés dans l’ordre adopté plus tard par le concile de Trente. Il est facile d’y découvrir de nombreuses variantes, en comparant ce manuscrit avec les éditions imprimées. A la fin du volume on trouve une table de trente-six feuillets à trois colonnes, intitulée : Interpretationes Hehreomm nominum. Cette table, rédigée suivant l’ordre alphabétique, est beaucoup plus ample que toutes celles qui ont été publiées jusqu’à ce jour.
18. Biblia sacra latinà. Manuscrit du xiii® siècle, vélin, in-fol. de 537 à deux col. miniat.
init. rubr. tnar. br. compart. losanges, ais en bois. looo fr.
Superbe manuscrit du commencement du treizième siècle, sur vélin d’une blancheur remarquable, et à grandes marges. 11 est orné de deux jolies miniatures. La première, de six centimètres carrés, placée en tète du Prologue^ est allégorique et représente le triomphe de la loi nouvelle : Moïse, défaillant, laisse échapper de ses mains les tables de la loi ancienne et voit se rompre la lance sur laquelle il est appuyé, tandis qu’un roi porte haut un calice surmonté d’une hostie. Cette miniature est à fond de damier et accostée d’une longue tringle, or, argent et couleurs, qui sert de bordure à la marge intérieure; de celte tringle s’échappent des filets avec feuilles et épis d’or. La marge supérieure et la marge inférieure de celte page sont encadrées de branchages coloriés, de fleurs et de filets tournés en volutes. La seconde miniature, de six centimètres de large et de cinq centimètres de haut, précède ïExode et représente Joseph et ses frères en Égypte; Joseph, royalement costumé, tient un sceptre d’or fleurdelisé.
La première ligne de chacun des soixante-sept autres livres de la Bible est écrite en grandes capitales allongées,coloriées et entremêlées de petites capitales, dont l’ensemble forme une espèce
MilNUSOaiTS.
de monogramme qu*oii ne déchifTre pas toiyoursavec faeililé. Les titres courants sont du même genre» On trouve encore dans ce manuscrit une foule d'initiales coloriées très-élégantes. Les rubri«> ques méritent également d*étre signalées.
Le texte de la Bible est complet. U manque seulement un dernier feuillet pour achever le Prologue de saint Jérôme connu sous le nom de Proiogus Galeatits; cette pièce, dont le copiste a fait un épilogue, aurait dû être sur les premiers feuillets du volume. Les deux derniers feuillets sont parfaitement inutiles ; ils reproduisent textuellement les feuillets 119 et lao du livre des Bois. Le relieur a commis quelques transpositions : il a placé au milieu des épîtres de saint Paul les dix feuillets qui renferment les derniers chapitres du second livre des Machabées et les onze premiers psaumes de David ; puis il a transposé les feuillets 534 et 535 : c*est le feuillet 534 qui est le dernier du manuscrit, et sur lequel on lit le commencement du Proiogus Galeatus,
Ce beau manuscrit contient tous les livres de TAncien Testament et du Nouveau, mais rangés dans un ordre assez bizarre. Le Pentateuque est suivi des dix-sept Prophètes; viennent ensuite Tobie, Judith, Esther, Esdras et les Machabées. Les psaumes de David , les livres de Salomon et rEcclésiastique sont rejetés à la fin. Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres et l’Apocalypse sont placés entre les épîtres de saint Paul et les sept épitres canoniques.
18 his. BiBtB en français. — Voyez Sainte Bible.
19. Bonhomme (Siinon)^ Meditationes ad saactos, ad Virginem Mariara, ad Jesum Cttrisium, etc. Manuscrit du xv* siècle, sur vélin, pet. in-4 de 54 feuillets, a5o fr.
Manuscrit d’une belle écriture et bien conservé» L’auteur de ces Méditations se nommait Simon Bonhomme ( hominis), prieur des Célestins de Metz en i39Z, et provincial en 1408; il mourut le a 3 mars On lit sur la garde du volume plusieu» notes du quinzième siècle, relatives à Simon Bonhômme : son épitaphe en huit vers latins; les dates de son élection aux oflices de prieur en iSgz, et de provincial en 1408, accompagnées de vers français; une note nécrologique ; quelques détails sur Pierre Bonhomme, prieur in Gentilino^ mort en 1 4 o 3 , et sur un autre Pierre Bonhomme, prieur des Célestins, mort en 1460» L’annotateur
ignorait si ces deux religieux appartenaient à la famille de Simon Bonhomme.
Comme des vers français de cette épotpie sont toujours cunetix, nous reproduirons les deux petites pièces composées en 139a el en 1408:
« Jhesu, fay moy tant eureux Non pas moy seul, mais pluseurs,
Que nous paissons prouchainement Par le moyen duo bon prieux Lassos monter en tes sains eiculx Et vivre glorieusemeiit. »
« Anno Domini iBga (die mensis Julii} fuit primo ordinatus prior moiiasterii beate Marie de Métis ordinis Celeslioorum veiierabilis pater frater Symon Boni hominis. Deo gratias. Amen. »
« Aujourduy se fait lentrée - De nous maieurs et lassemblée Pour tenir cbapistre général.
Marie doncques en sort priée.
Quelle nous donne ung gouvernail,
Cest assavoir qui nous agrée En gouvernent bien la gallée :
Jen prie le trosne impérial. »
« Anno 1408, a» die Maii, primo reverendus pater frater Symon Boni hominis fuit electus provincialis. Amen. »
Voici la note nécrologu|ue*: « Anno Domini 14^7» die men> sis Marcii, plenus sanctis virtutibus obiit aroabilis Dei famulus frater Symon Boni hominis. »
Sur le recto du premier feuillet on lit : Iste liber est de çentu fratrtun Ceîestinorum Metensium ; et, sur le verso, une épitaphe de Symon Bonhomme, en seixe vers ladns, composée l'an i 4 ^x par Claude Rapine, sous-prieur du mosastère.
L ouvrage du prieur commence sur le deuxième feuillet. Premiers mots : « In latitudine cordis nosth deambulemus per plateas supeme civitatis Jherusalem. «
Ce mamiscrit offre deux singularités :
La plupart des feuillets dont il est composé sont des Palimpsestes^ c’est-à-dire qu’ils avaient déjà été écrits, et qu’on a enlevé l’écriture primitive pour en faire un nouvel usage.
sP .Notre Bonhomme, Bonus hominis imstsoTy a écrit, «u milieu de ces méditationsi, sa confession générale, il s’aoense de s’étre li-
vré au mal pendant sa jeunesse, et d'avoir violé souvent les lois de la discipline monastique. Cette confession prouve l'humilité du bon prieur; mais il paraît que certains passages étaient trop hardis ou peu orthodoxes. Le moine chargé de la correction du manuscrit, après avoir fait rétablir par le copiste de nombreuses omissions, a supprimé, è l'aide d'tin grattoir, des lignes et même des paragraphes entiers. .
La partie la plus curieuse de l'ouvrage est celle où Tauteur entreprend un pèlerinage mystique qui le conduit an ciel : là, il s’adresse à tous les saints, à la Vierge, aux Anges, etc., pour solliciter leur bienveillance; et do curieux dialogues s'établissent entre le pèlerin et ces saints personnages. Mais Simon Bonhomme, qui ne voulait tromper personne, s'est empressé de prévenir le lecteur qu’il ne faut pas croire que le pèlerin soit réellement monté au ciel, ou que, ravi en extase, il ait vu la sainte Vierge et les anges avec lesquels il s’entretient, ainsi que le sens littéral pourrait le faire supposer : « Tout cela, dit>il, est le produit de mon imagination lorsque, plongé datis les méditations, je m’élève au-dessus de la nature humaine et que mon esprit comprend alors les beautés des cieux, comme si je me promenais clans les rues et sur les places de la cité céleste.»
20. Bourgogne. Mémoire justificatif des droits du roi Louis XI sur le duché de Bourgogne, de Mâcon et d’Auxerre. Manuserjt du xv® siècle, sur vélin, gr. in-4 de 5ï feuillets, bordure, init. veau br. compart. milieux, dent. fil. tr. dor. 700 fr.
SuPBRBE MANUSCRIT, d’uDc belle écritupe, sur vélin d’une blancheur remarquable. La première page est encadrée d’une large bordure à fond d'or, chargée de fleurs et de fruits dessinés avec goût et parfaitement coloriés. Les majuscules et les nombreuses initiales à fond d’or également semé de fleurs ou de fruits, sont d’une grande élégance et d'une facture peu commune. Les tirets, or et couleur, représentent des troncs d’arbre ou des rubans enroulés. Il est probable que ce beau manuscrit, exécuté vers était destiné au roi Louis XL
Charles le Téméraire, mort au siège de Nancy, le 5 janvier i 477 | laissa pour unique héritière sa fille Marie, qui épousa Maximilien d’Autriche au mois d’août suivant. Louis XI se mit en devoir de s'emparer de cette riche succession. Il envahit d’abord le duché
de Bourgogne» et, pour réunir à la couronne les autres domaines des ducs de Bourgogne^ il employa la force des armes et fit jouer tous les ressorts de la politique.
Ce curieux mémoire avait pour but de prouver la légalité des prétentions du roi. Il est divisé en quatre parties : Duché de Botir* gogne ; Comté de Bourgogne ; Comté de Mâcon ; Comté d’Auxerre. Les motifs allégués pour parvenir à l’exhérédation de la princesse Marie sont quelquefois tellement extraordinaires qu’on est tenté de croire qu’ils ont été suggérés par Louis XI.
La princesse réclamait la possession du duché de Bourgogne, en sa qualité de seule héritière du duc Charles, son père, et attendu que le roi Jean avait concédé ce duché, l’an i 363 , à son quatrième fils, Philippe, pour en jouir à perpétuité, lui et ses descendants en ligne directe.
Elle réclamait le comté de Bourgogne, en qualité d’héritière du comte Louis de Flandre; et, enfin, les comtés de Mâcon et d’Auxerre, donnés^au duc Philippe de Bourgogne et à ses descendants mâles et femelles par le traité d’Arras du ax septembre
Mais on disait, ]>our le roi, que le duché de Bourgogne faisait retour à la couronne, par suite de la mort du duc Charles sans hoirs mâles. Afin de prouver que ce duché était un apanage masculin, ne pouvant être possédé par des femmes, on remonte jus-*^ qu’à Charlemagne, et on embrouille si bien la question que, sans difficulté, on arrive à cette conclusion, que ledit duché doit retourner à la couronne, s*ii n'y a enfants mâles, et posé (supposé) tout au large qu'il n'y soit pas dict expressément (dans les lettres royales de donation), si y est-il à la vérité entendu selon la dis-position de droict. Bien plus, si on n'a pas réuni le duché de Bout- * à la France, au temps du duc Philippe F est que il y a
aucuneffois des temps et des causes parquoy il fault permectre, tolierer et dissimuler. Et posé que l'aliénation eut estéfaicte par les Boys prédécesseurs, ce ne peult préjudicier aux Boys successeurs.
Quant au comté de Bourgogne, on commence par établir que Besançon est du royaume de France. Puis on ajoute que, le duché de Bourgogne, faisant partie de la France en plein fief, le comté de Bourgogne, qui relève du duché, est un arrière-fief de la couronne, et doit suivre, par conséquent, le sort du duché* Ainsi ledit comté de plein droict appartient au Boy,
Comme les prétentions de la princesse Marie sur les comtés de
Màoon «t d’Auxerre avaient pour base unique las dispositions du traité d’Arras, on attaque la validité de ce traité par des raisonnements qui nous ont paru peu concluants. Néanmoins il reste prouvé que le traité d’Arras claudique en plusrenrs choses^ et par conséquent ne peut pr^udicier aux droits du Roi, et que iesdits comtés n’appartiennent point à la princesse Marie.
£nAii, coHitne Louis XI était le plus fort, ses raisons prévalu* rent, et le duché de Bourge^ne fut déhnitivement réuni à la France. Le comté de Bourgogne appartint à l’Espagne juaqu’en
21 . Brigitte (Sainte). Sermo angelicua de Excelleniià Virgitiis Marie. Manuscrit du xv^ siècle, sur pap. pet. in-8, mar. br. fil. comp. tr. dor. {Belle reliure de Thompson.) 100 fr.
Manuscrit d’une jolie écriture ronde, de la 6n du xv* siècle. Sainte Brigitte^ ou fiirgitte, princesse de Nericie, en Suède, mourut à Rome le 1 5 juillet i373. Elle fonda un ordre religieux, sous le nom de Saint-Sauveur. Le monastère qu’elle établit à Vasterna était composé de soixante religieuses et de vingt-cinq religieux; mais l’abbesse avait toute l’autorité dans le couvent. Cette organisation ressemble beaucoup à celle de l’abbaye de Fontevrauld.
Afin d’inspirer une plus grande vénération pour les constitutions de ce nouvel ordre, sainte Bt*igitte avait déclaré que les* trente et un chapitres de la règle lui avaient été dictés par Jésus-Christ; mais cela ne suffisait pas. Tandis que la sainte habitait Rome, près de l’église Saint-ljiurent, elle se trouva fort embaiTassée, ne sachant quelles leçons ses religieuses devaient " réciter en l’honneur de la sainte Vierge. Elle se mit en oraison, ot bientôt Jésus-Christ lui ap|)arut et dit : « Je vais vous envoyer un ange qui vous révélera et vous dictera les leçons que vos religieuses devront réciter aux matines. • En effet, Fange vint à plusieurs reprises ; il se tenait debout et très-honnétement près de la sainte, qui écrivait tous sa dictée. C’est ainsi que nous possédons le Discours angélique, divisé en vingt et une leçons on chapitres. « Incipit 6ei*tiio angelicut de Excellentiè beate Marie « Virgims, quem ipse As^us dictavit beate Birgitte ex preoeplo « Dei, qui debet legi in malutinis divisim per ferîaa ebdomade per « anui circuhim.
MANUSCfUTS.
BüLlji ktifLEU Cakoli ly. Manuscrit du xv* sfèctc^ sur vél. pet. in-fol. de ï 8 feuillets, relié en veloui-s bleu, tr. dor. i5o fr.
Ce maousciit, «ur vélia^ daté de Coblentz, le i4 aoveinbre 1461, est une expédidou de la bulle d'Or, vidimée, signée et autrefois scellée, pour avoir ta même force et vateur que loriginal en jugement et au debors. Le grand sceau de Pofficialité de Coblentz était suspendu à des lacs de soie qui traversaient tous les feuillets du volume, dans Ja marge inférieure.
Le Préambule fournit quelques détails curieux sur la forme du sceaudeiabulleeriginale. M* Henri de Swollis, procureur juré de la cour de Coblentz et du fisc de Jeao^ électeur de Trêves^ pié* seota au lieutenant de Tofficial un manuscrit en placeurs feuilles de parchemin, nommé vulgairement la huile scellé# d’uu
s< 5 eau d*or rond, suspendu k des lacs de soie noire et verte. D’un côté du sceau, était figuré TEmpereur, assis sur un trône, tenant d’une main le sceptre et de l’autre un globe surmonté de la croix; autour de l’effigie, on lisait ces mots : Karolus quartus divina favenu clemencia Romanorttm imperator semper Jugustas et £o^ hernie Rex, L’autre face du sceau représentait trois tours; audessous était écrit : Aurea Roma ; et sur la circonférence : Roma caput mundi régit orhisjrena rotundL M* Henri de Swollis invita^ de la part de l’électeur de Trêves, ledit lieutenant de rolficial de Cobleuiz,^à faire exécuter par un notaire une copie textuelle de ce document. En conséquence, le lieutenant de l’official, après avoir feuilleté et examiné la bulle d’Oret l’avoir trouvée saine et entière, commit Nicolas Huyssinan de Yppelbom,Dotaii^ juré de la cour de Coblentz, pour procéder à oette expédition ; et ledit notaire la signa et certifia conforme en présence de témoins dignes de foi.
Nous transcrivons une note autographe de M. Villenave, écrite sur la garde du volume.
« La bulle d’Or fut publiée, l’an i 356 , par l’empereur Charles 4 V, du consentement et avec le concours des électeurs, des princes, des comtes, de la noblesse et des villes impériales. Cette fameuse bulle tint la première place entre les lois fondamentales de l’Empire jusqu’à la fin du xvii* siècle: on la montre encore à Francfort. Elle fut imprimée k Nuremberg en 1474» iu*fol^ ; elle est appelée huile d!Or par allusion au sceau d’orque l’Entpereur fit attacher aux exemplaires qu’il donna aux
sept électeurs et à la ville de Francfort. La biil|e d'Or contient les règlements les plus précis sur Télection et le couronnement des rois des Romains, futurs empereurs, et détermine le rang, les droits et la succession des électeurs. »
Nous ajouterons que, dans les éditions imprimées apec date^ la bulle d’Or est composée de quarante articles, dont vingt-trois furent publiés à Nuremberg, et les dix-sept autres à Metz, en présence de Charles, Dauphin de France, depuis Charles V ; mais la bulle d’Or n’est divisée qu’en vingt-quatre chapitres dans les manuscrits et dans la première édition* imprimée sans date, 11 CSC alors assez difBcile de reconnaître la dernière partie publiée à Metz. Cette loi fondamentale de l’Empire fut rédigée par le célèbre Barthole; non-seulement elle règle le mode et le cérémonial de l’élection et du couronnement de l’Empereur, mais elle garantit encore les privilèges et immunités des électeurs, confirme en leur faveur la propriété des mines d’or, d'argent et d’autres métaux, découvertes ou à découvrir dans les pays soumis à leur domination ainsi que le droit de battre monnaie, fixe les sommes dues pour obtenir de l’Empereur l’investiture des fiefs, prévoit les cas où des seigneurs et des villes conspireraient contre le souverain, etc. Enfin le dernier article prescrit aux électeurs de faire instruire leurs enfants, dès l’âge de sept ans, dans la connaissance des langues italienne et slave, afin qu’ils puissent être utilement employés dans les diverses provinces de l’Empire.
Ce manuscrit a appartenu à Pierre du Molinet, dont Vex //bris autographe est écrit sur la garde.
23. Capilupi (Lælii) patritii Mantuani Carmina, ex recens. Matthæi Toscan! (cum addimentis manuscriptis). Luletiæ, iB'j']’, pet. in-ia, n)ar. rouge, tr. dor. 6o fî-.
Lelio Capilupi, né à Mantoue en 1498 et mort en i 56 o, se jouait si heureusement des vers de Virgile, qu’il surpassa, dans la compo.sîtion des centons, Aiisone et Proba Falconia. C’est ainsi qu’il a décrit la vie des moines, Thiâtoire du mal de Naples, etc.
Ces poésies latines de Capilupi ont été évidemment détachées de l’ouvrage intitulé : Carmina illustrium poetartun Italorumy dont les bibliographes citent une édition de Paris^ Mathieu
Toscan ne publia qu’une partie des œuvres de ce poëte; de plus, il retrancha plusieurs passages, ainsi qu’il l’annonce dans un Avis
au lecteur : Quæ pias honestasque aures tœdere potemnt, sdstttlimus omnia. Cette édition expurgée, de 3 o feuillets et 3 feuillets pour les pièces liminaires, contient i 3 centons, entre autres. GailuSy ad Fœminas^ Virgilii et Romœ prosopopeiœ, et cinq pièces de vers adressées au prince de Gonzague, au pape Paul lU, etc.
On a ajouté à l’imprimé vingt et tin feuillets écrits par un excellent calligraphe, qui renferment sept autres centons, parmi lesquels nous citerons Vita monaehorum. Enfin, le même calligraphe a refait un titre, restitué les passages omis par Mathieu Toscan, orné les marges de petites notes explicatives, et indiqué Torigine de chaque vers. On trouve donc dans ce volume la collection presque complète des poésies de Capihipi, qui, dispersées dans divers recueils, n’avaient jamais été réunies. Les parties manuscrites sont d’une exécution remarquable.
24. Catalogue des livres du cabinet du Roy à Versailles. t775; in-fol. de 897 pages, mar. rouge, fil. tr* dor. {Ane. rel.) aoo fr.
Ce beau volume, d’une écriture aussi nette que l’impression, est d’autant plus curieux qu’il nous fait connaître la composition de la bibliothèque particulfère de Louis XIV et de ses deux successeurs, Louis XY et Louis XVl. Cette bibliothèque n’était pas considérable : on y comptait près de quatre mille volumes, dont la majeure partie était reliée en maroquin rouge, avec les armes de France sur les plats. Quelques ouvrages étaient reliés en veau ; le rédacteur du catalogue a eu le soin de l’indiquer. Généralement, les ouvrages qui s’y trouvaient n’étaient pas de ceux que les amateurs de nos jours qualifient de livres rares : ce genre d’ouvrages était réservé à la Bibliothèque royale, établie définitivement à Paris depuis les derniers Valois, et qui fut, sous Louis XIV, fixée pour toujours dans une partie des bâtiments qu’elle occupe aujourd’hui.
Les livres du cabinet de Versailles se recommandent principalement par leur utilité pratique et par leur belle condition.
On trouve dans les différentes sections de ce catalogue le titre de quelques manuscrits qui ne sont pas sans importance (tels que Xelhred*Heures de la Reine Anne de Bretagne^ plus célèbre qiiejamais main ten an t à cause delà récen le reprod uction qui en a éf é faite), Dans la théologie, un assez grand nombre d’ouvrages, tels que uiissels, bréviaires, offices particuliers, Anciens et Nouveaux
Testâmeiil, sont marqués d’qn astérisque. Le rédacteur du catak)gne a eu soin de nous prévenir que tous ces ouvrages étaient placés dans Toratoire de Sa Majesté. I.e catalogue est terminé par une liste séparée, composée de 7a numéros, indiquant tous les grands livres à Bgures de cette bibliothèque, tels que les %S volumes du cabinet du roi, les plans, les vues, etc., du château de Versailles ; les relations des entrées, des fêtes et autres cérémonies. Le titre de cette liste indique la place attribuée à ces grands ouvrages d*UB très-grand format; CatatogM des itères qui sont dans les encoignures.
Un avis préliminaire, intitulé : Renseignements^ fait connaîti*e avec exactitude PorganisatioB matérielle de cette bibliothèque.
Iæ Roux de Lixtct.
Voir, pour plus de détails, la longue et intéressante notice de M. I^roux de Lincj : Bulletin du Bibliophile, décembre iSS^.
CATH^itiKB (Sainte). Vita sanctæ Catharinæ Seneosis (a Raymundo de Vineis). Manuacrit de la fin du xiv^ siècle, iD-fol. sur vélin, rubriques, init. 100 fr.
Ce beau manuacrit, d’une charmante écriture, sur vélin d’une finesse et d’une blancheur remarquables, est l’un des plus anciens de cet ouvrage de Raymond des Vignes, de Capoue, général des Dominicains et confesseur de sainte Catherine. Il est à regretter qn’il soit incomplet de sept feuillets (1, 6, a 5 , 3 s, 7B, fio et 89), et, en outre, de quelques feuillets à la fin. Malgré ces imperfections, ce manuscrit est encore précieux. On trouve cbns le volume un grand nombre de majuscules gothiques entourées d’ornements bisarres, où l’on distingue des têtes d’hommes, quelquefois adossées : le tout élégamment dessiné et colorié. Les feuillets dont nous déplorons la perte ont été coupés, à cause des bordures ou des dessins qu’ils oontenaicnt ; car nous avons constaté renlèvemeot du premim* feuillet de chacune des trois parties.
Raymond des Vignes traduisit en latin, en y faisant plusieurs augmentations, la vie de sainte Catherine, composée en kaiien par le Père Thomas délia Fonte, confesseur de la sainte avant Raymond. Cet ouvrage, divisé en trois parties et trente chapitres;, a été d’une grande utilité pour les auteurs qui ont écrit la vie de sainte Catherine en italien) en latin et en français. On compte
MANUSqfUTS. di
dix biographies diiferentes, imprimées depuis 1477 jusqu’en i 665 ; et cependant le texte latin de Raymond des Vignes été publié que dans la grande collection des BollaiKlistes.
Sainte Catherine^ née à Sienne en prit l’habit de reli¬
gieuse, vers 1367, dans un couvent du tiers ordre de Saint-Dominique. Elle acquit bientôt une grande réputation par sa vie austère et par ses talents. Elle travailla avec ardeur à éteindre le schisme qui désolait la cour romaine; elle fit plusieurs voyages à Avignon, et décida enfin le retour de Grégoire XI à Rome. Lorsque, Tannée suivante (137S), le schisme éclata de nouveau, elle s’efforça de rendre la paix h TÉglise en écrivant au pape et aux cardinaux, et en allant à Rome pour activer ses démarches. Tous ces travaux achevèrent de ruiner sa santé, et sainte Catherine mourut dans la capitale du monde chrétien^ le 29 avril i 38 o, à Tâge de trente-trois ans. Ses vertus Tout fait canoniser en 1461 ; Télégance et la pureté de style qui distinguent ses lettres et tout ce qu’elle a écrit en italien, Tant mise au rang des auteurs classiques.
26 . Caton. Le Mirouer du régime, ou Gouvernement du corps et de Tâme^ composé par le sage Caton, sénateur romain. Les vers duquel sensuivent tant en latin qu’en quadrains François ( traduit par Le Fèvre d’Ormesson) : 1589. Manuscrit in -4 de feuillets, sur vélin, v. fil., tr. dor, {Reliut'e du temps.) 600 fr.
Beau manuscrit de la bibliothèque de Henri ftf, orné d’initiales gothiques coloriées. On lit au-dessous du titre la note suivante :
« En Tannée mil cinq cent quatre-vingt-neuf, feu mestire Olivier Le Fèvre, seigneur d’Ormesson, conseiller du Roy en son conseil d’Estat et président en sa chambre des comptes à Paris, fit escrire tous ces vers François, lesquelz il avoit traduicts du latin de Caton, dans sa maison d’Ormesson, aux années précédentes, par ung religieux des Blanmanteaux, lequel escrivoit excellement comme il est aisé de voir; et croy que ceste traduction avoit beaucoup adjousté à la douceur, modestie, sagesse, modération, patience et autres bonnes qualitez qui luy estoient comme naturelles,* comme ont remarqué ceux qui ont vescu avec luy et pratiqué la douceur et facilité de sa conversation. Dieu veuille
luy donner son saînct Paradis ! J’ai escript ces paroles le jeud j i8 may x 645 , pour instruire ses descendans des quulitez de Tautheur du livre. »
Olivier Le Fèvre, seigneur d’Ormesson, mourut le 26 mai x6oo, à Tâge de soixante-quatorze ans.
Cette traduction poétique des distiques de Caton est inédite. Nous pensons qu'OIivier Le Fèvre connaissait la traduction faite nu XV® siècle par Jean Le Fèvre, et que le conseiller d’État s’est quelquefois aidé du travail de son homonyme. Dans les deux ouvrages, le texte latin précède toujours la traduction, et les deux poètes ont également traduit chaque distique en quatre vers français. Jean Le Fèvre termine ainsi son œuvre :
Miraris verbis nudis me scribere versus ;
Hos brevitas seusûs fecit conjungere bînos.
« Cathon finist qui fut saiges et preux ;
Ses nobles vers acou^la deux et deux.
Mais je, Fè\Te, qui ne scey le fer batre.
Eu cest ditié en ay fait de deux quatre. »
Olivier Le Fèvre a traduit ce distique plus ex&ctement que son devancier :
A Tebabis tu si jescry simplement
Ces présens vers, sans art, sans ornement?
La brefveté du sens ingénieux Me les faicl coujoiudre deux à deux ;
Mais, en après, par manière d*esbatre,
A OrmessoQ de deux jen ay faict quatre.
On peut remarquer que Je vers,
A Ormesson de deux jen ay faict quatre,
est une imitation presque textuelle du dernier vers de Jean I.e Fèvre :
En cesl ditie en ay fait deux de quatre.
L’excellent calligraphe employé par le seigneur d’Ormesson n’a pu éviter quelques omissions. Quatre ou cinq petits mots ont été ajoutés dans les interlignes. Ces corrections sont certainement autographes, car on lit au bas du seizième feuillet un vers entier de la meme écriture que les corrections, destiné à remplacer un autre vers écrit par le copiste. L’auteur pouvait seul exécuter un changement si radical.
UANUSCRITS.
27. Celestinorum régula. Incipiunt Conslitutiones heati Pelri Celeslini^ pape quinti, super regulam heali Benedicti fundate. Manuscrit du xv* siècle, sur pap. fort, pet. in -4 de Sa feuillets, page encadrée, une maj. à vignette, init. rubriques, mar. br. comp. à fil., tr. dor. {Closs^ ia 5 fr.
Manuscrit, parfaitement conservé^ de la fin du siècle. L^encadrement de la première page est colorié et chargé de fleurs. Au milieu de la marge inférieure ou voit saint Pierre et saint Paul avec deux légendes inscrites sur des banderoles qui se croisent en tous sens. Aux extrémités sont deux moines à genoux. La marge intérieure est ornée d*une longue baguette, autour de Jaquelle s’enroule une banderole h légende. La majuscule, en argent sur fond colorié, renferme une vignette qui représente saint Pierre Célestin lisant ses Constitutions aux moines assemblés. — Initiales en couleur; jolies rubriques. — Nous ferons remarquer que la plupart des lettres qui se prolongent sur les marges supérieures sont accostées de têtes grotesques dessinées à la plume. '
Ces statuts ont été rédigés, revus et. corrigés pju* le chapitre général de la province de France, tenu à Paris en 14949 dans le couvent des (^lestins.
I..a règle est divisée en vingt-six chapitres ; elle est suivie des cérémonies de Tordre, en neuf parties ; de Tclection des Pères provinciaux de France, depuis Tan i 38 i jusqu’en i 494 9 ils sont au nombre de trente-huit ; enfin, d’un appendice contenant le chapitre des Décrétales, relatif à l’état monastique.
Les Provinciaux étaient élus pour trois ans. Le Provincial élu en i. 3 Si, dans le couvent des Célestins de Paris, se nommait Robert des Bordes (de Bordis). Quentin Bourge, élu le 29 avril 149I9 est le dernier Provincial cité dans ce manuscrit.
Pierre Mouron, pape en 1294 sous le nom de Célestin V, fonda Tordre des Célestins en 1274. La règle primitive avait déjà subi de nombreuses modifications, lorsqu’on 1494 chapitre général promulgua ces nouvelles constitutions pour la France.
Nous signalerons seulement le chapitre intitulé De pénis ctre^ missionibus. Les punitions étaient divisées en deux classes : le moine convaincu d’une faute grave recevait d’abord la discipline
en plein chîipitre, pendant qu’on chantait le Miserere mei Deus ; puis il était conduit en prison ; on lui mettait les fers aux pieds ; on le faisait jeûner au pain et à l’eau; et il restait enfermé tant qu’il plaisait aux supérieurs : quelquefois la prison était pei*> pétuelle. — Pour une faute légère, le moine recevait la discipline; il était confiné dans sa cellule, où i| ne devait s’asseoir ni le jour ni la nuit; il mangeait cependant au réfectoire, mais on lui retranchait ouïe vin ou la pitance. Au surplus, ces punitions variaient selon le caprice dû provincial ou d’un visiteur. 11 n’est pas inutile de savoir que l’instrument de la discipline était formé de plusieurs petites verges serrées et liées ensemble ; mais on recommandait, quand il s’agissait de fautes légères, de ne pas frapper jusqu’à effusion de sang. Ces bons moines ne manquaient pas de charité. — Pour encourir la punition lepioris culpe^ il suffisait de rompre le silence, de s’asseoir dans sa cellule, etc. On voit que la règle des Célestins était rigoureuse, on pourrait dire cruelle. Et cependant combien de fois a-t-il fallu réformer ces couvents où se glissaient des abus de tout genre ! Les règles trop sévères tombaient en désuétude. Néanmoins quelques moines en lurent victimes, et achevèrent leur misérable vie enchaînés dans un cachot.
La règle des Célestins de la province de France est très-rare, et nous la croyons inédite.
28. Cesoles. Moralité des nobles hommes et gens du peuple, faite sur le jeu des échecs, traduite du latin de Jacques de Gesoles, par Jean de Yignay. Manuscrit duxv* siècle, vélin,pet. in-4 de 64feuillets. aSo fr.
Manuscrit du quinzième siècle, orné de rubriques et d’initiales coloriées. Il est à regretter qu’il soit incomplet : des vingtquatre chapitres qui composent l’ouvrage, notre manuscrit contient seulement les douze premiers, et deux feuillets du treizième. Cependant nous ferons remarquer que cette Moralité a été imprimée pour Antoine Vérard en i 5 o 4 , et que cette édition est fort incorrecte : ce qui donne du prix à tous les manuscrits, meme incomplets.
Jacques de Césolès, dominicain, appliqua aux pièces du jeu des Ëcliecs les instructions morales données aux personnes de toute condiliuo, dans le livre de regimine prirtcipiwi, composé
par Gilles de Rome, qui mourut en i3i6. Jean de Vignay traduisit le livre de Jacques de Césoles, de i3i8 à x35o, puisqu’il dédia sa translation à Jean, duc de Normandie : « A très noble et excellent prince Jehan de France, duc de Normandie et ainsné filz de Philippe, par la grâce de Dieu roy de France, frère Jehan de Vignay, vostre petit religieux entre les autres de vostre seigneurie, paix^ santé, joie et victoire sur vos ennemis. »
« J’ay mis ung petit livret de latin en François, lequel m’est venu à la main nouvellement, auquel plusieui's auctoritezet diz de docteurs, philosophes et de poètes et des anciens sages sont racontez et sont apliquez à la moralité des nobles hommes et des gens du peuple selon le jeu des Eschez. »
Les pièces de réchiqiiier étaient : le roi, la reine, les atphins, juges du roi (aujourd’hui les fous), les chevaliers (cavaliers), les rocs (toitirs), les paonnets (pions), qui représentaient : i° les labourcui’s; a® les fèvres ; 3** les tiabellions; 4 ® l«s marchands; 5* les médecins, épiciers et apothicaires; 6 ® les taverniers; 7 ** les gardes des villes ; 8 ® les ribauds, joueurs et messagers.
Les douze chapitres de notre manuscrit ont pour sujet : Som quel roy le jeu des échecs fut trouvé; qui trouva le jeu susdit; pourquoi il fut trouvé; de la j'orrtte du roy et de son État; de la reine; des alphins; des chevaliers ; des rocs; du premier paonnet, les laboureurs; second paonnet, les fèvres ; troisième paonnet, les tabellions; quatrième paonnet, les marchands,
11 nous manque les quatre derniers paonnets, ainsi que les chapitres relatifs à la forme de l’échiquier et à la marche des différentes pièces.
29. Chamillt (marquis de). Extrait des titres produits par haut et puissant seigneur Noël Bouton, marquis de Chamilly, seigneur et baron de Saint- Léger, etc., maréchal de France, gouverneur de Strasbourg, commandant en chef des provinces du haut et bas Poitou, Saintonge et pays d’Âunis, nommé chevalier des Ordres du Roy, pour les preuves de sa noblesse. î'joS. Manuscrit in-fol. max^ de dix feuillets, sur vélin, armoiries peintes. {Belle reliure,) ^5o fr.
Ce beau manuscrit, admirablement écrit sur vélin d’une pureté exceptionnelle, par l’un des meilleurs calligraphes de l’époque, contient les preuves de la noblesse du marquis de Clftimillj, rédigées par Clairambault, généalogiste des ordres. On y trouve plusieurs mots en lettres d’or, et les pages sont encadrées de filets d’or. Ses splendides armoiries placées en tète de la généalogie, ainsi que les neuf armoiries d’alliance, suspendues dans les marges à deriches médaillons, ont été peintes avec le plus grand soin.
La généalogie, appuyée de^titres justificatifs, embrasse neuf degrés et remonte jusqu’à l’an i 358 . Clairambault ajoute que des degrés antérieurs sont indiqués dans l’histoire de la famille Bouton, composée par Pierre Palliot, et imprimée en 1671.
Le duc de Choiseul, pair de France, et le comte de Choiseul- Francières, maréchal de France, avaient été nommés commissaires pour recevoir ces preuves, par lettres patentes du ao janvier 1705 ; mais le duc de Choiseul mourut le la-avril suivant, et ne put signer cette expédition, qui porte seulement les signatures du comte de Choiseul-Francières , de Clairambault et de Phely peaux.
Les preuves furent rapportées par le marquis de Torcy, chancelier de l’ordre, et admises de l’avis du roi, du Dauphin, des chevaliers et commandeurs de l’ordre du Saint-Esprit, réunis en chapitre dans le cabinet du roi, à Versailles, le a février 1705. Le même jour, le marquis de Chamilly fut reçu et prêta serment. Cette promotion du a février 170$ ne comprit que des maréchaux de France. Voici la liste des élus : le duc d’Harcourt, le duc d*Estrées, le duc de Villars, le marquis de Chamilly, le marquis de Chasteau-Renault, de Vauban, de Rozen, et de la Baume, marquis de Montrevel.
Les états de services du marquis de Chamilly, capitaine en i 65 d, olirent beaucoup d’intérêt. Us prouvent que ce-vaillant officier conquit tous ses grades, jusqu’à celui de maréchal de France, à la pointe de son épée. Il fut blessé d’un coup de lance au siège de Candie, d’un éclat de bombe au siège de Gand, et d’une inousquetade à la tète au siège d’Ypres. Il fit la guerre en Portugal, en Candie, en Hcilande, en Allemagne, en Belgique. Nommé maréchal de France en 1708, lé marquis de Chamilly mourut le 8 janvier 1715.